jeudi 18 décembre 2014

L'oeuf de dragon, George RR Martin, Pygmalion

Parce que Terre du noir ne se cantonne pas qu'aux polars, Ben chronique L'oeuf de Dragon :

Quatre-vingt-dix ans avant les péripéties du « Trône de Fer », Aegon, de la lignée royale, surnommé l'Oeuf, court les routes incognito comme écuyer d'un chevalier errant, Dunk. Au hasard des chemins, le duo se voit convié par le fringant Jehan le Ménétrier à participer à un tournoi richement doté qui sera le clou des noces de lord Beurpuits. Au champion ira le grand prix, un inestimable Oeuf de dragon. Mais il apparaît bientôt que les noces et le tournoi sont un nid d'intrigues et d'ambitions, petites et grandes, et qu'une prophétie annonce de grands événements.

De fait, après la rébellion, les partisans de Deamon Feunoyr, qui a chassé quelques années plus tôt la fine fleur des chevaliers en exil de l'autre côté de la mer, fomentent une nouvelle conspiration. Certains souhaitent déposer le souverain légitime pour installer leur propre prétendant. À leur corps défendant, Dunk et l'Oeuf se retrouvent au coeur du complot.



Vous avez découvert « Game of Thrones » (ou « Le Trône de Fer » en version française) grâce à la série tv éponyme diffusée par HBO ? Depuis, vous vous êtes penchés sur les livres de George R. R. Martin ? Ce dernier livre sorti en France durant l’été est alors un incontournable pour vous puisqu’il vous permet d’en connaître un peu plus sur les ancêtres des Daenerys Targaryen, Robert Baratheon, etc… 

Cette courte histoire (moins de 200 pages), à l’image des intégrales (1000 pages en moyenne) est complexe à suivre sans une certaine concentration du lecteur à cause du très grand nombre de personnages prenant part au roman. Les clans semblent interminables et il n’est pas facile de mettre le nom d’un personnage sur telle ou telle famille. La trame de l’histoire, qui se déroule quatre-vingt-dix ans avant celle décrite dans « Game of Thrones », est celle des aventures du chevalier errant ‘’Duncan’’ (alias Dunk) et de son jeune écuyer ‘’l’Œuf’’. 

Dunk et l’Œuf, initialement en partance pour rejoindre la famille des Starks et Winterfell, sont interceptés en chemin par une troupe de chevaliers qui leur apprennent qu’un tournoi de joutes a lieu en honneur du mariage du Lord Beurpuits, l’ancienne main du roi Aegon IV Targaryen. Un tournoi qui permettrait non seulement de remporter de l’argent pour rejoindre le Nord mais également un œuf de Dragon en récompense au vainqueur final. On apprend à cette occasion que l’Œuf, malgré son statut d’écuyer, possède un œuf de Dragon comme ses frères… 

Le roman nous fait vivre alors le tournoi ainsi qu’un mystère autour de l’œuf mis en jeu. « L’œuf de dragon » met bien en lumière les jeux de pouvoirs, les alliances du « monde antique » afin de permettre de garder un semblant de tranquillité dans le royaume. On assiste alors à toutes sortes de manipulations, conspirations voire corruption afin que le « destin » suive son cours… 

Une lecture que je conseille aux fans de la série tv même s’il faut s’accrocher pour ne pas s’y perdre avec le nombre incalculable de noms de familles différents lus au cours du roman. Même en possédant une connaissance certaine de l’histoire, on arrive à s’y perdre, c’est pour moi la faiblesse (tout en étant une force) majeure de tous les romans de George R. R. Martin sur cette aventure. Une complexité qui peut décourager de nombreux lecteurs. Quoiqu’il en soit, ce livre reste plaisant à lire et le duo Dunk/Œuf fonctionne à merveille. Je conseille toutefois les deux premiers tomes de la série « Duncan/L’Œuf » afin de ne pas connaitre de temps d’adaptation au roman comme ça a été le cas pour moi.

