mercredi 29 avril 2015

Mr Mercedes, Stephen King, Albin Michel

Foncer sur une foule dans sa SL 500 12 cylindres :
le moment le plus grisant de la vie de Mr Mercedes.
Et le carnage lui a tellement plu
qu’il n’a qu’une envie : recommencer.
Au plus vite…

Délaissant le fantastique, Stephen King se glisse avec une jubilation contagieuse dans le moule du polar. Revenu de tout mais toujours tenace, son inspecteur Bill Hodges rejoint les figures emblématiques du roman noir américain.

 « James Cain aurait surement apprécié. » Washington Post




Stephen King se renouvelle et n'oublie pas ses fans ! Mr Mercedes est le premier opus de sa nouvelle trilogie. Comme d'habitude avec lui, on s'attend à une histoire bien racontée avec ses personnages travaillés ayant la même importance que l'intrigue. Et bien, on a raison. Tout d'abord l'intrigue. Hodges, flic à la retraite, divorcé, s'ennuie ferme. Oh, il discute bien de temps en temps avec Jérôme, lycéen qui vient lui filer un coup de main pour l'entretien de son jardin, il flirte même souvent avec le canon de son revolver, mais ça ne va pas plus loin. Ce n'est pas pour autant que l'auteur tombe dans le misérabilisme. Bien au contraire. 
Et puis un jour, il reçoit un courrier du meurtrier qu'il n'a jamais réussi à attraper. Celui qui se fait appeler Mr Mercedes refait surface un an après le carnage qu'il a perpétré.  Que cherche t-il exactement ? Pourquoi semble t-il se jeter dans la gueule du loup ? 
Hodges, en bon enquêteur bien que Off Ret, mort à l'hameçon et va reprendre à son compte l'affaire depuis le début.
King va nous présenter ses nouveaux personnages, aussi charmants les uns que les autres. On a d'abord Hodges dont on vient de parler. Viennent ensuite Jérôme, sympathique lycéen black qui va l'aider tout au long du récit, Janey et sa fraîcheur qui va illuminer la vie du policier et bien sûr Holly, la cinquantenaire un peu demeurée mais fort sympathique. Et puis, il y a Brady. Le dégénéré, fou furieux qui vit encore chez sa mère et avec qui il fricoterait bien. 
Et donc Stephen King s'amuse avec eux. Il les maltraite, les berce, leur donne de faux espoirs. Mais au final, ils en prennent plein pour leurs grades.
C'est finement joué car Mr Mercedes est un polar où dès le début on connaît le meurtrier. L'essentiel n'est pas là mais plutôt dans le jeu du chat et de la souris que se livrent les deux principaux protagonistes : Bill et Brady.
Ecrivain de son temps, King égratigne au passage la prolifération des armes à feux. Sans être pour autant lourdingue, il fait passer son message dans ce pays où le flingue est un des outils essentiels pour devenir un citoyen au sens grec du terme.
Plus léger, j'ai apprécié les quelques clins d'oeil à différents romans. On note en effet des références à son chef d'oeuvre ça ou encore à Christine. Bien sympa. 
Pour conclure, Mr Mercedes est un très bon roman, facile à lire, où le lecteur prendra beaucoup de plaisir. Les événements s'enchaînent et s'accélèrent pour notre plus grand bien. Ce premier opus annonce donc une trilogie qui devrait ravir tous les amateurs du genre.
Disponible chez Albin Michel. 

vendredi 10 avril 2015

D'auteur à auteur, Guillaume Audru


Terre du Noir  Salut Guillaume. L'île des hommes déchus, (éditions du caïman) ton premier roman (qu'on a d'ailleurs chroniqué ici), est en réimpression. Tu viens de dévoiler la couverture de ton second livre. 2015 commence bien pour toi ? 

Guillaume Audru : Salut Valéry. En effet, 2015 commence plutôt bien. Je viens de terminer mon second opus que j'ai eu un peu de mal à démarrer l'an dernier. Mais j'ai pu recentrer certaines choses qui m'ont permis de le terminer assez rapidement. Maintenant, je suis dans la phase de corrections. Et puis la réimpression de L'île des hommes déchus, c'est du bonus. Un bon signe aussi. Signe que mon travail commence à payer.




 Peux-tu nous parler de ce deuxième roman ? Est-ce que tu reprends les mêmes personnages, les mêmes lieux ou est-ce une tout autre histoire ? Mais peut-être suis-je trop indiscret...


