mardi 22 mars 2016

A toute berzingue, Kenneth Cook, éditions Autrement.


Katie et Shaw se connaissent depuis vingt-quatre heures à peine. Pourtant, entre eux, c’est déjà «à la vie, à la mort», au sens propre du terme. Coincés dans une petite Honda lancée à toute berzingue sur la piste d’Obiri - six cents kilomètres de fournaise et de poussière au coeur de l’outback australien, ils sont poursuivis par une monstrueuse créature prête à tout pour les éliminer. Doivent-ils rebrousser chemin et affronter leur assaillant ? Ou continuer leur course folle sur cette piste qui semble mener droit en enfer ?


Richard Matheson a écrit Duel dans les années 70. En hommage, Stephen King et son fils Joe Hill ont écrit A plein gaz en 2014. Entre les deux, Kenneth Cook a commis A toute berzingue. Autre temps, autre lieu pour un scénario voisin. Peu connu en France, le manuscrit a dormi une trentaine d'années dans un tiroir avant d'être exhumée par la fille de Cook après sa mort. Bien lui en a pris et même s'il n'est pas (re)connu pour ses romans à suspens, on peut dire ici qu'il fait fort. 
Ah l'Australie, ses plages interminables de sable fin, sa grande barrière de corail, sa faune que l'on trouve nulle part ailleurs, son bush, ses aborigènes et son outback... plus terrifiant que jamais sous la plume de Kenneth Cook. 
Le policier du début prévient bien Shaw : en cas de problème, surtout ne jamais descendre de voiture. Le soleil vous crame en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Ce conseil, les deux héros du livre vont le garder en tête tout au long de ce court roman, ce qui va aussi influer sur leurs décisions. 
On a ici donc un scénario tout simple. Deux jeunes se font courser par un fou-dingo en plein outback. Une course poursuite de près de 200 pages pendant lesquelles l'auteur ne s'encombre pas de questionnement psychologiques sur les personnages. Il se contente de relater les faits. Simplement. 
Des faits dont trois personnages principaux tiennent les rênes. A cela, on peut ajouter l'outback qui est à lui seul un personnage central du roman. Magnifique, gigantesque, unique, il peut se révéler dangereux, mortel. 

On ne s'ennuie donc pas une seule seconde dans ce roman exotique. 

Le visage de Satan, Florent Marotta, Taurnada éditions

Un hurlement. Là, quelque part, qui se répercutait sur les murs poisseux et humides de la pièce. L'endroit ressemblait davantage à une cave avec ses murs bruts et ses parois voûtées. Puis un râle d'agonie s'étouffa, comme si même la mort prenait plaisir à attendre. L'homme pendait comme une vulgaire carcasse de viande accrochée à une esse de boucher. Son visage n'était que souffrance, rictus d'agonie et d'abomination. « Faites que je meure », implora-t-il en silence.



Sur Terre du noir, nous souhaitons mettre aussi en valeur les petites maisons d'éditions et les auteurs peu connus qui nous semblent prometteurs. 
Florent Marotta et les éditions Taurnada entrent donc dans cet objectif. 
J'ai donc commencé ce roman sans grand enthousiasme à la lecture du pitch. Personnellement, je ne suis pas en phase avec les tortures, les messes noires, l'adoration de Satan et tout le folklore qui tourne autour. Et pourtant, je me suis laissé prendre au jeu car l'auteur a réussi à me faire oublier le noeud de l'intrigue grâce à des personnages subtilement travaillés. 
Prenons Gino Paradio, personnage central. Ancien flic marié porté sur la bouteille, devenu détective abstinent et célibataire il tente de se reconstruire. cependant, Il plane toujours au-dessus de lui un autre drame familial dont la vengeance le maintient en vie. On pourrait croire alors que Gino en veut à tout le monde, qu'il broie du noir seul dans son bureau sombre, qu'il déteste les gens. Point du tout. On découvrira au fil de l'enquête un détective tenace parfois agaçant pour les autres qui a beaucoup d'humanité et qui se pose de nombreuses questions sur lui-même. Surtout avec l'arrivée d'un second personnage, Morgane. 
Pour elle aussi, l'auteur aurait pu tomber dans les stéréotypes faciles mais il réussit à dresser un personnage plutôt attachant, sensible et humaine et qui comprend bien les préoccupations de Gino. 
Alors certes parfois, le lecteur pourra trouver quelques clichés (les messes noires qui se transforment en orgie, procédé également utilisé par J.C Grangé dans Lontano) mais ceux-ci ne gênent pas la lecture. En même temps, je ne sais pas si on peut éviter cet écueil quand on traite ce genre de sujet. 
Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus à commencer par Arthy ou encore la "veuve éplorée" qui ont chacun leur lot de mystères. 
L'intrigue, j'ai dit plus haut que l'auteur avait réussi à me la faire oublier, et c'est vrai que je n'ai pas vraiment accroché aux motivations du tueur mais qu'importe, j'ai passé un bon moment en compagnie de Gino que j'espère revoir.
Ce roman est disponible en format papier ou en e-book aux éditions Taurnada. 
N'hésitez pas à jeter un oeil sur leur catalogue ici :

