jeudi 27 avril 2017

Le somnambule, Sébastian Fitzek, éditions de l'Archipel


Enfant, Leo Nader était victime de crises de somnambulisme. Si intenses qu’on l’avait contraint à consulter un psychiatre, le docteur Volwarth. Bien des années plus tard, Leo se croit guéri. Mais, un matin, il découvre que son épouse a été agressée pendant la nuit et qu’elle s’apprête à le quitter. Il tente de la retenir, mais elle s’enfuit. Leo, qui se croit coupable, décide de retourner voir son psy. Ce qu’il va découvrir ira bien au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer…
Avec ce nouveau roman, Sebastian Fitzek renoue avec la veine du thriller psychologique qui avait fait de Thérapie, son premier roman, un succès.





Quand réalité et rêve se confondent



En 2013, j'avais bien aimé "Le voleurs de regards". Depuis, je n'ai pas eu l'occasion de lire cet auteur. C'est donc avec enthousiasme que je me suis plongé dans "Le somnambule" dont le résumé et la couverture m'ont intrigué. Ils suggèrent tous les deux une atmosphère intrigante, oppressante et troublante. 
Léo Nader est une jeune homme au passé trouble et qui doit reprendre contact avec le psychiatre qui l'a suivi durant sa jeunesse. Sa femme vient de quitter leur appartement après une agression dont Léo ne se souvient pas. Est-il le coupable ? C'est ce qu'il croit. Car Léo souffre de somnambulisme et ses crises le laissent sans aucun souvenir. 
Tout le long du roman, l'auteur va transporter le lecteur dans des dédales de réalités et de rêves qu'il ne parviendra plus à différencier. Tout comme Léo qui ne sait plus quand il dort et quand il est réveillé. Il erre dans son appartement autant que dans son subconscient. Il découvre l'horreur au fur et à mesure qu'il avance dans l'immeuble qui va se révéler être un lieu en dehors de l'espace temps. 
Et puis, le roman prend une nouvelle tournure avec l'immeuble que découvre Léo. Derrière son armoire, il trouve une porte qui l'amènera dans un monde souterrain et labyrinthique. Je dois reconnaitre que cette partie du roman m'a moins intéressé. Autant j'avais adoré "les emmurés" de Serge Brussolo, autant là, j'ai eu du mal à suivre Léo dans ses pérégrinations nocturne. 

Le roman est assez court, à peine 300 pages et se lit très vite. Les chapitres aussi sont courts et permettent une lecture plaisante. L'écriture de Sebastian Fitzek est plutôt agréable et distrayante. Pourtant, j'ai ressenti un certain malaise en lisant ce livre. Je n'ai pas vraiment réussi à m'immerger complètement dedans. Je n'ai pas tout compris, il me semble qu'à certains moments, c'est un peu confus. L'auteur est très habile dans son cheminement mais il m'a un peu perdu. C'est probablement volontaire mais risqué. Je me suis demandé à plusieurs reprises où il voulait en venir. 

Pour conclure, j'en ressors avec un sentiment mitigé. C'est un bon livre avec une bonne idée de départ (travailler sur les troubles du sommeil à travers le polar est plutôt original) mais les méandres que nous fait emprunter l'auteur m'ont égaré. Par ailleurs, le côté sado-maso d'un des personnages ne m'a pas convaincu mais plutôt mis mal à l'aise. 

Les remerciements valent le coup d'être lus. L'auteur y explique son cheminement, ce qui est très intéressant pour la compréhension du livre. 

Le somnambule est disponible aux éditions de l'Archipel. 





lundi 24 avril 2017

Ecorchures, Tess Gerritsen, Presses de la cité.


Le taxidermiste et amateur de chasse Leon Gott est retrouvé sauvagement assassiné, son cadavre pendu par les pieds parmi les trophées d'animaux sauvages ornant sa maison de Boston. Quelques jours plus tard, les restes d'une deuxième victime portant des griffures similaires sont découverts. L'inspecteur Jane Rizzoli et le Dr Maura Isles, médecin légiste, comprennent que les meurtres sont liés. Pour débusquer le prédateur qui hante la ville, Jane et Maura devront reprendre une partie de chasse commencée six ans plus tôt : au Bostwana, des touristes participant à un safari avaient tragiquement disparu les uns après les autres. Parmi eux, le fils de Leon Gott... Et si la traque avait repris à Boston ?



