lundi 19 octobre 2015

Sauvons le Caïman !

Pour ne pas perdre une très bonne maison d'édition...

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas un roman que je vais chroniquer mais parler d'une petite maison d'éditions dont nous avons déjà eu l'occasion de louer les mérites et les publications de bonne qualité.

Jean-Louis Nogaro, le créateur des éditions du Caïman est aujourd'hui en difficulté en raison de nombreux impayés dus à la liquidation judiciaire de son distributeur. La conséquence ? Ce peut-être une disparition pure et simple du Caïman. Chose dont personne ne veut.

Jean-Louis Nogaro a réussi une belle entrée dans le monde du polar français. Il a découvert des auteurs talentueux dont certains ont raflés plusieurs prix. Et au moment où cette maison semble prendre sa vitesse de croisière il ne faudrait pas qu'elle disparaisse.

Comment aider ?

Plusieurs des auteurs des éditions du Caïman ont lancé une initiative intéressante, une cagnotte que chacun pourra alimenter comme il voudra. Cela se passe ici :

https://www.leetchi.com/c/solidarite-pour-editions-du-caiman

Il y a également toujours la possibilité de commander ces livres en lige directement sur le site des éditions du caïman :

http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/


Je suis persuadé que les lecteurs de ce blog trouveront la (les) pépite(s) qu'ils cherchent sur ce site.

http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/

Longue vie au Caïman qui peut s'assurer du soutien de Terre du Noir et de ses lecteurs !


mardi 13 octobre 2015

Revival, Stephen King, Albin Michel.

La foudre est-elle plus puissante que Dieu ?
Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.
Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens... Et qu’il y a bien des façons de renaitre !
Addiction, fanatisme, religion, expérimentations scientifiques… un roman électrique sur ce qui se cache de l’autre côté du miroir. Hommage à Edgar Allan Poe, Nathaniel Hawthorne et Lovecraft, un King d’anthologie.

« On est littéralement sonné par la fin, une des meilleures de King. »Publishers Weekly


Bluff ou imposture ? 
Ceux qui suivent ce blog savent que Stephen King est l'auteur dont j'ai lu le plus de livres. Donc, je guette avec impatience chacune de ses publications. Cependant force est de constater qu'avec ce Revival dont le résumé était prometteur, le seul mot qui me vient est : déçu. 
Qu'est-ce qu'il nous a fait là ? Un roman alimentaire ? J'ose espérer quand même que Stephen King n'en est pas rendu là. Un roman de l'entre deux pour nous faire patienter la suite de M. Mercedes ? Peut-être. 

On nous annonce un roman en hommage à Poe ou à Lovecraft. Sauf si je n'y connais rien, je n'ai pas compris l'allusion. Le côté fantastique est très léger et prend peu de place dans le récit. Quant au suspens, il n'est pas vraiment présent. Le livre s'étend sur une cinquantaine d'années et enchaîne les hauts et les bas tout comme les personnages. 

Stephen King nous fait le coup de la fausse terreur. Exemple : quand Jamie fait des recherches sur le révérend avec Bree. Celle-ci est terrorisée par ce qu'elle vient de découvrir alors qu'il ne s'agit que de récits sur internet d'un gamin qui devient zinzin, d'une femme qui se met du sel dans les yeux... Peut-être suis-je devenu insensible mais je ne vois pas là de quoi en faire des cauchemars et de ne plus jamais vouloir entendre parler d'un type qu'elle n'a jamais vu. J'avais cru frissonner, j'ai eu tort. 
Le résumé nous annonce "l'homme et l'enfant ont une passion commune : l'électricité". Ah bon ? Bon d'accord, Jamie Morton devient guitariste de rock sans doute grâce à l'influence de Jacobs et sa passion pour l'électricité mais je trouve que c'est un peu tiré par les cheveux. Je m'attendais à ce qu'il soit au moins affublé d'un pouvoir quelconque mais non...

