jeudi 24 septembre 2015

Le contrat Salinger, Adam Langer, Editions Super 8

Signez, vous ne risquez rien, ou presque... Journaliste désabusé, Adam Langer retrouve un jour une vieille connaissance : Conner Joyce, auteur de thrillers en perte de vitesse en pleine promotion de son dernier roman. Ce dernier lui confie avoir reçu une offre ahurissante : un homme d'affaires richissime, lui a proposé d'écrire un roman rien que pour lui moyennant une somme colossale. Seule particularité, le contrat s'assortit de certaines clauses assez particulières : 1/ le livre rejoindra la collection privée d'exemplaires uniques de l'homme d'affaire, pour lequel ont déjà travaillé des écrivains aussi prestigieux que Thomas Pynchon, Norman Mailer ou J. D. Salinger... et n'en sortira jamais. 2/ Le propriétaire se réserve le droit d'exiger de l'auteur quelques modifications de son cru. 3/ l'accord doit rester absolument secret. Bientôt, et tandis qu'un Conner visiblement aux abois s'obstine à tout raconter à son ami – lequel se passerait bien de ces révélations –, l'histoire prend une tournure des plus inquiétantes : l'offre n'a évidemment rien de philanthropique, et le contrat désormais signé aura des conséquences imprévues.


« Le contrat Salinger » est le nouveau roman d’Adam Langer, écrivain américain. Dans ce livre, il choisit de s’intégrer personnellement à l’histoire puisqu’il n’est autre que le narrateur, partageant avec nous les déboires de Conner Joyce, un écrivain sur le déclin, lequel se voit offrir un drôle de contrat (et se confie à Adam, lui-même écrivain encore plus sur le carreau). En effet, Conner a signé un accord avec un mystérieux homme d’affaires – Dex – afin d’écrire un roman policier qui ne serait destiné qu’à sa seule personne. Jamais il ne sera commercialisé et personne d’autre que lui - et son homme de main – ne lira jamais ce livre ; en échange il devra garder le secret le plus total sur cet écrit et recevra pour cela une importante somme d’argent qui lui permettra de reprendre le cours d’une vie paisible et d’être tranquille d’un point de vue financier pour jusqu’à la fin de ses jours. La bibliothèque de Dex, remplie de romans uniques, écrits par Salinger, Harper Lee, Truman Capote, etc… finit de convaincre Conner sur le bien fondé d’un accord avec l’homme d’affaires. Une fois l’accord signé puis le roman remis, les événements vont rapidement plonger Conner dans l’embarras le plus total… 

Ce très bon thriller nous permet de plonger également dans les méandres des maisons d’édition et des choix qui doivent être effectués afin de mettre tel ou tel auteur en avant, quitte à sacrifier de bons écrits qui ne seront que peu vendus du fait de leur manque de notoriété. On comprend alors les mécanismes des maisons d’édition, de la politique qui est la leur et de la difficulté que cela peut être de trouver le bon compromis entre recherche de nouveaux talents et la continuité avec les mastodontes du marché qui font rentrer l’argent dans les caisses… Un regard sans concession de la part d’Adam Langer sur ce milieu. Un roman qui montre également les difficultés que peut rencontrer un écrivain dans la phase d’écriture selon le public visé mais également les déprimantes tournées de promotion qui peuvent suivre lorsque les salles censées l’accueillir se trouvent quasi systématiquement vides d’auditoire. 

Un roman teinté d’humour et de suspense. Encore une fois, un très bon choix de la part de la maison d’édition Super 8. 


Ben

dimanche 13 septembre 2015

Shining, Stephen King

Situé dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté… 
L’hiver, l’hôtel est fermé. 
Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien. 
Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance: c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. 
Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus. 
Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l’hôtel? 
Un récit envoûtant immortalisé à l’écran par Stanley Kubrick.




Avant ces derniers jours, je n’avais jamais lu ni vu le film de Stanley Kubrick et pourtant, en entendant « Shining », mon esprit l’avait toujours associé à l’image de psychopathe de Jack Nicholson sur l’affiche du film… Une fois de plus, ne jamais avoir vu l’adaptation cinématographique m’a permis d’apprécier au mieux l’œuvre de Stephen King. 
Toujours aussi peu friand de l’univers fantastique, je dois admettre qu’une fois de plus, « Le King » nous aura pondu une histoire qui nous tient en haleine de la première à la dernière page. L’Overlook, cet hôtel magistral mais digne du pire des manoirs hantés, sera notre terrain de jeu tout au long du livre, c’est un personnage à part entière de « Shining », certainement même le personnage principal ; nous allons vivre à ses côtés le dur hiver que s’apprête à passer la famille Torrance, une famille au pied du mur suite aux soucis d’alcool du père, Jack, ancien prof mis à la porte et qui ne trouve que ce poste de gardien d’hôtel, lorsque celui-ci est fermé durant la pause hivernale, afin subvenir aux besoins de son épouse Wendy et de son jeune fils Danny. Un fils qui rapidement montre un sixième sens lui permettant de savoir des choses qu’il n’est pas supposé savoir, un enfant victime également de visions pas toujours très agréables… 
Ce livre met en avant les soucis de l’alcoolisme et les ravages que ceux-ci peuvent avoir sur une famille sans histoires à l’origine. Egalement, la trame de « Shining » est un peu un culte de la solitude, avec en exergue la folie qu’elle peut amener, l’importance que les relations humaines ont sur l’Homme afin de garder le cap. Tout au long du roman, on assiste à la chute de Jack Torrance, un homme qui avait tout pour réussir sa vie et qui se retrouve désormais dos au mur, perdant pied doucement mais sûrement et ayant de plus en plus de mal à accepter la réalité telle qu’elle est… Dans le même temps, de drôles d’évènements se produisent dans l’hôtel…fruits de l’imagination de ses occupants ou d’une réalité inquiétante ?! 

