dimanche 20 décembre 2015

N'oublie pas mon petit soulier, Gabriel Katz, Editions du Masque

Benjamin Varenne, un beau gosse acteur raté ou plutôt qui n’a pas encore percé, enchaîne les castings foireux et les jobs alimentaires. Pendant la période des fêtes, il fait office de Père Noël au Printemps. Débarque une petite bombe aux longs cheveux, encadrée de deux gardes du corps. Elle minaude ouvertement et exige un selfie avec le Père Noël. 
De fil en aiguille, le Père Noël se retrouve dans le lit de la belle, dans un luxueux appartement du XVIe, les gardes du corps sagement parqués dans le salon. Avant de s'endormir, la princesse le prévient : il doit mettre son réveil à 6 heures et disparaître. Manque de chance, le portable n'a plus de batterie. Et Benjamin émerge trop tard. Il tombe nez à nez avec une mamie revêche qui l'insulte dans une langue inconnue - genre pays de l'est - en le braquant avec un énorme pistolet. S'ensuit un règlement de comptes de gangsters et notre Père Noël, paniqué, n’a d’autre choix que de fuir. Car la mamie flingueuse est en fait la mère du petit ami officiel, un caïd albanais qui va tout faire pour se venger selon le principe albanais du kanun.




En cette période de Noël, pourquoi ne pas vous laisser tenter par ce roman ayant pour personnage principal, Benjamin, un Père Noël paumé d’une galerie marchande ? L’Histoire vaut en tout cas le détour et vous ne le regretterez pas, sourires garantis au fil de la lecture ! 
Benjamin, le Père Noël donc, a tout du gars qui gâche sa vie, une carrière d’acteur qui ne décolle pas, une vie sentimentale inexistante, un appart’ pourri, des soirées qui tournent autour de pizzas et parties de console…rien de bien excitant jusqu’à sa rencontre avec la femme de ses rêves qui exige une photo avec le Père Noël. Le flirt se poursuit jusqu’à l’appartement de la riche demoiselle –Victoire- et, il ne le sait pas encore, mais il vient de s’engager dans un jeu dangereux qui le conduira dans des aventures dignes des meilleurs films d’action, des péripéties qu’il rencontre habituellement en jouant aux jeux vidéos…sauf que cette fois, c’est bien la réalité et qu’il doit sauver sa peau face au copain officiel de la jeune fille, un boss de la mafia albanaise ! Entouré de Victoire et son garde du corps, Ben tente tant bien que mal d’échapper aux nombreuses embûches qui se dressent devant lui. 
« N’oublie pas mon petit soulier » n’est clairement pas le polar du siècle, l’ambiance n’est pas poisseuse, pas de noirceur, mais au contraire une bonne partie de rire, Gabriel Katz ayant pris le parti de tout tourner en dérision. Au final, tourner les pages est un vrai plaisir et il est dur de lâcher le roman une fois la lecture entamée. J’ai pris énormément de plaisir en tout cas en parcourant ce livre et je le conseille en cette période de fin d’année. Sourires et divertissement garantis ! 

A noter le trailer du roman disponible sur youtube ! 
www.youtube.com/watch?v=lY5YydrqwDA 
Un trailer qui colle parfaitement à l’ambiance du roman !

Ben

mardi 15 décembre 2015

Rouge Sibérie, Sam Eastman, Pocket


Chaque homme est appelé à nommer son enfer…
Septembre 1939.
Alors que les combats font rage en Pologne, l’obsession de Staline pour le trésor disparu de Nicolas II est ravivée quand un indicateur prétend savoir où est l’homme auquel le tsar avait confié la mission de dissimuler son or. Hélas, le précieux témoin est retrouvé poignardé au goulag de Borodok.
Staline le sait : seul Pekkala, l'inspecteur qui fut son pire ennemi et le favori du tsar, pourra démasquer le meurtrier.
Infiltré secrètement à l’endroit même où il avait été emprisonné de nombreuses années auparavant, « l’Œil d’Émeraude » va devoir affronter son passé s’il veut sortir de l’enfer du goulag…


Troisième aventure de l'inspecteur Pekkala dit L'oeil d'Emeraude, Rouge Sibérie emmène le lecteur dans les tréfonds du goulag de Borodok où il doit se faire enfermer pour mener l'enquête sur le meurtre d'un détenu. Pour Pekkala, il s'agit d'un dur retour en arrière. Ce camp représente l'horreur et neuf années de supplices après la défaite de Nicolas II. 
Staline cruel et pervers comme on le sait, l'envoie donc au fin fond de la Sibérie. Sam Eastland en profite pour décrire les conditions inhumaines du voyage à partir de Moscou. La promiscuité dans le train, des milliers de prisonniers entassés, debout pendant des jours, affaiblis par le froid et la faim, la violence des gardiens ou des autres prisonniers, la mortalité. Jusqu'à l'arrivée au camp pour les survivants car le trajet est déjà une épreuve quasi-insurmontable. Pour ceux-là, les baraquements, les vêtements qui ne couvrent rien (surtout que la température avoisine souvent les -50 !), les rations juste suffisantes pour assurer la survie et enfin les tâches confiées à chacun : dans les bois pour les moins chanceux, dans la mine ou bien à la cuisine pour Pekkala qui pourra mener son enquête.
Thriller historique, Rouge Sibérie est un roman passionnant et terrible à la fois. Sensible à cette période de l'histoire et à la Russie en particulier, je me suis plongé corps et âme dans cette lecture. Ayant dévoré Enfant 44 de Tom Rob Smith et ayant moi-même écrit Le lynx de la Neva (Morrigane éditions), j'ai redécouvert le plaisir de frissonner devant l'arbitraire et la cruauté du "Petit père des peuples". 
Sam Eastland, comme tout (très) bon écrivain mélange la Vraie Histoire, celle qu'on raconte dans les manuels, l'Histoire qu'on préfère passer sous silence et l'histoire inventée. Les personnages fictifs côtoient ceux qui ont façonné le paysage russe avec brio. 
En fin de roman, l'auteur nous gratifie d'une dizaine de pages dans lesquelles il fait le point sur ce qui s'est réellement passé en Sibérie. C'est instructif et bienvenu. D'ailleurs j'ai été bluffé par les aventures de la Légion tchèque durant leur traversée de la Russie. 
Rouge Sibérie est un roman où la tension est omniprésente et on ne sait jamais qui va faire les frais du courroux de Staline. Tout le monde un jour peut tomber en disgrâce et finir au goulag. C'est terrible et implacable. 
Disponible aux éditions Pocket. 


jeudi 10 décembre 2015

Le fléau d'Eden, James Rollins, Pocket


UN EXCELLENT ROMAN DE SERIE B 
Après les pluies torrentielles qui se sont abattues sur le delta du Mississippi, l’U.S. Border Patrol inspecte ce secteur apprécié des contrebandiers et passeurs de clandestins.
La brigade de Jack Menard a d’ailleurs découvert un chalutier échoué sur une île dont la cargaison est pour le moins inhabituelle : de minuscules singes siamois, un perroquet savant sans plumes, un bébé jaguar très particulier... Tout indique que la mère, un fauve de plus de deux cents kilos muni de dents de sabre, s’est échappée.
Pour l’aider à comprendre d’où proviennent de telles aberrations, et qui a pu les créer, Jack fait appel au Dr Lorna Polk, une pointure en génétique animale et une vieille connaissance...
Mais la vraie question qu’ils vont devoir éclaircir est : dans quel but ces expérimentations ont-elles été menées ?


