mardi 12 janvier 2016

Parution de la version poche de "Qui a tué le Dahlia Noir", Stéphane Bourgoin, La mécanique générale


Le 14 janvier prochain sort en version poche aux éditions La mécanique générale, le fabuleux livre de Stéphane Bourgoin sur le Dahlia noir, qui a tant hanté les nuits et les jours de James Ellroy.


J'ai eu l'occasion grâce aux éditions Ring de chroniquer ce livre lors de sa sortie en novembre 2014 :


http://terredunoir.blogspot.fr/2014/11/qui-tue-le-dahlia-noir-stephane.html


Si vous l'avez loupé, voici donc l'occasion de vous racheter. Je le répète, ce livre est une bombe. Le travail d'investigation de Stéphane Bourgoin est énorme et exhaustif. Il met fin aux rumeurs les plus folles, démonte les théories les plus farfelues pour résoudre cette énigme qui a défrayé la chronique en son temps et qui a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes.


Disponible le 14 janvier à La Mécanique Générale.

mercredi 6 janvier 2016

Ostland, David Thomas, Presses de la cité

Descente aux enfers d'un nazi
Berlin, 1941. Le jeune et ambitieux Georg Heuser entre dans la police en tant qu'inspecteur à la brigade criminelle. Il est rapidement affecté à la traque d'un tueur en série qui terrorise la ville. Sous la tutelle de son supérieur et mentor, il affirme ses dons d'enquêteur, apprend la loyauté envers ses collègues et se jure d'oeuvrer toujours au service des innocents. Jusqu'au jour où, pour le féliciter, on le promeut au sein de la SS.
Envoyé à Minsk, Georg va prendre en charge l'arrivée des convois de déportés juifs et l'organisation du ghetto. Soucieux de plaire à sa hiérarchie, il obéit aux ordres et s'interdit de penser au crime odieux auquel il est en train de participer. Mais peut-on rester dans cet état d'insensibilité lorsqu'on devient soi-même le monstre qu'on s'est toujours promis de poursuivre ?



Roman coup de poing, docu-fiction, témoignage bouleversant, ce livre est tout ça à la fois. Découpé en deux parties, il retrace la vie d'un policier allemand devenu l'un des acteurs de l'extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale. 
Il commence donc comme un thriller. Georg Heuser, récemment auréolé d'une position de major de promo à l'école de police est parachuté auprès d'un des meilleurs enquêteurs du pays. Sa première mission : traquer le tueur de femmes qui sévit autour du réseau ferré. Tiré d'une histoire réelle, cette traque marquera les esprits de chacun des protagonistes. Fort de cette première victoire, Heuser pensera être promu. Il va vite déchanter et dans la seconde partie, l'auteur va nous décrire sa dérive inéluctable vers l'horreur. 
Maintes fois posée dans divers films, récits, romans, la question centrale est : jusqu'à quand doit on obéir aux ordres les plus abjects qui soient ? Jusqu'où un homme peut-il aller sous prétexter de suivre les consignes ? Comment un type qui a pu traquer un tueur en série se retrouve tueur de masse ?
On peut évidemment penser à l'expérience du psycho-sociologue Milgram qui a beaucoup travaillé sur ces questions.  
David Thomas relate également en parallèle l'histoire de deux avocats qui feront tout pour traduire les nazis devant un tribunal 20 ans après les faits. Mais l'affaire n'est pas simple. Heuser reste un héros de guerre et les obstacles sont importants. 
En début de chronique, j'ai dit qu'il s'agissait d'un roman. On pourra alors reprocher à l'auteur d'intégrer dans son récit des faits ou des pensées totalement imaginées. Notamment en ce qui concerne le personnage de Heuser. Pour ma part, je lui pardonne car j'ai été happé par cette lecture qui n'a pas la prétention d'être un livre d'histoire. 
A découvrir absolument. 


lundi 4 janvier 2016

Le gardien invisible, Dolores Redondo, Folio

Au Pays basque, sur les berges du Baztán, le corps dénudé et meurtri d’une jeune fille est retrouvé, les poils d’un animal éparpillés sur elle. La légende raconte que dans la forêt vit le basajaun, une étrange créature mi-ours, mi-homme… L’inspectrice Amaia Salazar, rompue aux techniques d’investigation les plus modernes, revient dans cette vallée dont elle est originaire pour mener à bien cette enquête qui mêle superstitions ancestrales, meurtres en série et blessures d’enfance.



