vendredi 29 avril 2016

Gros plan sur un auteur : Philippe Paternolli


Terre du Noir soutient depuis le début les maisons d'éditions qui n'ont pas le prestige des grandes maisons parisiennes.
Nous soutenons aussi bien sûr les auteurs français talentueux qui officient dans ses structures.
Dans quelques jours, le nouveau roman de Philippe Paternolli sortira aux éditions du Caïman, l'occasion de faire le point sur cet auteur que l'on adore sur ce blog.


Alpes Noires, éditions du Caïman


Qui en voulait à Laura Fournieux au point de l'assommer et de la jeter, encore vivante, au fond d'une crevasse ? C'est ce que devra découvrir Vincent Erno, commissaire à Chambéry, qui pourra enfin s'arracher à son ennui et aux copies des nus du peintre Egon Schiele... Il ira de surprise en surprise en découvrant une multitude de pistes et autant d'assassins potentiels. Qui, des barons de la politique locale, des guides de haute montagne, des membres de la secte du « Nouveau pardon », du patron du bar « le Quatre Sans Cul », qui en voulait à Laura Fournieux ? 



Au cours de cette première aventure, nous faisons la connaissance de Vincent Erno, un commissaire de Chambéry. Un corps d'une jeune fille est retrouvé en contrebas d'une crevasse, tout indique un meurtre, la liste des suspects, principalement des locaux étant donné le lieu où a été retrouvé le corps, est longue. 
Les personnages sont nombreux mais bien développés au niveau de leur caractère et l'environnement familial du commissaire est également de la partie. Quant aux "paysages", l'histoire se déroulant dans des endroits que je connais (Savoie, Massif des Bauges), ça a certainement amplifié mon intérêt pour cette lecture. L'enquête est bien menée et le dénouement intéressant. 


La percée des Quasdanovitch, éditions itinéraires


En cette année 2003, le commissaire Vincent Erno est en poste à Albi. La santé de sa sœur déclinant, il n’est pas d’humeur à plaisanter. Alors, quand le Mal se présente face à lui, il n’hésite plus à le combattre sur son propre terrain, avec ses propres armes. Et, tour à tour, se présenteront à lui : des trafiquants de produits dopants ayant mis en coupe réglée football, rugby et basket de haut niveau ; un petit caïd albigeois qui rêvait de devenir gros ; un inspecteur du Trésor Public qui, par complexe de supériorité, trucide un agent de son service ; un tueur à gage implacable… Pour ne pas sombrer dans une violence radicale, Vincent Erno réclamerait bien un peu d’Amour. Mais Claire, la femme de ses rêves, soigne ses neurones en hôpital psychiatrique, coupable d’avoir défenestré son amant. Lequel n’est autre que le frère du commissaire ! 


Dans cette seconde aventure, beaucoup plus de tensions à noter dans l'histoire, celle-ci a un rythme bien plus effréné, bien plus de violence également. Certaines décisions du commissaire Erno ne nous laissent certainement pas indifférent. L'enquête est là encore plutôt bien ficelée, c'est une intrigue qui tient parfaitement la route - dopage dans le sport et ses conséquences financières et autres - et le final, m'a une fois de plus bien plu. Ce second roman marque pour moi un changement dans la perception que j'avais de Vincent Erno. Quant à l'explication du titre...il vous faudra lire le roman jusqu'au bout pour en découvrir le sens! 


Camarguestan, éditions du Caïman

Après une rencontre au sommet à Bologne en 2003, la mafia russe a jeté son dévolu sur un territoire allant du delta du Rhône jusqu’à l’Etang de Thau, territoire baptisé Camarguestan. Le commissaire spécial Vincent Erno est dépêché sur place pour tenter de contrecarrer ce projet. Philippe Paternolli tisse ici, dans une Camargue en ébullition, une intrigue dont il a le secret, rebondissant entre Mafia d’Europe de l’est, policiers et notables corrompus et autres aficionados des courses taurines… 



Cette fois-ci, contrairement au premier volet dans les montagnes savoyardes, nous nous retrouvons plongés dans le Sud, direction la Camargue, les taureaux, la nature à l'état sauvage une fois de plus. 
L'intrigue tient une fois de plus la route avec un Vincent Erno qui enquête suite à la découverte d'un corps d'un adepte de la tauromachie. L'enquête s'avère plus compliquée qu'il n'y parait pour Erno qui va rapidement se trouver confronter à la mafia russe. Dans le même temps, nous continuons d'en apprendre davantage sur la vie privé du commissaire et son caractère...certaines de ses décisions pouvant surprendre! 