Sortie en novembre aux éditions Pocket, Le fléau d'Eden est le second roman (après Amazonia : http://terredunoir.blogspot.fr/2012/07/amazonia-james-rollins.html) de cet auteur que je lis. 
Je dois dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. James Rollins écrit d'une telle façon qu'on a l'impression de voir un film où l'action se mélange à la science et à l'émotion. Bref, tous les ingrédients sont présents pour distraire le lecteur. De beaux paysages, de l'action, une intrigue solide, un peu de folie, de l'amour, de la haine, des personnages parfois caricaturaux mais attachants, d'autres détestables à souhait. James Rollins n'invente rien mais la recette est fort agréable. 
Le pitch de départ m'a beaucoup intéressé. Tout d'abord, les lieux : la Louisiane post Katrina, ses marais, le bayou mystérieux et attirant. Ensuite, les personnages : le costaud Jack, son bateau, son équipe tout aussi fortiche. Et bien sûr, la cargaison du chalutier qui révèle des horreurs qu'on suppose rapidement issues de manipulations génétiques.
Et c'est là que James Rollins aurait pu déraper dans la seconde partie du roman. En fait, il dérape un peu mais en "bon public" que je suis, je me suis laissé emporter, faisant fi de ce que pouvait développer comme thèse fumeuse cet auteur qui m'avait déjà transporté dans d'hypothétiques aventures dans Amazonia. 
Ce "fléau d'Eden" est donc un mélange de James Bond et de Rambo. On pourrait même penser que Jack Ménard soit incarné au cinéma par Bruce Willis, véritable bulldozer mais qui finit sur les rotules, abîmé autant physiquement que psychologiquement. Un type costaud mais sensible. 
Même si la recette paraît éculé, pour ma part elle a bien fonctionné. J'ai lu ce roman en quelques jours malgré ses 510 pages. La succession de chapitres courts (une dizaine de pages) et l'alternance des points de vue facilitent la lecture. On tourne les pages à la vitesse des pales d'un hélicoptère. 
Véritable page turner, je recommande vivement la lecture de ce roman qui vous fera oublier les misères du quotidien. 
Disponible aux éditions Pocket. 


lundi 7 décembre 2015

Sang royal, Jean-Louis Bachelet, Ring éditions

En 1833, un horloger qui vit en Allemagne sous le nom de Karl-Wilhelm Naundorff, affirme être le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette.

Le Dauphin était pourtant supposé mort en 1795, à l'âge de neuf ans, dans un cachot de la prison du Temple...

Quarante ans plus tôt, la Terreur opère son carnage. Les accusations de trahison tombent, les têtes aussi. La Révolution n'a qu'un seul embarras : que faire du jeune Louis XVII, que les Vendéens et les monarchies voisines rêvent de rétablir sur le trône ? Officiellement, il aurait succombé à son enfermement inhumain, mais dans tout le pays se chuchote qu'il est toujours vivant et a été remplacé par un autre enfant, mort à sa place.

Le coup de tonnerre Naundorff réveille ces rumeurs, ainsi que les espoirs des survivants de la cour royale. Louis XVII s'est-il évadé ? Les révolutionnaires l'ont-ils exilé en Angleterre ou en Argentine ? Ou bien utilisé comme monnaie d'échange ? Naundorff, que la Hollande enterrera sous le nom de Louis Charles de Bourbon - Louis XVII - Roi de France et de Navarre, est-il le véritable prétendant du trône ou un imposteur de génie ? Hugues de Bourbon, son descendant direct, vivant à Tours de nos jours, est-t-il l'héritier de tous les Rois de France ?

Le temps n'a pas de prise sur le mystère de l'horloger : au fil des décennies, des centaines de spécialistes et trois mille ouvrages ont tenté de le percer. Aujourd'hui, grâce à l'ouverture exceptionnelle des archives secrètes du Vatican à Jean-Louis Bachelet, et au concours exclusif de sommités de la génétique française, l'auteur mène une enquête inédite, au coeur du bain de sang de la Révolution. Et nous invite à l'instant de vérité.

À coup de révélations explosives, ce véritable thriller historique met un point final à une énigme de deux siècles.





Sentiment mitigé à l'issue de la lecture de ce livre. Dans la première partie, l'auteur relate les grands moments de la Révolution et de la Terreur. On aperçoit les grands hommes de Danton à Robespierre en passant par Marat. On fait aussi connaissance avec des personnages moins "people" mais qui ont joué un rôle important dans les événements comme le sanguinaire Carrier ou encore l'abject Simon. 
Puis vient le moment de l'incarcération du roi et de sa famille. L'auteur en profite pour égratigner les révolutionnaires qui en prennent pour leur grade. La reconstitution historique est passionnante. Le lecteur en apprend beaucoup sur les conditions de détention du Dauphin. On ressent également la tension qui dominait dans cette période "explosive". Tout le monde est à cran. 
Personnellement, j'ai beaucoup aimé cette partie. Certes, il faut se familiariser avec les noms des protagonistes ainsi que sur la chronologie mais ensuite le livre se lit comme un roman historique. 

Concernant la seconde partie où l'on rentre véritablement dans le sujet, à savoir si le Dauphin a survécu à son emprisonnement et aurait été "exfiltré" et bien j'ai été moins conquis voire même déçu. Bien sûr, j'ai lu avec intérêt les turpitudes des différents imposteurs dont Naundorff mais je n'ai rien trouvé de nouveaux par rapport à ce qui avait déjà écrit auparavant par d'autres historiens comme Jean Tulard ou Philippe Delorme. 

Du coup, à mon humble avis, ce livre n'apporte pas de regard nouveau sur cette affaire qui a ses détracteurs et ses aficionados et dont probablement jamais de réponse ne sera trouvée.