Roman que je n’ai pas trouvé effrayant, pas de frissons en le lisant non plus, mais dont le final m’aura fait avaler toute la dernière partie, ayant hâte de savoir quelle en serait sa conclusion. Je dénote quand-même quelques longueurs au fil de la lecture que j’ai globalement appréciée. Même si ce sont deux univers totalement différents, ce roman, bien que bon, ne fait clairement pas le poids face au mastodonte « 22/11/63 » du même auteur. 

A noter que ce livre est initialement paru en France sous le titre "L'enfant lumière". 
Ben


mardi 8 septembre 2015

D'auteur à auteur : Gaelle Perrin Guillet

1. Bonjour Gaelle. En deux/trois mots, peux-tu te présenter ?
C'est toujours compliqué pour moi de me présenter sans tomber dans le cliché. Et je ne vais encore pas y échapper : J'ai 40 ans, mère de famille et fonctionnaire. J'écris depuis maintenant 10 ans et que dire d'autres sinon que j'aime ça ? 


2. Tu as commencé ta carrière d'écrivain avec l'auto-édition. En 2010 est donc sorti "le sourire du diable" suivi un an plus tard par "Au fil des morts". Etait-ce un choix ? 
Oui et non. ça ne l'était pas au départ puisque mes deux manuscrits sont partis chez des éditeurs. Quand les refus pour le Sourire du diable sont arrivés, je me suis posée une question : est-ce vraiment mauvais ? Les refus n'étant pas personnalisés, il était difficile de se faire un avis. Alors quel moyen j'avais de me frotter au lecteur et à sa critique impitoyable ? L'auto-édition. C'était un test. Qui s'est révélé positif puisque ce livre a été très bien accueilli (avec des critiques constructives qui m'ont permis d'aller de l'avant et de m'améliorer) et m'a fait rentrer dans le milieu des salons et des rencontres littéraires. Pour Au fil des morts, l'auto-édition a été un choix mais aussi une solution de facilité, je l'avoue. Le manuscrit était parti aussi chez les éditeurs et je n'ai pas su patienter (comme certains me l'avaient conseillé). Alors je l'ai sorti en auto-édition aussi. Et pour l'anecdote, ce roman a été ensuite repris en version numérique par les éditions nouvelles Plumes et France Loisirs. Qui sait, si j'avais attendu un peu, ce livre aurait peut-être été édité directement en version papier !
                                                                                      

3. Ce n'est pas trop difficile d'être à la fois auteur, éditeur, distributeur, vendeur... ? 
C'est assez épuisant, mais très enrichissant aussi puisque on a la main sur toutes les étapes. Mes bébés m'ont appartenu du début à la fin. Et j'ai découvert les facettes de métiers que je ne connaissais pas !
4. En 2013, changement de cap. Tu trouves un éditeur et tu publies "Haut le Choeur" chez rouge sang éditions. C'est bien ça ? 
Exact. En fait, je n'ai pas trouvé un éditeur, c'est lui qui m'a trouvé. Une belle rencontre facebook puisqu'à l'époque, Marc Louboutin (le directeur de collection de Rouge Sang) n'était encore "que" auteur. Il m'a aidé à l'écriture du roman, m'a corrigé (parfis à grand coup de fouet, oui oui !), m'a redressé quand il le fallait. Et lorsqu'il a ouvert sa maison d'éditions avec Estelle Taburiaux, il m'a demandé de le rejoindre en tant qu'auteur. C'était une belle marque de confiance et une belle réussite d'une équipe qui a bien fonctionné. Je ne les remercierai jamais assez de m'avoir mis le pied à l'étrier de cette façon.
5. Alors que tes deux premiers romans se déroulaient aux Etats-Unis, celui-ci prend ses racines en France. Ce livre marque t-il un tournant ?
Oui et non, encore une fois ! J'avais envie depuis longtemps d'écrire un roman où l'action avait ses racines dans mon pays. Cela évite certains écueils et en même temps, ça me faisait peur. Aux USA, tout est tellement fou que tout peut arriver à nos personnages sans que ce soit pour autant délirant. En France, c'est plus compliqué. Le challenge était là. Et ça devenait intéressant. Essai transformé avec ce livre. Mais le prochain se déroule à nouveau dans un autre pays et une autre époque.


