lundi 29 juin 2015

Du sang sur l'arc-en-ciel, Mike Nicol, Seuil Policiers

Le Cap, de nos jours. Fish Pescado, détective privé joliment bronzé, aime avant tout surfer. Fauché, il accepte d’enquêter pour sa belle amie Vicki, brillante avocate le jour, féroce joueuse de poker la nuit. Cadeau empoisonné : l’affaire – la mort accidentelle d’un jeune homme lors d’une course de voitures illicite – met en cause l’ex-directeur de la police nationale. L’homme a encore des relations, et de sales antécédents, liés aux sinistres hit squads et à toutes ces choses du passé que la nouvelle « nation arc-en-ciel » ne veut pas voir apparaître au grand jour. Fish Pescado ferait mieux de ne pas insister…Enchaînant pied au plancher séquences coup-de-poing et scènes pittoresques, Mike Nicol dresse un portrait peu reluisant de la société post-apartheid : magouilles, corruption, règlements de comptes, trafics divers en haut lieu. Une violence sourde et constante, des dialogues qui fusent et un humour abrasif portent ce polar résolument moderne, « le meilleur de l’auteur à ce jour, avec ses références à peine voilées aux crimes passés et aux criminels d’aujourd’hui » (The Sunday Times) 

Mike Nicol, né en 1951, est selon Deon Meyer l’ « étoile montante du polar sud-africain ». Journaliste, animateur d’ateliers d’écriture en ligne, auteur anglophone de romans non policiers dans les années 1990, il s’est tourné ensuite avec bonheur vers le polar noir. Il vit au Cap. 


J'ai découvert Mike Nicol grâce à Killer country, déjà chroniqué dans ces pages. C'est donc avec enthousiasme que je me suis plongé dans son nouveau roman à la couverture attrayante. 
L'Afrique du Sud, la nation arc-en-ciel, son histoire, ses magouilles, ses règlements de compte, ses trafics, tout y est dans ce livre. 
Grâce à une enquête aux multiples tentacules, l'auteur aborde divers sujets brûlants et qui n'ont pas fini malgré la fin de l'apartheid au début des années 90. Fish, le privé un peu loose, un peu fumeur de joints et beaucoup surfeur va piétiner les plates bandes des puissants du pays qui veulent garder leurs privilèges coûte que coûte. 
On trouve donc dans ce roman toute sorte de personnages : l'ancien chef de la police devenu homme d'affaires sans foi ni loi, les anciens d'une unité de liquidation, des trafiquants en tout genre, des dealers, des joueurs invétérés et des passionnés de courses automobiles sauvages. Bien sûr, Mike Nicol en fait un peu trop. A vouloir traité de tous ces sujets en un seul roman, on pourrait croire qu'il se noierait. C'est sans compter le talent de conteur de l'écrivain qui parvient à nous faire passer ses messages de manière passionnante. 
L'Afrique du Sud en prend un coup avec Mike Nicol. Il dénonce car il aime sa nation, il veut qu'elle s'affranchisse du passé mais on sent que le chemin est encore long. 

Au niveau des personnages, je n'ai pas trop accroché avec Fish, pourtant surfeur, sport que j'ai moi même pratique. Mais il me semble trop caricatural : surfeur aux cheveux blonds, fauché, légèrement fainéant et fumeur de joints. 
J'ai préféré les autres personnages notamment Vicki, avocate, joueuse de poker et amoureuse de Fish. 
Ou bien Jacob Mkezi en ancien-nouveau (?) méchant et dont on ne comprend pas bien le rôle. Avec lui, tout est nébuleux mais il détient le pouvoir et personne ne peut lui dire non. 
J'ai bien aimé aussi Daro en vendeur de voitures, inquiet pour sa fille qui est attiré par la fumette elle aussi. 
En parallèle, Mike Nicol raconte les missions d'une unité de liquidation s'étalant de 1979 à nos jours. On pressent que les deux récits vont se rejoindre mais ce n'est qu'à la fin du livre que le lecteur obtiendra toutes les clés. Personnellement, je n'avais rien vu venir. 
Du sang sur l'arc-en-ciel est un très bon roman, vraiment intriguant et passionnant. 

