vendredi 30 juin 2017

Selfies, Jussi Adler Olsen, Albin Michel


Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d'une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu'elles sont la cible d'une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une. L'inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Morck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s'il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte. Mais Rose, plus que jamais indispensable, sombre dans la folie, assaillie par les fantômes de son passé...






Septième roman mettant en scène le département V, Selfies dénote un peu dans la série dans le sens où il n'est pas tout  fait question de Cold case, comme ce qui a fait le succès des précédents livres. Ce qui m'a laissé un sentiment mitigé. Je m'explique.

On ne peut pas totalement oublier que Selfies fait partie d'une série dans laquelle on retrouve les mêmes personnages. Ceux-ci évoluent depuis Miséricorde. Ils avancent dans leur vie, progressent, changent de direction... Il vaut donc mieux lire les autres pour bien s'approprier celui-ci. Pour mieux comprendre leur psychologie, leur histoire et leurs relations. On retrouve Carl Morck et Assad, plus enragés que jamais, Gordon est aussi là même si son rôle est encore restreint. D'autres personnages sont bien présents : Hardy, Marcus et Lars Bjorn et Rose autour de laquelle une seconde histoire se greffe.

Donc, ce roman doit être vu et lu comme une partie d'un ensemble. Pourtant, bien j'ai aimé cette lecture, je n'ai pas pu faire l'impasse sur le fait que le Cold case n'y est pas. Ce qui a fait l'essence de cette série jusqu'à présent et qui m'a bien accroché n'y est pas. C'est dommage car même si l'auteur fait référence à un ancien meurtre non résolu, cette ficelle me paraît bien dure à avaler.

A ce titre, la coïncidence de voisinage entre deux personnages (que je ne préfère pas citer pour ne pas trop en dévoiler) est là aussi indigeste. Comme par hasard, je dirais...

Quelques maladresses cependant l'ensemble est plutôt intéressant et palpitant. J'ai bien aimé le personnage de Rose, dont on apprend beaucoup. En revanche, Assad possède toujours sa part de mystère même s'il dévoile parfois certains indices sur son passé.

Un roman en demi-teinte. Selfies est un très bon thriller mais qu'on ne peut séparer des autres de la série dont il n'est pas le meilleur.

A lire aux éditions Albin Michel.

La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, Agulo éditions


À quelques jours de Noël, alors que la morsure du froid envahit Parme, Ghitta Tagliavini, 
la vieille propriétaire d'une pension du centre-ville est retrouvée assassinée dans son appartement. L'enquête est confiée au commissaire Soneri mais cette affaire fait ressurgir un drame enfoui : c'est dans cette pension pour étudiants de la via Saffi qu'il rencontra jadis sa femme, Ada, tragiquement disparue peu après leur mariage. 

En s'enfonçant dans le brouillard épais comme on traverserait un miroir, Soneri va découvrir un univers bien plus sordide que ses souvenirs. L'aimable logeuse se révèle être une femme sans scrupules, enrichie par la pratique d'avortements clandestins et derrière la modeste pension, se cache en réalité un monde vivant de haine et de chantage, frayant avec le cynisme de cercles politiques corrompus. 

Pour trouver l'assassin, le commissaire devra se confronter à l'épreuve du temps et à la vérité sur la vie et la mort d'Ada. Car qui est cet homme qui pose à côté d'elle sur cette photographie jaunie ?  

Une nouvelle enquête du commissaire Soneri très attendue après le succès du premier tome,  Le Fleuve des brumes





Dès les premières lignes, j'ai été happé par l'écriture de Valerio Varesi. Comme pour "Le fleuve des brumes" que j'avais beaucoup aimé, j'ai ressenti à la lecture de "La pension de la Via Saffi" le même sentiment. L'auteur m'a conquit immédiatement. Il réussit parfaitement à poser le cadre de son intrigue dès les premiers mots. Et pourtant, le départ ne paie pas de mine.
Une dame âgée vient au commissariat signaler la disparition de son amie et voisine dont elle n'a plus de nouvelles depuis plusieurs jours.

" Comme d'habitude, ce devait être une personne morte chez elle. Une vieille femme seule, un malaise...Ce que les journaux appellent "la tragédie de la solitude"."

Elle souhaite parler au commissaire Soneri mais celui-ci préfère que ce soit son adjoint qui s'en charge. Cette décision, il la regrettera plus tard. Il flaire malgré tout le mauvais coup. Il a un mauvais pressentiment. Il part donc à la suite de cette dame qu'il ne retrouvera pas non plus.

Le point de départ est donc assez simple et pourrait laisser le lecteur indifférent. Mais l'écriture poétique et mélancolique de Valerio Varesi est là :

"Il fut accueilli par la chaleur d'un poêle à gaz dans lequel dansait une flamme bleue. Là non plus, rien n'avait vraiment changé."

Car dans ce roman, L'auteur va chercher le passé du flegmatique commissaire Soneri. Il se balade dans les rues comme il se promène dans son passé. Il emprunte des rues secondaires comme il circule dans les limbes de ses souvenirs. Parfois douloureux. Il repense à sa femme, Ada, décédée quelques années plus tôt et avec qui il a connu la Via Saffi. Tout le ramène dans cette pension.
Véritable roman policier, la pension de la Via Saffi est aussi un roman émouvant et sensible qui met en scène de nombreux personnages tout aussi complexe les uns que les autres.

Dans cette Parme qu'il ne reconnaît qu'à moitié, le commissaire rencontre des personnalités énigmatiques et qui portent toutes de lourds secrets qu'il va devoir percer pour découvrir le coupable tant recherché.

Depuis leur naissance, il y a peu, les éditions Agulo nous offrent de magnifiques romans, pleins de surprises, atypiques et qui plaisent aux lecteurs. Cerise sur le gâteau, l'objet-livre est superbe lui aussi. Le grain de la page, la texture de la couverture, le bandeau avec le titre contient également une recette  de cuisine. La classe se retrouve dans les détails. Agulo frappe fort.

Je tiens aussi à féliciter le travail de Florence Rigollet qui a réussi à faire passer les émotions de Valerio Varesi. Sa traduction est si fine que j'ai pu ressentir toute la poésie de l'auteur. Et ce ne devait pas être une mince affaire !

Un roman à découvrir et un auteur  à suivre absolument.