dimanche 17 septembre 2017

Je suis innocent, Thomas Fecchio, Ravet-Anceau, polars en nord


Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Dans un état de semi-conscience, le quinquagénaire a le temps d’apercevoir leurs brassards siglés « police ». Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans passés derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viols à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons, a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort. Pour la Justice, pour les médias et pour les politiques, le récidiviste devient le suspect idéal. Pourtant, Germain doute de la culpabilité de l’interpellé qui ne cesse de répéter « Je suis innocent ». Mais l’engrenage est enclenché. À ce stade, Boyer n’a plus qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.


Pour son premier roman, Thomas Fecchio fait preuve de beaucoup d'audace. Dans une intrigue assez classique, il met en scène des personnages singuliers et atypiques. Tout d'abord Boyer qui a purgé plus de trente ans de prison pour "crimes passionnels", une crapule doublé d'un meurtrier, qui se retrouve être le personnage principal de ce roman. On trouve aussi le capitaine Germain, jeune, inexpérimenté et que personne ne respecte et écoute. Un type assez fade mais intelligent. Autour de ces deux héros, gravite une foule d'individus aux caractères bien dessinés. Rien n'est simple et lorsque la machine judiciaire se met en route, personne ne peut l'arrêter. Pas même le capitaine de police dont les longues entrevues avec le divisionnaire ressemblent à une initiation. 
L'opinion publique veut un coupable, la justice aussi. La police va le leur donner même si la culpabilité de Boyer n'est pas évidente. On prend l'enquête à l'envers. On a un nom, il ne reste plus qu'à lui coller les preuves qui le plomberont. 
Germain a des doutes, il est bien le seul. Isolé, il prend parti. Un parti bien mal engagé mais il tiendra bon. C'est ce qui est intéressant dans ce roman. Malgré sa fragilité (apparente) le capitaine Germain tient la barre. Malgré ses doutes, la pression de sa hiérarchie, le manque de preuves, il va suivre son instinct pour faire éclater la vérité. 

J'ai plutôt bien aimé ce roman pour ces différents aspects même si je n'ai éprouvé aucune empathie pour Boyer. Pour moi, il restera un être abject qui n'a d'autres excuses que "ma mauvaise étoile". 
Un peu facile. 
Cependant, je suis resté un peu perplexe sur la fin du roman. Sans vouloir dévoiler l'intrigue, j'ai été un peu déçu par le dénouement que je n'ai pas trouvé très réaliste. Le coup de théâtre n'est pas tout à fait à la hauteur du reste du livre. Enfin, ce n'est que mon point de vue. 
Je remercie Thomas Fecchio de m'avoir fait découvrir son roman qui est peut-être le début d'une longue série. En tout cas, je lui souhaite une belle carrière littéraire. 
Ce roman est à découvrir aux éditions Ravet-Anceau. 









samedi 9 septembre 2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion





      «- Trois morts, c'est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n'est pas de notre compétence.
      - Ce qu'il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J'ai donc rendez-vous demain au Muséum d'Histoire naturelle.
      - Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais
      dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
      - Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
      - Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l'araignée recluse?»




      Quel plaisir de retrouver Fred Vargas en si bonne forme. Je l'avais laissé il y a plusieurs années car je trouvais que les ficelles étaient quand même bien difficiles à avaler. Trop de coïncidences bien heureuses, trop de trucs faciles. J'avais lâché l'auteur. Ce qui m'a fait revenir ? Les recluses. Arachnophobe moi-même, les araignées exercent sur moi une sorte de fascination. Donc, je n'ai pas hésité longtemps avant de me jeter dans la lecture des nouvelles aventures d'Adamsberg.
      Tout d'abord, l'intrigue est passionnante. L'auteur part d'un faits divers pour construire une histoire sordide qu'elle déroule petit à petit. Le commissaire sent quelque chose. Il y a un truc qu'il ressent. Il sent le crime.
      Et c'est là que ses ennuis commencent. Comment faire adhérer ses équipiers à sa théorie. Une araignée tue des vieux dans le sud de la France. C'est de la science fiction. C'est complètement farfelu ! Danglard lui-même n'y croit pas. L'équipe doit choisir, la cohésion est mise à mal. Le fidèle Danglard prend une place qu'il n'a pas l'habitude d'occuper. Il devient le trublion. La cause du mal. Le commissaire est ébranlé mais ne démord (sans jeu de mots) pas.

      Il y a toute une galerie de personnages fascinants dans ce roman. Fred Vargas prend son temps pour bien les analyser et l'on va de surprise en surprise jusqu'à la révélation finale.

      J'ai aussi particulièrement apprécié le travail sur la sémantique et sur l'étymologie de certains noms de famille. Je dois dire que l'auteur a réalisé ici un travail très intéressant et bien fourni.

      En revanche, j'ai trouvé le commissaire un peu en dessous de mes attentes. Il réfléchit bien, possède toujours une intuition qui fait mouche mais là, il est légèrement moins cultivé que d'habitude. Ses quelques ignorances sur des mots courants m'ont laissé perplexe (par exemple, il ne connaît pas le mot arachnophobe !). J'aurais bien aimé le voir plus vif.

      Pour conclure, j'ai passé un excellent moment avec ces recluses. A lire, allongé dans l'herbe.





      jeudi 24 août 2017

      A bout de course, Richard Stark, Rivages noirs


      Après avoir dû renoncer à un casse parce qu'un complice portait un micro, Parker voit un coup formidable compromis par une stupide maladresse. Mais la poisse le poursuit. Lorsqu'un tueur à gages puis les flics s'en mêlent, la situation devient incontrôlable.
      "Stark emploie son intelligence supérieure et sa virtuosité... Du grand art." (New York Times Book Review)



      Richard Stark (alias Donald Westlake) a publié plusieurs romans mettant en scène un personnage singulier, Parker, braqueur de son état. 
      Dans cette nouvelle aventure, le hasard le met sur un nouveau coup : le braquage de camions blindés. Tout paraît simple mais comme souvent avec Parker, tout va aller de travers et il va devoir régler les problèmes les uns après les autres pour parvenir à ses fins. 
      L'intrigue est simple mais efficace. L'auteur veut faire vite et ne se perd pas dans de nombreuses descriptions. Il souhaite aller à l'essentiel et y parvient sans toutefois sacrifier la langue. Richard Stark  est un maître, très doué et ce n'est pas parce qu'il n'entre pas dans les détails que son livre est moins bon. Au contraire, là c'est du haut vol. On ne s'ennuie pas une seule seconde et même si Parker est un braqueur, on se prend d'amitié pour lui. On compatit car c'est un personnage avec des vraies valeurs. Il n'est pas violent sans raison. Tout ce qu'il fait est réfléchi et il doit composer avec la malchance ou la maladresse de ses complices. Alors, même si notre morale nous l'interdit, on voudrait qu'il réussisse son coup et on coupe notre respiration. 
      A bout de course est un excellent roman et une lecture parfaite pour cette fin de vacances. 

      mercredi 23 août 2017

      Black Cherry Blues, James Lee Burke, Rivages noir


      Sous le territoire Indien des Pieds Noirs se trouvent des réserves de gaz naturel que l'on estime à plusieurs millions de dollars. La compagnie de forage, qui les convoite, n'hésite pas à éliminer les militants indiens qui se dressent contre elle. En voulant aider un de ses amis impliqué dans l'affaire, Dave Robicheaux se trouve pris dans un tourbillon de violence et n'a pour soutien que "le peuple de l'eau" et "les voix qui parlent sous la pluie", celles de sa femme assassinée et de son père déchiqueté dans une explosion.
       