Tout un poème, Ursula Poznanski, Presses de la cité


Le tueur était sur les réseaux sociaux
Deux corps sans vie sont découverts au bord d'un lac, à Salzbourg. Un jeune homme et une jeune femme. Leur seul lien : un groupe de poésie sur Facebook.
Beatrice Kaspary, inspecteur expert en nouveaux médias, est déterminée à percer ce mystère. Sous pseudonyme, elle ne tarde pas à remarquer sur la Toile quelques usagers suspects postant des bribes de poèmes, qui, selon toute vraisemblance, constituent des messages codés. Mais quelle en est la clé ? Alors que la liste des cadavres ne fait qu'augmenter, Beatrice se retrouve au coeur d'une machination des plus singulière...




Pour son deuxième roman, Ursula Poznanski nous emmène dans une intrigue qui tourne autour des réseaux sociaux et de Facebook en particulier. 
On retrouve les enquêteurs Béa Kaspary et son collègue Florin dans un roman qui se déroule en Autriche. Deux corps sont retrouvés près d'un camping. Tout semble à croire qu'il s'agit d'un meurtre et d'un suicide. Le légiste et les techniciens sont formels. Seule Béatrice pense qu'en fait, ils sont face à un double meurtre. De fait, elle va persévérer dans son enquête et filer la quenouille du groupe de poésie sur facebook. Quenouille pourtant ténue. Mais têtue, elle ne lâchera rien. 
Evidemment, elle aura gain de cause. Ce qui va amener Ursula Pozanski à nous décortiquer les relations "amicales" qui peuvent se nouer virtuellement par le biais des réseaux sociaux. Sujet brûlant et d'actualité ! 
La première partie du roman est plaisante sans être trépidante. On suit l'avancée de l'enquête tranquillement, patiemment. Je dirais même sagement. Kaspary est une policière dont la vie de famille est compliquée. Coincée avec ses enfants dont elle a la charge, elle se fait régulièrement rappeler à l'ordre par un ex-mari rancunier. 
Ajoutons à cela un collègue qui aimerait être plus qu'un collègue et nous avons une histoire d'amour qui se tisse. Sauf que le collègue en question, Florin, est aussi en couple...
Malgré la liste de morts qui s'allongent. Malgré les extraits de poème qui parsèment le livre, le lecteur ressentira un je ne sais pas quoi qui manque. Peut-être une épice. Peut-être un morceau de piment. 
Pour autant, cette première partie est originale. L'utilisation du réseau social le plus connu mérite d'être rappelé. Le groupe de poésie, également. Surtout que les membres de ce groupe évoquent sans vergogne des poètes connus, comme Rilke, et d'autres moins célèbres. Chose que j'ai beaucoup apprécié. 
De ci delà, des textes sont insérés dans le récit comme un journal écrit par un mystérieux personnage mais dont on soupçonne rapidement l'appartenance au groupe de poésie. 

Dans les 150 dernières pages, l'auteur accélère. Là, le roman prend une autre dimension et tenaille le lecteur aux tripes. 
Les sombres motivations commencent à s'apercevoir. Elles prennent leur terreau dans une histoire terrible et sordide. L'auteur, avec habileté, va nous mener loin dans les tréfonds d'un pays en décomposition (je ne serai pas plus précis pour laisser au futur lecteur un certain suspens). 

En revanche, j'ai été déçu par l'atmosphère. Je m'explique : quand je lis un roman ancré dans un territoire ou un pays, j'ai bien que l'auteur s'en serve pleinement. Ici, je me suis dit :"chouette, un livre qui se déroule en Autriche, ce sera une première." Hélas, Ursula Poznanski ne joue pas du tout cette carte et l'intrigue aurait tout aussi bien se passer à Munich ou Paris. 

Pour conclure, Tout un poème est un roman original que j'ai bien aimé même si la première partie mériterait plus de consistance. La fin est énorme et laissera au lecteur un goût amer en bouche. 
Un roman à découvrir. 

dimanche 22 novembre 2015

Territoires, Olivier Norek, pocket


Depuis la dernière enquête du capitaine Victor Coste et de son équipe, le calme semble être revenu au sein du SDPJ 93. Pas pour longtemps, hélas ! L'exécution sommaire de trois jeunes caïds va les entraîner sur des pistes inimaginables. Des pains de cocaïne planqués chez des retraités, un chef de bande psychopathe d'à peine treize ans, des milices occultes recrutées dans des clubs de boxe financés par la municipalité, un adjoint au maire découvert mort chez lui, torturé... et Coste se retrouve face à une armée de voyous impitoyables, capables de provoquer une véritable révolution.
Mais qui sont les responsables de ce carnage qui, bientôt, mettra la ville à feu et à sang ?
Avec ce polar admirablement maîtrisé, Olivier Norek nous plonge dans une série de drames terriblement humains et de stratégies criminelles – loin d'être aussi fictives qu'on pourrait le croire – où les assassins eux-mêmes sont manipulés.



J’ai lu ce livre il y a quelques semaines, je peux même dire que je l’ai dévoré tant ma lecture du roman a été rapide. Il était vraiment difficile de se détacher de cet écrit ô combien réaliste, un réalisme qui fait même froid dans le dos. 
Difficile de faire meilleure entrée en matière que dans ‘’Territoires’’ : dés le prologue du roman, trois caïds qui tiennent le quartier par leur trafic de drogue, sont assassinés. Les forces de l’ordre se trouvent dans l’expectative…qui a fait ça ? Qui va reprendre le trafic ? A qui profitent ces crimes ? Etc. 
Le livre dépeint parfaitement la vie de nombreux jeunes des quartiers, une vie sans espoir, sans but particulier et qui ne sait se tourner que vers le trafic en tout genre. Dans le même temps, certains retraités des quartiers dits sensibles se doivent de trouver de nouveaux artifices s’ils veulent survivre à ce nouveau voisinage. Ajoutez à cela le pouvoir des politiciens, bien plus impliqués qu’on ne pourrait le croire dans la violence présente dans les quartiers et vous aurez un aperçu de ce que vous trouverez dans le roman d’Olivier Norek. 
J’ai vraiment adoré ce roman, on sent que l’auteur, ancien flic, connaît parfaitement son domaine. Les scènes sont décrites à la perfection, la tension est palpable, les émotions retranscrites parfaitement, on se croirait sur le terrain en compagnie de certains policiers. Pour une fois d’ailleurs, pas de super flic, pas de Jack Bauer à la sauce française, juste des hommes et femmes comme nous, avec leurs forces et faiblesses, des êtres humains avec des failles mais également un sens certain du devoir. 
Un excellent roman traitant du mal de nos cités et de la complaisance du pouvoir politique vis-à-vis de certains individus, un livre que certains liront certainement avec un œil différent du fait de la terrible actualité touchant la France actuellement… Un roman à découvrir et qui donne envie de lire le précédent d'Olivier Norek, ''Code 93''.
BEN 

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lundi 16 novembre 2015

La mort en tête, Sire Cédric, Pocket.

