samedi 31 décembre 2016

BONNE ANNEE 2017




2016 est terminé. Sur Terre du Noir, de nombreux romans ont été chroniqués. J'en ai aimé beaucoup. Certains m'ont moins passionné que d'autres mais j'ai pris un réel plaisir à les lire et à en rédiger des commentaires.
Je profite pour remercier ceux qui me suivent dans cette aventure. Les maisons d'éditions par le biais de leurs attachés de presse me font une confiance que je salue ici. Merci à vous tous !
Les auteurs qui me parlent aussi de leurs livres et avec qui j'échange parfois. Même si mes chroniques peuvent être négatives, c'est toujours dans le respect de leur travail. J'essaie d'être le plus honnête possible.
Enfin, bien sûr je remercie les lecteurs sans qui un blog n'aurait pas de raison d'être. Merci à vous de me suivre.
Je vous souhaite donc à tous une excellente année 2017. Que celle-ci soit pleine de découvertes littéraires, de belles rencontres  et de bonnes lectures !

mardi 27 décembre 2016

Dans les brumes du mal, René Manzor, Calmann Lévy


Tom, mais aussi John, Michael et Lily. À chaque fois, une mère est assassinée et son enfant enlevé, comme évanoui dans les brumes inquiétantes qui submergent si souvent la Caroline du Sud.
Dahlia Rhymes, agent du FBI spécialisée dans les crimes rituels, s’impose dans l’enquête. Tom est son neveu, et même si elle ne l’a jamais vu car elle a rompu toute relation avec sa famille, elle ne peut pas l’abandonner.
En retrouvant les marais et les chênes séculaires de son enfance, Dahlia retrouve aussi Nathan Miller, un ancien gamin des rues devenu un des meilleurs flics de Charleston. Ensemble, ils se lancent à la recherche des enfants, sans autre indice que le témoignage d’un voisin, qui prétend avoir vu rôder autour d’une des Maisons une shadduh, une ombre vaudoue.
Et si, pour une fois, le mobile n’était ni l’argent,
ni le sexe, ni la vengeance, ni même l’amour?





Dans les brumes du mal est le troisième roman de René Manzor. Pour ma part, le premier que je lis de cet auteur. Qu'on se le dise tout de suite, ce roman a tous les ingrédients pour être un parfait thriller  : une intrigue solide, des décors fantastiques, un sens du suspens, une écriture rapide, des personnages sortis d'un film, des chapitres courts qui facilitent la lecture. Pourtant, je n'ai pas été séduit. Bien sûr, comme de nombreux lecteurs j'ai moi aussi tourné les pages avidement. J'ai voulu savoir la vérité. J'ai voulu aller au bout de ce roman. 

Un roman techniquement parfait

Je m'explique. Ce roman est techniquement très bien fait dans sa forme. Comme je viens de le dire, dans sa construction il n'y a rien à lui reprocher : chapitres courts qui alternent différents points de vue, suspense en fin de chapitre, maîtrise de l'auteur qui connaît ses classiques. Quelques fausses pistes subtilement amenées entretiennent la tension. Une atmosphère propice aux mystères dans les marais parachève le tout.
Mais voilà...

Un manque d'âme

Ce que je vais dire n'engage que moi mais exprime mon ressenti. Il manque je trouve une âme dans ce récit, juste ce qu'il faut pour qu'il passe du bon moment au thriller excellent. C'est difficile à expliquer mais je n'ai pas réussi à éprouver la moindre empathie pour les personnages. 
Tout d'abord l'agent Rhymes me paraît très dure. Les rares fois où ses sentiments s'expriment, c'est légèrement ridicule comme le moment où elle va rencontrer le révérend en prison. On ne peut pas dire cependant que ce personnage manque de profondeur. L'auteur l'a bien travaillé. Il donne des détails sur sa vie actuelle, son enfance, la façon dont elle s'est construite et c'est plutôt intéressant. Cependant, elle ne m'a pas paru sympathique. Elle est froide et distante. De fait, je n'ai pas éprouvé de sentiments particuliers à son égard.
Miller est l'un des personnages importants du  roman. Mais, comme pour Rhymes, j'ai trouvé qu'il lui manquait quelque chose. Sans rentrer dans les détails, on sait qu'il a perdu sa femme et qu'il élève seul sa fille de 11 ans. On sait aussi qu'il a fréquenté la rue durant sa jeunesse et qu'il était un petit truand des rues. Je n'ai pas non plus apprécié les relations qu'il a tissé avec sa fille. Je les trouves surfaites, caricaturales. La petite fille qui prend soin de son papa et qui lui parle d'égal à égal, pour moi, ça ne passe pas.

Un thriller implacable cependant

Malgré toutes les réserves que je viens d'émettre, j'ai bien apprécié cette lecture. On tourne les pages à une vitesse surprenante car l'écriture de René Manzor s'y prête. On a envie de savoir ce qu'il va se passer.
Je reconnais aussi avoir éprouvé quelques difficultés à écrire cette chronique. J'ai trop de sentiments contradictoires. J'espère donc que le lecteur ne m'en voudra pas.

Ce roman est disponible aux éditions Calmann Lévy que je remercie.






vendredi 23 décembre 2016

La nuit des chats bottés, Frédéric H Fajardie, éditions la Table ronde


Par amour pour Jeanne, jeune femme désenchantée, Stéphan et Paul, deux anciens militaires, vont lancer la plus grande opération de plasticage de tous les temps. Jeanne a souffert de voir son père humilié par la société. Stéphan et Paul vont lui offrir une revanche posthume : «La vie est une opération de commando, c’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir…» Masqués de cagoules, ils vont s’attaquer à une banque, à un P.M.U., à une clinique, aux usines Renault, au ministère des Finances, et même au Sacré-Cœur. Livre fondateur d’un romantisme noir et anarchique, La nuit des Chats bottés est une œuvre emblématique, un règlement de comptes phénoménal, saluée à sa sortie par une presse unanime.





Troisième roman lu de Frédéric H Fajardie pour ma part. Un roman qui commence par une histoire d'amour entre Stéphan et Jeanne. Jeanne qui va se trouver au coeur d'un engrenage de violence qu'elle n'essaiera pas d'endiguer quand la vérité va se dévoiler peu à peu.
Comme à son habitude, Fajardie ne passe pas par quatre chemins, ça castagne, ça bastonne et ça plastique à tout va. Il ne s'embarrasse pas de préoccupation psychologique, les personnages sont dressés rapidement, leur personnalité comme leur physique. L'essentiel n'est pas là. Fajardie s'attache à raconter une histoire, simplement.
Donc, on retrouve les policiers, barbouzes ou pourris, hommes politiques véreux et vénaux. Les chats bottés sont insaisissables. Ils les font tourner en bourrique, font sauter des objectifs bien précis et s'évanouissent dans la nature.
Comme d'habitude, les dialogues sont incisifs, parfois drôles, sans concession.
Bref, tous les ingrédients sont présents pour en faire un très bon polar, d'ailleurs unanimement salué par les critiques à sa sortie en 1979. Pourtant, je l'ai moins apprécié que les deux précédents. Je n'ai pas été conquis par l'histoire ni les personnages. Je trouve le prétexte pour tout faire pêter un peu... facile voire futile. Même le policier, je le trouve fade et sans envergure. Les chats bottés le provoquent, inscrivent son nom sur les lieux des différents plastiquages et lui, il est nonchalant, comme si rien ne l'atteignait.
Donc, une lecture qui me laisse sur ma faim, un peu perplexe. C'est bien mais pas extraordinaire.