Agatha Doyle au service de Sa Majesté, Caroline Triaureau, Naïve Livres

Jeune collégienne normande en voyage scolaire à Londres, Agatha Doyle se retrouve malgré elle enfermée dans la Royal Gallery de Westminster Palace. Ce n’est pas sur la vieille bique de Miss Marple que la grande ficelle écervelée va pouvoir compter pour sauver sa peau mais sur ses amis, le sportif Sherlock, imbattable en uppercut, et le gros Hercule, qui se demande encore pourquoi ses parents l’ont nommé ainsi ! Les voilà embarqués dans le labyrinthe de Buckingham Palace à la recherche du Traité de l’Indépendance d’Irlande dont le vol mystérieux risque de déclencher une nouvelle guerre entre ces deux pays. C’est sans compter les cellules grises d’Hercule, le sens de l’observation de Sherlock et le flair inné pour se fourrer dans le pétrin d’Agatha !
Une palpitante enquête digne des plus grands romans policiers de Conan Doyle et d’Agatha Christie au coeur des intrigues royales d’Angleterre ! 
Ce roman d’aventures drôle et pédagogique fait découvrir aux plus jeunes la ville de Londres et l’univers d’Hercule Poirot.


Les clins d'oeil sont nombreux dans ce petit roman destiné aux jeunes à partir de 9/10 ans. Comment ne pas penser à Agatha Christie ? A Arthur Conan Doyle ? Quant aux amis de l'héroïne, Hercule (Poirot) et Sherlock qu'il n'est plus besoin de présenter, ils portent les noms de personnages célèbres de la littérature policière anglaise. Comment ne pas faire non plus le rapprochement dans le titre avec un épisode de James Bond ? 
Mais ces personnages sont aussi très bien travaillés. Agatha est une petite chipie intrépide et parfois maladroite qui s'attire beaucoup d'ennuis. Sherlock fait tourner ses cellules grises plus vite qu'Hercule engoncé dans une enveloppe qui le gêne pour suivre les pérégrinations de ses amis. Et Miss Marple ? Elle n'a comme point commun avec l'héroïne des livres que le nom car ici elle est transformée en enseignante légèrement revêche. 
Donc, nous suivons ce trio durant un voyage scolaire pendant lequel Agatha et ses amis vont fausser compagnie au reste du groupe... mais pour le bien de la Couronne. Certains passages sont drôles et l'auteur jongle toujours avec son envie de rester pédagogique et de faire apprendre des choses au lecteur. Ce qui est très positif car j'ai trouvé qu'il n'y avait pas trop de "leçons", juste ce qu'il faut pour en savoir davantage. 
Ce livre se lit très rapidement et on ne s'y ennuie guère.
En conclusion, j'ai bien aimé ce roman même si la scène finale ne m'a pas trop plus. Je l'ai trouvé en effet trop irréaliste mais le plaisir est là malgré tout. 

Disponible aux éditions Naïve livres. 



jeudi 11 décembre 2014

Personne n'en saura rien, Sylvie Granotier, Albin Michel

Mélusine, Jeanne, Irène... Aucune n’est ressortie vivante de l’arrière de cette camionnette qui sillonnait les côtes françaises. L’assassin n’a jamais été inquiété. Isabelle a seize ans quand elle croise sa route. Elle est prête à tout pour survivre.


Aujourd’hui, elle est seule à savoir qui se cache derrière ce gros type solitaire jugé pour viol sur mineure. Pourtant elle se tait et c’est lui qui a peur.
La victime est-elle bien celle que l’on croit ?


On retrouve dans ce suspense sombre et intense la virtuosité de l’auteur duPassé n’oublie jamais. Histoire d’une vengeance et d’une manipulation,Personne n’en saura rien explore avec une subtilité dérangeante les rapports de domination et de soumission.

La collection "spécial suspense" d'Albin Michel réserve souvent de belles surprises. C'est encore le cas avec ce nouveau roman de Sylvie Granotier qui jongle entre passé et présent à travers le parcours d'un tueur dont les actes se révèlent de jours en jours et qui se retrouve confronté à l'une de ses victimes plus forte que jamais. 
Isabelle est la victime qu'il n'aurait pas dû agresser. Dommage pour lui, c'est elle qui va l'amener à sa perte. Et de quelle manière ?
Tout au long du récit, Sylvie Granotier nous emmène dans un univers sombre, précis où les faits sont racontés de manière crue et cruelle et où l'insoutenable vérité prend corps peu à peu. 
C'est donc simple, sans fioriture et sans concession et c'est cela que j'ai aimé dans ce livre, lu en à peine 3 jours.
Chardin est un tueur sans pitié et pourtant fragile. Il n'y a qu'à voir son enfance et son enfance passées entre des parents aimants et protecteurs, peut-être trop, qui ne veulent pas le voir s'éloigner. Des parents qui le couvent mais en fait qui l'étouffent. Son emménagement dans un appartement est vécu comme un moment dramatique au point que ses parents vont l'accompagner pendant de longues semaines. La séparation est plus qu'une déchirure. C'est une souffrance que chacun d'entre eux va essayer de gérer sans vraiment jamais pouvoir le faire. Le drame se noue et Chardin s'enfonce de plus en plus dans la criminalité, attiré par les jeunes filles jusqu'à sa première incarcération vécue comme une injustice. Sylvie Granotier dépeint une société encline à la dédramatisation à travers la famille Chardin compréhensive mais étanche aux méthodes de guérison comme les suivis psychologiques. Chez les Chardin, on règle tout en famille mais on ne parle pas des choses qui fâchent.
Méticuleusement, Isabelle va recouper les preuves, les faits jusqu'à démasquer Chardin dans un final théâtral et surprenant.