J-77, Ben Winters, Super 8 éditions

Le compte à rebours est enclenché.

La fin du monde ? Elle arrive. Dans 77 jours maintenant, l’astéroïde 2011GV1 va s’écraser sur Terre, quelque part en Indonésie, et c’en sera fini de l’humanité.
Plutôt que de se lever le matin pour aller travailler, les Américains – et on les comprend – préfèrent concrétiser d’urgence la liste des cent choses qu’ils ont envie de faire avant de mourir avec, évidemment, tous les excès que cela implique. Pourtant, il reste un homme, un seul, bien décidé à faire son job jusqu’au bout : Hank Palace, ancien flic de la police de Concord. Déterminé à retrouver Brett Cavatone, le mari de sa nounou qui a mystérieusement disparu, Hank se lance dans une quête désespérée, et rien ne semble pouvoir l’arrêter. Mais son courage et sa droiture suffiront-ils ? Car rien n’est simple dans un pays livré à une anarchie sans nom, où l’électricité et les télécommunications ont rendu l’âme et où les pillages sont quotidiens.



Second volet de la trilogie de Ben Winters consacrée à l'astéroïde Maia s'apprêtant à frapper la Terre, entraînant ainsi la fin du monde. Après une première partie qui avait vu Hank Palace, inspecteur de police, continuer l'air de rien à enquêter sur un meurtre malgré le chaos ambiant, cette seconde partie met en avant ce monde qui évolue, une population qui décide de vivre pour elle-même, redevenant maîtresse d'elle-même, perdant toutes traces de vie en société telle qu'on la connaît. Une fois encore, Hank, malgré un « monde qui marche sur la tête », bien que désormais hors des forces de l »ordre, continue à mener sa vie normalement, faisant abstraction de la fin du monde qui approche . Dans cet épisode, il cherche la trace d'un mari porté disparu : départ volontaire d'un homme qui souhaite profiter d'une certaine liberté en ces derniers jours de l'Humanité ? Enlèvement ? Meurtre ? 
Accompagné de son chien Houdini (que l'on avait découvert dans la première partie de la trilogie), Hank mène l'investigation qui le portera à retrouver la trace de sa petite sœur Nico, laquelle croit fortement à la théorie du complot menée par le gouvernement quant à la destruction de la Terre. 

Un second opus que j'ai particulièrement apprécié, plus que le premier roman encore, ayant accroché à l'enquête menée par Hank. Dans le même temps, les descriptions des comportements de la population dans un monde s'apprêtant à être détruit par un astéroïde semblent crédibles. Cela m'a fait penser par moments à la série tv ''déjantée'' « You, me and the Apocalypse », qui traite du même sujet. 

Un roman que je conseille fortement aux lecteurs appréciant les romans sans temps mort et aux adeptes des mondes post (ou pré dans ce cas) apocalyptiques.