Au départ, j'avais envisagé une suite de L'île des hommes déchus. Sans doute, m'y suis-je pris trop rapidement. J'avais l'impression de vivre avec mes personnages. Du coup, je suis passé à autre chose. Pour la trame des Ombres innocentes, je suis parti d'un fait de société que les médias ont presque tous occulté. Je me suis étonné du peu de retentissement de l'affaire et me suis dit qu'il y avait vraiment quelque chose à faire avec ça. Ce sera donc quelque chose de complètement différent. Un thriller sans serial killer mais une connotation sociale.

                                                                                                    


 Pendant plusieurs années, tu as animé un Blog littéraire. Tu es passé de "l'autre côté". Arrives tu à jongler encore entre les deux activités ? 

Avec l'écriture, les salons, mon travail et deux enfants à élever, je suis obligé de diviser mon temps autrement. C'est évident, j'ai nettement moins le temps de lire qu'auparavant. J'ai arrêté d'animer Territoire Polars il y a un an, même si le blog existe toujours et est encore consulté par les lecteurs.

 Le fait d'être un serial lecteur t'influence t-il dans ton écriture ?

Quand on commence à écrire, on est forcément influencé par nos lectures. Même si j'ai beaucoup lu James Ellroy, Johan Theorin, DOA et Marin Ledun, pour citer mes principales influences, je constate que je m'en éloigne de plus en plus afin de créer mon propre chemin.


 A ce propos, de grands auteurs t'ont-ils influencé ? 

En plus des premiers cités, tu peux y ajouter Elsa Marpeau, Vincent Crouzet, Peter May, James Lee Burke, William G. Tapply, C.J. Box, Colin Niel et Olivier Truc.

Peux-tu nous donner un aperçu d'une semaine type chez Guillaume Audru ? 

Je n'ai pas vraiment de semaine type. Mon planning professionnel change toutes les semaines. C'est en fonction de ça que je m'organise pour mes  sessions d'écriture. J'essaye d'y consacrer deux heures par jour. 

7. Tu es aussi président de l'association l'instant polar, qui défend le roman noir et policier à travers des manifestations diverses. A ce titre, tu organises avec tes comparses (Patrick Amand, notamment) un festival dans les jours qui viennent. Tu n'arrêtes jamais ? 

Pour des raisons logistiques et administratives, je suis redevenu vice-président. Avec mon camarade Patrick Amand, nous somme un couple un peu Poutine / Medvedev Emoji. Je te rassure, je n'ai pas tout le temps la tête vissée dans le monde du polar. Je me repose quand même ! Sérieusement, pour y revenir, on est super content d'organiser ça, de mettre sur pied un véritable salon.



 On voit parfois que c'est difficile pour des festivals de "survivre". Encore plus pour les petites maisons d'éditions.  Comment vois-tu l'avenir du polar en France ? Et plus généralement du livre ? 

En ce qui concerne l'avenir du polar, je suis plutôt optimiste. C'est un marché littéraire porteur qui n'est pas prêt de s'écrouler. Au niveau des festivals et des petites maisons d'édition, l'important c'est de savoir se démarquer de la concurrence. Au Caïman, Jean-Louis Nogaro prône un polar marqué par le territoire sans verser dans le régionalisme sensé faire le bonheur de certains éditeurs.

 Je suppose que tu as des projets. Où en es-tu de l'écriture de ton 3ème roman ? 


J'ai bon nombre de projets en tête. Deux suites indirectes aux Ombres innocentes, un polar social, un polar viticole. Bref, ça fourmille mais, pour l'instant, je laisse macérer.

 Un petit mot pour la fin ?

 Un grand merci à toi, Valéry. On a souvent peu l'occasion de s'extraire de nos propres romans.

Merci à toi Guillaume. 

Prière d'achever, John Connolly, Ombres noires.

Comment expliquer à la police que l’on a été témoin de la chute d’une femme, sous un train, alors qu’aucune trace de l’effroyable accident n’est visible ? C’est ce qui arrive à M. Berger, tranquille célibataire qui vient de s’installer à la campagne dans le vain espoir d’écrire un roman. 
L’événement est d’autant plus troublant que, quelques jours plus tard, la même jeune femme se jette à nouveau sous la locomotive. Cette fois-ci, M. Berger décide de suivre cette mystérieuse créature au sac rouge. Il atterrit dans une étrange librairie tenue par un vieil érudit, qui accueille en ses murs les plus grands personnages de la littérature…





John Connolly fait partie de ces auteurs qu'on ne présente plus. Célèbre pour sa série ayant le détective Charlie Parker, l'écrivain irlandais s'est aussi frotté à plusieurs moments aux nouvelles et aux romans courts. Prière d'achever a reçu le prestigieux prix Edgar Allan Poe, catégorie "romans courts" justement. On ne pouvait donc pas passer à côté. 