Je remercie les éditions de la Table ronde pour cette découverte.






lundi 19 décembre 2016

Bienvenue à Cotton's Warwick, Michaël Mention, Ombres noires


Australie, Territoire du Nord. Dans l'Outback, on ne vit plus depuis longtemps, on survit. Seize hommes et une femme, totalement isolés, passent leurs journées entre ennui, alcool et chasse. Routine mortifère sous l'autorité de Quinn, Ranger véreux. Tandis que sévit une canicule sans précédent, des morts suspectes ébranlent le village, réveillant les rancoeurs et les frustrations. Sueur, folie et sang. Vous n'oublierez jamais Cotton's Warwick.




Les lecteurs de ce blog savent déjà que j'ai une affection particulière pour Michaël Mention dont je suis (et apprécie) la carrière depuis ses débuts.
Ils savent aussi que j'éprouve une affection particulière pour l'Australie, pays immense où tout est possible. 

Le nouveau roman de Michaël Mention est dans la continuité de son oeuvre. En ce sens, il est différent de tous les autres. Et oui, Michaël Mention est un auteur qui se renouvelle, qui tente des expériences, qui prend des risques, qui ne s'enferme pas dans un domaine. Il a tenté le huis clos (Unter Blechkoller), il a commis une trilogie bien noire (sale temps pour le pays, Adieu demain, Et justice pour tous), un pamphlet sur le PAF (la carnaval des hyènes) ou encore un docu-fiction sur un serial ailler (le fils de Sam). Tous avec un certain succès. 
Ce Bienvenue à Cotton's Warwick dépeint une petite communauté, repliée sur elle-même, oubliée du gouvernement australien, oubliée de tout le monde. Alors, ces gens survivent comme ils peuvent. Leurs relations se tissent, se déconstruisent à coups de poings avinés. C'est le choc, c'est violent. Soleil et alcool ne font pas bon ménage chez ces dégénérés menés par un chef véreux et sans scrupules. Les journées passent, les unes identiques aux autres. Les mois passent, pareil. Les années aussi. Karen, la seule femme, derrière le comptoir du seul bistrot, rêve de départ, d'une vie en ville, loin de l'Outback où chaque jour on peut y laisser sa peau. 
Et puis, il y a ce fameux razorback qui va bousculer ce fragile équilibre. A partir de là, tout s'écroule. Michaël Mention prend un malin plaisir à décrire la rapide décrépitude qui s'ensuit. L'apocalypse arrive à Cotton's Warwick. Comme le dit la bible, elle est incarnée par des animaux de toutes sortes. Comme dans le roman de James Patterson, Zoo, les animaux prennent le contrôle, se soulèvent contre l'être humain. Comme dans Les Oiseaux, la tension monte autour des volatiles qui font le siège de la bourgade. Acculés, les habitants pourront-ils s'en sortir ? 
Le nouveau roman de Michaël Mention est un survival que j'aimerais bien voir adapté au cinéma. Genre trop peu utilisé dans la littérature d'aujourd'hui, l'auteur nous ravit sur près de 300 pages pendant lesquelles on sourit (jaune), on frissonne, on vomit...

... car parfois, c'est un peu gore. Déjà, à certains moments dans ...et justice pour tous Michaël Mention nous avait montré qu'il pouvait l'être. Ici, il se lâche complètement. Cependant, on n'est pas dans la série B. On est dans un vrai roman bien écrit. Il n'y a jamais de sang pour rien, jamais de scène horrifique gratuite. Tout est savamment calculé. Les scènes découlent des actes des humains et comme dans The Walking dead, on peut se demander si le danger vient réellement des animaux. 
Je dois avouer malgré tout parfois, j'ai trouvé qu'il allait un peu loin, l'auteur. C'est hard, c'est cru mais, je le répète, toujours servi par une écriture fine, intelligente, travaillée. 
Je pense toutefois que l'éditeur aurait pu, à l'instar de certaines BD, indiquer la mention "pour lecteurs avertis" car ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Il faut être bien préparé pour rentrer dans le monde de l'outback. L'Australie ne se donne pas, elle se mérite, avec Michaël Mention. 

Disponible chez Ombres noires. 




lundi 28 novembre 2016

Tabous, Danielle Thiéry, Ombres noires.

À quelques jours de Noël, Célia Laporte et son bébé de quatre mois disparaissent brutalement d'une maternité.
Le père de l'enfant, issu d'une puissante famille iranienne, est introuvable. 
L'affaire est complexe. La PJ de Bordeaux décide d'appeler en renfort l'OCRVP de Paris. 
Edwige Marion, la directrice du service, se rend immédiatement sur place avec son équipe et la jeune psycho-criminologue Alix de Clavery. 
C'est l'occasion pour la nouvelle recrue, spécialiste des crimes sur enfants, de s'imposer face aux a priori, et de faire ses preuves sur le terrain.

Alors que l'enquête des forces de police se heurte à la puissance des tabous, Alix va découvrir une vérité plus terrifiante encore





Voir une peluche en couverture d'un roman policier m'a fait un peu peur, je le reconnais. D'autant que le titre "Tabous" suggère des atrocités difficile à imaginer. C'est donc avec appréhension que je suis rentré dans ce livre.  
Le roman débute donc sur la côte Ouest française. Bordeaux et son littoral. Les forêts de pins et les longues plages. Archachon et ses huîtres. La carte postale s'arrête là. Une femme et son bébé ont disparu. Les policiers de l'OCRVP arrivent sur place. L'équipe est composée de Edwieg Marion, la boss, de Valentine Cara et de leur psy, Alix, pas forcément sociable ni appréciée par les autres policiers. 
Parallèlement on assiste à la cavalcade d'un certain Truc, une petite frappe plus habitué aux minables cambriolages qu'aux grands coups d'éclat. D'ailleurs, j'ai bien aimé le suivre dans ses diverses pérégrinations. Le personnage est plutôt bien pensé.
Danielle Thiéry dépeint de nombreux personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Elle leur donne une épaisseur qui permet au lecteur de s'immerger complètement dans cette histoire. Les policiers vont découdre un à un les fils qui les relient entre eux. 
Patiemment, l'auteur va emmener le lecteur vers une vérité cruelle sans oublier de disséminer de ci de là des fausses pistes et laisser des questions sans réponses. C'est habile et bien joué.
 
L'auteur sait jouer aussi sur la météo qui est un personnage qui prend de l'ampleur également au fur et  mesure qu'avance l'enquête pour finir en une tempête apocalyptique pendant la fête de Noël. 

Le dénouement, comme l'indique le titre du livre est sordide. Le suspens nous tient en haleine jusqu'au bout. Pour ma part, j'ai dévoré les quelques 450 pages de ce livre que je recommande vivement. De plus, le style d'écriture de Danielle Thiéry (que je n'avais encore jamais lu) est agréable et fluide. On tourne les pages rapidement, avidement. On en redemande. 