Après une nouvelle historique en 2009, Dolores Redondo s’attaque aux romans en 2013 avec la première partie de sa trilogie consacrée au personnage d’Amaia Salazar, inspectrice basque passée par le F.B.I.. La trilogie, déjà publiée dans son intégralité en Espagne et qui a été un gros succès pour l’écrivain, a débarqué en France en janvier 2015. A l’occasion de la sortie du second tome de la trilogie (‘’De chair et d’os’’), j’ai décidé de me lancer dans la lecture du premier roman, ‘’Le gardien invisible’’ donc…et quelle belle surprise ! Un roman qui se savoure comme les txatxingorri (gâteaux basques) dont il est question pendant la lecture du livre ! 
Si la trame du roman, la recherche d’un tueur en série, est une réussite, reprenant tous les ingrédients d’un bon thriller : suspense, effets de surprise, meurtres, flics dépassés, environnement familial difficile etc… Que dire du reste ? La personnalité des personnages principaux et secondaires ? Fouillée, développée, riche, intéressante. L’environnement local ? L’auteur est basque, son héroïne est basque. Inutile de dire que le roman refoule de détails, clins d’œil propres à la culture basque qui est mise en avant tout au long du roman. Avec en surplus, un soupçon de fantastique avec le mythe du ‘’basajaun’’, créature légendaire dans la mythologie basque, ‘’le seigneur de la forêt’’. 
Ajoutez à cela un personnage principal, Amaia Salazar, plus qu’attachante, dotée d’une très grande sensibilité tout en ayant une grande force de conviction dans ses analyses pour mener à bien son enquête malgré un entourage familial et un passé qui auront laissé des blessures jamais cicatrisées… 
Bref, vous l’aurez compris, ce premier roman de Dolores Redondo est une vraie réussite et un véritable coup de cœur pour moi. Je ne peux que vous le conseiller et j’attends avec impatience de découvrir la suite des aventures d’Amaia Salazar dans le roman ‘’De chair et d’os’’ tout en suivant avec intérêt les futurs écrits de Dolores Redondo.

Ben. 

A cause de la nuit, James Ellroy, Rivages.

Il est psychiatre, manipule les solitaires et les faibles. C'est la nuit qu'il exerce son pouvoir maléfique. Plus il soutire d'informations à ses malades, plus sa puissance s'accroît. Jusqu'au jour où ce "voyageur de la nuit" croise le chemin du sergent Lloyd Hopkins. 
Après ‘’Lune sanglante’’, A cause de la nuit est le second épisode de la saga de Lloyd Hopkins.



(Chronique de ‘’Lune Sanglante visible ici : http://terredunoir.blogspot.fr/2014/09/lune-sanglante-james-ellroy-rivages.html#comment-form ) 

Dans ce roman, nous retrouvons donc le sergent Lloyd Hopkins pour de nouvelles aventures. A l’image de ‘’Lune Sanglante’’, Lloyd s’avère être un flic compétent, plus que ça même, il est doté d’une intelligence au-dessus de la moyenne, en plus d’un instinct, qu’on appellera sixième sens, qui lui permet de ‘’sentir’’ les crimes auxquels il est confronté. Cela lui permet de résoudre des affaires, non sans employer des méthodes fortes, contraires à la norme, aux règlements internes, un flic qui n’hésite pas à se salir les mains et être hors la loi si cela lui permet de faire tomber les plus dangereux criminels. 
Au niveau de l’histoire à proprement dite, suite à la conclusion de ‘’Lune Sanglante’’, Lloyd, séparé de sa femme et de ses filles, ne peut plus viser de promotion au sein de la Police, il est donc envoyé pour enquêter sur la disparition d’un de ses collègues, Herzog. Dans le même temps, un triple meurtre a lieu dans un magasin. Deux affaires qui n’ont a priori aucun rapport mais que, bien évidemment, Hopkins ne tarde pas à relier. Son enquête mène alors tout droit à un redoutable adversaire pour Hopkins, un individu dangereux qui s’avère lui aussi particulièrement intelligent. Le combat peut alors débuter entre Lloyd et ‘’le voyageur de la nuit’’. 
Du point de vue de l’écriture, Ellroy qui n’écrit alors que son second roman, poursuit ce qu’il a débuté dans ‘’Lune Sanglante’’ et qui sera sa marque de fabrique : un vocabulaire acide, des personnages sans morale ou presque, de la violence, du sexe, les troubles psychologiques liés à l’enfance, des crimes, des dialogues crus, des anti-héros qui nous touchent, etc… D’un point de vue technique, une nouvelle fois, on alterne les chapitres dans la peau d’Hopkins puis du ‘’voyageur de la nuit’’, renforçant ainsi l’envie du lecteur de tourner les pages. 
Suspense, violence, sexe, Los Angeles (un personnage à part entière du roman une nouvelle fois), un cocktail explosif signé Ellroy, le maître des polars noirs. Vous l’aurez compris, après ‘’lune sanglante’’ j’ai à nouveau passé un excellent moment en compagnie de Lloyd Hopkins et ne peut que vous conseiller la lecture ‘’d’A cause de la nuit’’.

Ben

dimanche 3 janvier 2016

L'enfer de Church Street, Jake Hinkson, Gallmeister


Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s’il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi. 