Un mini-glossaire se trouve en fin d'ouvrage. Il permet de traduire certain termes utilisés par l'auteur. Il nous offre aussi quelques pages explicatives fort intéressantes.



Dernier meurtre avant la fin du monde, Ben H Winters, Super 8

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir. A Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu'on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s'en tenir à l'évidence et, certain qu'il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête. Hank sait pourtant qu'elle n'a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre. Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d'exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon. Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d'autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s'accroche. Il a un boulot à terminer. Et rien, même l'apocalypse, ne pourra l'empêcher de résoudre son affaire. Sans jamais se départir d'un prodigieux sens de l'intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d'un monde proche de l'agonie. Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.


Les éditions Super 8 nous ont habitué à des romans qui sortaient des sentiers battus et celui-ci avait un résumé qui laissait présager le meilleur. En effet, quoi de plus étrange que de vouloir résoudre un meurtre alors que la fin du monde est proche ? Alors que les principales préoccupations des gens est de vivre leurs rêves avant que tout s'écroule. Intéressant et fort original.
Pourtant ce roman ne tient pas ses promesses. Certes, il se lit vite et le lecteur rentrera facilement dans l'histoire mais il manque quelque chose. Je m'explique. 
Tout d'abord, les personnages : Hank, le personnage principal est un flic chargé d'enquêter sur ce qui semble être de prime abord un nouveau suicide. Envers et contre tout, il va s'acharner à démontrer qu'il s'agit bien d'un meurtre. Premier bémol. Dans une grande partie du roman, même le lecteur se demande bien pourquoi ce Hank continue à foncer tête baissée. Il est contre le légiste, contre son boss même. Il va abandonner ? Eh bien non, il s'acharne alors que tout part en vrille. Désolé mais pour moi, ça ne passe pas. 
Bref, Hank ne m'a pas plu comme personnage principal. Je n'ai ressenti aucune empathie pour lui, encore moins de l'admiration. Un perso pas assez travaillé à mon goût et qui manque d'épaisseur. 
Peter Zell, la victime, aurait peut-être été un type intéressant si l'auteur l'avait davantage sollicité. 
Tout comme la charmante Eddes, trop vite jetée à la fosse. 
Tout comme Nico, la soeur de Hank, qu'on pressent révolutionnaire mais qui ne fait que de brèves apparitions. 
Les collègues flics : Mc Gully et Culverson par exemple ont une personnalité qui aurait pu être riche mais là encore, ce n'est pas suffisant et c'est bien dommage. 
Fenton, le légiste est peut-être la femme qui a le plus de caractère finalement. 

Côté récit : l'intrigue est plutôt bien menée (mis à part le postulat de départ, suicide, pas suicide ?) et j'ai tourné les pages avec entrain. Tout se dénoue dans les cinquante dernières jusqu'à une fin ma foi... assez convenue. 

Bref, sentiment plus que mitigé à la lecture de ce livre qui avait les ingrédients pour être grandiose et qui finalement ne tient pas ses promesses. Je suis resté sur ma faim. 

mercredi 17 juin 2015

L.A pour les intimes, David Guinard, Librinova

Dix ans déjà que David Marquan a fui son passé et la France pour s’exiler à Los Angeles. Devenu un « privé » spécialisé dans les relations extraconjugales, il est aussi écrivain le dimanche, et se prend à rêver, parfois, d’une vie mouvementée, digne de son héros de papier. Et puis un jour, une femme vient le trouver pour une enquête banale : un mari volage qu’il s’agit de pister. Oui mais voilà : l’homme disparaît, et ne réapparaît qu’une fois suicidé dans d’étranges circonstances, celles d’une affaire vieille d’un an !
Marquan prend sur lui de résoudre l’affaire. Il n’a aucun indice tangible, aucune piste sérieuse, seulement cette intuition : chercher la femme… Cette femme, serait-ce Deborah McClure, épouse du sénateur et amante du mari suicidé ? L’hypothèse est… séduisante.