Carré noir sur fond noir, éditions du Caïman

Printemps 2014. Jacques Delaunay est mort. Le ban et l’arrière-ban de la République sont réunis à Marseille pour un dernier hommage à l’ancien Président du Conseil d’État, quand survient l’explosion. Installé depuis quelques mois au pied de la montagne Sainte-Victoire avec Claire, sa compagne, Erno sait que l’enquête va lui être confiée. Une enquête au cours de laquelle il croisera de mystérieux Kurdes et retrouvera Dominique Saint-Calais, le patron du Cube – les Services Secrets Spéciaux, cabinet noir de la République. Erno retrouvera également à ses côtés l’inspectrice Magali Sauve, de nouveau opérationnelle suite à son amputation, grâce à une prothèse high-tech. Il devra aussi composer avec la disparition subite de Claire. Tout ce petit monde se lancera à la recherche de six énigmatiques tableaux dérobés dans l’appartement aixois de Jacques Delaunay, des peintures qui pourraient bien être la clé d’un scandale politico-financier. Une enquête toute en trompe-l’œil, en illusions, vrais mensonges et fausses vérités, qui emportera Erno d’Aix-en-Provence à la Savoie en passant par Marseille et le pays de Banon, pour revenir se conclure dans les ruelles du vieil Aix. Une enquête où tout semble relever de la manipulation. À moins qu’il ne s’agisse d’une parfaite illusion : un carré noir sur fond noir. 


A découvrir en mai 2016 !

lundi 25 avril 2016

999 ans de serial killers, Stéphane Bourgoin, La Mécanique générale

LA PLUS GRANDE GALERIE DE TUEURS DE L HISTOIRE
365 authentiques portraits de serial killers, un pour chaque jour de l année, depuis l antiquité jusqu à nos jours.
Assassin à 13 reprises et condamné à mort, on oublie de le pendre pendant sept ans et il est grâcié. Un auteur de nouvelles, fan d Hannibal Lecter, éventre sa mère pour y placer une poupée. Policier à Miami et tueur en série de criminels, il inspire le héros de la série « Dexter ». Une adolescente dénonce son père serial killer dans un talk-show à la télévision. Un vampire suédois qui consomme la chair de ses deux soeurs. A Hong-Kong, des fillettes sont tuées puis violées pour « créer » des fantômes destinés à tourmenter l épouse du meurtrier. Un serial killer travesti qui adore se déguiser en Adolf Hitler. Un père et son fils deviennent tueurs en série à 22 ans d intervalle. Schizophrène et serial killer, il rêve d être Freddy Krueger. Un authentique tueur en série engagé pour jouer aux côtés de Val Kilmer. Icône gay et travesti, « Ryan le dépeceur » devient une vedette de la chanson dans le Couloir de la mort. Condamné pour huit des trente meurtres qu il avoue, Thomas Quick est un serial killer qui n a jamais existé. Un trio de cannibales qui vend des beignets de chair humaine. Une tueuse en série iranienne s inspire d Agatha Christie pour commettre ses forfaits. En prison, le tueur du Zodiaque épouse un criminel travesti qui exige de changer de sexe. Un serial killer canadien qui écrit des livres pour enfants. Une Australienne tue son fils de deux ans quand une voix lui affirme qu il est Jack l Eventreur...