      Black Cherry Blues a remporté le Grand Prix de la Littérature Policière 1992, ainsi que le Prix Mystère de la Critique.


      Dave Robicheaux est un personnage complexe donc forcément intéressant. Même si je n'adhère pas à tout ce qu'il décide de faire, même si je réprouve certains de ses actes (il n'hésite pas à appeler les flics pour parler des agissements d'anciens collègues, je trouve ça moyen mais il a ses raisons), je l'aime bien. Pour cette troisième enquête, il va être amené à quitter sa Louisiane pour partir régler ses problèmes dans le Montana, à Missoula, cette ville que chérit James Lee Burke. Au coeur des territoires indiens, il se passe des choses pas catholiques et le "patron" du coin n'y est pas étranger. 
      Pour ceux qui connaissent Robicheaux, ils se doutent que notre ami va fouiner partout et s'attirer de sérieux ennuis. Ils auraient raison. C'est ce qui se passe car on ne peut pas se permettre de marcher sur les plates-bandes du parrain des lieux sans égratignure. 
      Cet ouvrage a remporté deux prix majeurs en 1992 et c'est amplement mérité. On retrouve ici l'empreinte de James Lee Burke qui n'écrit pas qu'un roman policier. Comme toujours, il décrit beaucoup, prend son temps, dérive parfois dans la contemplation, c'est beau, poétique aussi. Et puis, tout à coup, ça part comme un coup de revolver, les événements s'enchaînent rapidement, les pièges se referment sur les protagonistes, les acculant dans des impasses sordides et il faut toute la finesse de l'auteur pour les en sortir. 

      Autour de Dave, il y a pléiade de personnages intéressants. Le méchant Sally, bien sûr mais il y a aussi Tess, attendrissante et méfiante. On retrouve aussi avec plaisir la jeune Allafair, qui subit mais malgré ses doutes, elle est toujours aux côtés de Dave. Le vieil ami chanteur, perdu, à la recherche d'une gloire passée. Et bien d'autres...

      Black cherry blues est un roman passionnant qui n' a pas pris une ride depuis 1992 et dont je vous conseille vivement la lecture. 

      vendredi 30 juin 2017

      Selfies, Jussi Adler Olsen, Albin Michel


      Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d'une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu'elles sont la cible d'une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une. L'inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Morck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s'il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte. Mais Rose, plus que jamais indispensable, sombre dans la folie, assaillie par les fantômes de son passé...






      Septième roman mettant en scène le département V, Selfies dénote un peu dans la série dans le sens où il n'est pas tout  fait question de Cold case, comme ce qui a fait le succès des précédents livres. Ce qui m'a laissé un sentiment mitigé. Je m'explique.

      On ne peut pas totalement oublier que Selfies fait partie d'une série dans laquelle on retrouve les mêmes personnages. Ceux-ci évoluent depuis Miséricorde. Ils avancent dans leur vie, progressent, changent de direction... Il vaut donc mieux lire les autres pour bien s'approprier celui-ci. Pour mieux comprendre leur psychologie, leur histoire et leurs relations. On retrouve Carl Morck et Assad, plus enragés que jamais, Gordon est aussi là même si son rôle est encore restreint. D'autres personnages sont bien présents : Hardy, Marcus et Lars Bjorn et Rose autour de laquelle une seconde histoire se greffe.

      Donc, ce roman doit être vu et lu comme une partie d'un ensemble. Pourtant, bien j'ai aimé cette lecture, je n'ai pas pu faire l'impasse sur le fait que le Cold case n'y est pas. Ce qui a fait l'essence de cette série jusqu'à présent et qui m'a bien accroché n'y est pas. C'est dommage car même si l'auteur fait référence à un ancien meurtre non résolu, cette ficelle me paraît bien dure à avaler.

      A ce titre, la coïncidence de voisinage entre deux personnages (que je ne préfère pas citer pour ne pas trop en dévoiler) est là aussi indigeste. Comme par hasard, je dirais...

      Quelques maladresses cependant l'ensemble est plutôt intéressant et palpitant. J'ai bien aimé le personnage de Rose, dont on apprend beaucoup. En revanche, Assad possède toujours sa part de mystère même s'il dévoile parfois certains indices sur son passé.

      Un roman en demi-teinte. Selfies est un très bon thriller mais qu'on ne peut séparer des autres de la série dont il n'est pas le meilleur.

      A lire aux éditions Albin Michel.

      La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, Agulo éditions


      À quelques jours de Noël, alors que la morsure du froid envahit Parme, Ghitta Tagliavini, 
      la vieille propriétaire d'une pension du centre-ville est retrouvée assassinée dans son appartement. L'enquête est confiée au commissaire Soneri mais cette affaire fait ressurgir un drame enfoui : c'est dans cette pension pour étudiants de la via Saffi qu'il rencontra jadis sa femme, Ada, tragiquement disparue peu après leur mariage. 

      En s'enfonçant dans le brouillard épais comme on traverserait un miroir, Soneri va découvrir un univers bien plus sordide que ses souvenirs. L'aimable logeuse se révèle être une femme sans scrupules, enrichie par la pratique d'avortements clandestins et derrière la modeste pension, se cache en réalité un monde vivant de haine et de chantage, frayant avec le cynisme de cercles politiques corrompus. 

      Pour trouver l'assassin, le commissaire devra se confronter à l'épreuve du temps et à la vérité sur la vie et la mort d'Ada. Car qui est cet homme qui pose à côté d'elle sur cette photographie jaunie ?  

      Une nouvelle enquête du commissaire Soneri très attendue après le succès du premier tome,  Le Fleuve des brumes





      Dès les premières lignes, j'ai été happé par l'écriture de Valerio Varesi. Comme pour "Le fleuve des brumes" que j'avais beaucoup aimé, j'ai ressenti à la lecture de "La pension de la Via Saffi" le même sentiment. L'auteur m'a conquit immédiatement. Il réussit parfaitement à poser le cadre de son intrigue dès les premiers mots. Et pourtant, le départ ne paie pas de mine.
      Une dame âgée vient au commissariat signaler la disparition de son amie et voisine dont elle n'a plus de nouvelles depuis plusieurs jours.