Je ne peux donc que conseiller à tous de se plonger dans ce roman au suspens grandissant. Une belle pépite !

Treize, Seth Patrick, Super 8 éditions

Dans la lignée de Minority Report et de Sixième sens, un exceptionnel thriller fantastique dont les droits d'adaptation ont déjà été acquis par les producteurs de The Dark Knight. Le temps des Revivers est arrivé. Les Revivers, ce sont ces hommes et ces femmes capables, d'un simple contact tactile, de ramener brièvement les morts à la vie – pour leur permettre de faire leurs adieux à leurs proches, par exemple, ou, dans les cas les plus radicaux, de révéler à la police l'identité de leur assassin. Modeste et introverti, Jonah Miller est l'un des Revivers les plus talentueux au monde. L'un de plus tourmentés, également. Et ce qui vient de lui arriver n'est pas pour le réconforter : lors d'une séance d'interrogatoire menée auprès d'une jeune femme sauvagement assassinée, Jonah a eu l'impression qu'une présence menaçante était tapie de l'autre côté, du côté des morts. Sensation uniquement due au stress ? Jonah n'en est pas certain. Lorsque Daniel Harker, l'homme qui a révélé au monde l'existence des Revivers et de l'organisation Baseline censée exploiter leurs compétences, est assassiné, Jonah est chargé d'élucider les causes de ce nouveau meurtre. Petit à petit, il réalise que les pouvoirs dont il est dépositaire le dépassent. Bientôt, tout ce qu'il tenait pour vrai s'effondre, tandis que se dessinent les contours d'une sinistre conspiration. Premier tome d'une trilogie haletante oscillant sans cesse entre thriller et fantastique, Treize renouvelle les deux genres avec une maestria étourdissante. Legendary Pictures, les producteurs d'Inception et de Watchmen, viennent d'acquérir les droits d'adaptation cinématographique.


Il n'y a pas à dire, pour son premier roman Seth Patrick frappe fort. Treize est un thriller qui oscille entre réalisme et fantastique. Dans un monde réel, les revivers sont des personnes à part, capables de réveiller les morts le temps d'un interrogatoire. Mais leur don n'est pas sans conséquence et ils le paient cher. c'est le cas pour les meilleurs d'entre eux et encore plus pour Jonah. Touché dans sa chair par les nombreuses ressuscitations qu'il est amené à faire. 
Malgré les quelques 500 pages, ce livre se lit aisément et rapidement. Les chapitres s'enchaînent à une vitesse incroyable et la lecture est fluide. 
Les personnages décrits sont bien travaillés. Jonah, le personnage principal de ce roman, est fragile, en proie aux doutes, en quête de vérité. Même s'il est considéré comme le meilleur, l'auteur lui a donné une faiblesse intéressante. Même chose pour les personnages secondaires qui l'accompagnent : Annabel, la fille de Daniel Harker, en journaliste prête à tout pour découvrir la vérité, forte et fragile à la fois ; ou bien le technicien Never qui débarque, étonné par tout ce qui arrive à Jonah et les péripéties dans lesquelles il est embarqué bien malgré lui. 
Bref, toute une panoplie de personnages attachants que l'auteur confronte bien évidemment à des méchants tout aussi mystérieux. Car un complot de grande envergure semble poindre son nez. Et plus Jonah avance dans son enquête, plus il est en danger. 
A travers ce roman, Seth Patrick parle bien sûr d'un thème qui nous est cher et qui est d'actualité. Le retour à la vie, la vie éternelle ! Tromper la mort. Le graal !Et évidemment, les dérives liées à ce type de recherches scientifiques. 
Le titre "treize" paraît bien longtemps énigmatique et il n'y a que dans le dernier tiers du livre que l'auteur nous en livre le secret avec une explication qui semble un peu tirée  par les cheveux mais qui finalement ne gêne pas la lecture. 
Treize est donc un très bon roman, très divertissant et sans temps mort que l'on prend plaisir à lire. Une belle découverte des éditions Super 8.