A la croisée des genres, ce roman n'est ni un vrai polar, ni un livre fantastique. Il se veut plutôt un hommage à la littérature et à ses personnages. On y croise donc Anna Karénine, Oliver Twist ou encore Gatsby. L'auteur fait revivre tous ces personnages aux destins romanesques pas toujours heureux. M. Berger le bibliophile n'en revient pas. Et quand il découvre qu'il peut agir sur leur "avenir", l'histoire prend une autre tournure. 

Prière d'achever commence donc comme un polar et termine comme un une ode à la littérature. Les puristes du roman policier ne pourront qu'apprécier l'ambiance mystérieuse que dépeint John Connolly. Ils adoreront aussi les multiples références aux grands textes impossible à oublier et qui font partie du patrimoine mondial. 

J'ai beaucoup aimé aussi le lien qui se crée entre M. Berger et M. Gédéon, l'énigmatique gardien de la bibliothèque. Plus qu'un gardien en fin de compte. Un protecteur érudit pour qui les méandres des différentes éditions n'ont aucun secret. 
En 160 courtes pages, Connoly nous offre donc une bonne bouffée d'air et une plongée dans ces livres qui traversent le temps, créent le mythe et dans lesquels on a encore envie de se noyer. 
En cadeau, une interview très intéressante de l'auteur. 
Disponible aux éditions Ombres Noires. 

mercredi 1 avril 2015

D'auteur à auteur, Michaël Mention

Une nouvelle rubrique voit le jour sur Terre du noir ! "D'auteur à auteur" entend être une conversation avec un auteur de romans policiers. Celui qui a l'honneur de l'inaugurer n'est autre que ... Michaël Mention, récent lauréat du Prix Polars pourpres pour son roman Adieu demain et grand prix du roman noir de Beaune pour Sale temps pour le pays (Rivages Noirs)

Terre du noir : Bonjour Michaël, actualité oblige, tu viens de recevoir le prix Polars pourpres pour "Adieu demain", qu'est-ce que ce prix a de particulier ?



Michaël Mention :
Salut. Je suis très touché de l’avoir reçu, pour deux raisons : je le partage avec une romancière de grand talent (Maud Mayeras) et c’est Adieu demain qui a été primé,  l’un de mes bouquins les plus personnels. Le prix Polars Pourpres fait partie de ces prix décernés par de véritables lecteurs, hors du carcan éditorial. Sur ce site, il est juste question de passion. La même pureté d’appréciation que chez les élèves des Nuits noires d’Aubusson, par exemple. 



J'aime beaucoup ta façon d'écrire. Ton style dépouillé, c'est naturel ou tu le travailles ?
Merci … c’est toujours étrange d’entendre parler de son « style ». J’écris comme je ressens. Dans la vie, on a parfois le temps d’analyser, mais quand on est en situation de stress, l’intellect s’emballe et adopte un mode robotique : c’est pour cette raison qu’en fonction de tel ou tel passage, j’ai une écriture télégraphique, syncopée. Idem pour d’autres composantes (ou « tics d’écriture », au choix). Je ne travaille réellement mon écriture que lorsque le bouquin est fini. Là, j’imprime, relis, surligne, développe, réimprime, relis, etc. J’adore cette étape où l’on dégraisse le texte, mais j’aime aussi débuter et conclure les chapitres : deux étapes clés propices aux partis pris, aux pièges, aux hameçons destinés au lecteur.

Il s'est passé du temps depuis tes premiers écrits publiés. Maintenant que tu joues dans la cour des grands, quel regard portes-tu sur ton parcours ? 
Un parcours de galère, comme pour beaucoup. Le mien a duré quinze ans, avant que je puisse enfin rencontrer les lecteurs. Début 2000, je me heurtais aux éditeurs les plus détestables, les plus castrateurs. Je n’étais pas vexé, juste déprimé, car on me refusait une légitimité à partager avec les autres. Aujourd’hui, je me considère comme chanceux. Partager avec les lecteurs, libraires et confrères est de plus en plus fort. De ces échanges sont nées de véritables amitiés, essentielles.  

