dimanche 20 décembre 2015

N'oublie pas mon petit soulier, Gabriel Katz, Editions du Masque

Benjamin Varenne, un beau gosse acteur raté ou plutôt qui n’a pas encore percé, enchaîne les castings foireux et les jobs alimentaires. Pendant la période des fêtes, il fait office de Père Noël au Printemps. Débarque une petite bombe aux longs cheveux, encadrée de deux gardes du corps. Elle minaude ouvertement et exige un selfie avec le Père Noël. 
De fil en aiguille, le Père Noël se retrouve dans le lit de la belle, dans un luxueux appartement du XVIe, les gardes du corps sagement parqués dans le salon. Avant de s'endormir, la princesse le prévient : il doit mettre son réveil à 6 heures et disparaître. Manque de chance, le portable n'a plus de batterie. Et Benjamin émerge trop tard. Il tombe nez à nez avec une mamie revêche qui l'insulte dans une langue inconnue - genre pays de l'est - en le braquant avec un énorme pistolet. S'ensuit un règlement de comptes de gangsters et notre Père Noël, paniqué, n’a d’autre choix que de fuir. Car la mamie flingueuse est en fait la mère du petit ami officiel, un caïd albanais qui va tout faire pour se venger selon le principe albanais du kanun.




En cette période de Noël, pourquoi ne pas vous laisser tenter par ce roman ayant pour personnage principal, Benjamin, un Père Noël paumé d’une galerie marchande ? L’Histoire vaut en tout cas le détour et vous ne le regretterez pas, sourires garantis au fil de la lecture ! 
Benjamin, le Père Noël donc, a tout du gars qui gâche sa vie, une carrière d’acteur qui ne décolle pas, une vie sentimentale inexistante, un appart’ pourri, des soirées qui tournent autour de pizzas et parties de console…rien de bien excitant jusqu’à sa rencontre avec la femme de ses rêves qui exige une photo avec le Père Noël. Le flirt se poursuit jusqu’à l’appartement de la riche demoiselle –Victoire- et, il ne le sait pas encore, mais il vient de s’engager dans un jeu dangereux qui le conduira dans des aventures dignes des meilleurs films d’action, des péripéties qu’il rencontre habituellement en jouant aux jeux vidéos…sauf que cette fois, c’est bien la réalité et qu’il doit sauver sa peau face au copain officiel de la jeune fille, un boss de la mafia albanaise ! Entouré de Victoire et son garde du corps, Ben tente tant bien que mal d’échapper aux nombreuses embûches qui se dressent devant lui. 
« N’oublie pas mon petit soulier » n’est clairement pas le polar du siècle, l’ambiance n’est pas poisseuse, pas de noirceur, mais au contraire une bonne partie de rire, Gabriel Katz ayant pris le parti de tout tourner en dérision. Au final, tourner les pages est un vrai plaisir et il est dur de lâcher le roman une fois la lecture entamée. J’ai pris énormément de plaisir en tout cas en parcourant ce livre et je le conseille en cette période de fin d’année. Sourires et divertissement garantis ! 

A noter le trailer du roman disponible sur youtube ! 
www.youtube.com/watch?v=lY5YydrqwDA 
Un trailer qui colle parfaitement à l’ambiance du roman !

Ben

mardi 15 décembre 2015

Rouge Sibérie, Sam Eastman, Pocket


Chaque homme est appelé à nommer son enfer…
Septembre 1939.
Alors que les combats font rage en Pologne, l’obsession de Staline pour le trésor disparu de Nicolas II est ravivée quand un indicateur prétend savoir où est l’homme auquel le tsar avait confié la mission de dissimuler son or. Hélas, le précieux témoin est retrouvé poignardé au goulag de Borodok.
Staline le sait : seul Pekkala, l'inspecteur qui fut son pire ennemi et le favori du tsar, pourra démasquer le meurtrier.
Infiltré secrètement à l’endroit même où il avait été emprisonné de nombreuses années auparavant, « l’Œil d’Émeraude » va devoir affronter son passé s’il veut sortir de l’enfer du goulag…