Ben

lundi 7 mars 2016

De chair et d'os, Dolores Redondo, Mercure noir


 Brillant élément du commissariat de Pampelune, l’inspectrice Amaia Salazar se voit chargée d’enquêter sur d’atroces crimes sexuels. Les victimes sont des femmes et tout semble indiquer que les bourreaux soient leurs maris ou compagnons. Mais des rituels macabres, qui rappellent des pratiques de sorcellerie locale, laissent penser qu’un fou diabolique pourrait orchestrer ces meurtres en série. Salazar n’en a pas fini de découvrir les turpitudes de cette vallée de Baztán dont la rivière semble emporter les secrets terrifiants.
Amaia Salazar a d’autant plus de mal à mener son enquête qu’elle vient de donner naissance à l’enfant qu’elle et son compagnon ont tant désiré. Pas facile de devenir mère quand la mort rôde et que le souvenir de celle qui vous a donné la vie vous inflige de violents cauchemars. Mais la jeune femme entend bien aller jusqu’au bout de ses recherches, quels qu’en soient les résultats.

   Née à Saint-Sébastien, Dolores Redondo dépeint une région, le Pays basque espagnol, la Navarre en particulier. Devenue un phénomène de librairie avec quelques centaines de milliers d’exemplaires vendus, cette trilogie a donné envie à des hordes de touristes de redécouvrir les paysages saisissants de ces forêts et montagnes où le crime se dissimule à la perfection.

      « Mythologies basque et familiale se confondent, l'intrigue se nimbe d'une atmosphère quasi surnaturelle. La magie opère. Dolores Redondo serait-elle la cousine espagnole de Fred Vargas?»




Après le très réussi et très remarqué "gardien invisible", Dolores Redondo récidive avec "De chair et d'os" qui est donc le deuxième volume de sa trilogie de Batzan, du nom de la région où elle a planté son intrigue. On retrouve donc avec bonheur Amaia, flic surdouée, son équipe et sa famille pour enquête qui va mener le lecteur dans un monde où les traditions se mélangent à la réalité âpre et dure d'une vallée hostile. 
Inutile de faire durer le suspense, j'ai vraiment aimé ce roman et en voici les principales raisons : 

- Tout d'abord, l'intrigue. Parce qu'il faut pour faire un bon livre une intrigue qui tienne la route. Là, on est complètement dans la continuité du premier roman. On reprend un bon nombre de personnages croisés dans "le gardien invisible"et l'enquête démarre quelques mois après la fin du premier livre. Des meurtres sanglants, des rituels qui semblent sortir du folklore basque et des détours, des fausses routes, des pièges jusqu'au dénouement dans les toutes dernières pages du livre. Tout au long de ce récit, je me suis demandé "mais qui peut bien être le tueur ?". Donc sur ce coup-là, Dolores Redondo a fait fort. 

- Les personnages ensuite sont toujours aussi bien travaillés. Amaia devenue mère de famille se dépatouille entre son enquête chronophage et un bébé qui ne l'est pas moins. Malgré l'aide de son généreux James, elle veut en faire toujours plus, veut être une bonne mère, tout ce que sa propre mère n'a jamais été. La famille d'Amaia est très présente mais c'est pour mieux servir le récit. Rappelez-vous dans le premier livre, l'histoire de sa mère. Ici l'auteur va plus loin, lui donnant un rôle encore plus déterminant. Ses soeurs aussi, Flora et Rosario sont très présentes. Sans oublier la tante, toujours de bon conseils et qui représente une sorte de phare qui orienterait ses nièces. 

- Enfin, il y a la vallée du Batzan. Le paysage où l'auteur implante son récit est un véritable personnage. Berceau de légendes et de contes, la vallée qui peut paraître hostile peut se révéler belle et accueillante. Sauf qu'en cette saison, il pleut souvent et le ciel bas est menaçant. Une vallée qui peut être déprimante (à tel point que le taux de suicide est élevé)  mais en même temps attachante. Une vallée pleine de contradiction en quelque sorte. 

Pour finir, il y a ce petit côté "fantastique" avec cette apparition, déjà vue dans "le gardien invisible" mais qui ne gêne pas la lecture. 

De chair et d'os est disponible aux éditions Mercure Noir. A se procurer absolument et à lire avant la parution du troisième tome.