À Drancy, en Seine-Saint-Denis, dans une chambre d’enfant, une scène d’exorcisme tourne au drame... Mais tout a été consciencieusement filmé par un journaliste.
À Paris, au cours des jours qui suivent, la policière Eva Svärta, enceinte, se sent observée – impression désagréable ou mauvais pressentiment ? Elle sait que le danger rôde. Très vite, entre Paris et Toulouse, le duo d’enquêteurs Eva Svärta et Alexandre Vauvert devient la proie d’un tueur psychopathe...


Nouveauté chez Pocket, ce roman de Sire Cédric a été initialement publié en 2013. 
Dans ce nouveau thriller, l'auteur reprend ses personnages préférés : le commandant Vauvert et la policière albinos Svärta qui vont être malmenés tout au long des presque 700 pages que comptent le livre. 
Comme à son habitude, Sire Cédric tisse une intrigue solide avec  ici et là un brin de fantastique auquel il faut adhérer pour bien appréhender le roman. Tout cela commence comme un film d'épouvante devenu culte. Un exorcisme qui vire au drame. Un enfant possédé. Un journaliste avide de sensationnalisme. Des parents (ici un oncle et une tante) complètement paumés. Tel est le point de départ. 
Page turner ? Sans aucun doute. Les péripéties se suivent sans temps mort. La succession de chapitres courts aide aussi le lecteur à avancer à toute allure dans l'histoire. Les différents protagonistes n'ont pas le temps de se retourner que déjà un nouveau drame se noue. Plus ils avancent dans la résolution de l'énigme, plus les deux policiers s'enferment dans un piège terrible et dans lequel on ne leur voit pas d'issue. 
C'est donc l'une des forces du livre. L'auteur n'hésite pas à bousculer le lecteur. Ses héros sont blessés, traqués, impuissants face à une menace grandissante. Suspectés, ils doivent fuir, se terrer. D'un côté, les flics, de l'autre le prédateur. 
Quelques passages toutefois légèrement gnangnan mais qui n'empêchent pas la lecture. Par exemple quand Amy est blessée, elle dit : "laissez-moi, je vais vous retarder...". On voit ça dans tous les films, on lit ça dans de nombreux livres.  Pour le coup, l'auteur aurait pu être plus inspiré. 
Pour conclure, j'ai beaucoup aimé ce livre dans lequel je ne me suis pas ennuyé une seule seconde. Sauf peut-être pour le passage un peu mystico-ésotérique de la médium. Pour le reste, c'est un roman détonnant et étonnant. Sire Cédric creuse encore plus son empreinte dans le thriller fantastique. 



jeudi 12 novembre 2015

Sujet 375, Nikki Owen, Super 8 éditions.

« Je suis le Dr Maria Martinez et je suis – enfin, j’étais – spécialisée en chirurgie réparatrice. J’ai 33 ans. Lieu de naissance : Salamanque, Espagne. Ah, et je suis accusée du meurtre d’un prêtre catholique. » 

Maria Cruz-Banderras est en prison. Si elle est convaincue d’être innocente des faits qui lui sont reprochés, toutes les évidences sont contre elle. Son alibi ne tient pas la route et les tests ADN confirment qu’elle était bien sur les lieux du crime au moment du meurtre. Atteinte du syndrome d’Asperger, Maria se souvient de tout… sauf de ce qui la concerne intimement. Auprès des thérapeutes, elle va puiser dans ses facultés uniques pour tenter de se remémorer son passé récent. Des endroits étranges. Des gens plus étranges encore… Le puzzle épars qu’elle essaie de reconstituer ne semble pas faire sens. Sauf à croire à des années de mensonges et de faux-semblants. Ce qui est, bien sûr, totalement impossible. À moins que…




En voilà un roman à l’issue duquel, j’ai un avis partagé. Si la première partie m’a paru longuette, ayant du mal à avancer dans la lecture, la seconde m’a tenu en haleine et j’ai avalé les pages à grande vitesse. 
Tout au long du roman, l’auteur écrit de telle sorte que de grands doutes s’immiscent en nous concernant la culpabilité de Maria, laquelle est en prison pour le meurtre d’un prêtre. Atteinte du syndrome d’Asperger – syndrome parfaitement décrit dans le roman -, Maria a une mémoire sans faille, photographique, il lui suffit de voir quelque chose pour l’enregistrer dans son cerveau. Cela devrait lui permettre de reconnaître sa culpabilité dans le meurtre du prêtre mais pourtant, concernant cet acte, c’est le trou noir, impossible de s’en souvenir, pourtant, tout l’accable, alibi, traces ADN, etc… 
Au sein de la prison, les personnes qu’elle rencontre, le directeur, ses thérapeutes, ses codétenues, sa famille etc…tous ont un côté étrange qui laisse le doute chez le lecteur…Maria est-elle victime d’une machination qui la dépasse ou non ? Le mystère concernant le meurtre demeure jusqu’au bout du roman et c’est là la grande force de l’œuvre de Nikki Owen. 

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, n’étant pas forcément emballé par le thème du roman, mais au fil des pages, j’ai réussi à m’en imprégner et je me suis fait aux sautes d’humeur de Maria, à ses peurs, sa paranoïa, ses obsessions, son Asperger bien présent tout au long du roman. 
L’auteur excelle particulièrement dans le fait de mettre le doute dans l’esprit du lecteur concernant la culpabilité ou non de Maria, on se sent manipulé par Nikki Owen, et c’est plutôt une réussite de ce côté-là ! Même si ce n’est pas forcément ce dont je raffole habituellement, ce livre reste un vrai bon thriller psychologique aux Editions Super 8.

Ben

lundi 9 novembre 2015

L'île de Nera, Elizabeth George, Pocket

Une étrange jeune fille qui ne parle pas, un phoque entièrement noir, appelé Nera, qui revient chaque année à la même date – l'île de Whidbey abrite bien des mystères. Et Becca King, avec sa fausse identité et une histoire familiale compliquée, n'est pas la moins mystérieuse de ses habitants. Réfugiée depuis peu sur l'île pour échapper à un meurtrier, Becca se retrouve chargée par la communauté scientifique d'observer le phoque Nera, l'attraction locale, avec Jenn, son ennemie jurée. Et les deux adolescentes n'auront pas trop de leurs talents conjugués pour faire toute la lumière sur cet animal aussi singulier que surprenant...