Initialement publié en 2013 chez Ring éditions, 999 ans de serial killers est sorti depuis peu chez La Mécanique Générale, en version poche.
Sorte d'éphéméride du tueur en série, ce livre évoque pour chaque jour un fait concernant un tueur, du 1er janvier au 31 décembre, du Moyen-Age jusqu'à aujourd'hui. Stéphane Bourgoin s'attache donc pour chaque jour à nous livrer une anecdote, de la moins intéressante à la plus répugnante. C'est ainsi qu'on peut découvrir qu'un chimpanzé tueur sème la terreur au Congo et quelques pages plus avant, on faisait la connaissance du monstre Jeffrey Dahmer. 

Ce livre est donc inégal et parfois confus dans le sens où l'auteur évoque rapidement (en quelques lignes souvent) des faits dont le lecteur n'a pas forcément connaissance. Ce qui fait qu'on peut se sentir un peu perdu. 
Mis à part ces quelques remarques, 999 ans de serial killers est une formidable encyclopédie sur les tueurs en série du monde entier. Car si Stéphane Bourgoin parle beaucoup des tueurs américains, il ne délaisse pas pour autant les autres pays, dont on parle moins. Ainsi on apprend que des tueurs en série sévissent aussi en Thaïlande, au  Mexique, en Indonésie ou encore en Inde avec parfois de véritables tortionnaires. Aucun pays n'est donc épargné par ce fléau qui semble bien ancré dans l'histoire. Ce n'est donc pas une "invention" du XXème siècle. 
Quelques portraits sont vraiment étonnants, dépassant même l'entendement. Comme cet homme condamné à mort en Inde et finalement oublié en prison. Ou ce jeune Suédois qui assassine et boit le sang de ses deux soeurs, ou celui-ci qui continue de sa prison à persécuter par courrier les parents de ses victimes. Ce livre est rempli de ce genre de personnage dont on a du mal à se rendre compte qu'ils existent (ou ont existé) vraiment. 
Un document étonnant pour qui s'intéresse à ce phénomène à travers l'histoire mais qui demande parfois à être approfondi.
Disponible à La Mécanique Général. 


dimanche 24 avril 2016

#Scoop, Yann Le Poulichet, éditions du Masque


Drame à Scoop. Pascal, le chef des infos de ce célèbre magazine people vient d’être retrouvé mort, salement égorgé dans les toilettes de la rédaction. Pour trouver le coupable, une femme flic et un journaliste vont devoir s’immerger dans l’univers trouble de la presse à scandale. Au programme, paparazzis sans foi ni loi, informateurs prêts à vendre père et mère, stars cyniques, mais aussi Cordélia, personnage mystérieux qui, dans l’ombre, semble diriger d’une main de fer ce petit monde. Entre une cuite au champagne et un échange de photos volées, nos héros vont devoir apprendre à cerner cette foule délirante pour découvrir la vérité.



Bienvenue dans l'antre de la presse poubelle, cette presse que tout le monde déteste mais qui est en tête des ventes dans les kiosques. Nous suivons les aventures de Baptiste, journaliste à Scoop, qui a eu le malheur de retrouver son collègue Pascal, chef des infos, égorgé dans les toilettes de la rédaction. Les flics débarquent alors et a priori, l'assassin ferait partie de la boîte. La flic en chef, Isabelle, va alors s'appuyer sur Baptiste afin de mener l'enquête, l'écartant presque aussitôt de la liste des suspects. 

Cette lecture nous plonge dans l'univers de la presse poubelle, la recherche du scoop, les rumeurs véridiques ou non, les fausses news, les plans pour avoir la photo qui fera vendre le magazine. On est au cœur du monde pourri des paparazzi, des pseudos stars, des magouilles en tout genre pour atteindre l'objectif primordial : faire du fric peu importe la manière pour y parvenir. 
L'enquête, bien qu'intéressante, n'en est que secondaire à mes yeux, ce n'est pas ce qui m'a attiré dans ce roman, mais plus le côté détaché, l'écriture drôle, un langage oral transposé à l'écrit qui colle parfaitement avec l'histoire, pas prise de tête. Parce que, d'accord, on a envie de savoir qui est le meurtrier, mais n'est-il pas plus intéressant de savoir qui couche avec qui? C'est un peu cette touche d'humour que l'on peut retrouver dans ce roman et la description sans concession du monde de cette presse caniveau que tant de personnes aiment tant. Et puis les échanges de tweets à chaque début de chapitre, entre des gens imaginaires du milieu de la presse people, sont divertissants, on a l'impression de faire partie nous aussi du milieu, d'être au cœur des commérages, potins et secrets à propos des ''stars'' de notre société. 