Je remercie les éditions Ombres noires pour leur confiance. 

dimanche 27 novembre 2016

Soul of London, Gaëlle Perrin-Guillet, éditions Fleur sauvage.

Londres, 1892. Un climat de peur. Un flic qui boîte et un jeune orphelin. Tous deux face à un meurtre... ... dont il ne fallait plus parler. Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu'angoissant.





Départ pour le Londres du XIXème siècle avec le nouveau roman de Gaëlle Perrin-Guillet publié aux Editions Fleur Sauvage. 
Le quatrième de couverture annonce un thriller aussi angoissant que distrayant. Je dois admettre que c'est vrai et je m'explique. 

Une angoisse travaillée

Tout d'abord le côté angoissant apparaît dans l'intrigue elle-même. Londres et sa police sont traumatisés par l'échec retentissant des meurtres du terrible Jack l'Eventreur. La population n'a plus confiance dans les policiers. Normal, me direz-vous. C'est dans ces conditions que de nouveaux meurtres sont perpétrés. Un premier cadavre est découvert dans les boyaux de l'Underground. De son côté, l'inspecteur Wilkes, consigné dans un bureau après un accident qui lui a zigouillé la jambe, s'occupe d'assassinats de chiens. Henry Wilkes, personnage principal du roman, s'est adjoint le concours de Billy, un orphelin qu'il a recueilli l'année précédente et qui lui prête donc main forte au boulot comme à la maison. Je reviendrai sur Billy plus tard. Je finis sur le côté angoissant. Angoissant donc par l'intrigue qui amène dès le début plusieurs meurtres dont celle d'une jeune fille, inexpliqué. Affaire bouclée. Sa soeur veut trouver le coupable, embauche Henry. Et l'affaire commence. 
L'ambiance aussi est angoissante. Gaëlle Perrin Guillet plonge ses personnages dans un Londres brumeux et neigeux avec des scènes où le décor sert de personnage. Des quartiers sordides aux docks, des souterrains de l'Underground aux couloirs de l'orphelinat, tout y est pour nous serrer les tripes. 

Une enquête distrayante

Pour autant, la force de ce roman est aussi dans son côté "classique", une enquête à la Sherlock Holmes où l'auteur ne tombe pas dans les descriptions gores et sanguinolentes. Même la scène de l'autopsie reste "convenable". Le duo formé par Henry et Billy fonctionne à merveille. Les deux personnages ont leur propre personnalité et se complètent plutôt bien. Le côté "ours" de Henry est souvent contrecarré par la sociabilité de son jeune protégé. il n'hésite pas à le remettre en place pour leur bien à tous les deux. 
Soul of London est donc un roman qui rend hommage à tous ces romans qui mettent en avant l'intelligence des enquêteurs. 


J'ai suivi Gaëlle Perrin Guillet depuis ses débuts dans l'écriture. Je suis heureux de constater que son travail s'affine, se professionnalise, devient mature. Ce roman est très abouti et ouvre une nouvelle porte dans un univers où elle est à l'aise. D'ailleurs, une suite est prévue mais chutttt, c'est encore un secret. Espérons qu'elle arrive vite !

Ce livre est disponible aux éditions Fleur sauvage. 

samedi 19 novembre 2016

L'opossum rose, Federico Axat, Calmann Lévy


Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : Ouvre. C’est ta dernière chance. Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?
Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… 
Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.


Jeune auteur argentin, Federico Axat situe son roman aux Etats-Unis. Il s'ouvre sur une tentative de suicide avortée par un importun qui frappe à la porte de Ted McKay. L'inconnu lui propose donc un marché qu'il ne peut refuser. Dès ce moment, on pressent que McKay a mis le pied dans un engrenage dans lequel il aura du mal à sortir. Et c'est bien ce qui se passe tout au long de ce passionnant roman à la construction originale. 
L'auteur nous transporte dans un monde où la réalité et le rêve se confondent à tel point que la deuxième partie est une quasi répétition de la première. Le lecteur, à l'instar du personnage principal, est perdu, ne sait plus ce qu'il fait, ce qu'il a fait ni même s'il fait encore partie de ce monde des vivants. Perturbant. 
Puis Ted décide de consulter une psy à qui il va se confier. Celle-ci lui est de bons conseils et semble savoir beaucoup de choses sur le passé de Ted que lui même a occulté. 
Je dois avouer que la seconde partie du roman m'a laissé perplexe. J'ai éprouvé à ce moment-là quelques difficultés à avancer dans le récit me disant : "bon, ça y est, c'est plié. Il est fou, quoi." J'en venais à maudire le bandeau de la couverture qui indique avec prétention : "le thriller parfait". Sentiment que je ne partage pas du tout à cet instant de lecture. 
La troisième partie, au fur et à mesure qu'on avance dans la thérapie de McKay, s'avère être un retour dans les années 90 et le passage à l'Université du personnage principal. Le drame se noue, les personnalités émergent peu à peu. J'ai beaucoup aimé ces chapitres qui décrivent la vie universitaire de McKay, ses amis, son intelligence, ses fêtes... 
Parallèlement on assiste à sa thérapie avec cet oppossum, ce petit rongeur omniprésent, qui lui montre la voie. Bon, ça je n'ai pas vraiment apprécié mais c'est pour le bien du récit. 
Enfin, la dernière partie se dévoile progressivement. On sent que la vérité va éclore. Elle sera explosive et inattendue. 

Pour conclure, je dirais que j'ai beaucoup aimé ce roman dont le postulat de départ est intéressant et déroutant. Le milieu du roman est moins passionnant mais la fin est splendide. Ce roman est construit comme la partie d'échec que McKay, en fin stratège, espère jouer. C'est habile et finaud. 
De plus, l'écriture de Federico Axat est simple et fluide. Parfait pour ce type de livre. Les chapitres courts et rapides permettent de tourner les pages rapidement sans vraiment que l'on s'en rende compte. 

Ce n'est pas "le thriller parfait" mais c'est tout de même un excellent roman que j'ai adoré découvrir. 
A lire aux éditions Calmann-Lévy que je remercie au passage. 

dimanche 6 novembre 2016

En douce, Marin Ledun, Ombres noires.



Sud de la France. 
Un homme est enfermé dans un hangar isolé. Après l’avoir séduit, sa geôlière, Émilie, lui tire une balle à bout portant. Il peut hurler, elle vit seule dans son chenil, au milieu de nulle part. 
Elle lui apprend que, cinq ans plus tôt, alors jeune infirmière, elle a été victime d’un chauffard. 
L’accident lui a coûté une jambe. Le destin s’acharne. 
La colère d’Émilie devient aussi puissante que sa soif de vengeance.