Elizabeth George est auteur que j'ai beaucoup lu et apprécié. J'ai avalé avec délice tous ses romans mettant en scène le fameux duo Linley/Havers. J'ai été envoûté par ses descriptions et ses intrigues passionnantes. Puis, je l'ai mise de côté. Plusieurs de ses romans m'ont déçu. 
Lîle de Nera marque mon retour. Il s'agit ici du deuxième tome d'une trilogie "the edge of nowhere". Le premier sorti en 2013 est intitulé "Saratoga Woods". Il met en scène une jeune fille, Becca. Dans ce second roman, Becca a trouvé refuge sur l'île de Nera. 
J'ai appréhendé ce livre difficilement. N'ayant pas lu le premier tome, j'ai été un peu perdu. De nombreuses questions se pressaient : Qui est cette fille ? Qu'est-ce qu'elle fait toute seule sur l'île ? Que fuit-elle ? Quel est son pouvoir ? Quel est le genre de ce roman ?
Car Becca possède un pouvoir, celui d'entendre les pensées des personnes qu'elle côtoie. Mais comme elle maîtrise mal ce don, elle est souvent obligé de se munir d'un appareil auditif que les autres confondent avec un lecteur de musique. Donc, il y a un petit côté fantastique. Et j'en arrive alors à une autre interrogation. A qui s'adresse ce roman ? 

Si l'intégralité du livre est ponctué par les pensées des personnages que surprend Becca, ce n'est que dans les derniers chapitres que le fantastique explose. Jusque là, l'auteur construisait son récit comme un polar. 
Ensuite, je me suis demandé quel public Elizabeth George voulait conquérir. Les adultes ? Les ados ? A ce jour, je n'ai pas répondu à cette question tant le ton du roman me paraît se rapprocher de la trilogie de Harlan Coben avec Mickey Bolitar. Cela dit, cette indécision ne m'a pas gêné. 
D'une manière générale, j'ai bien aimé ce livre même s'il faut absolument avoir lu le premier tome pour mieux saisir la complexité de l'intrigue. Le côté fantastique vient un peu tard à mon goût et n'est pas assez exploité. C'est dommage car l'auteur tenait là une bonne légende que je ne connaissait pas du tout. 
Bref, si ce roman n'est pas le livre de l'année, il est sans conteste un bon divertissement. 

lundi 19 octobre 2015

Sauvons le Caïman !

Pour ne pas perdre une très bonne maison d'édition...

Une fois n'est pas coutume, ce n'est pas un roman que je vais chroniquer mais parler d'une petite maison d'éditions dont nous avons déjà eu l'occasion de louer les mérites et les publications de bonne qualité.

Jean-Louis Nogaro, le créateur des éditions du Caïman est aujourd'hui en difficulté en raison de nombreux impayés dus à la liquidation judiciaire de son distributeur. La conséquence ? Ce peut-être une disparition pure et simple du Caïman. Chose dont personne ne veut.

Jean-Louis Nogaro a réussi une belle entrée dans le monde du polar français. Il a découvert des auteurs talentueux dont certains ont raflés plusieurs prix. Et au moment où cette maison semble prendre sa vitesse de croisière il ne faudrait pas qu'elle disparaisse.

Comment aider ?

Plusieurs des auteurs des éditions du Caïman ont lancé une initiative intéressante, une cagnotte que chacun pourra alimenter comme il voudra. Cela se passe ici :

https://www.leetchi.com/c/solidarite-pour-editions-du-caiman

Il y a également toujours la possibilité de commander ces livres en lige directement sur le site des éditions du caïman :

http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/


Je suis persuadé que les lecteurs de ce blog trouveront la (les) pépite(s) qu'ils cherchent sur ce site.

http://www.editionsducaiman.fr/pages/pour-commander/

Longue vie au Caïman qui peut s'assurer du soutien de Terre du Noir et de ses lecteurs !


mardi 13 octobre 2015

Revival, Stephen King, Albin Michel.

La foudre est-elle plus puissante que Dieu ?
Il a suffi de quelques jours au charismatique Révérend Charles Jacobs pour ensorceler les habitants de Harlow dans le Maine. Et plus que tout autre, le petit Jamie. Car l’homme et l’enfant ont une passion commune : l’électricité.
Trente ans plus tard, Jamie, guitariste de rock rongé par l’alcool et la drogue, est devenu une épave. Jusqu’à ce qu’il croise à nouveau le chemin de Jacobs et découvre que le mot « Revival » a plus d’un sens... Et qu’il y a bien des façons de renaitre !
Addiction, fanatisme, religion, expérimentations scientifiques… un roman électrique sur ce qui se cache de l’autre côté du miroir. Hommage à Edgar Allan Poe, Nathaniel Hawthorne et Lovecraft, un King d’anthologie.

« On est littéralement sonné par la fin, une des meilleures de King. »Publishers Weekly


Bluff ou imposture ? 
Ceux qui suivent ce blog savent que Stephen King est l'auteur dont j'ai lu le plus de livres. Donc, je guette avec impatience chacune de ses publications. Cependant force est de constater qu'avec ce Revival dont le résumé était prometteur, le seul mot qui me vient est : déçu. 
Qu'est-ce qu'il nous a fait là ? Un roman alimentaire ? J'ose espérer quand même que Stephen King n'en est pas rendu là. Un roman de l'entre deux pour nous faire patienter la suite de M. Mercedes ? Peut-être. 

On nous annonce un roman en hommage à Poe ou à Lovecraft. Sauf si je n'y connais rien, je n'ai pas compris l'allusion. Le côté fantastique est très léger et prend peu de place dans le récit. Quant au suspens, il n'est pas vraiment présent. Le livre s'étend sur une cinquantaine d'années et enchaîne les hauts et les bas tout comme les personnages. 

Stephen King nous fait le coup de la fausse terreur. Exemple : quand Jamie fait des recherches sur le révérend avec Bree. Celle-ci est terrorisée par ce qu'elle vient de découvrir alors qu'il ne s'agit que de récits sur internet d'un gamin qui devient zinzin, d'une femme qui se met du sel dans les yeux... Peut-être suis-je devenu insensible mais je ne vois pas là de quoi en faire des cauchemars et de ne plus jamais vouloir entendre parler d'un type qu'elle n'a jamais vu. J'avais cru frissonner, j'ai eu tort. 
Le résumé nous annonce "l'homme et l'enfant ont une passion commune : l'électricité". Ah bon ? Bon d'accord, Jamie Morton devient guitariste de rock sans doute grâce à l'influence de Jacobs et sa passion pour l'électricité mais je trouve que c'est un peu tiré par les cheveux. Je m'attendais à ce qu'il soit au moins affublé d'un pouvoir quelconque mais non...

King est un excellent conteur. On l'a déjà dit dans ces pages et heureusement car le récit est longuet, Il y a donc de très bons passages : l'accident, le sermon... Et toujours ces évocations nostalgiques des années 60/70/80, le bon vieux rock and roll et les souvenirs d'enfance. 
L'auteur profite aussi pour faire quelques clins d'oeil à ses romans passés : Joyland est évoqué et l'on soupçonne dans les derniers chapitres que l'hôtel où loge Jacobs serait  l'Overlook de Shining. 

