mardi 30 mai 2017

L'empire des Pyhré, Quentin Alexandre, Editions du Lamantin


Le 25 décembre au matin, Stanislas Pyhré découvre son frère pendu dans le hall de la demeure familiale. Mais Erik s'est-il vraiment suicidé ? Stanislas est prêt à tout pour démontrer le contraire, quitte à fouiller les secrets de cette grande famille lyonnaise. Parents, oncle, tante, cousins,...




Premier roman de Quentin Alexandre, présenté en quatrième de couverture comme étant un Lyonnais qui travaille dans le domaine juridique. 
Parfois il y a des coïncidences dans la vie. Après avoir lu et chroniqué Temps de haine de Alfred Lenglet, je reviens à Lyon, ville que j'ai moi-même habitée. Quentin Alexandre nous emmène donc  dans la capitale des Gaules avec un récit familial dont on ressent parfaitement les influences classiques du roman policier. Hercule Poirot et Miss Marple n'ont qu'à bien se tenir. 
Le point de départ ? Un homme est retrouvé pendu dans la demeure familiale le jour de noël. C'est son frère, Stan, qui fait l'horrible découverte. La tête encore embrumée par l'alcool du repas de la veille, il le décrochera. Traumatisant, tellement absurde qu'il est persuadé qu'il s'agit d'un meurtre. Il est bien seul à le croire car même le commissaire chargé de l'enquête conclut au suicide. 
Commence donc pour Stan et sa petite amie une enquête laborieuse qui les mènera dans les nons-dits familiaux, les secrets inavouables et les méandres des notables lyonnais. 

Une intrigue qui aurait pu être passionnante. En effet, il est toujours intéressant de plonger dans des secrets familiaux au coeur d'une ville qui bouge mais finalement, l'auteur ne parvient pas vraiment à accrocher le lecteur que je suis. J'ai en effet éprouvé quelques difficultés à entrer pleinement dans ce récit. 
Les personnages sont dessinés, certes. Pourtant, il manque un supplément d'âme. On dirait que c'est trop convenu, comme si l'auteur voulait écrire un roman à la trame classique (on remarque bien qu'il a lu et beaucoup de bons auteurs) mais que la recette ne prend pas tout à fait. Sentiment étrange. Tout comme les dialogues, là encore trop convenus et à la limite de la mièvrerie entre Stan et sa petite amie qui ponctuent chaque phrase par des "mon amour" qui m'ont finalement agacé. 

Un premier roman de qualité mais qui souffre encore de quelques défauts que l'auteur, j'en suis persuadé, pourra corriger aisément. 







lundi 22 mai 2017

Demandez au perroquet, Richard Stark, Rivages/noir.



Un homme court à travers la campagne pour échapper aux chiens qui ont flairé sa piste et à l'hélicoptère qui tourne dans le ciel. Le fuyard s'appelle Parker, il vient de braquer une banque. Au sommet d'une colline, il tombe sur un inconnu en tenue de chasseur qui le fait monter dans sa voiture et l'emmène chez lui par des chemins forestiers, échappant ainsi aux barrages de la police. Lindahl - c'est le nom du chasseur - vit dans un garage converti en habitation. L'intérieur est sommairement meublé. Sur le poste de télévision allumé en permanence, trône une grande cage abritant un perroquet. Lindhal est un homme en colère et il voit en Parker l'occasion d'assouvir une vengeance. 

La présence de Parker va bouleverser sa vie à un point qu'il n'imaginait pas. 

« Qu'est-ce qui peut expliquer que ces romans soient si plaisants à lire (ou à relire) ? Au final, c'est Parker. Même quand on sait ce qu'il va faire, c'est tout simplement fascinant de le regarder faire. » (Lawrence Block) « Les romans consacrés à Parker, le professionnel du crime, sont à mon avis des chefs-d'oeuvre qui transcendent la fiction policière pour la hisser au rang de littérature. » (John Banville)


Richard Stark est le pseudonyme de Donald Westlake qui a créé le personnage de Parker en 1962. Ce roman, initialement publié en France en 2012, vient de faire l'objet d'une réédition poche toujours chez le même éditeur Payot-Rivages/noir.
Tout d'abord, je dois dire que j'ai été très attiré par la couverture. Colorée et attirante, elle détonne avec le côté polar du récit. 
Ensuite, je voulais découvrir Richard Stark (que je n'ai encore jamais lu) et son personnage de gangster Parker. Un bandit-cambrioleur à l'ancienne. Ses méthodes sont parfois rudes mais il a encore des valeurs. Il fait ce qu'il a dit qu'il ferait mais ne tue que par obligation. Donc, Parker est dans de sales draps lorsqu'on entame la lecture de ce livre qui fait suite au roman intitulé "A bout de course" publié en France en 2013. Après un cambriolage, il est traqué et s'enfuit dans les collines dans lesquelles il est recueilli par un type étrange, ermite sur les bords, Tom Lindhall. Ensemble, ils ne vont pas se reposer sur leurs lauriers ou se planquer. Ils vont fomenter un nouveau plan.
Avec la force des ses dialogues, la finesse de ses descriptions et son intrigue, ce livre permet à l'auteur de décrire l'Amérique rurale et d'évoquer aussi le droit de porter une arme.
Un roman passionnant et haletant à découvrir absolument et qui m'a donné envie de prolonger l'expérience Parker et de lire les précédents épisodes.
Je remercie les éditions Payot-Rivages pour leur confiance. 



dimanche 21 mai 2017

Temps de haine, Alfred Lenglet, Calmann Lévy.