Pas le roman du siècle, ne nous voilons pas la face, mais c'est bien d'alterner des lectures différentes et celle-ci a rempli son rôle, c'est léger, divertissant, drôle, je la conseille pour l'été, tranquille au soleil, afin de passer un excellent moment de détente. 

Yann Le Poulichet est un garçon taquin. Chaque semaine depuis plus de quinze ans, ce journaliste à lunettes épingle avec jubilation les petits travers des stars dans les pages de Voici. Une occupation discutable qui lui a permis de découvrir l’envers du décor de la presse people. Objet de nombreux fantasmes, cet univers à la fois réjouissant et crapoteux sert de décor à #Scoop. Un premier polar qui lui ressemble : drôle et mordant.

Ben

samedi 9 avril 2016

Promesse, Jussi Adler Olsen, Albin Michel

Plus de 13 millions d'exemplaires vendus dans le monde, couronné par tous les grands prix du polar, dont le Grand Prix policier des lectrices de Elle, le Danois Jussi Adler Olsen est une figure incontournable du thriller scandinave.
Bornholm, une île danoise de la mer baltique, fin des années 1990. Le cadavre d'une jeune fille est retrouvé dans un arbre, son vélo broyé au bord de la route. Aucune trace du chauffard : affaire classée. Sauf pour un inspecteur de la police locale qui finit dix-sept ans plus tard par demander l'aide de l'inspecteur Carl Mørck. Avant de se tirer une balle dans la tête.
À l'initiative de Rose, l'assistante du flegmatique Mørck, l'insolite trio du Département V en charge des cold cases débarque sur l'île de Bornholm. En remuant le passé, ils prennent le risque de réveiller de vieux démons...



Sixième enquête du département V, ce "Promesse" nous emmène cette fois loin du Copenhague habituel, fief de Carl Morck et de son équipe, sur l'île de Bornholm. Comme souvent, Carl traîne des pieds pour y aller mais force est de constater que parfois, le chef n'est pas celui qu'on croit et il finit par se rallier à la cause de Rose et d'Assad, les deux fidèles assistants. 
Ce trio là, comme dans les autres épisodes de la série, n'a pas fini de nous surprendre. Il plane toujours sur Carl le drame qui a coûté la vie à l'un des ses collègues et paralysé son ami Hardy. L'enquête n'est pas terminée et on sent le dénouement proche. Pourtant Carl ne semble pas pressé de voir résoudre cette affaire. 
Assad est toujours aussi énigmatique et on en apprend encore un (tout) petit peu sur son passé. Bon, vous me direz, ça fait quand même six livres qu'on évoque un passé trouble. Il faudrait maintenant que l'auteur passe à la vitesse supérieure et nous dévoile vraiment l'histoire d'Assad. On va finir par se lasser autrement. 
Rose est fidèle à elle-même. Entière, brute de décoffrage mais terriblement efficace. Elle prend des initiatives, des responsabilités et materne ses deux garçons. 
La relation entre les trois membres de l'équipe est légèrement bouleversée par Gordon, aperçu dans "l'effet papillon", le protégé du nouveau chef de la police  Lars Bjorn, suspecté d'être une "taupe", Carl ne sait pas trop comment le traiter. 

Le roman commence fort avec le suicide d'un policier zélé. Ensuite, il s'articule autour de deux récits à deux époques différentes. Au début, je n'ai pas vraiment accroché à l'intrigue parallèle. Le coup du gourou et des ses fidèles, j'avoue avoir eu un peu de mal. Puis, au fur et à mesure que le roman avançait, je me suis familiarisé avec cet environnement. L'auteur n'a pas fait l'erreur de nous plonger totalement dans ce monde spécial. Il dresse plutôt le portrait de deux personnages principaux : Atu et Pirjo que j'ai finalement pris plaisir à suivre. 