Pour finir, je le répète, j'ai été déçu par cette lecture même si j'y ai pris du plaisir par moments. Les dernières pages sont intéressantes et sonnent comme une évidence que je n'avais pourtant pas vu venir. 




Lontano, Jen-Christophe Grangé, Albin Michel.

Le père est le premier flic de France.
Le fils aîné bosse à la Crime. Le cadet règne sur les marchés financiers.
La petite soeur tapine dans les palaces. Chez les Morvan, la haine fait office de ciment familial. Pourtant, quand l’Homme-Clou, le tueur mythique des années 70, ressurgit des limbes africaines, le clan doit se tenir les coudes.
Sur fond d’intrigues financières, de trafics miniers, de magie yombé et de barbouzeries sinistres, les Morvan vont affronter un assassin hors norme, qui défie les lois du temps et de l’espace. Ils vont surtout faire face à bien pire : leurs propres démons. Les Atrides réglaient leurs comptes dans un bain de sang. Les Morvan enfouissent leurs morts sous les ors de la République.




Trois ans qu'on n'avait pas vu un Grangé en tête de gondole des librairies. Qu'on l'aime ou pas, voir cet auteur revenir est toujours intriguant. Pour ma part, si j'ai beaucoup aimé le Grangé des débuts (Le vol des cigognes, Les rivières pourpres), j'ai moins apprécié le reste. Mais comme je n'aime pas rester sur de mauvaises impressions, je me suis donc plongé dans Lontano dont le quatrième de couverture me laissait perplexe.
Fourre-tout, j'allais dire. Une saga familiale. Des rites africains, des barbouzes. Rien que ça, me direz-vous. Et vous auriez... tort. Car l'histoire dont nous gratifie l'ex grand reporter s'imbrique plutôt bien. Je n'ai eu aucune difficulté à entrer dans la famille Morvan dirigée d'une poigne de fer par le patriarche Grégoire et à déambuler dans les méandres des dérives de chacun de ses membres. Comme dans un jeu de sept familles réduit, je demande la fille, catin de luxe et actrice ratée et dont le seul objectif est de se saborder pour flinguer sa tribu.
Ensuite je demande le fils aîné. Bon soldat de la république. Agaçant parfois car (trop) propre et qui cache son asservissement sous des airs de dur à cuire.
Pour continuer, je voudrais le deuxième fils. Trader, cocaïnomane (tiens, ça va ensemble non ? ), légèrement couard et en instance de divorce d'avec une riche héritière italienne.
Sans oublier la mère. Ex-hippie, pas si faible que l'on veut nous faire croire ? Un personnage énigmatique donc mais que j'ai eu du mal à apprécier.

Trop ? Too much ? Cliché ? Certainement.
Côté intrigue maintenant. Cela commence comme un vulgaire accident lors d'un tir d'un avion de chasse à l'entraînement pour rapidement se tourner vers un bizutage qui aurait mal tourné pour finir, comme chacun s'en doutera, par un meurtre.
Ensuite, le récit prend une autre tournure et s'accélère tout comme le rythme des cadavres, mutilés comme il se doit par un tueur de la pire espèce.
Grangé veut diriger le lecteurs dans des chemins sinueux ou dans une sorte de labyrinthe où l'on penserait trouver la sortie rapidement. Il n'en est rien. On va de surprises en surprises, de magouilles en conflits, de meurtres sordides en terreurs nocturnes.
Le tout pour finir sur un ultime chapitre qui en ouvre un autre et qui nous laisse un peu sur notre faim car toutes les réponses n'ont pas été données.
J'ai bien aimé ce roman avec ses faiblesses (intrigue fourre-tout, personnages à la limite du cliché) que j'ai lu (malgré ses + 700) en quelques jours.

Un ENORME défaut cependant que je tiens à souligner et que je ne comprend pas  : Grangé semble avoir oublié la négation. Il nous fait un festival de :"je sais pas" ; "je t'aime pas" ; ou encore : "je veux pas" etc. Je veux bien admettre qu'un auteur fasse parler un personnage sans utiliser la négation mais de là à ce que tout le monde (y compris un secrétaire d'état et un amiral) parle aussi vulgairement, ce n'est pas possible. Et encore moins crédible. M. Grangé, si vous lisez ceci...

On attend donc la suite avec impatience au premier trimestre 2016.



jeudi 1 octobre 2015

...et justice pour tous, Michaël Mention, Rivages/noir

Troisième volet de la trilogie anglaise de Michaël Mention, entamée avec Sale temps pour le pays. Le superintendant Mark Burstyn, exclu de la police après l'affaire de l'Eventreur du Yorkshire, est un homme âgé qui vit chichement à Paris. Il a sombré dans l'alcoolisme. Il va reprendre du service en franc-tireur quand sa filleule Amy, la fille de son ancien collègue Clarence, est fauchée par une voiture. Il ne croit pas à l'accident...



Récemment auréolé du bandeau rouge du prix Transfuge du Meilleur Espoir polar 2015, ce roman de Michaël Mention clôt la trilogie sur l'éventreur du Yorkshire entamée avec "sale temps pour le pays" et poursuivi par l'excellent "Adieu demain" que nous avons eu le plaisir de chroniquer dans ces pages.
Difficile pour moi d'être objectif dans cette chronique concernant ce roman et cet auteur pour qui j'ai vraiment beaucoup d'admiration.
Je vais essayer malgré tout.
Nous retrouvons ici tous les ingrédients des deux romans précédents. Et il faut absolument les lire avant d'entamer celui-ci. La trilogie fonctionne vraiment comme une trilogie dans le sens où les romans constituent un enchaînement cohérent non seulement dans le temps  mais aussi dans l'intrigue. Il ne s'agit donc pas d'une "simple" suite. A tel point que j'avais envie de reprendre la lecture des deux premiers. Vous l'aurez donc compris, on est en présence d'une véritable oeuvre. J'ose même dire un chef d'oeuvre du roman noir.
Voilà l'une des raisons premières de mon coup de coeur. Michaël Mention hausse le niveau du polar français. En cela il égale voire surpasse bon nombre d'auteurs anglo-saxons et l'on sent des influences aussi prestigieuses que celles de David Peace, pour ne citer que lui.
L'auteur a une façon bien à lui d'écrire, je l'ai déjà dit dans ce blog. Il a une vraie empreinte reconnaissable entre mille. Il va vite, ça déroule, ça dégaine, ça enchaîne, ça mitraille. Les mots déboulent  à toute allure. Ils forment des chapitres parfois très courts et l'on tourne les pages, essoufflé, le palpitant à 180.