      " Comme d'habitude, ce devait être une personne morte chez elle. Une vieille femme seule, un malaise...Ce que les journaux appellent "la tragédie de la solitude"."

      Elle souhaite parler au commissaire Soneri mais celui-ci préfère que ce soit son adjoint qui s'en charge. Cette décision, il la regrettera plus tard. Il flaire malgré tout le mauvais coup. Il a un mauvais pressentiment. Il part donc à la suite de cette dame qu'il ne retrouvera pas non plus.

      Le point de départ est donc assez simple et pourrait laisser le lecteur indifférent. Mais l'écriture poétique et mélancolique de Valerio Varesi est là :

      "Il fut accueilli par la chaleur d'un poêle à gaz dans lequel dansait une flamme bleue. Là non plus, rien n'avait vraiment changé."

      Car dans ce roman, L'auteur va chercher le passé du flegmatique commissaire Soneri. Il se balade dans les rues comme il se promène dans son passé. Il emprunte des rues secondaires comme il circule dans les limbes de ses souvenirs. Parfois douloureux. Il repense à sa femme, Ada, décédée quelques années plus tôt et avec qui il a connu la Via Saffi. Tout le ramène dans cette pension.
      Véritable roman policier, la pension de la Via Saffi est aussi un roman émouvant et sensible qui met en scène de nombreux personnages tout aussi complexe les uns que les autres.

      Dans cette Parme qu'il ne reconnaît qu'à moitié, le commissaire rencontre des personnalités énigmatiques et qui portent toutes de lourds secrets qu'il va devoir percer pour découvrir le coupable tant recherché.

      Depuis leur naissance, il y a peu, les éditions Agulo nous offrent de magnifiques romans, pleins de surprises, atypiques et qui plaisent aux lecteurs. Cerise sur le gâteau, l'objet-livre est superbe lui aussi. Le grain de la page, la texture de la couverture, le bandeau avec le titre contient également une recette  de cuisine. La classe se retrouve dans les détails. Agulo frappe fort.

      Je tiens aussi à féliciter le travail de Florence Rigollet qui a réussi à faire passer les émotions de Valerio Varesi. Sa traduction est si fine que j'ai pu ressentir toute la poésie de l'auteur. Et ce ne devait pas être une mince affaire !

      Un roman à découvrir et un auteur  à suivre absolument.








      mardi 30 mai 2017

      L'empire des Pyhré, Quentin Alexandre, Editions du Lamantin


      Le 25 décembre au matin, Stanislas Pyhré découvre son frère pendu dans le hall de la demeure familiale. Mais Erik s'est-il vraiment suicidé ? Stanislas est prêt à tout pour démontrer le contraire, quitte à fouiller les secrets de cette grande famille lyonnaise. Parents, oncle, tante, cousins,...




      Premier roman de Quentin Alexandre, présenté en quatrième de couverture comme étant un Lyonnais qui travaille dans le domaine juridique. 
      Parfois il y a des coïncidences dans la vie. Après avoir lu et chroniqué Temps de haine de Alfred Lenglet, je reviens à Lyon, ville que j'ai moi-même habitée. Quentin Alexandre nous emmène donc  dans la capitale des Gaules avec un récit familial dont on ressent parfaitement les influences classiques du roman policier. Hercule Poirot et Miss Marple n'ont qu'à bien se tenir. 
      Le point de départ ? Un homme est retrouvé pendu dans la demeure familiale le jour de noël. C'est son frère, Stan, qui fait l'horrible découverte. La tête encore embrumée par l'alcool du repas de la veille, il le décrochera. Traumatisant, tellement absurde qu'il est persuadé qu'il s'agit d'un meurtre. Il est bien seul à le croire car même le commissaire chargé de l'enquête conclut au suicide. 
      Commence donc pour Stan et sa petite amie une enquête laborieuse qui les mènera dans les nons-dits familiaux, les secrets inavouables et les méandres des notables lyonnais. 

      Une intrigue qui aurait pu être passionnante. En effet, il est toujours intéressant de plonger dans des secrets familiaux au coeur d'une ville qui bouge mais finalement, l'auteur ne parvient pas vraiment à accrocher le lecteur que je suis. J'ai en effet éprouvé quelques difficultés à entrer pleinement dans ce récit. 
      Les personnages sont dessinés, certes. Pourtant, il manque un supplément d'âme. On dirait que c'est trop convenu, comme si l'auteur voulait écrire un roman à la trame classique (on remarque bien qu'il a lu et beaucoup de bons auteurs) mais que la recette ne prend pas tout à fait. Sentiment étrange. Tout comme les dialogues, là encore trop convenus et à la limite de la mièvrerie entre Stan et sa petite amie qui ponctuent chaque phrase par des "mon amour" qui m'ont finalement agacé. 

      Un premier roman de qualité mais qui souffre encore de quelques défauts que l'auteur, j'en suis persuadé, pourra corriger aisément. 







      lundi 22 mai 2017

      Demandez au perroquet, Richard Stark, Rivages/noir.



      Un homme court à travers la campagne pour échapper aux chiens qui ont flairé sa piste et à l'hélicoptère qui tourne dans le ciel. Le fuyard s'appelle Parker, il vient de braquer une banque. Au sommet d'une colline, il tombe sur un inconnu en tenue de chasseur qui le fait monter dans sa voiture et l'emmène chez lui par des chemins forestiers, échappant ainsi aux barrages de la police. Lindahl - c'est le nom du chasseur - vit dans un garage converti en habitation. L'intérieur est sommairement meublé. Sur le poste de télévision allumé en permanence, trône une grande cage abritant un perroquet. Lindhal est un homme en colère et il voit en Parker l'occasion d'assouvir une vengeance. 

      La présence de Parker va bouleverser sa vie à un point qu'il n'imaginait pas. 

      « Qu'est-ce qui peut expliquer que ces romans soient si plaisants à lire (ou à relire) ? Au final, c'est Parker. Même quand on sait ce qu'il va faire, c'est tout simplement fascinant de le regarder faire. » (Lawrence Block) « Les romans consacrés à Parker, le professionnel du crime, sont à mon avis des chefs-d'oeuvre qui transcendent la fiction policière pour la hisser au rang de littérature. » (John Banville)


      Richard Stark est le pseudonyme de Donald Westlake qui a créé le personnage de Parker en 1962. Ce roman, initialement publié en France en 2012, vient de faire l'objet d'une réédition poche toujours chez le même éditeur Payot-Rivages/noir.
      Tout d'abord, je dois dire que j'ai été très attiré par la couverture. Colorée et attirante, elle détonne avec le côté polar du récit. 
      Ensuite, je voulais découvrir Richard Stark (que je n'ai encore jamais lu) et son personnage de gangster Parker. Un bandit-cambrioleur à l'ancienne. Ses méthodes sont parfois rudes mais il a encore des valeurs. Il fait ce qu'il a dit qu'il ferait mais ne tue que par obligation. Donc, Parker est dans de sales draps lorsqu'on entame la lecture de ce livre qui fait suite au roman intitulé "A bout de course" publié en France en 2013. Après un cambriolage, il est traqué et s'enfuit dans les collines dans lesquelles il est recueilli par un type étrange, ermite sur les bords, Tom Lindhall. Ensemble, ils ne vont pas se reposer sur leurs lauriers ou se planquer. Ils vont fomenter un nouveau plan.
      Avec la force des ses dialogues, la finesse de ses descriptions et son intrigue, ce livre permet à l'auteur de décrire l'Amérique rurale et d'évoquer aussi le droit de porter une arme.
      Un roman passionnant et haletant à découvrir absolument et qui m'a donné envie de prolonger l'expérience Parker et de lire les précédents épisodes.
      Je remercie les éditions Payot-Rivages pour leur confiance. 



      dimanche 21 mai 2017

      Temps de haine, Alfred Lenglet, Calmann Lévy.