Voilà un roman que j’ai particulièrement apprécié, le lisant en un seul après-midi. Une fois débutée la lecture, impossible de lâcher ce roman que j’ai trouvé bien ficelé. Tout débute par Geoffrey Webb, un honnête citoyen, qui se fait braquer sur un parking par un homme qui vient de commettre un crime et cherche à fuir. Geoffrey ne cède pas à la panique, au contraire, il propose un marché à son agresseur : cinq heures de trajet jusqu’à l’Arkansas et il lui remettra tout l’argent qu’il souhaite. Débute alors une confession de deux-cent et quelques pages. Un roman noir teinté de nombreuses scènes d’humour grotesque, un Geoffrey, ancien pasteur d’une communauté, qui s’avère en fait être un vrai manipulateur, un être cynique, un salopard de la pire espèce, cela ne nous empêche pourtant pas de nous attacher à son personnage ainsi qu’aux nombreux autres dont il évoquera l’existence au cours de sa confession. Je n’en dirai pas plus pour ne pas dévoiler trop de pans de l’histoire. 

Enfin, un mot sur l’auteur, Jake Hinkson, quarante ans et originaire de l’Arkansas. Elevé au sein d’une famille stricte et très portée sur la religion, il découvre les romans policiers en cachette lors de son adolescence et ces lectures deviennent une véritable passion. Aujourd’hui encore, sa vie est influencée par son enfance : c’est donc sans surprise que son premier roman concerne la vie d’un pasteur et qu’il ne se prive pas pour critiquer non sans humour noir la religion qu’il connaît si bien… ‘’L’enfer de Church Street’’ est son premier roman à être traduit en français (les deux autres qu’il a écrits devraient suivre prochainement) et inaugure la collection Néonoir des éditions Gallmeister. 
Un premier roman qui est une belle réussite, auteur à surveiller lors de ses prochains écrits.

Ben

Les enfants de l'eau noire, Joe R Lansdale; Denoël.


Texas, années 1930. Élevée dans la misère au bord de la Sabine, qui s’écoule jusqu’aux bayous de Louisiane, May Linn, jolie fille de seize ans, rêve de devenir star de cinéma. Un songe qui s’achève brutalement lorsqu’on repêche dans le fleuve son cadavre mutilé. Ses jeunes amis Sue Ellen, Terry et Jinx, en rupture familiale, décident alors de l’incinérer et d’emporter ses cendres à Hollywood. May Linn ne sera jamais une star, mais au moins elle reposera à l’endroit de ses rêves… 
Volant un radeau mais surtout le magot d’un hold-up, la singulière équipe s’embarque dans une périlleuse descente du fleuve, le diable aux trousses. Car non seulement l’agent Sy, flic violent et corrompu, les pourchasse, mais Skunk, un monstre sorti de l’enfer, cherche à leur faire la peau. Quand vous décidez de faire vôtres les rêves d’un autre, ses pires cauchemars peuvent aussi profiter du voyage…


Petite odyssée sympathique digne des aventures de Tom Sawyer (aux reflets bien plus sombres) que ce roman de J.R. Lansdale, publié en 2012 aux USA. L’histoire nous est contée par Sue Ellen, une jeune adolescente qui doit faire face à un père violent et pervers, un être qu’elle craint plus que tout et qu’elle fait tout pour esquiver. Sue Ellen fait partie d’un groupe d’amis composé également de Jinx, Terry et May Linn… Le corps de cette dernière, dont le rêve est de quitter sa région natale pour rejoindre Hollywood et devenir une actrice, est retrouvé au fond de l’eau lors d’une sortie de pêche, attaché à une machine à coudre… Alors que la jeune May Linn est enterrée dans l’indifférence la plus totale, les trois amis restant mènent l’enquête et découvrent non sans mal un trésor caché, une somme d’argent qui donne la trame de ce roman : amener May Linn à Hollywood après l’avoir incinérée et réaliser ainsi son rêve à titre posthume. C’est le début d’une aventure folle pour la troupe qui va les conduire d’embûches en embûches, poursuivie qui plus est par des adultes violents au courant de la somme d’argent retrouvée… Un roman également teinté légèrement de fantastique avec la présence de Skunk, créature sanguinaire ayant son repère dans la forêt longeant la Sabine, personnage à part entière des « Enfants de l’eau noire ». 
L’histoire se déroulant dans les années 30, nous avons droit à tout ce que cela implique : différences raciales, position de la femme par rapport à l’homme dans la société et au sein du foyer familial, notion de l’argent alors que la crise économique a frappé les USA, homosexualité, etc… 
C’était le premier livre de Lansdale que je lisais et je l’ai fortement apprécié, l’histoire faisant la part belle aux situations dangereuses et nombreux rebondissements qui s’enchainent. Mention spéciale au personnage de Jinx que j’ai adoré, une jeune fille au caractère bien trempé, qui n’a pas froid aux yeux et a de la répartie ! 
Un bémol peut-être sur la fin que j’aurais souhaitée différente. Sinon, le quatrième de couverture dévoile trop de choses selon moi, certains faits auraient pu ne pas être annoncés avant même d’entamer le livre !


Ben