Le nouveau roman de Marin Ledun est sorti depuis quelques semaines au éditions Ombres Noires. Deux ans après son (d)étonnant L'homme qui a vu l'homme, l'auteur change complètement de sujet. Il reprend toutefois des thèmes déjà abordés dans de nombreux romans et des sujets qui lui sont chers. Emilie est handicapée suite à un accident de la route. Cinq ans plus tard, elle kidnappe Simon. 
Pendant 250 pages qui se lisent en quelques heures, Marin Ledun va disséquer les relations entre le geôlier et sa victime. Mais contrairement aux autres romans qui évoquent des séquestrations, il part du point de vue du coupable. Emilie est à la dérive. Elle a raté sa vie. Elle prétexte son accident mais au fur et à mesure des flashback, elle se rend compte que sa vie avait commencé à se déliter bien avant. Incapable de se fixer, elle a multiplié les aventures jusqu'au jour où elle décide de mettre en oeuvre sa vengeance. 
Elle travaille dans un chenil, sordide. Elle habite mobile-home dans ce même chenil, glauque. Elle ramasse la merde des chiens toute la journée, sinistre. Elle s'enivre dans les boîtes de nuit où elle pêche les hommes, pathétique. 
Simon aussi ne parvient pas à trouver l'amour. Lui aussi multiplie les conquêtes mais n'arrive pas à garder une femme chez lui. Il bosse, il picole, il décuite, il retourne bosser et ainsi va sa vie. Jusqu'à ce fameux jour de juillet où il rencontre Emilie. 

Mon avis sur ce roman est mitigé. 
Je dois reconnaître que Marin Ledun a su me surprendre en développant un thème éculé : la vengeance et la séquestration du point de vue du coupable. 
Pourtant, je n'ai pas vu vraiment où il voulait en venir avec Emilie. Désir de vengeance qui s'installe plusieurs années après les faits ? Quant au plan de la jeune femme, il me paraît un peu tiré par les cheveux. A plusieurs reprises l'auteur évoque un fin inéluctable et imminente. Et pourtant, pourtant, jusque dans les dernières pages on se demande ce qu'elle cherche vraiment et comment elle souhaite en finir avec tout ça. 
Pour moi, la fin n'est pas à la hauteur du reste du roman. C'est dommage mais j'aurais préféré d'ultimes chapitres plus percutants que ceux écrits par l'auteur où l'on tombe dans une sorte de mélodrame niaiseux. 

Pour conclure, En douce est un bon roman mais avec une fin un peu bâclée. 

Ne laissez pas les chiens garder la viande, Mariska Mourik, Le Passeur Editeur

France, 2007, les médias sont braqués sur le collectif « Urgence Darfour ». Dantzig, journaliste hollandais, enquête sur les rouages de cette campagne qui brasse des millions et dont pas un centime n’est utilisé au profit des victimes. Ses investigations le conduisent au Soudan où il rencontre Claire, jeune humanitaire désabusée. Elle lui plaît autant qu’elle l’intrigue. Au fil de leurs échanges, Dantzig entrevoit les réalités troubles des organisations sur le terrain. 

Puis Claire disparaît mystérieusement. Elle envoie un appel au secours à Dantzig. Elle semble en danger, mais dit-elle la vérité ? Qui est-elle vraiment ? Quel est ce mystérieux Pierre avec lequel elle a créé une association d’adoption d’orphelins au Darfour ?

Dantzig découvre peu à peu des facettes sordides des fanatiques de l’humanitaire, aveuglés par leurs utopies, devenus de simples pions au service des enjeux stratégiques de grandes puissances pour lesquelles la vie humaine importe peu. L’étau de la machination politique, impliquant des personnalités au plus haut sommet du pouvoir, se resserre inéluctablement autour de Claire et Dantzig…

Un roman à suspense au coeur de la spirale infernale de la realpolitik
qui broie sans états d’âme les destinées humaines.



Voilà un roman qui interpelle par son titre qui est en fait un proverbe tchadien, apprend-on au début du livre. Un roman qui interpelle aussi par sa couverture. Cette sorte de chien aux énormes crocs comme une ombre chinoise. Et enfin un roman qui interpelle par son résumé, dense et surprenant : une ONG, des humanitaires pas très clairs, des magouilles et en fond on pense à L'Arche de Zoé. 
Donc, avant même d'ouvrir ce roman on pressent une lecture forte et puissante. 
L'auteur nous emmène donc dans les méandres de l'humanitaire, des magouilles, de la corruption. Elle dresse le portrait de bénévoles prêts à tout pour aider les populations en détresse, osant se dresser contre les gouvernements de ces pays. Elle parle de femmes et d'hommes qui se dévouent corps et âmes, loin de chez eux, dans des ONG nébuleuses. Elle évoque aussi des motivations pas forcément bienveillantes. Certains d'entre eux ne cherchent-ils pas une sorte de rédemption à aider les autres ? Ne veulent-ils pas se sauver eux-mêmes ? Fuient-ils leur famille ? Leur travail ? Une société de plus en plus codifiée ? Les raisons sont multiples et la réalité du terrain va vite les rattraper. Le temps africain n'est pas le temps européen. Là-bas, on patiente. On ne fait rien dans l'urgence. Le temps s'écoule lentement. On n'est pas pressé. Les démarches administratives peuvent durer des jours et des jours. Les situations bloquées se décantent parfois sans que l'on sache pourquoi, ni comment.
J'ai beaucoup aimé ce roman qui n'est pas un polar, plutôt un roman noir qui décrit les rouages d'un monde qui nous échappe. Certes, à certains moments il faut être bien accroché. L'écriture de Mariska Mourik est dense et remplit de détails. Elle dresse les portraits de Claire, humanitaire désabusée qui se lance dans un projet avec Pierre, énigmatique responsable d'une petite ONG ou véritable gourou escroc ? On trouve aussi le journaliste hollandais Dantzig dont les débats avec son rédacteur en chef Ton sont fructueux et passionnés. Dantzig qui flaire le mauvais coup et qui n'hésite pas à se rendre au Tchad.
Ne laissez pas les chiens garder la viande est un roman étonnant dans lequel le lecteur apprendra beaucoup sur le monde de l'humanitaire. L'auteur connaît très bien son sujet et va jusqu'à écorner notre ancien président en évoquant à demi-mot le sort des infirmières bulgares.
Ce roman est disponible aux éditions Le Passeur que je remercie pour leur confiance et de m'avoir fait découvrir ce livre.

lundi 31 octobre 2016

Manta, Yann Julien, auto-éditions


"Meurtres, enquêtes, poursuites... 

Le domicile d’une riche résidente visité par des « déménageurs ». Le butin s’élève à 4 millions d’euros. 

Une équipe de cinq jeunes gens avaient déménagé plus tôt dans la journée du mobilier au domicile de Mme Madeleine Douglas ; ils sont suspectés d’avoir procédé à un repérage, puisque quelques heures plus tard, la riche veuve recevait la « visite » de l’un d’eux. Elle l’a formellement reconnu et a pu dresser un portrait-robot aux enquêteurs. 

L’affaire se déroule dans la soirée, la police est appelée pour intervenir au domicile de Madeleine Douglas : elle a surpris un malfaiteur qui s’est introduit par effraction. Après avoir tenté de le rattraper sans succès, le cambrioleur a réussi à prendre la fuite. 

On ignore si le suspect a agi seul, mais il aurait procédé à l’effraction, la fouille et le vol du contenu du coffre-fort de Madeleine Douglas : principalement des bijoux. Le montant du vol s’élève à plusieurs millions d’euros."