Troisième aventure de l'inspecteur Pekkala dit L'oeil d'Emeraude, Rouge Sibérie emmène le lecteur dans les tréfonds du goulag de Borodok où il doit se faire enfermer pour mener l'enquête sur le meurtre d'un détenu. Pour Pekkala, il s'agit d'un dur retour en arrière. Ce camp représente l'horreur et neuf années de supplices après la défaite de Nicolas II. 
Staline cruel et pervers comme on le sait, l'envoie donc au fin fond de la Sibérie. Sam Eastland en profite pour décrire les conditions inhumaines du voyage à partir de Moscou. La promiscuité dans le train, des milliers de prisonniers entassés, debout pendant des jours, affaiblis par le froid et la faim, la violence des gardiens ou des autres prisonniers, la mortalité. Jusqu'à l'arrivée au camp pour les survivants car le trajet est déjà une épreuve quasi-insurmontable. Pour ceux-là, les baraquements, les vêtements qui ne couvrent rien (surtout que la température avoisine souvent les -50 !), les rations juste suffisantes pour assurer la survie et enfin les tâches confiées à chacun : dans les bois pour les moins chanceux, dans la mine ou bien à la cuisine pour Pekkala qui pourra mener son enquête.
Thriller historique, Rouge Sibérie est un roman passionnant et terrible à la fois. Sensible à cette période de l'histoire et à la Russie en particulier, je me suis plongé corps et âme dans cette lecture. Ayant dévoré Enfant 44 de Tom Rob Smith et ayant moi-même écrit Le lynx de la Neva (Morrigane éditions), j'ai redécouvert le plaisir de frissonner devant l'arbitraire et la cruauté du "Petit père des peuples". 
Sam Eastland, comme tout (très) bon écrivain mélange la Vraie Histoire, celle qu'on raconte dans les manuels, l'Histoire qu'on préfère passer sous silence et l'histoire inventée. Les personnages fictifs côtoient ceux qui ont façonné le paysage russe avec brio. 
En fin de roman, l'auteur nous gratifie d'une dizaine de pages dans lesquelles il fait le point sur ce qui s'est réellement passé en Sibérie. C'est instructif et bienvenu. D'ailleurs j'ai été bluffé par les aventures de la Légion tchèque durant leur traversée de la Russie. 
Rouge Sibérie est un roman où la tension est omniprésente et on ne sait jamais qui va faire les frais du courroux de Staline. Tout le monde un jour peut tomber en disgrâce et finir au goulag. C'est terrible et implacable. 
Disponible aux éditions Pocket. 


jeudi 10 décembre 2015

Le fléau d'Eden, James Rollins, Pocket


UN EXCELLENT ROMAN DE SERIE B 
Après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le delta du Mississippi, l’U.S. Border Patrol inspecte ce secteur apprécié des contrebandiers et passeurs de clandestins.
La brigade de Jack Menard a d’ailleurs découvert un chalutier échoué sur une île dont la cargaison est pour le moins inhabituelle : de minuscules singes siamois, un perroquet savant sans plumes, un bébé jaguar très particulier... Tout indique que la mère, un fauve de plus de deux cents kilos muni de dents de sabre, s’est échappée.
Pour l’aider à comprendre d’où proviennent de telles aberrations, et qui a pu les créer, Jack fait appel au Dr Lorna Polk, une pointure en génétique animale et une vieille connaissance...
Mais la vraie question qu’ils vont devoir éclaircir est : dans quel but ces expérimentations ont-elles été menées ?


Sortie en novembre aux éditions Pocket, Le fléau d'Eden est le second roman (après Amazonia : http://terredunoir.blogspot.fr/2012/07/amazonia-james-rollins.html) de cet auteur que je lis. 
Je dois dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. James Rollins écrit d'une telle façon qu'on a l'impression de voir un film où l'action se mélange à la science et à l'émotion. Bref, tous les ingrédients sont présents pour distraire le lecteur. De beaux paysages, de l'action, une intrigue solide, un peu de folie, de l'amour, de la haine, des personnages parfois caricaturaux mais attachants, d'autres détestables à souhait. James Rollins n'invente rien mais la recette est fort agréable. 
Le pitch de départ m'a beaucoup intéressé. Tout d'abord, les lieux : la Louisiane post Katrina, ses marais, le bayou mystérieux et attirant. Ensuite, les personnages : le costaud Jack, son bateau, son équipe tout aussi fortiche. Et bien sûr, la cargaison du chalutier qui révèle des horreurs qu'on suppose rapidement issues de manipulations génétiques.
Et c'est là que James Rollins aurait pu déraper dans la seconde partie du roman. En fait, il dérape un peu mais en "bon public" que je suis, je me suis laissé emporter, faisant fi de ce que pouvait développer comme thèse fumeuse cet auteur qui m'avait déjà transporté dans d'hypothétiques aventures dans Amazonia. 
Ce "fléau d'Eden" est donc un mélange de James Bond et de Rambo. On pourrait même penser que Jack Ménard soit incarné au cinéma par Bruce Willis, véritable bulldozer mais qui finit sur les rotules, abîmé autant physiquement que psychologiquement. Un type costaud mais sensible. 
Même si la recette paraît éculé, pour ma part elle a bien fonctionné. J'ai lu ce roman en quelques jours malgré ses 510 pages. La succession de chapitres courts (une dizaine de pages) et l'alternance des points de vue facilitent la lecture. On tourne les pages à la vitesse des pales d'un hélicoptère. 
Véritable page turner, je recommande vivement la lecture de ce roman qui vous fera oublier les misères du quotidien. 
Disponible aux éditions Pocket. 