King est un excellent conteur. On l'a déjà dit dans ces pages et heureusement car le récit est longuet, Il y a donc de très bons passages : l'accident, le sermon... Et toujours ces évocations nostalgiques des années 60/70/80, le bon vieux rock and roll et les souvenirs d'enfance. 
L'auteur profite aussi pour faire quelques clins d'oeil à ses romans passés : Joyland est évoqué et l'on soupçonne dans les derniers chapitres que l'hôtel où loge Jacobs serait  l'Overlook de Shining. 

Pour finir, je le répète, j'ai été déçu par cette lecture même si j'y ai pris du plaisir par moments. Les dernières pages sont intéressantes et sonnent comme une évidence que je n'avais pourtant pas vu venir. 




Lontano, Jen-Christophe Grangé, Albin Michel.

Le père est le premier flic de France.
Le fils aîné bosse à la Crime. Le cadet règne sur les marchés financiers.
La petite soeur tapine dans les palaces. Chez les Morvan, la haine fait office de ciment familial. Pourtant, quand l’Homme-Clou, le tueur mythique des années 70, ressurgit des limbes africaines, le clan doit se tenir les coudes.
Sur fond d’intrigues financières, de trafics miniers, de magie yombé et de barbouzeries sinistres, les Morvan vont affronter un assassin hors norme, qui défie les lois du temps et de l’espace. Ils vont surtout faire face à bien pire : leurs propres démons. Les Atrides réglaient leurs comptes dans un bain de sang. Les Morvan enfouissent leurs morts sous les ors de la République.




Trois ans qu'on n'avait pas vu un Grangé en tête de gondole des librairies. Qu'on l'aime ou pas, voir cet auteur revenir est toujours intriguant. Pour ma part, si j'ai beaucoup aimé le Grangé des débuts (Le vol des cigognes, Les rivières pourpres), j'ai moins apprécié le reste. Mais comme je n'aime pas rester sur de mauvaises impressions, je me suis donc plongé dans Lontano dont le quatrième de couverture me laissait perplexe.
Fourre-tout, j'allais dire. Une saga familiale. Des rites africains, des barbouzes. Rien que ça, me direz-vous. Et vous auriez... tort. Car l'histoire dont nous gratifie l'ex grand reporter s'imbrique plutôt bien. Je n'ai eu aucune difficulté à entrer dans la famille Morvan dirigée d'une poigne de fer par le patriarche Grégoire et à déambuler dans les méandres des dérives de chacun de ses membres. Comme dans un jeu de sept familles réduit, je demande la fille, catin de luxe et actrice ratée et dont le seul objectif est de se saborder pour flinguer sa tribu.
Ensuite je demande le fils aîné. Bon soldat de la république. Agaçant parfois car (trop) propre et qui cache son asservissement sous des airs de dur à cuire.
Pour continuer, je voudrais le deuxième fils. Trader, cocaïnomane (tiens, ça va ensemble non ? ), légèrement couard et en instance de divorce d'avec une riche héritière italienne.
Sans oublier la mère. Ex-hippie, pas si faible que l'on veut nous faire croire ? Un personnage énigmatique donc mais que j'ai eu du mal à apprécier.

Trop ? Too much ? Cliché ? Certainement.
Côté intrigue maintenant. Cela commence comme un vulgaire accident lors d'un tir d'un avion de chasse à l'entraînement pour rapidement se tourner vers un bizutage qui aurait mal tourné pour finir, comme chacun s'en doutera, par un meurtre.
Ensuite, le récit prend une autre tournure et s'accélère tout comme le rythme des cadavres, mutilés comme il se doit par un tueur de la pire espèce.
Grangé veut diriger le lecteurs dans des chemins sinueux ou dans une sorte de labyrinthe où l'on penserait trouver la sortie rapidement. Il n'en est rien. On va de surprises en surprises, de magouilles en conflits, de meurtres sordides en terreurs nocturnes.
Le tout pour finir sur un ultime chapitre qui en ouvre un autre et qui nous laisse un peu sur notre faim car toutes les réponses n'ont pas été données.
J'ai bien aimé ce roman avec ses faiblesses (intrigue fourre-tout, personnages à la limite du cliché) que j'ai lu (malgré ses + 700) en quelques jours.