La curiosité l'emportant, j'ai dévoré ce roman. Pourtant, ce n'était pas gagné car comme Carl Morck je me suis bien demandé comment le département V pouvait faire mieux qu'un policier ayant enquêté pendant une vingtaine d'années sur ce qu'il considérait non pas comme un accident mais comme un meurtre. Pari réussi pour Jussi Adler Olsen qui réussit à ne pas faire passer le trio comme des super-héros. 

Côté écriture, on retrouve avec plaisir les proverbes et expressions typiques d'Assad et ses chameaux :

" Vous avez déjà marché contre le vent derrière un chameau qui a la colique, chef ?"demanda Assad après avoir reniflé l'air ambiant. 

Mis à part ces quelques expressions, l'humour est toujours présent tout au long des 650 pages de ce livre passionnant. On pourrait peut-être juste regretter que la vie de Rose ne soit pas plus évoquée. Elle reste toujours aussi mystérieuse. 

Pour conclure, "Promesse" est un très bon roman et l'auteur arrive encore à nous surprendre. La preuve que la source "département V" n'est pas encore tarie. 




vendredi 8 avril 2016

Au-dessus de tout soupçon, Declan Hughes, Presses de la cité

Danny et Claire Brogan vivent avec leurs deux filles dans une belle propriété du Wisconsin. Même si tout n'est pas toujours rose, ils mènent une existence heureuse. C'est précisément ce que se dit Claire en rentrant un soir d'un séjour d'une semaine à Chicago. Mais quand elle pousse la porte de chez elle, la maison est entièrement vide. Son mari et ses filles ont disparu, le cadavre de leur chien gît dans le jardin. Assistée par sa meilleure amie Dee, Claire doit comprendre au plus vite ce qui s'est passé.



La quatrième de couverture provoque un certain intérêt en moi, j’attaque donc la lecture avec empressement et curiosité. Les premiers chapitres mettent en place l’histoire, une certaine tension s’installe. Lorsque Claire entre chez elle d’un séjour à Chicago, c’est la stupéfaction : ses filles et son mari ont disparu, la maison a été entièrement vidée, et le corps de son chien, déchiqueté, est retrouvé dans le jardin. Que s’est-il passé ?!? Ces premières pages plantent l’intrigue et donnent une réelle envie d’en savoir plus. 

Rapidement, on s’intéresse au passé de Danny Brogan, l’époux de Claire. Un mari dont un terrible secret d’enfance semble lui revenir en pleine face une trentaine d’années plus tard. Un évènement passé qui sème le doute dans l’esprit du lecteur quant aux responsables possibles de la disparition de Danny et de ses filles. Départ volontaire ? Enlèvement ? Le doute est permis. 

Le talent de Declan Hughes ressort au moment de dévoiler l’identité du ou des responsables de ces disparitions…en effet, au fil des pages, on en vient à douter de la sincérité de la quasi-totalité des personnages principaux ou secondaires. C’est ici que réside la qualité principale du roman pour ma part, cette faculté à semer le doute en nous, nous poussant à poursuivre la lecture avec enthousiasme tout en étant pas avare de surprises avec ses lecteurs. 

Un polar au suspense certain, pas la lecture du siècle, mais un très bon divertissement tout de même. Malheureusement, je dois reconnaître que j’ai trouvé par moments l’écriture irrégulière, trop confuse, peut-être due au fait du grand nombre de personnages et des multiples flashbacks rythmant l’histoire. Dans l’ensemble, j’ai quand même largement apprécié la lecture de ce livre de Declan Hugues et ne peux que le conseiller. 

Né à Dublin en 1963, Declan Hughes s'est fait connaître au théâtre, comme auteur, metteur en scène et co-fondateur d'une compagnie. Après l'écriture de scénarios pour la télévision, il s'est lancé dans le roman policier. Il a reçu le prix Le Point du polar européen en 2011 pour son roman Coup de sang. 