lundi 7 décembre 2015

Sang royal, Jean-Louis Bachelet, Ring éditions

En 1833, un horloger qui vit en Allemagne sous le nom de Karl-Wilhelm Naundorff, affirme être le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Le Dauphin était pourtant supposé mort en 1795, à l'âge de neuf ans, dans un cachot de la prison du Temple...

Quarante ans plus tôt, la Terreur opère son carnage. Les accusations de trahison tombent, les têtes aussi. La Révolution n'a qu'un seul embarras : que faire du jeune Louis XVII, que les Vendéens et les monarchies voisines rêvent de rétablir sur le trône ? Officiellement, il aurait succombé à son enfermement inhumain, mais dans tout le pays se chuchote qu'il est toujours vivant et a été remplacé par un autre enfant, mort à sa place.

Le coup de tonnerre Naundorff réveille ces rumeurs, ainsi que les espoirs des survivants de la cour royale. Louis XVII s'est-il évadé ? Les révolutionnaires l'ont-ils exilé en Angleterre ou en Argentine ? Ou bien utilisé comme monnaie d'échange ? Naundorff, que la Hollande enterrera sous le nom de Louis Charles de Bourbon - Louis XVII - Roi de France et de Navarre, est-il le véritable prétendant du trône ou un imposteur de génie ? Hugues de Bourbon, son descendant direct, vivant à Tours de nos jours, est-t-il l'héritier de tous les Rois de France ?

Le temps n'a pas de prise sur le mystère de l'horloger : au fil des décennies, des centaines de spécialistes et trois mille ouvrages ont tenté de le percer. Aujourd'hui, grâce à l'ouverture exceptionnelle des archives secrètes du Vatican à Jean-Louis Bachelet, et au concours exclusif de sommités de la génétique française, l'auteur mène une enquête inédite, au coeur du bain de sang de la Révolution. Et nous invite à l'instant de vérité.

À coup de révélations explosives, ce véritable thriller historique met un point final à une énigme de deux siècles.





Sentiment mitigé à l'issue de la lecture de ce livre. Dans la première partie, l'auteur relate les grands moments de la Révolution et de la Terreur. On aperçoit les grands hommes de Danton à Robespierre en passant par Marat. On fait aussi connaissance avec des personnages moins "people" mais qui ont joué un rôle important dans les événements comme le sanguinaire Carrier ou encore l'abject Simon. 
Puis vient le moment de l'incarcération du roi et de sa famille. L'auteur en profite pour égratigner les révolutionnaires qui en prennent pour leur grade. La reconstitution historique est passionnante. Le lecteur en apprend beaucoup sur les conditions de détention du Dauphin. On ressent également la tension qui dominait dans cette période "explosive". Tout le monde est à cran. 
Personnellement, j'ai beaucoup aimé cette partie. Certes, il faut se familiariser avec les noms des protagonistes ainsi que sur la chronologie mais ensuite le livre se lit comme un roman historique. 

Concernant la seconde partie où l'on rentre véritablement dans le sujet, à savoir si le Dauphin a survécu à son emprisonnement et aurait été "exfiltré" et bien j'ai été moins conquis voire même déçu. Bien sûr, j'ai lu avec intérêt les turpitudes des différents imposteurs dont Naundorff mais je n'ai rien trouvé de nouveaux par rapport à ce qui avait déjà écrit auparavant par d'autres historiens comme Jean Tulard ou Philippe Delorme. 