                                

  
6. Tu as laissé sous-entendre sur certains réseaux sociaux que tu venais de signer pour ton prochain manuscrit. Peux-tu nous en dire plus ? Sur le livre ? Sur ton éditeur ? 
Effectivement, je viens de signer chez Fleur Sauvage avec David Lecomte. Le roman devrait sortir en 2016 sous le titre de Soul of London. Autre lieu (Londres), autre époque (fin XIXème). Je n'en dirai pas plus pour l'instant !
7. Tu as une famille, des enfants. Quand trouves-tu le temps d'écrire ? 
Le soir. Je couche tout le monde et file sur mon ordinateur. Deux heures, parfois trois ou même quatre. Tout dépend de l'inspiration du moment et du programme de mes séries !! (oui, je suis très séries et il faut que je jongle. Pas facile !)


8. Avec l'apparition du numérique, on a remarqué la création de nombreuses petites maisons d'éditions, voire des microscopiques structures. Or les livres se vendent mal. Crois-tu qu'il y a de la place pour tout le monde ? 
J'en suis persuadée. Chacun a son domaine et sa marque de fabrique. Il suffit de sortir du lot. Et de se bouger pour ses auteurs. 


19. Que penses-tu des e-books ? Alternative ou remplaçant du livre papier ? 
Ni l'un ni l'autre. Je pense que les deux sont complémentaires. Les accros au papier continueront à acheter leurs livres reliés et les adeptes du numériques chargeront leurs fichiers. Tout comme l'accro au papier peut vouloir charger des livres quand il part en vacances et l'amoureux de la tablette aimer tourner les pages de temps en temps ! il y a deux publics différents et identiques en même temps : les lecteurs restent des lecteurs quelque soit leur support.
10. Un petit mot pour la fin ? 

Merci à toi pour ces questions et moi aussi j'en ai une pour toi : A quand le prochain livre signé Valéry Le Bonnec ?

Réponse : il y aura peut-être quelque chose en 2016 !

lundi 7 septembre 2015

Delta Charlie Delta, Laurent Guillaume, éditions Denoël

Flic solitaire aux méthodes peu orthodoxes, Mako ne se sent bien que parmi la faune des voyous et des noctambules. Et lorsqu’il s’allie de manière officieuse à une capitaine de la PJ, l’enquête prend une tournure des plus inquiétantes. 

Un cigare entre les dents, Mako entame sa ronde dans la banlieue parisienne. La nuit s’annonce agitée. Une jeune fille a été retrouvée, violée et laissée pour morte dans une caravane abandonnée et les cadors de la police judiciaire sont déjà sur le coup. De son côté, une autre scène de crime l’attend : Herman, un junky ultra-violent se serait suicidé d’une balle dans le cœur. Mako décide d’enterrer l’enquête pour protéger les proches de la victime. En particulier Angy, une adolescente paumée qu’il prend sous sa protection. 
En quelques jours, la violence se déchaine dans le secteur. Plusieurs dealers sont retrouvés morts. Mako pressent que les deux affaires sont liées et cachent un dangereux secret. 
Dévoré par cette intuition, il s’allie avec la capitaine Marie Auger, une femme brillante, ébranlée par un drame personnel, qui semble elle-aussi prendre l’enquête un peu trop à cœur. Les deux flics vont faire équipe et franchir la ligne rouge jusqu’à découvrir le pire.



Mako est de retour. Et pour fêter ça, Laurent Guillaume ne le ménage pas. Il le malmène mais c'est au service d'un roman coup de poing, parfois violent, parfois humaniste et toujours efficace. 
L'auteur use des mêmes stratagèmes pour tisser une histoire qui tient la route. Ancien policier, membre de la BAC, il dissémine avec tact des termes techniques sans jamais noyer le lecteur néophyte  dans un vocable incompréhensible. Rien que le titre veut dire beaucoup. DCD. 
On trouve dans ce DCD des personnages torturés, une intrigue sinueuse, une intrigue secondaire dont on se demande où elle va mener les héros. Ces héros qui n'ont rien de superbe. Pas des supers héros à qui il n'arrive rien. Pas de ça chez Laurent Guillaume. Seulement des hommes et des femmes usés par la vie, qui tentent de refaire surface, qui se battent et qui ne désarment pas.
J'ai beaucoup aimé ce roman, mélange de polar et de noir, et l'évolution du personnage de Mako est intéressante. On le trouve ici moins dur avec ses collègues (quoique...) et plus humain (mais pas plus mou pour autant). 

Le personnage de Marie Auger est excellent. Cette femme-flic qui paraît si forte cache un secret. Qui est ce garçon qu'elle semble protéger ? Et surtout quel lien a t-elle tissé avec la mère de ce dernier ? Prisonnière d'un  pacte ? Victime de chantage ? un speaker peu inspiré dirait :"vous le saurez dans le prochain épisode". Je dirai simplement, tout va se dévoiler au court du récit. 
J'ai beaucoup apprécié aussi l'équilibre entre l'action, le suspens et les moments de répit. 
Un très bon cru signé Laurent Guillaume.