Chef d'oeuvre du roman noir ? Michaël Mention nous a habitué à la description fine du contexte où il situe ses intrigues. Ce "...et  justice pour tous" n'échappe pas à la règle. A la manière d'un Ken Loach, il décortique la société anglaise (ici des années post Thatcher jusqu'à aujourd'hui) avec brio. Il dresse des portraits cyniques et acides des gouvernants. il rend hommage aux "petites" gens. Pour tant, il ne fait pas une analyse sociologique barbante. Tout s'imbrique avec brio et intelligence.
Tout comme la musique, omniprésente, qui est presque  à elle seule un personnage à part entière. Mention connaît bien sa partition ! Il nous fait découvrir les groupes et les chanteurs anglais qu'il aime ou pas mais qui ont tous joué un rôle dans cette Angleterre inégalitaire et sans concession.

Puis vient l'intrigue elle-même. L'éventreur, toujours en filigrane. Ces flics usés, désabusés mais toujours dans le coup. J'ai beaucoup aimé la déchéance de Burstyn et la dérive de Cooper, Et oui, Michaël Mention est rude avec ses personnages... pour le plus grand plaisir des lecteurs qui veulent souffrir avec eux. Maso ? Peut-être. Si c'est pour se prendre des claques comme celle-là, je signe les yeux fermés pour tous les prochains romans.


jeudi 24 septembre 2015

Le contrat Salinger, Adam Langer, Editions Super 8

Signez, vous ne risquez rien, ou presque... Journaliste désabusé, Adam Langer retrouve un jour une vieille connaissance : Conner Joyce, auteur de thrillers en perte de vitesse en pleine promotion de son dernier roman. Ce dernier lui confie avoir reçu une offre ahurissante : un homme d'affaires richissime, lui a proposé d'écrire un roman rien que pour lui moyennant une somme colossale. Seule particularité, le contrat s'assortit de certaines clauses assez particulières : 1/ le livre rejoindra la collection privée d'exemplaires uniques de l'homme d'affaire, pour lequel ont déjà travaillé des écrivains aussi prestigieux que Thomas Pynchon, Norman Mailer ou J. D. Salinger... et n'en sortira jamais. 2/ Le propriétaire se réserve le droit d'exiger de l'auteur quelques modifications de son cru. 3/ l'accord doit rester absolument secret. Bientôt, et tandis qu'un Conner visiblement aux abois s'obstine à tout raconter à son ami – lequel se passerait bien de ces révélations –, l'histoire prend une tournure des plus inquiétantes : l'offre n'a évidemment rien de philanthropique, et le contrat désormais signé aura des conséquences imprévues.


« Le contrat Salinger » est le nouveau roman d’Adam Langer, écrivain américain. Dans ce livre, il choisit de s’intégrer personnellement à l’histoire puisqu’il n’est autre que le narrateur, partageant avec nous les déboires de Conner Joyce, un écrivain sur le déclin, lequel se voit offrir un drôle de contrat (et se confie à Adam, lui-même écrivain encore plus sur le carreau). En effet, Conner a signé un accord avec un mystérieux homme d’affaires – Dex – afin d’écrire un roman policier qui ne serait destiné qu’à sa seule personne. Jamais il ne sera commercialisé et personne d’autre que lui - et son homme de main – ne lira jamais ce livre ; en échange il devra garder le secret le plus total sur cet écrit et recevra pour cela une importante somme d’argent qui lui permettra de reprendre le cours d’une vie paisible et d’être tranquille d’un point de vue financier pour jusqu’à la fin de ses jours. La bibliothèque de Dex, remplie de romans uniques, écrits par Salinger, Harper Lee, Truman Capote, etc… finit de convaincre Conner sur le bien fondé d’un accord avec l’homme d’affaires. Une fois l’accord signé puis le roman remis, les événements vont rapidement plonger Conner dans l’embarras le plus total… 

Ce très bon thriller nous permet de plonger également dans les méandres des maisons d’édition et des choix qui doivent être effectués afin de mettre tel ou tel auteur en avant, quitte à sacrifier de bons écrits qui ne seront que peu vendus du fait de leur manque de notoriété. On comprend alors les mécanismes des maisons d’édition, de la politique qui est la leur et de la difficulté que cela peut être de trouver le bon compromis entre recherche de nouveaux talents et la continuité avec les mastodontes du marché qui font rentrer l’argent dans les caisses… Un regard sans concession de la part d’Adam Langer sur ce milieu. Un roman qui montre également les difficultés que peut rencontrer un écrivain dans la phase d’écriture selon le public visé mais également les déprimantes tournées de promotion qui peuvent suivre lorsque les salles censées l’accueillir se trouvent quasi systématiquement vides d’auditoire. 

Un roman teinté d’humour et de suspense. Encore une fois, un très bon choix de la part de la maison d’édition Super 8. 


Ben

dimanche 13 septembre 2015

Shining, Stephen King

Situé dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté… 
L’hiver, l’hôtel est fermé. 
Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien. 
Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance: c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. 
Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus. 
Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l’hôtel? 
Un récit envoûtant immortalisé à l’écran par Stanley Kubrick.




Avant ces derniers jours, je n’avais jamais lu ni vu le film de Stanley Kubrick et pourtant, en entendant « Shining », mon esprit l’avait toujours associé à l’image de psychopathe de Jack Nicholson sur l’affiche du film… Une fois de plus, ne jamais avoir vu l’adaptation cinématographique m’a permis d’apprécier au mieux l’œuvre de Stephen King. 
Toujours aussi peu friand de l’univers fantastique, je dois admettre qu’une fois de plus, « Le King » nous aura pondu une histoire qui nous tient en haleine de la première à la dernière page. L’Overlook, cet hôtel magistral mais digne du pire des manoirs hantés, sera notre terrain de jeu tout au long du livre, c’est un personnage à part entière de « Shining », certainement même le personnage principal ; nous allons vivre à ses côtés le dur hiver que s’apprête à passer la famille Torrance, une famille au pied du mur suite aux soucis d’alcool du père, Jack, ancien prof mis à la porte et qui ne trouve que ce poste de gardien d’hôtel, lorsque celui-ci est fermé durant la pause hivernale, afin subvenir aux besoins de son épouse Wendy et de son jeune fils Danny. Un fils qui rapidement montre un sixième sens lui permettant de savoir des choses qu’il n’est pas supposé savoir, un enfant victime également de visions pas toujours très agréables… 
Ce livre met en avant les soucis de l’alcoolisme et les ravages que ceux-ci peuvent avoir sur une famille sans histoires à l’origine. Egalement, la trame de « Shining » est un peu un culte de la solitude, avec en exergue la folie qu’elle peut amener, l’importance que les relations humaines ont sur l’Homme afin de garder le cap. Tout au long du roman, on assiste à la chute de Jack Torrance, un homme qui avait tout pour réussir sa vie et qui se retrouve désormais dos au mur, perdant pied doucement mais sûrement et ayant de plus en plus de mal à accepter la réalité telle qu’elle est… Dans le même temps, de drôles d’évènements se produisent dans l’hôtel…fruits de l’imagination de ses occupants ou d’une réalité inquiétante ?! 