Du coup, à mon humble avis, ce livre n'apporte pas de regard nouveau sur cette affaire qui a ses détracteurs et ses aficionados et dont probablement jamais de réponse ne sera trouvée.

Tout un poème, Ursula Poznanski, Presses de la cité


Le tueur était sur les réseaux sociaux
Deux corps sans vie sont découverts au bord d'un lac, à Salzbourg. Un jeune homme et une jeune femme. Leur seul lien : un groupe de poésie sur Facebook.
Beatrice Kaspary, inspecteur expert en nouveaux médias, est déterminée à percer ce mystère. Sous pseudonyme, elle ne tarde pas à remarquer sur la Toile quelques usagers suspects postant des bribes de poèmes, qui, selon toute vraisemblance, constituent des messages codés. Mais quelle en est la clé ? Alors que la liste des cadavres ne fait qu'augmenter, Beatrice se retrouve au coeur d'une machination des plus singulière...




Pour son deuxième roman, Ursula Poznanski nous emmène dans une intrigue qui tourne autour des réseaux sociaux et de Facebook en particulier. 
On retrouve les enquêteurs Béa Kaspary et son collègue Florin dans un roman qui se déroule en Autriche. Deux corps sont retrouvés près d'un camping. Tout semble à croire qu'il s'agit d'un meurtre et d'un suicide. Le légiste et les techniciens sont formels. Seule Béatrice pense qu'en fait, ils sont face à un double meurtre. De fait, elle va persévérer dans son enquête et filer la quenouille du groupe de poésie sur facebook. Quenouille pourtant ténue. Mais têtue, elle ne lâchera rien. 
Evidemment, elle aura gain de cause. Ce qui va amener Ursula Pozanski à nous décortiquer les relations "amicales" qui peuvent se nouer virtuellement par le biais des réseaux sociaux. Sujet brûlant et d'actualité ! 
La première partie du roman est plaisante sans être trépidante. On suit l'avancée de l'enquête tranquillement, patiemment. Je dirais même sagement. Kaspary est une policière dont la vie de famille est compliquée. Coincée avec ses enfants dont elle a la charge, elle se fait régulièrement rappeler à l'ordre par un ex-mari rancunier. 
Ajoutons à cela un collègue qui aimerait être plus qu'un collègue et nous avons une histoire d'amour qui se tisse. Sauf que le collègue en question, Florin, est aussi en couple...
Malgré la liste de morts qui s'allongent. Malgré les extraits de poème qui parsèment le livre, le lecteur ressentira un je ne sais pas quoi qui manque. Peut-être une épice. Peut-être un morceau de piment. 
Pour autant, cette première partie est originale. L'utilisation du réseau social le plus connu mérite d'être rappelé. Le groupe de poésie, également. Surtout que les membres de ce groupe évoquent sans vergogne des poètes connus, comme Rilke, et d'autres moins célèbres. Chose que j'ai beaucoup apprécié. 
De ci delà, des textes sont insérés dans le récit comme un journal écrit par un mystérieux personnage mais dont on soupçonne rapidement l'appartenance au groupe de poésie. 

Dans les 150 dernières pages, l'auteur accélère. Là, le roman prend une autre dimension et tenaille le lecteur aux tripes. 
Les sombres motivations commencent à s'apercevoir. Elles prennent leur terreau dans une histoire terrible et sordide. L'auteur, avec habileté, va nous mener loin dans les tréfonds d'un pays en décomposition (je ne serai pas plus précis pour laisser au futur lecteur un certain suspens). 

En revanche, j'ai été déçu par l'atmosphère. Je m'explique : quand je lis un roman ancré dans un territoire ou un pays, j'ai bien que l'auteur s'en serve pleinement. Ici, je me suis dit :"chouette, un livre qui se déroule en Autriche, ce sera une première." Hélas, Ursula Poznanski ne joue pas du tout cette carte et l'intrigue aurait tout aussi bien se passer à Munich ou Paris. 

Pour conclure, Tout un poème est un roman original que j'ai bien aimé même si la première partie mériterait plus de consistance. La fin est énorme et laissera au lecteur un goût amer en bouche. 
Un roman à découvrir.