Un des objectifs de Terre du noir, c'est de donner une (modeste) visibilité à des auteurs et des livres qui ne bénéficient pas forcément de publicité. Tenir un blog tel que celui-ci peut être l'occasion de faire des rencontres et des découvertes. Avec Yann Julien et son Manta la surprise était belle. 
Un cambriolage chez une riche veuve. Des suspects et une enquête qui débute. Voilà le point de départ assez classique de ce polar. Pourtant, l'auteur va nous emmener ailleurs, loin des clichés auxquels on pourrait s'attendre. Son récit est rapide, ses descriptions limitées, ses personnages décrits succinctement nous font penser aux romans policiers épurés des années 70. 
Yann Julien conduit ses protagonistes et ses lecteurs entre Paris et Dijon. Alan et Tim sont deux personnages bien travaillés et le duo fonctionne à merveille. Tim est un geek un peu immature. Alan est un type qui a soif de vengeance. Le premier n'a jamais fait de bêtise, le second a passé quelques mois à l'ombre. On aussi un vrai méchant servi par une horde de brutes : Faust et ses sbires. Je dois dire que j'ai bien aimé les scènes dans son domicile. Enfin, on a un policier, Lebreuil qui traîne quelques casseroles dont il aimerait bien se débarrasser. Donc côté personnage, on a ce qu'il nous faut. 
Ensuite l'intrigue en elle-même est simple et efficace. L'auteur distille quelques indices et des fausses pistes. Il prend du plaisir à écrire et à raconter une histoire et ça se voit. Il y a de l'humour dans ses dialogues et Tim est l'un des personnages qui ne se prend pas au sérieux et qui se demande dans quel guêpier il a été mis. Malgré lui, il va donc être entraîner dans des situations qui le dépassent et qu'il ne pensait pas trouver ailleurs qu'au cinéma. Le côté décalé de ce personnage m'a séduit. 

Cependant, il est dommage que ce roman soit si court. Il se lit très vite, en quelques heures. En ce sens, il remplit très bien son rôle : un polar qui va vite, qui ne s'encombre pas de descriptions et psychologie inutile. J'aurais toutefois aimé un peu plus de matière. 

L'auteur : en naviguant sur internet, on peut remarquer que Yann Julien n'en est pas à son coup d'essai. Manta est en effet son quatrième roman qu'il publie à compte d'auteur. Par choix ? Par défaut ? En tous les cas, je pense qu'il pourra très bientôt rejoindre une maison d'éditions car cet auteur a du talent. 











mercredi 26 octobre 2016

Le cri, Nicolas Beuglet, XO éditions

Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…
Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?
Pour Sarah, c’est le début d’une enquête terrifiante qui la mène de Londres à l’île de l’Ascension, des mines du Minnesota aux hauteurs du vieux Nice.
Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse sur l’une des questions qui hante chacun d’entre nous : la vie après la mort…
Et la réponse, enfouie dans des laboratoires ultrasecrets, pourrait bien affoler plus encore que la question !
Inspiré par des découvertes et des événements réels, Le Cri renvoie à nos peurs les plus intérieures. Un thriller sur la folie des hommes et le danger d’une science dévoyée, transformée en arme fatale.




Un hôpital psychiatrique perdu en Norvège, un froid de canard, un dangereux criminel enfermé, une policière au bord de l'implosion et une mort suspecte. Voilà un début qui s'annonce percutant. Les premières pages le sont d'ailleurs. Pas un seul temps mort, l'ambiance enneigée et poisseuse y est aussi pour quelque chose. Cette première partie se déroule donc en Norvège. Il fait froid, vous l'aurez compris, la neige tombe et pour cette enquête, notre inspectrice se trouve chargée d'aller dans un sordide hôpital psychiatrique que Denis Lehane n'aurait pas renié.
Tous les ingrédients sont donc présents pour un thriller époustouflant. Et pourtant, le récit s'essouffle même si en bon scénariste l'auteur ne laisse aucun répit à ses héros - on se croirait dans un film d'action- et à ses lecteurs. Bien sûr, on a aussi l'amourette obligatoire entre les deux protagonistes.
Dommage, c'est cousu de fil blanc.
La deuxième partie est consacrée quant à elle aux pérégrinations de Sarah et de Christopher entre la France, l'île de l'Ascension et les Etats-Unis. Là encore, le roman aurait pu être captivant mais les scènes décrites sont caricaturales, conventionnelles. J'ai parfois eu l'impression de me retrouver dans une mise en roman d'un film d'Indiana Jones. Par exemple la scène où l'on fait connaissance avec Christopher. Il finit une conférence devant une assemblée d'étudiants qui boit littéralement ses paroles et dont certaines de ses membres sont conquises voire amoureuse (cf : l'étudiante qui veut à tout prix lui glisser son numéro de téléphone). Evidemment, Sarah voit en lui un simple joli coeur, qu'il n'est pas en réalité.
La scène dans la mine est elle-aussi très mal construite à mon goût.
Bref, plusieurs scènes de cet acabit ne m'ont pas plu dans ce roman.
De fait, je n'ai pas accroché aux théories scientifiques développées par l'auteur. Certes, le récit s'inspire de faits réels mais l'auteur va plus loin (je n'ai pas été vérifier sur internet la véracité de ce que Nicolas Beuglet raconte) avec "le cri" (je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler les lecteurs).
J'ai aussi trouvé une certaine... comment dire ? ... forme de faux suspens, de fausses révélations genre : "tu te rends compte de ce qu'on a trouvé ? C'est incroyable !
Ah bon, dirais-je en simple profane. Ok, mais en quoi c'est important ?

Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé ce roman qui pourtant était très bien parti. Je n'ai pas adhéré ni aux personnages qui sont assez conventionnels et sans surprise ni aux scènes d'action ni aux théories scientifiques qui ne m'ont pas intéressé.
C'est dommage car l'idée de départ était plutôt bonne.

dimanche 16 octobre 2016

Polichinelle mouillé, Frédéric H Fajardie, Editions la table ronde.


«Pourquoi un dingue pousse-t-il des gens sous des rames de métro? Comment une superbe jeune fille peut-elle tomber amoureuse de moi – et perturber mon enquête? Pourquoi la maffia s'en mêle-t-elle? Moi, commissaire Padovani, un foutu flic avec une drôle d'équipe : pourquoi me refile-t-on toujours les affaires les plus dures, celles où, comme les feuilles mortes de la chanson, les cadavres se ramassent à la pelle?»



Frédéric H Fajardie a publié en son temps de nombreux romans, souvent très courts. Polichinelle mouillé est l'un d'eux. Il reprend les personnages créés pour Tueurs de flics que j'ai eu l'occasion de chroniquer il n'y a pas longtemps. On retrouve donc ici avec bonheur le commissaire Padovani et sa bande de collègues un peu déjantés.
Un vieil homme, un peu bossu, un peu bourru, se met en tête de pousser sous le métro des types qu'il choisit minutieusement. Les victimes sont parfois jeunes, parfois plus vieux, parfois appartenant à la mafia. Oups, on peut devenir assassin et commettre des bourdes. Ce qui met la police sur fausse piste.
La course contre la montre a débuté car l'homme semble aller plus vite en besogne, son besoin de tuer semble s'accélérer. La tension monte, la police est sous pression.