      Léa Ribaucourt, capitaine de police, est mutée à Lyon.
      Comme le veut la tradition à la brigade criminelle, on confie à la nouvelle arrivante une affaire non élucidée. Il s’agit d’un meurtre datant de l’année précédente. La victime est un jeune délinquant abattu d’une balle de 22 long rifle au pied d’un immeuble HLM de Bron.
      Léa se lance à corps perdu dans son enquête mais ne tarde pas à déchanter : aucune piste n’émerge de ses propres investigations. Alors qu’elle craint d’inaugurer par un échec ses nouvelles fonctions, un événement relance l’affaire : un an après, jour pour jour, un meurtre est commis, en tous points identique à celui de Bron. Léa reprend espoir. Elle ignore le pouvoir de nuisance de l’assassin qu’elle va débusquer…




      Je découvre cet auteur et ses personnages récurrents avec ce Temps de haine dont l'intrigue se déroule à Lyon. Un cold case en guise de bizutage ou de rite de passage pour Léa Ribaucourt quand elle prend son poste dans la capitale des Gaules. Le meurtre non élucidé un an auparavant d'un jeune délinquant. Autant dire que la tâche ne va pas être aisée. C'est bien sûr sans compter le talent de la jeune policière qui trouvera rapidement l'aide de ses équipiers. 

      Les chapitres sont courts et l'intrigue nous mène à faire une belle promenade dans la ville de Lyon, ses bouchons typiques et ses traboules secrètes. L'écriture de Alfred Lenglet est plaisante et fluide. On ressent aussi son empreinte professionnelle( il est commissaire divisionnaire). Le vocabulaire peut être technique, toutefois le novice ne sera pas noyé dans un langage abscon et incompréhensible. 

      J'ai beaucoup aimé suivre Léa et ses collègues dans cette histoire aux multiples rebondissements. Certes, il y a bien des personnages que je trouve un peu caricaturaux (comme le garagiste arménien bien au courant du monde des malfrats ou bien encore le policier des ex-RG) mais cela ne m'a pas du tout dérangé. Ils sont plutôt bien intégrés dans le récit et finalement, ça passe bien. 

      La personnalité de Léa est aussi plutôt bien dessinée. Bien que n'ayant pas lu ses premières aventures, je n'ai pas été perdu. L'auteur a fait en sorte de distiller quelques anecdotes de son passé pour mieux l'appréhender. Pour autant, là non plus je n'ai jamais été perdu. Léa est un personnage attachant, bien dans sa peau, ni alcoolique, ni droguée, ni associable. Elle a du caractère, ne se laisse pas faire mais en même temps, elle doute, tâtonne, se pose des questions. 

      Peu de temps morts dans ce livre qui se lit très vite. Je l'ai fini en deux jours, ne pouvant m'empêcher de tourner les pages. J'ai été rapidement pris dans l'intrigue et je crois que je vais continuer à découvrir cet auteur par les livres précédents. 

      Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 

      mardi 9 mai 2017

      Le moine et le singe-roi, Olivier Barde Cabuçon, Actes Sud, Actes Noirs.


      Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits.
      Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu.
      La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.








      En 2013, j'avais découvert et chroniqué Messe noire ( http://terredunoir.blogspot.fr/2013/05/messe-noire-olivier-barde-cabucon-actes.html) qui représentait la deuxième enquête du commissaire aux morts étranges. Je m'étais promis de suivre cet auteur dont j'avais bien aimé le livre mais force est de constater que finalement, je l'avais oublié. Grave erreur ! Depuis, Olivier Barde Cabuçon ne s'est pas endormi sur ses lauriers et a publié régulièrement de nouvelles aventures du duo qu'il affectionne tant : le chevalier Volnay et le Moine Guillaume. Donc, ce Moine et le singe-roi n'est autre que le sixième roman de la série. 
      Après un retour de Venise, c'est à Versailles que se déroule l'intrigue. Le château, la cour de Louis XV, les complots, les faux-semblants, les amitiés qui naissent ou qu'on recherche vont favoriser l'ambiance de ce livre. Un meurtre particulièrement atroce va éveiller la curiosité de Volnay et de son père. L'enquête va commencer dans un climat de suspicion. Dans les jardins du roi, tout le monde peut être coupable. 

      Avec sa verve habituelle, ses dialogues habiles, ses reconstitutions historiques et la finesse de ses personnages, l'auteur nous offre un roman passionnant, bien documenté et qui mêle suspens et humour. C'est intelligent et le lecteur en apprend beaucoup sur ce monde de la cour, parasitaire, sans foi ni loi. Comme dans Messe noire, le Moine est mon personnage préféré. Intelligent et impertinent, il dépasses les limites très souvent, quitte à se mettre en danger. Il ne mange pas le pain des courtisans et plus d'une fois, il pourrait se voir allongé sur le billot. D'autant que le lieutenant général de police le déteste. Pourtant, il est un enquêteur exceptionnel. C'est ce qui le sauve. 
      Volnay est aussi un personnage intéressant. Plus en retrait, plus droit, il est parfois trop rigide. Il manque un peu de fantaisie mais c'est pour équilibrer les frasques du son père le moine. 
      Autour de ce duo emblématique, l'auteur a crée des personnages tous aussi suspects les uns que les autres. On y croise donc une tenancière d'une maison très particulière, un peintre, le chirurgien du roi et de nombreux autres personnalités bien dessinés. 

      Le moine et le singe-roi est donc un roman historico-policier très passionnant et très intéressant. Les dialogues font la vraie force de ce livre. A découvrir absolument et je remercie les éditions Actes Sud pour leur confiance. 


      jeudi 27 avril 2017

      Le somnambule, Sébastian Fitzek, éditions de l'Archipel


      Enfant, Leo Nader était victime de crises de somnambulisme. Si intenses qu’on l’avait contraint à consulter un psychiatre, le docteur Volwarth. Bien des années plus tard, Leo se croit guéri. Mais, un matin, il découvre que son épouse a été agressée pendant la nuit et qu’elle s’apprête à le quitter. Il tente de la retenir, mais elle s’enfuit. Leo, qui se croit coupable, décide de retourner voir son psy. Ce qu’il va découvrir ira bien au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer…
      Avec ce nouveau roman, Sebastian Fitzek renoue avec la veine du thriller psychologique qui avait fait de Thérapie, son premier roman, un succès.