Quand l'auteur a contacté Terre du noir, nous ne pouvions faire autrement que d'accepter de lire et de chroniquer un premier roman, qui plus est publié uniquement en ebooks sur une plate-forme quasi inconnue. 
Ce fut une bonne surprise. 
Reprenons. David Marquan est un privé traînant ses guêtres en Californie. Tiens tiens, ça nous rappelle quelqu'un. Il aime les femmes, a embauché une jolie secrétaire, a un penchant pour l'écriture à laquelle il s'adonne dans ses moments de repos ou quand il s'ennuie. 
Ses journées, il les passe donc à ressasser l'intrigue de son roman et à photographier les cas d'adultères. Rien de bien exaltant. On est loin des romans de James Ellroy. On est plus proches cependant de ceux de Raymond Chandleur. Ce LA pour les intimes résonne légèrement comme un hommage à Philip Marlow, le privé préféré de l'auteur américain. 
David Guinard prend son temps pour mettre en place intrigue et personnages. Peut-être un peu trop à mon goût. Le rythme est lent mais cela va bien avec ce type d'ouvrage. L'auteur joue à entremêler sa propre enquête, la vie de son enquêteur et le roman qu'il est en train d'écrire. C'est une bonne chose. Le lecteur s'y perd parfois et ce procédé permet d'épaissir le récit. Toutefois, j'ai trouvé la chose un peu longuette et je me suis même demandé quand est-ce que ça allait vraiment démarrer. 
Autre point que je soulignerais, c'est le temps utilisé par l'auteur pour raconter son histoire. Je ne suis pas spécialiste de la langue française mais en tant que lecteur je dis que le genre de phrase qui suit est légèrement difficile :
- ... il y avait neuf chances sur dix pour qu'elle rentrât directement chez elle, bien que j'espérasse secrètement qu'elle eût choisi un emploi du temps autrement plus passionnant, afin que je pusse en savoir davantage..."
Quelques phrases comme celle-ci parsèment le livre et cela m'a un peu gêné. 

Notre privé va de donc de rencontre en rencontres, profitant de son charme et de son accent français plus que de son statut. Ces rencontres ont pour conséquences des dialogues dans lesquels l'auteur peut s'exprimer sur des sujets d'actualité comme la politique ou la parité. Personnellement, j'ai trouvé ces passages intéressants. On a aussi droit au regard d'un français sur l'Amérique. 

Je ne connais pas l'histoire de ce manuscrit. J'ignore donc si David Guinard a contacté des maisons d'éditions pour la publication de son roman mais je pense qu'il aurait pu trouver "chaussure à son pied" car malgré les défauts que j'ai pu souligner, LA pour les intimes est un bon roman qui m'a fait replonger dans le monde des privés américains des années 30 même s'il situe son intrigue de nos jours. 

A découvrir chez Librinova. 

Poulets grillés, Sophie Hénaff, Albin Michel

Le 36 quai des Orfèvres s’offre un nouveau patron. Faire briller les statistiques en placardisant tous ceux qu’on ne peut pas virer et qui encombrent les services : tel est le but de la manœuvre. 
Nommée à la tête de ce ramassis d’alcoolos, de porte-poisse, d’homos, d’écrivains et autres crétins, Anne Capestan, étoile déchue de la Judiciaire, a bien compris que sa mission était de se taire. Mais voilà, elle déteste obéir et puis… il ne faut jamais vendre la peau des poulets grillés avant de les avoir plumés ! 

Un polar original, nerveux, et désopilant.