Mon avis : J'ai bien aimé ce roman même si je le trouve moins passionnant que Tueurs de flics. J'ai pris du plaisir à retrouver le commissaire Padovani en bonne santé (réf : Tueurs de flics), toujours très incisif et parfois impertinent. On retrouve l'écriture cisaillée de Fajardie qui ne s'encombre pas de détails inutiles. Les descriptions des lieux et des personnages sont minimalistes au bénéfice des dialogues.
Un bon roman qui se lit d'une traite, sans temps mort et avec de l'action.
A découvrir aux éditions La table ronde.

mercredi 12 octobre 2016

Péché de chair, Colleen McCullough, éditions de l'Archipel.


Août 1969. Holloman, petite ville du Connecticut, a retrouvé son calme après les tragiques événements de janvier (cf Le Dernier Banquet, Archipoche). Jusqu’au jour où un, puis deux corps d’homme mutilés sont retrouvés.
Le capitaine Delmonico écourte alors ses congés pour enquêter sur cette affaire. Assisté du sergent Delia Carstairs et du lieutenant Abe Goldberg, il découvre très vite un lien entre les deux meurtres et la disparition inexpliquée de plusieurs femmes.
Et si Holloman n’avait pas affaire à un psychopathe, mais à deux ? Voilà qui promet une fin d’été torride, irrespirable…




Qui n'a jamais entendu parler de Colleen McCullough, l'auteure de Les oiseaux se cachent pour mourir
Elle nous a quitté l'an dernier en nous laissant une oeuvre conséquente et variée. Je n'avais encore jamais lu cette auteure et c'est avec plaisir que j'ai parcouru les quelques 365 pages de son ultime roman. Péché de chair met en scène Carmine Delmonico, capitaine de police de Holloman dans le Connecticut, et son équipe : Délia, Abe et les autres, équipe qui a fait ses débuts en 2007 dans Corps manquants. 
Dans ce roman, ce n'est pas une enquête mais deux que l'auteure nous propose. Deux affaires menées en parallèle par Délia et l'autre par Abe et Carmine. La première doit retrouver la trace de six femmes portées disparues sur un laps de temps de plusieurs années. De son côté Abe doit faire face à des cadavres d'hommes retrouvés mutilés de leur masculinité. 
Bien sûr, on se doute que les deux affaires vont se lier à un moment ou à un autre. Mais de quelle manière ? 
J'ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans ce livre. Colleen McCullough a une écriture particulière. Je ne sais pas si c'est du fait de l'auteure ou du traducteur mais j'ai parfois du relire plusieurs fois les mêmes passages pour bien les saisir et les comprendre. Elle semble aussi aimer les phrases à rallonge qui tiennent sur plusieurs lignes. 
J'ai ensuite commencé à me familiariser avec Colleen McCullough. J'ai été pris dans ce récit qui avance rapidement et qui multiplie les personnages. L'enquête n'est pas toujours au premier plan. L'auteure nous décrit plutôt les personnages dont chacun aura un rôle à jouer. Les amitiés se nouent, parfois trop rapidement, je trouve, les invitations se succèdent et les secrets sont mis au jour petit à petit. 
C'est brillant et habile. 
En revanche, je ne sais pas où l'auteure a trouvé ces prénoms mais je dois reconnaître qu'elle fait preuve d'originalité. Dans le désordre on trouve : Carmine Delmonico, Délia Carstairs, Fennela, Rufus et même une religieuse répondant au nom de Perpétua. Même si ce dernier prend racine dans l'histoire chrétienne, je dois avouer qu'il n'est pas banal. 

Les deux affaires sont donc résolues l'une après l'autre avec le brio qui caractérise l'auteur. Ce roman m'a donné bien envie de découvrir les livres précédents. 
Une belle surprise et je remercie vivement les éditions l'Archipel. 



lundi 10 octobre 2016

Tueurs de flics, Frédéric H Fajardie, La table ronde


«Tuer les flics, comme ça, c'est déjà bizarre, mais les découper en lamelle, en faux-filets, en fines tranches et finir par les bouffer, ça vous a carrément un côté farce. Sauf que ces trois types étaient plutôt du genre pince-sans-rire.»




Etonnant que ce "Tueurs de flics" de Frédéric H Fajardie, auteur que je connaissais de réputation mais que je n'avais encore jamais lu. Je remercie donc les éditions La table ronde pour m'avoir fait découvrir l'univers de cet auteur. 

Etonnant car l'histoire en elle-même préfigure déjà les romans et films de serial killer. Ecrit à la fin des années 70, on peut donc dire que l'auteur fait figure de précurseur. 
Etonnant car les personnages, fortement politisés ou a-politisés sont bien ancrés dans leur monde, qu'ils vénèrent ou qu'ils exècrent. Typique, je dirais des polars de cette période. Mai 68 a laissé des traces. Tout le monde a ses idées, veut les défendre. Certains deviennent anarchistes, d'autres policiers. 
C'est le cas de Tonio, le protagoniste principal qui se lance aux trousses des tueurs de flics, sauvagement assassinés, méticuleusement torturés. Tonio ne correspond pas à la figure parfaite du policier. Il ne fait pas d'heures supplémentaires, ne travaille pas le dimanche, ne saute pas ses repas. Au contraire, il rentre le soir pour dîner avec Francine, son épouse. Il ne fait pas trop de zèle et rentre dans le lard de son chef qui se trouve en plus être son oncle (par adoption).
Tueurs de flics, c'est franchement un roman qui se dévore, je l'ai lu en quelques heures. Certes, il ne fait que 180 pages mais le récit est fluide, l'écriture de Fajardie est plaisante et en plus, c'est passionnant et parfois drôle. 
Une bonne entrée en matière pour cet auteur que j'aurai l'occasion de chroniquer très bientôt. 

A découvrir aux éditions La Table ronde. 



Mort aux vaches, Aurélien Ducoudray, François Ravard, Futuropolis.



1996 Un quatuor de truands cambriole l’agence bancaire à Clermont l’Abbaye. Parvenant à échapper à la Police, les voyous se mettent au vert en attendant que les choses se tassent, en attendant d’être oubliés. Ils cavalent jusqu’à l’exploitation agricole de l’oncle de l’un d’eux. Mais c’était sans prévoir la crise de la vache folle... La contamination de l’épizootie est à son plus haut pic, et les gendarmes sont très nombreux à battre la campagne. Coincés dans leur planque, ils vont devoir se supporter les uns les autres. Pour le meilleur et pour le pire.


Voilà typiquement le genre de roman graphique que j'adore. Des dessins travaillés et qui laissent place à l'imagination, un scénario original, décalé, loufoque par moments et bourré de références aux anciens polars.
Hommage à Audiard, Gabin et la clique, ce livre se lit d'une traite. Les événements s'enchaînent sans temps mort et on retrouve tous les ingrédients qui d'un très bon livre policier : des malfrats un peu tocards sur les bords, une histoire d'amour, un casse et des poulets dépassés.
Les dialogues sont excellents et on se paie une bonne tranche de fou rire :
- Une gonzesse ! Moi, je bosse pas avec une gonzesse.
- Y'a plein d'autres trucs à mon avis que tu fais pas avec une gonzesse.