      Quand réalité et rêve se confondent



      En 2013, j'avais bien aimé "Le voleurs de regards". Depuis, je n'ai pas eu l'occasion de lire cet auteur. C'est donc avec enthousiasme que je me suis plongé dans "Le somnambule" dont le résumé et la couverture m'ont intrigué. Ils suggèrent tous les deux une atmosphère intrigante, oppressante et troublante. 
      Léo Nader est une jeune homme au passé trouble et qui doit reprendre contact avec le psychiatre qui l'a suivi durant sa jeunesse. Sa femme vient de quitter leur appartement après une agression dont Léo ne se souvient pas. Est-il le coupable ? C'est ce qu'il croit. Car Léo souffre de somnambulisme et ses crises le laissent sans aucun souvenir. 
      Tout le long du roman, l'auteur va transporter le lecteur dans des dédales de réalités et de rêves qu'il ne parviendra plus à différencier. Tout comme Léo qui ne sait plus quand il dort et quand il est réveillé. Il erre dans son appartement autant que dans son subconscient. Il découvre l'horreur au fur et à mesure qu'il avance dans l'immeuble qui va se révéler être un lieu en dehors de l'espace temps. 
      Et puis, le roman prend une nouvelle tournure avec l'immeuble que découvre Léo. Derrière son armoire, il trouve une porte qui l'amènera dans un monde souterrain et labyrinthique. Je dois reconnaitre que cette partie du roman m'a moins intéressé. Autant j'avais adoré "les emmurés" de Serge Brussolo, autant là, j'ai eu du mal à suivre Léo dans ses pérégrinations nocturne. 

      Le roman est assez court, à peine 300 pages et se lit très vite. Les chapitres aussi sont courts et permettent une lecture plaisante. L'écriture de Sebastian Fitzek est plutôt agréable et distrayante. Pourtant, j'ai ressenti un certain malaise en lisant ce livre. Je n'ai pas vraiment réussi à m'immerger complètement dedans. Je n'ai pas tout compris, il me semble qu'à certains moments, c'est un peu confus. L'auteur est très habile dans son cheminement mais il m'a un peu perdu. C'est probablement volontaire mais risqué. Je me suis demandé à plusieurs reprises où il voulait en venir. 

      Pour conclure, j'en ressors avec un sentiment mitigé. C'est un bon livre avec une bonne idée de départ (travailler sur les troubles du sommeil à travers le polar est plutôt original) mais les méandres que nous fait emprunter l'auteur m'ont égaré. Par ailleurs, le côté sado-maso d'un des personnages ne m'a pas convaincu mais plutôt mis mal à l'aise. 

      Les remerciements valent le coup d'être lus. L'auteur y explique son cheminement, ce qui est très intéressant pour la compréhension du livre. 

      Le somnambule est disponible aux éditions de l'Archipel. 





      lundi 24 avril 2017

      Ecorchures, Tess Gerritsen, Presses de la cité.


      Le taxidermiste et amateur de chasse Leon Gott est retrouvé sauvagement assassiné, son cadavre pendu par les pieds parmi les trophées d'animaux sauvages ornant sa maison de Boston. Quelques jours plus tard, les restes d'une deuxième victime portant des griffures similaires sont découverts. L'inspecteur Jane Rizzoli et le Dr Maura Isles, médecin légiste, comprennent que les meurtres sont liés. Pour débusquer le prédateur qui hante la ville, Jane et Maura devront reprendre une partie de chasse commencée six ans plus tôt : au Bostwana, des touristes participant à un safari avaient tragiquement disparu les uns après les autres. Parmi eux, le fils de Leon Gott... Et si la traque avait repris à Boston ?



      Pour cette nouvelle enquête du duo Rizzoli et Isles, Tess Gerritsen nous emmène à travers un monde peuplé de félins. Avec deux récits en parallèle (l'un à Boston et l'autre au Bostwana) l'auteur nous fait rêver et frissonner. 
      En effet, le roman débute par le récit de Millie, en safari africain pour ressouder son couple avec Richard, un auteur de thriller légèrement égocentrique. Ils sont accompagnés par plusieurs personnes aux personnalités très éloignées les unes des autres. On a le pisteur, le guide, un couple japonais, un duo de filles et un célibataire sous leur coupe. Millie n'est pas enchanté de se retrouver au milieu de la brousse. La promiscuité, les dangers de la savane, le caractère de plus en plus détestable de son mari, le manque d'hygiène commencent à lui peser. Puis, peu à peu le drame se noue avec la découverte d'un premier mort. Attaqué par un grand félin, il ne reste plus grand chose du pauvre homme. Le safari est plombé. 

      Quelques années plus tard, six pour être précis, Rizzoli et Isles enquêtent sur une mort suspecte. Un taxidermiste est retrouvé pendu et éviscéré dans son garage. Vision d'horreur qui les hantera tout au long du récit. L'inspectrice et la légiste vont confronter leur point de vue, parfois elles vont se déchirer. Leur duo fonctionne à merveille. Elles se complètent parfaitement dans ce jeu de piste original. Tess Gerritsen distille fait référence à plusieurs anecdotes développées dans de précédents romans mais le lecteur pourra malgré tout prendre du plaisir à lire ce Ecorchures car l'auteur fait aussi en sorte de ne pas le perdre. C'est subtil et intéressant de voir comment se développe cette relation. 

      Les deux récits, on s'en doute, vont se rejoindre pour un final surprenant et haletant. Tess Gerritsen est vraiment un auteur qui sait manier le suspens. Avec ses personnages écorchés et ayant vécus des expériences traumatisantes, elle crée ici une atmosphère étrange et parfois terrifiante. 

      J'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me transporter en Afrique au milieu des fauves, en pleine brousse hostile où l'homme n'est pas vraiment à sa place ni à son aise. Ces paragraphes "survival" donnent une touche originale à ce roman policier. Les scènes d'actions à Boston sont aussi passionnantes et j'ai pris du plaisir à retrouver le duo Jane-Maura, toujours aussi intéressantes l'une que l'autre. 

      Un roman à découvrir aux éditions Presses de la Cité que je remercie vivement pour leur confiance. 



      lundi 10 avril 2017

      Dans l'ombre du chaos, Jacques Fache, éditions du lamantin.