Pour cette nouvelle enquête du duo Rizzoli et Isles, Tess Gerritsen nous emmène à travers un monde peuplé de félins. Avec deux récits en parallèle (l'un à Boston et l'autre au Bostwana) l'auteur nous fait rêver et frissonner. 
En effet, le roman débute par le récit de Millie, en safari africain pour ressouder son couple avec Richard, un auteur de thriller légèrement égocentrique. Ils sont accompagnés par plusieurs personnes aux personnalités très éloignées les unes des autres. On a le pisteur, le guide, un couple japonais, un duo de filles et un célibataire sous leur coupe. Millie n'est pas enchanté de se retrouver au milieu de la brousse. La promiscuité, les dangers de la savane, le caractère de plus en plus détestable de son mari, le manque d'hygiène commencent à lui peser. Puis, peu à peu le drame se noue avec la découverte d'un premier mort. Attaqué par un grand félin, il ne reste plus grand chose du pauvre homme. Le safari est plombé. 

Quelques années plus tard, six pour être précis, Rizzoli et Isles enquêtent sur une mort suspecte. Un taxidermiste est retrouvé pendu et éviscéré dans son garage. Vision d'horreur qui les hantera tout au long du récit. L'inspectrice et la légiste vont confronter leur point de vue, parfois elles vont se déchirer. Leur duo fonctionne à merveille. Elles se complètent parfaitement dans ce jeu de piste original. Tess Gerritsen distille fait référence à plusieurs anecdotes développées dans de précédents romans mais le lecteur pourra malgré tout prendre du plaisir à lire ce Ecorchures car l'auteur fait aussi en sorte de ne pas le perdre. C'est subtil et intéressant de voir comment se développe cette relation. 

Les deux récits, on s'en doute, vont se rejoindre pour un final surprenant et haletant. Tess Gerritsen est vraiment un auteur qui sait manier le suspens. Avec ses personnages écorchés et ayant vécus des expériences traumatisantes, elle crée ici une atmosphère étrange et parfois terrifiante. 

J'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me transporter en Afrique au milieu des fauves, en pleine brousse hostile où l'homme n'est pas vraiment à sa place ni à son aise. Ces paragraphes "survival" donnent une touche originale à ce roman policier. Les scènes d'actions à Boston sont aussi passionnantes et j'ai pris du plaisir à retrouver le duo Jane-Maura, toujours aussi intéressantes l'une que l'autre. 

Un roman à découvrir aux éditions Presses de la Cité que je remercie vivement pour leur confiance. 



lundi 10 avril 2017

Dans l'ombre du chaos, Jacques Fache, éditions du lamantin.

Un intrus pénètre dans le système informatique d'un grand laboratoire pharmaceutique ; un incendie dévaste l'entrepôt d'une association humanitaire ; des maladies aussi soudaines que mortelles se déclenchent dans un village malien…
Quel lien peut rassembler ces éléments ? Jean Kerdurec, jeune chercheur impliqué à son insu, veut faire la lumière sur ce qui se trame dans l'ombre du chaos.





Le résumé de couverture nous met directement dans l'ambiance. On va voyager. Pari réussi par l'auteur qui situe son intrigue en France mais qui déroule son récit au Mali et en Bosnie notamment. 
Plusieurs événements apparemment sans lien et à des endroits et des époques différents se succèdent. 
Lentement, tout prend corps avec l'intervention de Jean Kerdurec qui va se plonger dans une enquête dont il perçoit mal les tenants et les aboutissants et qui va le malmener jusque dans les dernières pages. Pour cela, il va s'entourer d'un groupe d'amis aux profils bien distincts et éclectiques : un indien répondant au prénom de Patrick et légèrement hacker sur les bords ; Rajiv lui aussi informaticien et Jali, étudiant Malien très concerné par les problèmes de son village touché par de nombreux décès. 
Tout cela se passe à travers plusieurs grandes entreprise et ONG dont les objectifs sont de fournir des médicaments aux populations en danger. Mais, ce que va découvrir Jean et sa bande fait beaucoup moins rêver et est bien plus effrayant. 