Peux-tu nous dire en quelques mots comment s'est fait ton entrée dans les prestigieuses éditions Rivages ?
J’ai envoyé le manuscrit de Sale temps pour le pays par la poste. J’ai tenté le coup sans y croire, uniquement pour ne pas le regretter sur mon lit de mort. Ça peut faire sourire, mais c’est la stricte vérité : j’ai un rapport obsessionnel aux regrets, j’en ai trop souffert dans mon adolescence. Alors, même si je n’y croyais pas, j’ai contacté Rivages. La suite, c’est un appel de Jeanne Guyon, suivi d’un verre de muscat pour fêter ça.

 On a tous envie, en tant qu'auteur, secrètement ou pas, de vivre de ses écrits. Est-ce que toi tu y parviens ou as-tu un autre job ?
Je viens de retrouver un job, ce qui me permet de dormir mieux … j’aimerais vivre de mon écriture, évidemment. Pour profiter davantage de ma copine et de mes amis, lire plus et -surtout - prendre le temps de rien faire. Ça, c’est vraiment un luxe dans ce monde survolté.


Comme beaucoup d'auteurs, je pense que tu as un roman préféré parmi ceux que tu as écris. Lequel ?
Impossible de répondre. Je suis attaché à tous mes bouquins car, au-delà du propos et de l’écriture, ils correspondent chacun à une période forte de ma vie. Là, celui qui me vient est Jeudi noir : je m’y suis livré comme jamais, dans mon rapport à la musique, à l’Histoire, à la connerie ambiante, mais écrire ça me renvoie à d’autres. Si tu m’avais demandé celui que j’aime le moins, ma réponse aurait été plus concise ! 

J'aimerais revenir sur "Fils de Sam", publié chez Ring. Pourquoi avoir choisi ce serial killer ? Et puis surtout ce qui ressort de la lecture, c'est l'incroyable documentation. Tu as des entrées au FBI ?
Si seulement ! Je suis très content d’avoir écrit Fils de Sam, mais les recherches m’ont vraiment épuisé. Quoique, c’était plus un problème d’éditeur que de sujet … j’ai choisi de traiter le cas de David Berkowitz car il n’est pas de la trempe de ces tueurs illuminés qui voient des dieux, des sionistes, des extra-terrestres partout. À travers Berkowitz, j’ai eu l’occasion de développer une idée qui m’est chère, à savoir qu’un assassin n’est pas un « monstre » et que le pire s’explique le plus souvent. J’aime réfléchir sur l’humain, ses capacités, ses limites, ses contradictions : ça me permet d’explorer les miennes et de régler quelques comptes en interne. 


Je te suis depuis tes débuts même si j'avoue ne pas avoir encore tout lu. Ce qui ressort de ton oeuvre, c'est une intéressante variété. Tu arrives à te renouveler et même à changer de style. Comment fais-tu ?
Tu n’as pas tout lu ? Pas grave, tu es loin d’être le seul. Je suis mes envies. Après avoir passé plusieurs mois sur un polar, j’ai besoin de changer d’air. Je n’ai écrit Fils de Sam que parce qu’il s’agissait d’un true crime et non d’un polar, j’avais déjà écrit Sale temps pour le pays et Adieu demain. J’aime l’idée d’écrire sur un tueur, puis le foot, les médias … l’année prochaine paraîtra un polar fantastique, et je songe de plus en plus à écrire un western. Pour ce projet, je sais que je ne suis pas encore prêt, alors je laisse mûrir l’envie.

2015, deux romans de prévu. Mais tu n'arrêtes pas ?
J’ai besoin d’écrire, sinon je déprime. Pendant près de dix ans, j’ai écrit sans être publié et comme je déteste « l’effort inutile », je remanie régulièrement d’anciens bouquins entre deux nouveautés. Cette année, paraîtront en effet … Et justice pour tous - le dernier volet de ma trilogie - et Le carnaval des hyènes, situé dans les coulisses de l’info. Le ton y est très différent, beaucoup plus ironique, et j’ai hâte de partager cette autre facette de mon écriture avec les lecteurs.  

Un petit mot pour la fin ?
Un mot et une question : « Merci » et « Il sort quand, ton prochain bouquin ? » 

Merci à Michaël Mention de s'être prêté au jeu.