Léa Ribaucourt, capitaine de police, est mutée à Lyon.
Comme le veut la tradition à la brigade criminelle, on confie à la nouvelle arrivante une affaire non élucidée. Il s’agit d’un meurtre datant de l’année précédente. La victime est un jeune délinquant abattu d’une balle de 22 long rifle au pied d’un immeuble HLM de Bron.
Léa se lance à corps perdu dans son enquête mais ne tarde pas à déchanter : aucune piste n’émerge de ses propres investigations. Alors qu’elle craint d’inaugurer par un échec ses nouvelles fonctions, un événement relance l’affaire : un an après, jour pour jour, un meurtre est commis, en tous points identique à celui de Bron. Léa reprend espoir. Elle ignore le pouvoir de nuisance de l’assassin qu’elle va débusquer…




Je découvre cet auteur et ses personnages récurrents avec ce Temps de haine dont l'intrigue se déroule à Lyon. Un cold case en guise de bizutage ou de rite de passage pour Léa Ribaucourt quand elle prend son poste dans la capitale des Gaules. Le meurtre non élucidé un an auparavant d'un jeune délinquant. Autant dire que la tâche ne va pas être aisée. C'est bien sûr sans compter le talent de la jeune policière qui trouvera rapidement l'aide de ses équipiers. 

Les chapitres sont courts et l'intrigue nous mène à faire une belle promenade dans la ville de Lyon, ses bouchons typiques et ses traboules secrètes. L'écriture de Alfred Lenglet est plaisante et fluide. On ressent aussi son empreinte professionnelle( il est commissaire divisionnaire). Le vocabulaire peut être technique, toutefois le novice ne sera pas noyé dans un langage abscon et incompréhensible. 

J'ai beaucoup aimé suivre Léa et ses collègues dans cette histoire aux multiples rebondissements. Certes, il y a bien des personnages que je trouve un peu caricaturaux (comme le garagiste arménien bien au courant du monde des malfrats ou bien encore le policier des ex-RG) mais cela ne m'a pas du tout dérangé. Ils sont plutôt bien intégrés dans le récit et finalement, ça passe bien. 

La personnalité de Léa est aussi plutôt bien dessinée. Bien que n'ayant pas lu ses premières aventures, je n'ai pas été perdu. L'auteur a fait en sorte de distiller quelques anecdotes de son passé pour mieux l'appréhender. Pour autant, là non plus je n'ai jamais été perdu. Léa est un personnage attachant, bien dans sa peau, ni alcoolique, ni droguée, ni associable. Elle a du caractère, ne se laisse pas faire mais en même temps, elle doute, tâtonne, se pose des questions. 

Peu de temps morts dans ce livre qui se lit très vite. Je l'ai fini en deux jours, ne pouvant m'empêcher de tourner les pages. J'ai été rapidement pris dans l'intrigue et je crois que je vais continuer à découvrir cet auteur par les livres précédents. 

Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 

mardi 9 mai 2017

Le moine et le singe-roi, Olivier Barde Cabuçon, Actes Sud, Actes Noirs.


Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits.
Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu.
La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.








En 2013, j'avais découvert et chroniqué Messe noire ( http://terredunoir.blogspot.fr/2013/05/messe-noire-olivier-barde-cabucon-actes.html) qui représentait la deuxième enquête du commissaire aux morts étranges. Je m'étais promis de suivre cet auteur dont j'avais bien aimé le livre mais force est de constater que finalement, je l'avais oublié. Grave erreur ! Depuis, Olivier Barde Cabuçon ne s'est pas endormi sur ses lauriers et a publié régulièrement de nouvelles aventures du duo qu'il affectionne tant : le chevalier Volnay et le Moine Guillaume. Donc, ce Moine et le singe-roi n'est autre que le sixième roman de la série. 
Après un retour de Venise, c'est à Versailles que se déroule l'intrigue. Le château, la cour de Louis XV, les complots, les faux-semblants, les amitiés qui naissent ou qu'on recherche vont favoriser l'ambiance de ce livre. Un meurtre particulièrement atroce va éveiller la curiosité de Volnay et de son père. L'enquête va commencer dans un climat de suspicion. Dans les jardins du roi, tout le monde peut être coupable. 

Avec sa verve habituelle, ses dialogues habiles, ses reconstitutions historiques et la finesse de ses personnages, l'auteur nous offre un roman passionnant, bien documenté et qui mêle suspens et humour. C'est intelligent et le lecteur en apprend beaucoup sur ce monde de la cour, parasitaire, sans foi ni loi. Comme dans Messe noire, le Moine est mon personnage préféré. Intelligent et impertinent, il dépasses les limites très souvent, quitte à se mettre en danger. Il ne mange pas le pain des courtisans et plus d'une fois, il pourrait se voir allongé sur le billot. D'autant que le lieutenant général de police le déteste. Pourtant, il est un enquêteur exceptionnel. C'est ce qui le sauve. 
Volnay est aussi un personnage intéressant. Plus en retrait, plus droit, il est parfois trop rigide. Il manque un peu de fantaisie mais c'est pour équilibrer les frasques du son père le moine. 
Autour de ce duo emblématique, l'auteur a crée des personnages tous aussi suspects les uns que les autres. On y croise donc une tenancière d'une maison très particulière, un peintre, le chirurgien du roi et de nombreux autres personnalités bien dessinés. 

Le moine et le singe-roi est donc un roman historico-policier très passionnant et très intéressant. Les dialogues font la vraie force de ce livre. A découvrir absolument et je remercie les éditions Actes Sud pour leur confiance.