Sur la forme, plusieurs choses. Ce roman est plutôt bien construit et l'auteur déroule son intrigue de manière linéaire avec par ci par là quelques rebondissements. En revanche, les paragraphes sont assez longs et parfois répétitifs. 
J'ai aussi étonné par deux point qui m'ont agacé : la multiplication par l'auteur de l'usage du point d'exclamation. Dans les premières pages, j'ai pu ainsi en compter plus de 6 en quelques lignes. Même si Jacques Fache en utilise moins par la suite, c'est tout le livre qui en est couvert. Pour ma part, je trouve qu'il s'agit d'une maladresse car le récit perd en crédibilité. 
La deuxième chose qui fâche, ce sont les coquilles. Une ou deux laissées dans un texte ne me gêne pas. Par contre ici, j'en ai repéré une dizaine et même si ça ne dérange pas la lecture, ça ne fait pas très professionnel. 

Sur le fond, le roman est intéressant dans le sens où l'on apprend beaucoup de choses. L'auteur développe une intrigue qui amène le lecteur à réfléchir et le fait entrer dans un monde étonnant. L'idée est plutôt bonne mais je trouve qu'au final ce roman manque de punch. Là où on aurait pu avoir un véritable thriller écolo, on se retrouve finalement avec un bon polar assez classique. C'est un peu dommage. On sent toutefois le travail et la connaissance de l'auteur. C'est bien documenté, , l'intrigue est solide mais il manque quelque chose au niveau des personnages notamment. 
En effet, si l'auteur tente de leur donner une personnalité, je trouve qu'il n'est pas allé au bout. Du coup, on apprend peu de choses sur eux et on reste sur notre faim. Peut-être aurait-il fallu en avoir moins et mieux les travailler ? 

En conclusion, Dans l'ombre du chaos est plutôt un bon roman mais dont il manque une dose de piment. 

A découvrir aux éditions du Lamantin. 

mardi 4 avril 2017

La pluie de néon, James Lee Burke, Rivages


Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux les rumeurs qui courent sur lui dans le milieu : sa tête serait mise à prix par des Colombiens. Il semble que Dave ait eu le tort de fourrer son nez là où il ne fallait pas, et d'insister. Deux semaines plus tôt, alors qu'il était en train de pêcher sur le bayou, Dave a en effet trouvé le cadavre à moitié immergé d'une jeune Noire. La police locale a conclu à une noyade accidentelle, mais Robicheaux est persuadé que la jeune fille a été droguée à mort avant d'être jetée à l'eau. Son acharnement à découvrir la vérité provoque une réaction en chaîne de morts violentes et d'atrocités. Ce qui ressemblait, au départ, à une banale affaire de drogue et de prostitution va déboucher sur un important trafic d'armes vers le Nicaragua et mettre en cause des nostalgiques de la grandeur américaine qui ont mal accepté la catastrophe du Viêt-nam. Dave lui-même ne sortira pas indemne des événements qui ramènent à sa mémoire de combattant des souvenirs cauchemardesques de la guerre et le poussent à chercher l'oubli dans des bars miteux, où son reflet dans les miroirs se brouille, comme la pluie mouillée de néon qui frappe les vitres. La Pluie de néon était paru en 1987 sous le titre Légitime défense, dans une version abrégée. Voici le texte intégral du premier volume du cycle Dave Robicheaux (Prisonniers du ciel, Black Cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l'éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City).


La pluie de néon est le premier roman dans lequel apparaît celui qui deviendra un personnage, le charismatique flic Dave Robicheaux. A la manière de James Ellroy qui prend son temps pour décrire des personnages et des situations, James Lee Burke tricote ses héros avec poésie et force en même temps. 
Dès le début du roman, on est envoûté par l'ambiance que décrit Burke. Il est vrai que les lieux se prêtent aux mystères : la Nouvelle Orléans, les bayous et la Louisiane servent de décor à ses romans. C'est énigmatique et puissant. 
Ensuite, il y a l'intrigue. Robicheaux apprend de la voix d'un condamné à mort qu'il est en sursis, que les colombiens veulent sa peau. Mais que viennent faire les colombiens en Louisiane ? Quels sont leurs complices ? C'est ce que va essayer de découvrir Dave dont les pratiques, peu réglementaires, vont le mettre sur la touche. En effet, Robicheaux n'est pas un tendre ni même très attaché aux règles quand celles-ci l'empêchent d'avancer. Mais il est loyal et juste. C'est ce qui fait sa force. 
Donc il avance même quand il doit rendre sa plaque de flic. 

Et puis, il y a l'écriture de Burke. La pluie de néon n'est pas un simple polar. C'est un très bon roman servi par une écriture fine et poétique. Une bonne entrée en matière pour découvrir l'univers de James Lee Burke.