BEN

mercredi 6 avril 2016

Les enfants du Cap, Michèle Rowe, Albin Michel


Nouvelle voix du polar sud-africain, Michéle Rowe s’inscrit d’emblée au sommet d’un genre dont Deon Meyer est aujourd’hui la figure la plus emblématique.
Persy Jonas, jeune inspectrice noire issue des townships, est chargée de l’enquête sur un meurtre qui la renvoie à sa propre histoire. C’est donc avec réticence qu’elle accepte de collaborer avec Marge Labuschagne, une psychologue criminelle à la retraite, qu’elle considère comme une incorrigible raciste.  Mais Marge a elle aussi quelques raisons de vouloir oublier le passé. Liées par bien plus de choses qu’elles ne le soupçonnent, les deux femmes finiront par comprendre que les plus lourds secrets sont ceux que l’on se cache à soi-même…
 
Tensions raciales, préjugés, corruption, violence… Avec cette première enquête de Persy Jonas, couronnée par un Debut Dagger Award, Michéle Rowe autopsie la réalité sociale d’une Afrique du Sud post-apartheid qui n’a pas renoncé à ses vieux démons.





Ce que j'adore dans la littérature et particulièrement dans la littérature policière, c'est qu'elle nous fait voyager. Aujourd'hui, départ pour l'Afrique du Sud. Après Deon Meyer, après Mike Nicol et après avoir adoré Zulu de Cary Ferey, j'ai découvert avec beaucoup d'enthousiasme l'univers de Michèle Rowe qui dès son premier roman nous offre une intrigue solide et des personnages bien travaillés. 
Persy Jonas, de son vrai prénom Perséphone (il faut oser !) est le personnage principal de ce roman. Jeune et brillante enquêtrice, elle n'est pas pour autant appréciée de tous. Même dans la police sa couleur de peau fait défaut. Persy Jonas est métis et dans une Afrique du Sud fortement marquée par les lois raciales, même à notre époque, c'est difficile. Rejetée par les Noirs, écartée par les Blancs, sa position n'est pas facile ni forcément enviable. Une certaine tension règne donc dans cette brigade et on est bien loin du cadre idyllique des "Experts Miami" ! 
Ajoutons à cela un salaire insuffisant pour qu'elle puisse se loger correctement et sois obligée de vivre avec son cousin (violent au demeurant) et sa femme, c'est la cerise sur le gâteau. Les policiers n'ont vraiment pas une place enviable au sein de la population sud-africaine. 

"Mhlabéni fixa le large, l'air de s'ennuyer ferme. Il avait un problème avec les métis. Une fois, elle l'avait entendu plaisanter avec un autre flic noir en la traitant de "township special", comme on appelait ici les chiens d'ascendance incertaine qui faisaient les poubelles pour se nourrir. "


Enfin, il y a ceux qui se débrouillent mieux. Par exemple son "collègue" Mhlabéni, le Black qui sait bien arrondir ses fins de mois en n'hésitant pas à lui mettre des bâtons dans les roues. Lui, n'a pas de problème de logement. Belle maison, belle voiture. Cool. 
Et puis, on a Marge. Psychologue un peu cabossée. Ancienne collaboratrice de la police, elle veut revenir sur le devant de la scène. 
Entre Persy et Marge le torchon brûle. Les deux femmes se jaugent, se haïssent, se méfient l'une de l'autre comme deux louves dominantes. Pourtant elles devront faire des concessions pour mener cette enquête à sa résolution. 
N'allons pas plus loin dans le récit. Le roman de Michèle Rowe et ses quelques 440 pages se lit d'une traite. L'auteur écorche (on l'aura compris) une société fortement marquée par la corruption et le racisme encore très présent. Elle décrit avec précision une société écartelée entre son histoire, ses traditions et son avenir. 

" Même si la criminalité rendait les Blancs complètement paranos, ils se donnaient rarement la peine de se procurer le nom et les références des Noirs qu'ils employaient, ou de se renseigner sur leur adresse. Tout ce qui les intéressait, c'était de trouver quelqu'un qui travaille pour une misère, point barre."


Pour conclure, Les enfants du Cap est un très bon roman que j'ai dévoré en quelques jours. Le personnage de Persy Jonas est excellent et j'espère le retrouver dans une nouvelle enquête. 
Disponible aux éditions Albin Michel.