Le livre est parsemé de dialogues de ce genre et on a l'impression de revenir en arrière, aux sources du polar où les auteurs aimaient d'avantage jouer avec les mots et leurs personnages que de détailler scrupuleusement des scènes macabres, que de disséquer le travail des légistes et leurs méthodes pour appréhender les suspects. 

Ce livre est une sorte de huis clos dans la mesure où la quasi-totalité du récit se passe dans la vieille ferme où les malfrats se sont réfugiés. Ils ne peuvent en sortir, sous peine d'être vite dénoncés par des habitants suspicieux, dans ces campagnes où l'on n'aime pas l'étranger. D'autant qu'il semble que nombreuses russes viennent chasser le riche mari. Pas facile d'être truand dans la campagne française. 

Mort aux vaches, vous l'aurez compris, est un roman passionnant qui nous ramène aux sources du polar. Il est à découvrir aux (excellents) éditions Futuropolis. 


mardi 27 septembre 2016

Impact, Ben H Winters, Super 8


Les derniers jours sont arrivés. Ancien agent des forces de police de Concord (New Hampshire), Hank Palace a trouvé refuge dans les bois de Nouvelle-Angleterre, où d’anciens collègues se sont rassemblés pour attendre la fin. Mais son esprit n’est pas encore en paix. Il lui reste une affaire à régler, la plus importante peut-être : celle de la disparition de sa sœur Nico, qui semblé liée aux activités d’un énigmatique culte pseudo-survivaliste qui entend encore sauver le monde, envers et contre tout.
L’humanité entre maintenant dans ses derniers soubresauts. En route pour l’Ohio, où l’attend manifestement une révélation tragique, l’inoxydable Hank, accompagné du chien Houdini et de son ami Cortez, découvre à bicyclette ce qui reste de l’Amérique : un monde en ruine et déserté par la technologie, un territoire hostile peuplé de gangs fanatiques, d’immigrants illégaux, de groupuscules religieux… et d’une communauté amish qui pourrait bien l’amener à reconsidérer toute sa perception des choses.



Après Dernier meurtre avant la fin du monde et après J-77, Impact clôt la trilogie de Ben H Winters. Mais c'est poussif, oserais-je dire. 
En effet, j'avais plutôt bien aimé les deux premiers romans qui d'une manière originale, présentaient un monde apocalyptique, prêt à exploser et où toutes les valeurs, tous les codes volaient en éclat. Deux romans qui étaient distrayants. Dans ce Impact, je me suis ennuyé. Alors bien sûr, on suit toujours Hank Palace dans son aventure mais j'ai eu du mal à accrocher. Il recherche sa soeur partie avec un groupe d'illuminés. Mais à partir de là, l'auteur tourne en rond. On dirait qu'il aurait bouclé ce livre en une centaine de pages et que pour le reste, il fallait remplir. Donc, il se répète, invente des scènes plus ou moins réussies pour maltraiter ses personnages, faisant semblant de faire avancer l'intrigue. 
Certes, quelques passages sont intéressants. Notamment la fin du roman et la bataille dans les sous-sol. Palace veut tout savoir avant la fin. Il pose des questions dont il est le seul à vouloir les réponses. A la limite quel intérêt quand deux jours plus tard, le monde va exploser ? Bon, c'est un roman, ok. 
Et que dire de cette communauté Amish qui fait une brève apparition ? Repliée (comme d'habitude) sur elle-même, ces communauté vit dans le mensonge du Père et pense que le monde est victime d'une gigantesque épidémie. Hank voudrait leur ouvrir les yeux mais est-ce son rôle ? On voudrait en savoir plus, traîner nos guêtres avec ces paysans d'un autre temps mais l'auteur ne va pas plus loin. 
Malgré tout, cette trilogie vaut le coup d'être lue car l'auteur sait nous surprendre et nous présenter un personnage qui enquêtera jusqu'au bout et qui ne lâche pas son objectif.
Disponible aux éditions Super 8.



Mémoires amnésiques, Myriam Salomon Ponzo.

Lors d'une promenade en montagne dans le sud de la France, Angélique voit tomber un homme de l'abrupt juste au-dessus d'elle. Accident ? Meurtre ? Elle se pose la question durant des semaines, ayant aperçu une femme ce même jour au bord du précipice. Le cauchemar débute le jour où elle est convoquée à la Cour d'assises de Nice en tant que juré, alors qu'elle a préféré taire sa présence sur les lieux à la police. 
Le procès qui va bouleverser sa vie l'amènera trois ans plus tard aux Etats-Unis dans le Montana où elle pense retrouver sa paix intérieure. Jusqu'au jour où une femme vient sonner à sa porte.



Mémoires amnésiques est un roman qui met en scène des personnages récurrents crées par Myriam Salomon Ponzo. Ce n'est pas le premier de la série mais toutefois, il peut se lire sans que le lecteur ait lu les autres avant. Bien sûr, pour mieux appréhender les personnages, il vaut mieux les avoir lu mais ce n'est pas indispensable. 
Le livre est divisé en deux parties. La première se situe en France, dans le Sud plus précisément. On y découvre Angélique qui partage sa vie entre son boulot et les randonnées en montagne qu'elle s'organise le week-end venu. Peu d'amis, pas de mari ni d'enfants. Sa vie semble monotone limite ennuyeuse. Elle rêve de partir dans le Montana. Cependant, très vite son quotidien va être bouleversé. Elle est témoin de la chute d'un homme. Une femme est près de lui. Accident ou meurtre ? Son coeur penche pour la deuxième solution. 
Quelques mois plus tard, elle est convoqué pour être membre d'un jury d'assise. Et l'affaire jugée est celle dont elle a été le témoin. Comme par hasard, me direz-vous. 
Le procès se passe. 
Et nous retrouvons Angélique qui a américanisé son prénom. Angie vit et travaille maintenant dans une petite ville du Montana. Elle a réalisé son rêve. Elle est guide de montagne et organise des randonnées avec des touristes. 
Sa vie va être une nouvelle fois bouleversée lorsqu'une femme frappe à sa porte...

Mémoires amnésiques est un thriller honorable même si, à mon sens, les deux parties sont inégales et si le rythme est parfois un peu lent. Je m'explique. La première partie en France pose les bases. On y fait la connaissance de Angélique, l'auteur nous décrit sa vie, ses habitudes, son boulot et le moment qui va tout changer. Là, on arrive à la moitié du livre. 
Lorsqu'on part aux Etats-Unis, on découvre d'autres personnages tout aussi importants mais moins bien décrits. De fait, j'ai eu du mal à éprouver de l'empathie pour Gabriel Beauregard, son frère Grégory et son père Brody. Sofia qui complète le tableau paraît aussi bien mystérieuse. 