      Un intrus pénètre dans le système informatique d'un grand laboratoire pharmaceutique ; un incendie dévaste l'entrepôt d'une association humanitaire ; des maladies aussi soudaines que mortelles se déclenchent dans un village malien…
      Quel lien peut rassembler ces éléments ? Jean Kerdurec, jeune chercheur impliqué à son insu, veut faire la lumière sur ce qui se trame dans l'ombre du chaos.





      Le résumé de couverture nous met directement dans l'ambiance. On va voyager. Pari réussi par l'auteur qui situe son intrigue en France mais qui déroule son récit au Mali et en Bosnie notamment. 
      Plusieurs événements apparemment sans lien et à des endroits et des époques différents se succèdent. 
      Lentement, tout prend corps avec l'intervention de Jean Kerdurec qui va se plonger dans une enquête dont il perçoit mal les tenants et les aboutissants et qui va le malmener jusque dans les dernières pages. Pour cela, il va s'entourer d'un groupe d'amis aux profils bien distincts et éclectiques : un indien répondant au prénom de Patrick et légèrement hacker sur les bords ; Rajiv lui aussi informaticien et Jali, étudiant Malien très concerné par les problèmes de son village touché par de nombreux décès. 
      Tout cela se passe à travers plusieurs grandes entreprise et ONG dont les objectifs sont de fournir des médicaments aux populations en danger. Mais, ce que va découvrir Jean et sa bande fait beaucoup moins rêver et est bien plus effrayant. 

      Sur la forme, plusieurs choses. Ce roman est plutôt bien construit et l'auteur déroule son intrigue de manière linéaire avec par ci par là quelques rebondissements. En revanche, les paragraphes sont assez longs et parfois répétitifs. 
      J'ai aussi étonné par deux point qui m'ont agacé : la multiplication par l'auteur de l'usage du point d'exclamation. Dans les premières pages, j'ai pu ainsi en compter plus de 6 en quelques lignes. Même si Jacques Fache en utilise moins par la suite, c'est tout le livre qui en est couvert. Pour ma part, je trouve qu'il s'agit d'une maladresse car le récit perd en crédibilité. 
      La deuxième chose qui fâche, ce sont les coquilles. Une ou deux laissées dans un texte ne me gêne pas. Par contre ici, j'en ai repéré une dizaine et même si ça ne dérange pas la lecture, ça ne fait pas très professionnel. 

      Sur le fond, le roman est intéressant dans le sens où l'on apprend beaucoup de choses. L'auteur développe une intrigue qui amène le lecteur à réfléchir et le fait entrer dans un monde étonnant. L'idée est plutôt bonne mais je trouve qu'au final ce roman manque de punch. Là où on aurait pu avoir un véritable thriller écolo, on se retrouve finalement avec un bon polar assez classique. C'est un peu dommage. On sent toutefois le travail et la connaissance de l'auteur. C'est bien documenté, , l'intrigue est solide mais il manque quelque chose au niveau des personnages notamment. 
      En effet, si l'auteur tente de leur donner une personnalité, je trouve qu'il n'est pas allé au bout. Du coup, on apprend peu de choses sur eux et on reste sur notre faim. Peut-être aurait-il fallu en avoir moins et mieux les travailler ? 

      En conclusion, Dans l'ombre du chaos est plutôt un bon roman mais dont il manque une dose de piment. 

      A découvrir aux éditions du Lamantin. 

      mardi 4 avril 2017

      La pluie de néon, James Lee Burke, Rivages


      Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux les rumeurs qui courent sur lui dans le milieu : sa tête serait mise à prix par des Colombiens. Il semble que Dave ait eu le tort de fourrer son nez là où il ne fallait pas, et d'insister. Deux semaines plus tôt, alors qu'il était en train de pêcher sur le bayou, Dave a en effet trouvé le cadavre à moitié immergé d'une jeune Noire. La police locale a conclu à une noyade accidentelle, mais Robicheaux est persuadé que la jeune fille a été droguée à mort avant d'être jetée à l'eau. Son acharnement à découvrir la vérité provoque une réaction en chaîne de morts violentes et d'atrocités. Ce qui ressemblait, au départ, à une banale affaire de drogue et de prostitution va déboucher sur un important trafic d'armes vers le Nicaragua et mettre en cause des nostalgiques de la grandeur américaine qui ont mal accepté la catastrophe du Viêt-nam. Dave lui-même ne sortira pas indemne des événements qui ramènent à sa mémoire de combattant des souvenirs cauchemardesques de la guerre et le poussent à chercher l'oubli dans des bars miteux, où son reflet dans les miroirs se brouille, comme la pluie mouillée de néon qui frappe les vitres. La Pluie de néon était paru en 1987 sous le titre Légitime défense, dans une version abrégée. Voici le texte intégral du premier volume du cycle Dave Robicheaux (Prisonniers du ciel, Black Cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l'éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City).


      La pluie de néon est le premier roman dans lequel apparaît celui qui deviendra un personnage, le charismatique flic Dave Robicheaux. A la manière de James Ellroy qui prend son temps pour décrire des personnages et des situations, James Lee Burke tricote ses héros avec poésie et force en même temps. 
      Dès le début du roman, on est envoûté par l'ambiance que décrit Burke. Il est vrai que les lieux se prêtent aux mystères : la Nouvelle Orléans, les bayous et la Louisiane servent de décor à ses romans. C'est énigmatique et puissant. 
      Ensuite, il y a l'intrigue. Robicheaux apprend de la voix d'un condamné à mort qu'il est en sursis, que les colombiens veulent sa peau. Mais que viennent faire les colombiens en Louisiane ? Quels sont leurs complices ? C'est ce que va essayer de découvrir Dave dont les pratiques, peu réglementaires, vont le mettre sur la touche. En effet, Robicheaux n'est pas un tendre ni même très attaché aux règles quand celles-ci l'empêchent d'avancer. Mais il est loyal et juste. C'est ce qui fait sa force. 
      Donc il avance même quand il doit rendre sa plaque de flic. 

      Et puis, il y a l'écriture de Burke. La pluie de néon n'est pas un simple polar. C'est un très bon roman servi par une écriture fine et poétique. Une bonne entrée en matière pour découvrir l'univers de James Lee Burke. 

      jeudi 9 mars 2017

      Stabat murder, Sylvie Allouche, Syros


      Comment Mia, Matthis, Sacha et Valentin, quatre jeunes pianistes, étudiants au Conservatoire national de musique de Paris, ont-ils pu disparaître sans laisser de trace, à un mois d’un concours international ? Ont-ils, sous la pression, décidé ensemble de tout plaquer ? Impossible, d’après les familles interrogées sans relâche par Clara Di Lazio. S’agit-il d’un enlèvement ? La commissaire, réputée coriace, a l’intuition terrible que dans cette enquête, chaque minute compte…






      Nouveauté aux éditions Syros, le nouveau roman de Sylvie Allouche. Destiné aux lecteurs à partir de 13 ans, Stabat Murder est un thriller implacable dont on tourne les pages aussi rapidement que le récit se déroule. 
      Quatre jeunes musiciens, promis à un brillant avenir, sont enlevés quelques semaines avant un grand concours international. La police est chargée de l'enquête en la personne de Clara Di Lazio. Mais, ayant elle-même vécu une disparition, est-elle la meilleure placée ? 
      Avec une couverture particulièrement réussi, ce roman entre dans le vif du sujet dès la première page. L'auteur alterne les chapitres courts entre  le lieu de détention des quatre jeunes et leur vie en dehors. 
      En parallèle, l'enquête dans laquelle s'enlisent Clara et son équipe. Ils ne trouvent aucun indice ni aucune motivation. Ils tournent en rond comme tournent les aiguilles. Le temps est compté, chacun le sait, dans les kidnappings. Il faut faire le plus vite possible. Pendant ce temps, les quatre jeunes souffrent dans une pièce insalubre et obscure. Puis, alors qu'on n'y croit plus, le noeud se dénoue. Jusqu'au final. 