Roman que je n’ai pas trouvé effrayant, pas de frissons en le lisant non plus, mais dont le final m’aura fait avaler toute la dernière partie, ayant hâte de savoir quelle en serait sa conclusion. Je dénote quand-même quelques longueurs au fil de la lecture que j’ai globalement appréciée. Même si ce sont deux univers totalement différents, ce roman, bien que bon, ne fait clairement pas le poids face au mastodonte « 22/11/63 » du même auteur. 

A noter que ce livre est initialement paru en France sous le titre "L'enfant lumière". 
Ben


mardi 8 septembre 2015

D'auteur à auteur : Gaelle Perrin Guillet

1. Bonjour Gaelle. En deux/trois mots, peux-tu te présenter ?
C'est toujours compliqué pour moi de me présenter sans tomber dans le cliché. Et je ne vais encore pas y échapper : J'ai 40 ans, mère de famille et fonctionnaire. J'écris depuis maintenant 10 ans et que dire d'autres sinon que j'aime ça ? 


2. Tu as commencé ta carrière d'écrivain avec l'auto-édition. En 2010 est donc sorti "le sourire du diable" suivi un an plus tard par "Au fil des morts". Etait-ce un choix ? 
Oui et non. ça ne l'était pas au départ puisque mes deux manuscrits sont partis chez des éditeurs. Quand les refus pour le Sourire du diable sont arrivés, je me suis posée une question : est-ce vraiment mauvais ? Les refus n'étant pas personnalisés, il était difficile de se faire un avis. Alors quel moyen j'avais de me frotter au lecteur et à sa critique impitoyable ? L'auto-édition. C'était un test. Qui s'est révélé positif puisque ce livre a été très bien accueilli (avec des critiques constructives qui m'ont permis d'aller de l'avant et de m'améliorer) et m'a fait rentrer dans le milieu des salons et des rencontres littéraires. Pour Au fil des morts, l'auto-édition a été un choix mais aussi une solution de facilité, je l'avoue. Le manuscrit était parti aussi chez les éditeurs et je n'ai pas su patienter (comme certains me l'avaient conseillé). Alors je l'ai sorti en auto-édition aussi. Et pour l'anecdote, ce roman a été ensuite repris en version numérique par les éditions nouvelles Plumes et France Loisirs. Qui sait, si j'avais attendu un peu, ce livre aurait peut-être été édité directement en version papier !
                                                                                      

3. Ce n'est pas trop difficile d'être à la fois auteur, éditeur, distributeur, vendeur... ? 
C'est assez épuisant, mais très enrichissant aussi puisque on a la main sur toutes les étapes. Mes bébés m'ont appartenu du début à la fin. Et j'ai découvert les facettes de métiers que je ne connaissais pas !
4. En 2013, changement de cap. Tu trouves un éditeur et tu publies "Haut le Choeur" chez rouge sang éditions. C'est bien ça ? 
Exact. En fait, je n'ai pas trouvé un éditeur, c'est lui qui m'a trouvé. Une belle rencontre facebook puisqu'à l'époque, Marc Louboutin (le directeur de collection de Rouge Sang) n'était encore "que" auteur. Il m'a aidé à l'écriture du roman, m'a corrigé (parfis à grand coup de fouet, oui oui !), m'a redressé quand il le fallait. Et lorsqu'il a ouvert sa maison d'éditions avec Estelle Taburiaux, il m'a demandé de le rejoindre en tant qu'auteur. C'était une belle marque de confiance et une belle réussite d'une équipe qui a bien fonctionné. Je ne les remercierai jamais assez de m'avoir mis le pied à l'étrier de cette façon.
5. Alors que tes deux premiers romans se déroulaient aux Etats-Unis, celui-ci prend ses racines en France. Ce livre marque t-il un tournant ?
Oui et non, encore une fois ! J'avais envie depuis longtemps d'écrire un roman où l'action avait ses racines dans mon pays. Cela évite certains écueils et en même temps, ça me faisait peur. Aux USA, tout est tellement fou que tout peut arriver à nos personnages sans que ce soit pour autant délirant. En France, c'est plus compliqué. Le challenge était là. Et ça devenait intéressant. Essai transformé avec ce livre. Mais le prochain se déroule à nouveau dans un autre pays et une autre époque.


                                

  
6. Tu as laissé sous-entendre sur certains réseaux sociaux que tu venais de signer pour ton prochain manuscrit. Peux-tu nous en dire plus ? Sur le livre ? Sur ton éditeur ? 
Effectivement, je viens de signer chez Fleur Sauvage avec David Lecomte. Le roman devrait sortir en 2016 sous le titre de Soul of London. Autre lieu (Londres), autre époque (fin XIXème). Je n'en dirai pas plus pour l'instant !
7. Tu as une famille, des enfants. Quand trouves-tu le temps d'écrire ? 
Le soir. Je couche tout le monde et file sur mon ordinateur. Deux heures, parfois trois ou même quatre. Tout dépend de l'inspiration du moment et du programme de mes séries !! (oui, je suis très séries et il faut que je jongle. Pas facile !)


8. Avec l'apparition du numérique, on a remarqué la création de nombreuses petites maisons d'éditions, voire des microscopiques structures. Or les livres se vendent mal. Crois-tu qu'il y a de la place pour tout le monde ? 
J'en suis persuadée. Chacun a son domaine et sa marque de fabrique. Il suffit de sortir du lot. Et de se bouger pour ses auteurs. 


19. Que penses-tu des e-books ? Alternative ou remplaçant du livre papier ? 
Ni l'un ni l'autre. Je pense que les deux sont complémentaires. Les accros au papier continueront à acheter leurs livres reliés et les adeptes du numériques chargeront leurs fichiers. Tout comme l'accro au papier peut vouloir charger des livres quand il part en vacances et l'amoureux de la tablette aimer tourner les pages de temps en temps ! il y a deux publics différents et identiques en même temps : les lecteurs restent des lecteurs quelque soit leur support.
10. Un petit mot pour la fin ? 

Merci à toi pour ces questions et moi aussi j'en ai une pour toi : A quand le prochain livre signé Valéry Le Bonnec ?

Réponse : il y aura peut-être quelque chose en 2016 !