J'en reviens à l'intrigue. J'ai l'impression qu'elle est secondaire dans le texte. Elle ne sert que de prétexte et n'est pas au coeur du roman. C'est là encore un peu dommage car, je le répète, l'idée de l'auteur était très intéressante. Pourtant, les premières pages mettent dans l'ambiance. On s'attend à du suspens mais la direction est toute autre. Peut-être aurait-il fallu creuser davantage car le sujet l'aurait mérité tant c'est complexe et passionnant à la fois. 

Malgré tout, j'ai pris du plaisir à lire ce roman. Le fait de mélanger randonnée et enquête policière est bien joué. De même le jeu de cache cache auquel participe Angélique et sa nouvelle amie est également intéressant. J'ai bien aimé le "Je sais qui tu es et je sais que tu sais que je sais."

A découvrir chez Morrigane éditions. 



samedi 24 septembre 2016

Une forêt obscure, Fabio M. Mitchelli, Robert Laffont


Des jeunes filles sont retrouvées mortes ou en état de choc aux abords de la forêt Tongass. Le lieutenant Carrie Callan prend le dossier en main. A Montréal, Luka Ricci torture des animaux puis tue son amant à coups de pic à glace. Une enquêtrice, Kelly Bailey, est en charge de l'affaire. Les deux affaires se rejoignent...





Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler aujourd'hui d'un livre que je n'ai pas (encore) lu. Je vous le signale simplement:: : mon ami Fabio M. Mitchelli vient de publier "Une forêt obscure" aux éditions Robert Laffont. Le début d'une nouvelle aventure pour cet auteur qui a commencé il y a plusieurs années dans une petite maison d'éditions (Ex aequo éditions), qui a eu confiance en lui, l'a aidé et l'a soutenu. Belle réussite donc pour Fabio qui entre dans la cour des grands avec ce roman qui reprend les codes chers à l'auteur : une réflexion poussée sur les personnages, leurs états d'âmes, un paysage qui prend toute sa place. Ici le froid et la solitude de l'Alaska n'est pas sans rappeler le film "Suspect" avec Nicolas Cage et John Cusak qui reprend l'histoire de Hansen, un tueur en série caché sous l'identité d'un honnête père de famille. 

Je ne pourrai pas vous en dire car je n'ai pas lu ce livre sorti le 15 septembre. Cependant, ayant suivi un peu l'avancée de son écriture, je peux d'ores et déjà vous dire que les amateurs du genre seront surpris et conquis. 
Fabio M. Mitchelli est désormais un auteur sur qui il faut compter dans le paysage français. 

lundi 12 septembre 2016

Nuit noire sur Brest, Bertrand Galic, Kris, Futuropolis


Dimanche 29 août 1937. Victime d'une avarie, un sous-marin républicain espagnol fait surface au milieu de la rade de Brest. Un commando franquiste va alors tenter de s'en emparer en affrontant des militants communistes et anarchistes brestois.



Passionnés d'histoire, les auteurs de cette BD ont découvert cet épisode au hasard, en feuilletant le livre de l'historien Patrick Gourlay, Nuit franquiste à Brest, paru aux éditions Coop Breizh. Ils ont alors décidé de mettre en dessin et de scénariser cet épisode oublié. 
Pour cela, ils ont fait un véritable travail d'historien en recherchant dans les archives, en détaillant les photos de l'époque, en visitant un sous-marin pour coller au mieux à la réalité au niveau du dessin et aussi du texte. Le résultat est passionnant car si on croyait tout savoir sur cette époque, avec cette BD on en apprend encore ! 
La guerre civile espagnole s'invite donc dans les contrées bretonnes. Franquistes, Barbouzes et communistes vont s'affronter. Le scénario prend des libertés mais colle toutefois à la réalité. De même que les dessins des personnages, de la ville de Brest, des quartiers aujourd'hui disparus et du sous-marin dont l'exiguïté est bien rendue, ce qui illustre à merveille la tension qui peut y régner. 
Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de cette histoire et j'ai été vraiment surpris d'apprendre ce qu'il s'est passé en cette année 1937. 
Chaque lecteur pourra y trouver son compte : les mordus d'action et de suspens aussi bien que les amateurs d'Histoire. 
Pour clore ce livre, les auteurs ont fait appel à Patrick Gourlay qui signe un dossier complet sur l'affaire et le contexte dans lequel elle s'inscrit. Là encore c'est passionnant et instructif car il n'est rien de plus difficile que de comprendre les origines d'un conflit ainsi que les enjeux et les protagonistes. En ce sens, Nuit noire sur Brest est une vraie réussite. 

Disponible aux éditions Futuropolis

samedi 10 septembre 2016

Poussières d'os, Karin Salvalaggio, Bragelonne

Un matin, des coups retentissent à la porte. Encore adolescente, Grace prend peur. Cette enfant sauvage vient de subir une greffe du coeur et refuse d’ouvrir à l’inconnue qui crie son nom. Quelques instants plus tard, elle assiste au meurtre de cette femme dans la neige. Il s’agit de sa mère, qu’elle n’a pas vue depuis onze ans.
Enceinte jusqu’au cou, l’agent Macy Greeley est chargée d’enquêter sur cet assassinat et sur le passé de Grace. Elle revient sur les lieux d’une ancienne affaire, la disparition d’un groupe de jeunes filles à la frontière canadienne, des années plus tôt…




C'est vrai qu'il a des airs de Fargo, ce premier roman de Karin Salvalaggio, l'humour en moins. Ici, c'est poisseux, sordide et parfois glauque. L'auteur nous emmène dans une Amérique du fond du trou, "une Amérique d'en bas" comme l'aurait qualifiée un président que l'on connaît. Une Amérique profonde où la violence transpire de chaque maison, de chaque bungalow, de chaque bistrot perdu au bord de la nationale qui mène droit vers le Canada. 
Karin Salvataggio a posé le décor. On est en plein hiver, enneigé et froid. Les événements se succèdent au rythme d'une semaine qui s'éternise et prend racine quelques onze ans en arrière et la disparition inexpliquée de plusieurs jeunes filles. 
Le temps n'a pas beaucoup changé. Les protagonistes n'ont pas quitté leur ville natale, Collier. D'ailleurs, où pourraient-ils donc aller ? Tout le monde se connaît dans cette petite communauté. Les secrets des uns n'en sont pas, tout le monde a quelque chose à cacher. 
Macy, l'enquêtrice revient sur les lieux après le meurtre de la maman de Grace. Elle ne sait pas encore dans quelque guêpier elle vient de plonger la main. La suite du récit va la mettre mal à l'aise, la bousculer, la placer face à elle-même. 
On fait connaissance aussi avec Jared, le malheureux infirmier, englué dans ses problèmes de couple, sur qui tous les événements se cristallise. J'avoue avoir eu un faible pour cet homme qui essaie tant bien que mal de sortir de la boue dans laquelle il s'est lui-même englué. 
Grace est une jeune fille étrange qui cache un mystère. Paria parmi cette communauté soudée où les victimes ne méritent pas l'apitoiement des autres. A Collier, on n'aime pas les victimes. 

Le roman de Karin Salvalaggio est une vraie réussite et une très bonne surprise. L'intrigue menée par l'auteur est subtile et même si le sujet est glauque, elle parvient à la rendre accessible à tous. 
Poussières d'os est disponible aux éditions Bragelonne.