      J'ai beaucoup aimé ce roman. La description des quatre musiciens est particulièrement réussie. Comme beaucoup d'adolescents ambitieux, leur vie est tournée autour de leur passion. Cette même passion qui peut les éloigner de leur jeunesse, de leurs amis, qui peut aussi les détruire. 
      Ce roman est donc plus qu'un thriller. Il permet une véritable réflexion sur les passions dévorantes non seulement pour ceux qui les pratiquent mais aussi pour leur entourage : famille, amis. 
      Pour finir, en ce lendemain de journée de la femme, je souligne que les femmes (jeunes et moins jeunes) sont vraiment à l'honneur dans ce roman et tiennent le beau rôle. 

      Disponible aux éditions Syros. 


      dimanche 26 février 2017

      L'effet domino, François Baranger, Editions Bragelonne


      Paris, 1907. Un mystérieux « tueur à répétition » fait trembler la capitale en s’attaquant à l’entourage de personnalités célèbres et aux policiers qui enquêtent sur son cas. En plus de la terreur, il sème derrière lui de curieux symboles ésotériques et, dans la gorge de ses victimes, un domino double. La presse accuse « Double Six », un ancien bagnard au torse tatoué, dont la rumeur dit qu’il aurait plusieurs vies. 
      Le préfet Lépine confie l’affaire à l’inspecteur Lacinière, un Rennais sans attaches ni famille, qui monte une petite équipe constituée d’une jeune femme noble aux élans féministes et d’un jeune agent qui n’a pas froid aux yeux. Lacinière est convaincu que Double Six n’est pas le coupable. Pour le prouver, il doit retrouver sa trace entre chien et loup, dans le Paris du début du XXe siècle, et résoudre les énigmes que le véritable tueur élabore à son intention... 


      A la réception de cet ouvrage, on peut dire qu'il a produit son petit effet. Mon jeu de mots facile pour dire qu'il s'agit d'un roman dense et ambitieux. Ce sentiment sera confirmé par sa lecture.
      Tout d'abord, je dois saluer la performance de l'auteur qui a placé son récit dans un Paris du début du siècle dernier et qui en a fait une reconstitution sans aucune fausse note. Je ne suis pas historien et encore moins spécialiste de cette période mais François Baranger a parfaitement retranscrit les paysages, les moeurs, les innovations de l'époque. A cela, s'ajoutent des personnages finement travaillés et qui mêlent le réel et le fictif. A commencer par le préfet Lépine parfois colérique et autoritaire mais juste et pertinent. Bien sûr, on doit aussi souligner Philippe Lacinière, inspecteur rennais qui déboule à Paris, au passé trouble, nébuleux, mais très bon enquêteur. Je pourrais dresser la liste de tous les personnages que j'ai trouvé intéressants dans ce roman mais cela serait quelque peu rébarbatif. Je préfère donc me concentrer sur Double-six qui est vraiment une très bonne trouvaille. Personnage énigmatique et ambigu. Le mystérieux bagnard, évadé, revenu des enfers, converti aux rites vaudous, aurait pu être caricatural mais l'auteur parvient à éviter cet écueil. Double-six illumine ce roman.

      Une enquête menée de main de maître

      Passons à l'enquête elle-même car il s'agit bien d'un roman à enquête. Un tueur à répétition (en 1907 on ne parle pas encore de tueur en série). Une équipe de policiers est créée par le Préfet Lépine. Ils ne se connaissent pas, n'ont pas d'attaches et vont devoir travailler ensemble. On peut y ajouter la présence d'un journaliste qui, au départ, ne fait pas l'unanimité. Classique ? Pas si sûr. Comme je l'ai dit plus haut, tous les personnages ont leur part de mystère, sont bien ciselé. Une légère déception peut-être pour Thomas, jeune, brillant, courageux mais j'ai trouvé qu'il était un peu trop en retrait. Dommage.
      Bref, l'enquête démarre mal. Le tueur sévit de manière régulière. Ses motivations restent mystérieuses et ses crimes sont abominables. Il  joue avec les nerfs des policiers, dissimulent des indices qui, au lieu de les aiguiller, les perd. Ils assistent à une sorte de jeu de piste dans lequel ils sont les principales "victimes".

      Un faux pola-éso-historico.

      Il est vrai que françois Baranger aurait pu nous faire une sorte de Da Vinci Code à la française version début de siècle. Il n'en est rien. Si par moments, les indices laissés par le Domino révèlent une tendance ésotérique, cela passe vite et l'auteur semble plutôt s'attacher à d'autres motivations. Le génie, les mathématiques, la culture et en filigrane le vaudou sont les thèmes qu'il privilégie.

      Un Paris bien reconstitué.

      Amateur de l'Histoire - sans pour autant être un spécialiste - j'ai beaucoup aimé le travail historique de l'auteur pour nous décrire un ville dangereuse, sale, animée mais aussi une ville dans laquelle foisonne l'activité littéraire, scientifique et artistique. Les bistrots, les sous-sols, les pauvres hères, les dorures, les réceptions mondaines, les riches héritiers, les anciens officiers prestigieux... Tout cela se côtoient dans une ville en transformation qui panse les plaies de la défaite de Sedan.
      Quelques scènes sont épiques. Je pense notamment à celle du voyage en dirigeable qui marque vraiment cette période. Je pense aussi à la poursuite sur les toits ou bien sûr à la scène finale. De grands moments.

      Bref, L'effet Domino est un grand roman ambitieux. Dense et parfois difficile (il faut resté concentré à sa lecture), il est un formidable moment de lecture.
      Ce roman est disponible aux éditions Bragelonne.




      Les sirènes de minuit, Jean-François Coatmeur.

      Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l'affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s'installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal... Peu importe s'il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.

      Sur fond d'attentats, de haine raciale et de répression policière, ce roman proche de la politique-fiction, couronné par le Grand Prix de littérature policière, révèle tout le talent de Jean-François Coatmeur.