Ce premier roman de Sophie Hénaff est une vraie petite perle, une comédie divertissante nous permettant de faire partie intégrante d’une compagnie délirante en marge du 36 quai des Orfèvres. Rien que le titre permet de savoir vers quel type de lecture on se dirige, avec comme personnages principaux des policiers mis au placard pour différentes casseroles que chacun peut traîner derrière lui. La commissaire de cette drôle de troupe est Anne Capestan, une ancienne flic de choc mise à l’écart pour avoir eu la gâchette un peu trop facile et d’autres bavures policières à son actif… Sa mission est alors de ne pas accepter son destin de paria et de faire en sorte que son équipe de bras cassés redore son blason et fasse preuve d’abnégation et talent pour résoudre des « cold cases », dossiers classés d’affaires non résolues. Ce n’est pas gagné avec l’unité d’élite dont elle dispose sans oublier l’absence de locaux ou matériels mis à disposition ! Tout est mis en place pour que ces parias demeurent des parias ad vitam æternam. A Anne Capestan de s’inventer un nouveau destin dans la Police Nationale ! 

Le roman se lit à toute vitesse, non seulement grâce à l’humour présent tout au long du livre mais également grâce à une intrigue parfaitement menée (bien que classique). Les descriptions des caractères des nombreux policiers de cette Brigade Spéciale sont parfaitement réalisées et c’est un réel plaisir de tourner les pages. Un vrai coup de cœur pour ce premier roman ! Et l’espérance de retrouver cette bande de branquignols dans d’autres romans à venir ! 

Figure emblématique du journal Cosmopolitan, Sophie Hénaff est responsable de la rubrique humoristique « la Cosmoliste ». Elle a fait ses armes dans un café-théatre lyonnais (L’Accessoire) avant d’ouvrir avec une amie un « bar à cartes et jeux de sociétés », le Coincoinche, puis, finalement, de se lancer dans le journalisme. Déjà vendu en Espagne et en Allemagne, Poulets grillés est son premier roman.

Ben
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vendredi 5 juin 2015

Dexter dans de beaux draps, Jeff Lindsay, Michel Lafon

Après une lune de miel à Paris étonnamment réjouissante, Dexter commence à s'encroûter. Mais la découverte d'un cadavre joliment posé dans un transat sur la plage réveille son besoin de faire justice. Bientôt, il apprend qu'un artiste sadique met en scène des oeuvres macabres aux quatre coins de Miami et sa soeur Deborah, chargée de l'enquête, est poignardée. Pas d'hésitation : Dexter retrouve l'agresseur et, convaincu de tenir son coupable, l'élimine. À sa manière. Problème : quelqu'un l'a filmé et a mis sa vengeance en ligne sur YouTube. Sans aucun doute, l'artiste fou qui terrorise Miami est toujours en vie et compte bien révéler les passe-temps nocturnes de notre cher Dexter...


Quatrième aventure pour Dexter. Et pas des moindres puisqu'il est confronté à un tueur particulièrement retors qui a décidé de s'en prendre à  lui et de le montrer au monde entier. Qu'à cela ne tienne, notre serial killer préféré va devoir batailler ferme pour ce sortir de ce piège. Mais quand tout se referme autour de lui, il semble perdu. Dexter n'est plus maître de la situation. Il perd pied, s'enfonce. Il est complètement déboussolé et demande de l'aide. Il en trouvera en la personne de Chutsky, le petit ami de Deborah. Le flic spécial qui a perdu quelques morceaux dans l'épisode précédent. Mais pour cela, il doit se dévoiler un peu. Ce qui le fragilise. 
Je n'en dirai pas plus. Même si l'intrigue est un peu tirée par les cheveux, j'ai pris plaisir à retrouver Dexter dans un récit moins rébarbatif que "les démons de Dexter". Certes, il n'est pas au mieux de sa forme, certes il ne veut pas encore trop former Astor et Cody mais le suspense est bien présent et le récit déroule parfaitement et sans temps mort. On retrouve son humour et celui de ses collègues (Vince est moins présent et plus soft que dans la série, mais c'est un personnage intéressant). Rita n'est pas en reste. Son rôle est secondaire mais elle est moins agaçante qu'à la télé. 
Bref, en deux mots : bon roman.