Un ENORME défaut cependant que je tiens à souligner et que je ne comprend pas  : Grangé semble avoir oublié la négation. Il nous fait un festival de :"je sais pas" ; "je t'aime pas" ; ou encore : "je veux pas" etc. Je veux bien admettre qu'un auteur fasse parler un personnage sans utiliser la négation mais de là à ce que tout le monde (y compris un secrétaire d'état et un amiral) parle aussi vulgairement, ce n'est pas possible. Et encore moins crédible. M. Grangé, si vous lisez ceci...

On attend donc la suite avec impatience au premier trimestre 2016.



jeudi 1 octobre 2015

...et justice pour tous, Michaël Mention, Rivages/noir

Troisième volet de la trilogie anglaise de Michaël Mention, entamée avec Sale temps pour le pays. Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l'affaire de l'Eventreur du Yorkshire, est un homme âgé qui vit chichement à Paris. Il a sombré dans l'alcoolisme. Il va reprendre du service en franc-tireur quand sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence, est fauchée par une voiture. Il ne croit pas à l'accident...



Récemment auréolé du bandeau rouge du prix Transfuge du Meilleur Espoir polar 2015, ce roman de Michaël Mention clôt la trilogie sur l'éventreur du Yorkshire entamée avec "sale temps pour le pays" et poursuivi par l'excellent "Adieu demain" que nous avons eu le plaisir de chroniquer dans ces pages.
Difficile pour moi d'être objectif dans cette chronique concernant ce roman et cet auteur pour qui j'ai vraiment beaucoup d'admiration.
Je vais essayer malgré tout.
Nous retrouvons ici tous les ingrédients des deux romans précédents. Et il faut absolument les lire avant d'entamer celui-ci. La trilogie fonctionne vraiment comme une trilogie dans le sens où les romans constituent un enchaînement cohérent non seulement dans le temps  mais aussi dans l'intrigue. Il ne s'agit donc pas d'une "simple" suite. A tel point que j'avais envie de reprendre la lecture des deux premiers. Vous l'aurez donc compris, on est en présence d'une véritable oeuvre. J'ose même dire un chef d'oeuvre du roman noir.
Voilà l'une des raisons premières de mon coup de coeur. Michaël Mention hausse le niveau du polar français. En cela il égale voire surpasse bon nombre d'auteurs anglo-saxons et l'on sent des influences aussi prestigieuses que celles de David Peace, pour ne citer que lui.
L'auteur a une façon bien à lui d'écrire, je l'ai déjà dit dans ce blog. Il a une vraie empreinte reconnaissable entre mille. Il va vite, ça déroule, ça dégaine, ça enchaîne, ça mitraille. Les mots déboulent  à toute allure. Ils forment des chapitres parfois très courts et l'on tourne les pages, essoufflé, le palpitant à 180.

Chef d'oeuvre du roman noir ? Michaël Mention nous a habitué à la description fine du contexte où il situe ses intrigues. Ce "...et  justice pour tous" n'échappe pas à la règle. A la manière d'un Ken Loach, il décortique la société anglaise (ici des années post Thatcher jusqu'à aujourd'hui) avec brio. Il dresse des portraits cyniques et acides des gouvernants. il rend hommage aux "petites" gens. Pour tant, il ne fait pas une analyse sociologique barbante. Tout s'imbrique avec brio et intelligence.
Tout comme la musique, omniprésente, qui est presque  à elle seule un personnage à part entière. Mention connaît bien sa partition ! Il nous fait découvrir les groupes et les chanteurs anglais qu'il aime ou pas mais qui ont tous joué un rôle dans cette Angleterre inégalitaire et sans concession.

Puis vient l'intrigue elle-même. L'éventreur, toujours en filigrane. Ces flics usés, désabusés mais toujours dans le coup. J'ai beaucoup aimé la déchéance de Burstyn et la dérive de Cooper, Et oui, Michaël Mention est rude avec ses personnages... pour le plus grand plaisir des lecteurs qui veulent souffrir avec eux. Maso ? Peut-être. Si c'est pour se prendre des claques comme celle-là, je signe les yeux fermés pour tous les prochains romans.