      Initialement publié par les éditions Denoël en 1976, ce livre a été réédité chez Albin Michel en 2004. Lauréat du Grand Prix de littérature policière l'année de sa sortie, il mêle habilement polar traditionnel et polar politique.
      Comme à son habitude, Jean-François Coatmeur prend un malin plaisir à perdre son lecteur. Il l'emmène dans des méandres tortueux où les certitudes disparaissent les unes après les autres. Ses héros, personnages ordinaires, sont attirés dans des engrenages machiavéliques.
      Grand fan de cet auteur, je n'avais encore jamais lu ce livre.
      Encore une fois, je n'ai pas été déçu. Jean-François Coatmeur m'a transporté dès les premières pages dans un Brest humide et parfois sinistre. En fond, il nous dépeint une société instable dans laquelle tous les ingrédients pour qu'elle explose sont réunis. Et pourtant, le fragile équilibre tient comme il peut.
      Un bon roman policier qui peut permettre aux lecteurs de (re)découvrir Coatmeur.

      lundi 6 février 2017

      Treize marches, Kazuaki Takano, Presses de la Cité


      Ryô Kihara, trente-deux ans, est condamné à la peine capitale. Il a déjà passé sept ans dans le couloir de la mort sans connaître la date de son exécution, comme le veut la loi japonaise. Bien qu'amnésique au moment du procès, il a reconnu sa culpabilité. Un matin, il entend les gardes venir chercher son voisin de cellule pour l'exécuter. Traumatisé par les hurlements, Kihara a soudain des flashes, comme si son amnésie se dissipait : il se revoit en train de gravir un escalier, dix ans plus tôt. Il décide d'écrire à son avocat.
      Jun'ichi Mikami, vingt-sept ans, a été incarcéré deux ans pour homicide involontaire. Remis en liberté conditionnelle, il croise celui qui était son gardien de prison, Shôji Nangô, qui s'occupe aussi de la réinsertion des anciens détenus. Ce dernier lui propose de l'aider à prouver l'innocence d'un certain Ryô Kihara. Voyant un moyen de se racheter aux yeux de la société, Jun'ichi accepte...

      Un thriller au suspense savamment distillé. Une plongée angoissante dans le système judiciaire japonais. Saisissant.



      Première immersion au Japon et plutôt une réussite. Alors qu'un condamné à mort attend son exécution, un mystérieux client va diligenter une nouvelle enquête pour le disculper. Voilà comment va se créer le duo entre Jun'ichi et Nangô. L'un sort de prison pour meurtre, l'autre vient de démissionner de son poste de surveillant pénitentiaire. Autant dire que ces deux là sont sensibles à la problématique de la peine de mort !

      L'intrigue est posée. L'histoire est ancienne mais comme la date de l'exécution semble approcher, l'enquête doit avancer vite. Le duo (improbable) d'enquêteurs dispose de trois mois pour résoudre leur affaire. 
      Amateurs de thrillers sanguinolents, passez votre chemin. Nous avons ici un roman dont le rythme est plutôt lent mais qui se lit très vite et dont on a du mal à décrocher. 
      J'ai beaucoup apprécié la description de la société nippone et en particulier du fonctionnement du ministère de la justice et de la question de la peine de mort. On peut repérer une certaine frilosité des responsables à signer les actes d'exécutions et voir qu'il ne suffit pas de grand-chose pour faire basculer une décision. C'est fascinant et effrayant en même temps. On peut aussi approcher les spécificités japonaises au travers des dialogues où l'on ressent toute la retenue et la bienséance des habitants de cet archipel. Jamais vulgaires, jamais d'emportement. Du moins, en surface. 

      Je conseille donc fortement la lecture, sélectionné pour le Prix découverte Polars Pourpres, qui est dépaysant, distrayant et efficace. 
      Une très bonne surprise. 

      vendredi 3 février 2017

      Ce qu'il nous faut, c'est un mort, Hervé Commère, Fleuve éditions


      Trois garçons pleins d’avenir roulent à flanc de falaise.

      C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.


      Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille. Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au coeur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

      Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

      De la corniche aux heures funestes de Vrainville, vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte, d’un amour, des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe.



      Autant le dire tout de suite et sans ménager le suspens, j'ai eu un vrai coup de coeur à la lecture de ce roman sélectionné pour le prix Polars Pourpres. 
      Il ne s'agit pas d'un roman policier à proprement parlé, avec un meurtre, des policiers et une enquête comme on a l'habitude de lire. 
      Ici, nous avons un roman qui s'étale sur une vingtaine d'années (avec même un retour au début du XXème siècle) et qui suit la trace de plusieurs personnages. Tous ces personnages gravitent autour d'un point central : le village de Vrainville, Normandie, berceau des ateliers Cybelle, fleuron de la lingerie en France. 
      Hervé Commère nous présente donc une pléiade de personnages qui voient leur vie basculer un fameux soir de juillet 1998. Quand l'équipe de France de football épingle sa première (et toujours unique) étoile sur son maillot, trois jeune garçons vont commettre l'irréparable. Mais une jeune fille va aussi avoir son destin transformé. 
      Habilement et lentement, Hervé Commère plante le décor. Il prend son temps pour détailler l'histoire des ateliers Cybelle qui font la fierté du village et qui fait vivre quasiment tous ses habitants. Tout semble idyllique dans cette bourgade côtière. Tout le monde semble heureux. Evidemment, nous sommes dans un roman noir, dans un polar, donc on se doute que les zones obscures ne sont pas enterrées définitivement. Les fantômes remontent toujours à la surface. 
      Et puis, c'est sans compter la mondialisation, la concurrence, l'état du marché mondial qui force les patrons à délocaliser parfois à vendre leurs entreprises. Comme en écho à une publicité actuelle, "on ne gère plus une entreprise comme on la gérait hier". Vincent, le petit-fils du créateur de Cybelle, sera celui par qui le malheur arrive. 
      Et que dire de Maxime ? Ce talentueux dessinateur revenu de la ville car il ne s'y est jamais fait, a fini mécanicien aux ateliers. Embauché par son ex-ami Vincent. Et qui dire du troisième larron devenu maire à la suite de son père ? A Vrainville, les dynasties semblent éternelles. 

      Ensuite, tout s'enchaîne. Le roman prend une tournure plus rude. Le social se mélange au polar, les actions se succèdent rapidement comme les événements sur lesquels plus personne n'a de prise. 

      Côté écriture, j'ai été séduit par la langue de l'auteur, à la limite de la poésie, il joue avec nos émotions. On sourit parfois, on pleure, on tremble. Ajoutons à cela, une narration un peu particulière, comme si on était juste témoin. Etrange sensation mais j'ai bien aimé cette technique qu'a eu l'auteur de nous dire ce à quoi il fallait s'attendre et après de l'expliquer. 

      Bref, après Rural Noir, de Benoît Minville, Ce qu'il nous faut c'est un mort est mon deuxième coup de coeur de l'année.