samedi 22 novembre 2014

Jeudi noir, Michaël Mention, Ombres noires


« Aucun film au monde, aucune pièce ne saurait transmettre autant de courants contradictoires, autant d’émotions que la demi-finale perdue de Séville. » Michel Platini
8 juillet 1982, Séville. Coupe du monde de football, demi-finale France-R.F.A.
L’ambition contre l’expérience. L’espoir porté par Mitterrand contre le fatalisme du mur de Berlin. Et pour les deux équipes, une même obsession: gagner sa place en finale.
Face aux puissants Allemands, Platini, Rocheteau, Giresse… une équipe de France redoutable. mais le pire s’invite: les coups pleuvent, le sport devient guerre, et la mort arbitre.
Pour la première fois, le match mythique vécu en direct, sur le terrain. Une expérience radicale, entre exaltation et violence.
France-R.F.A 82: un match, une victime, une vengeance.
Pour prolonger l’expérience, rendez-vous sur notre chaîne Youtube et découvrez la playlist qui accompagne la lecture de Jeudi noir.

Retrouvez également les journaux télévisés des 8 et 9 juillet 1982, ainsi que le match France-RFA dans son intégralité!



Jeudi noir, deux mots qui évoquent pour de nombreuses personnes le Krach de la Bourse de New York de 1929. Si le 8 juillet 1998, l’Equipe de France s’offrait une place en finale de sa Coupe du Monde en éliminant difficilement la Croatie, seize ans plus tôt, un 8 juillet également, les Bleus s’étaient vus barrer la route de la finale du mondial espagnol au terme d’un match homérique face aux allemands, la R.F.A. plus précisément. Un jeudi noir pour le peuple de France. 
Michaël Mention (Le rhume du pingouin, Sale temps pour le Pays, Fils de Sam, Adieu Demain) prend le pari risqué de faire revivre en intégralité la mythique rencontre entre les Bleus de Platini et la Mannschaft de Kaltz (3-3, victoire allemande aux tirs au but). Une demi-finale marquée par l’acte barbare d’Harald Schumacher, gardien de but allemand, coupable d’une agression caractérisée non sanctionnée sur le français Patrick Battiston. Les fans de football, nés ou non lors de cet été 1982, connaissent tous cette rencontre, ce match étant rentré dans le Panthéon des Grands Moments du Sport Français. Il y a des victoires qui ne sont rien de plus qu’une ligne dans un palmarès mais il y a également des défaites qui marquent une génération, un sport, un pays tout entier et marquent l’Histoire de leur sport. Le France-Allemagne de 1982, c’est tout cela et c’est à ce monument du Sport Tricolore que s’attaque Michaël Mention avec son « Jeudi Noir ». 

Au premier abord, on peut se demander si parler uniquement d’un match sur la totalité d’un roman ne risque pas d’être compliqué, comment décrire une rencontre sans être ennuyeux ? Michaël Mention y parvient avec une maestria digne d’un Platoche, dribblant les temps morts pour nous faire vivre les grands moments de tension qui s’emparent des joueurs de l’Equipe de France tout au long des deux heures de jeu et d’une séance de tirs au but particulièrement tendue elle aussi. Être un fan de foot est un avantage indéniable avant de s’attaquer à la lecture du roman (tout comme connaître le prénom des footballeurs afin de savoir qui entreprend quelle action sur le terrain…)mais ne rien connaître n’est en rien rédhibitoire, Mention faisant de ce match bien plus qu’un match de football, mettant en avant le fait que cette rencontre a, par sa physionomie, pris un chemin détourné pour sortir du cadre du sport. Face aux scenarii du match, tout plus fous les uns que les autres, Michaël Mention, à travers les yeux et la pensée d’un douzième joueur Bleu virtuel, nous fait passer par tous les états d’âmes qu’ont pu vivre les joueurs mais aussi les français devant leur poste de télévision. Au fur et à mesure que les minutes s’égrainent et que les fautes allemandes s’accumulent sans être sanctionnées, la haine du « boche » reprend le dessus, n’oublions pas que la Seconde Guerre Mondiale n’est pas si loin et que le peuple allemand vit même coupé en deux par la faute d'un solide mur à Berlin… 

Mention réussit un vrai coup de maître avec ce roman, réussissant à nous faire passer par toutes les émotions, la peur, la haine, la joie, l’extase, la crainte, la tristesse, le dégoût, etc…toutes ces émotions qu’ont pu vivre les français ce soir là et que certains revivent lorsqu’on évoque avec eux cette rencontre là. Je ne peux que conseiller ce livre intelligent, bien goupillé et qui permet également de mettre en avant les espoirs déchus de la France de Mitterrand, les difficultés économiques de la France des années 80, laquelle s’était offert un petit coin de ciel bleu durant l’été 1982 grâce au parcours de son Equipe de France de Football. Enfin, quand on est fan de foot, on ne peut s’empêcher de penser, au moment de refermer « Jeudi Noir », un « Le foot, c’était mieux avant ». 

Ben.

vendredi 21 novembre 2014

L'innocence, Brian Deleeuw, Super 8 éditions

Il a six ans et il s’appelle Luke Nightingale. Lors d’une froide après-midi de novembre, dans une allée de Central Park, sa vie bascule. C’est là, aux abords du Muséum d’histoire naturelle, qu’il fait la connaissance de Daniel. L’amitié qui va naître de cette rencontre ne ressemble à aucune autre.
Claire, la mère de Luke, s’occupe d’une maison d’édition spécialisée dans les romans à suspense. En instance de divorce, elle n’a guère le temps de s’occuper de son fils et de son nouvel ami. Il y a pourtant quelque chose d’anormal chez Daniel. Exigeant et exclusif, il s’emploie à faire le vide autour de Luke comme s’il se nourrissait de son malheur. Ça tombe bien : Luke est souvent malheureux. Mais ne pourrait-il l’être encore plus ? Peu à peu, ce qui n’était en apparence qu’une amitié entre deux enfants prend les allures d’une manipulation terrible dont il devient vital pour Luke de se défaire.
Douze ans plus tard, alors que l’enfant devenu adulte entre à l’université, Daniel est de retour. Et le jeune homme doit désormais se battre pour garder le contrôle de son existence. Car certaines amitiés semblent destinées à ne jamais mourir…
Dès les premières pages de L’Innocence, le lecteur est pris à la gorge par une impression de menace diffuse, qui ne fera que s’amplifier jusqu’à l’explosion finale. Chronique d’un désastre annoncé, ce thriller psychologique dérangeant et paranoïaque, vibrant d’une tension extrême, révèle un écrivain de tout premier ordre.

Il y a des livres qu'on aime.
Il y a des livres qu'on déteste. 
Et puis, il y a les livres qui prennent le lecteur aux tripes. 
Personnellement, cela ne m'est pas arrivé souvent bien que j'ai adoré bon nombre de romans. Je peux citer par exemple : "Le maître des illusions" de Donna Tartt, "Garden Of love" de Marcus Malte ou plus récemment "Joyland" de Stephen King.
Et je rajouterais donc "L'innocence". 
Pourtant, contrairement aux autres romans précités, je n'ai pas été conquis tout de suite. Je n'ai pas compris qui était vraiment ce "Daniel" si présent et si influent dans l'existence de Luke qui me paraissait quant à lui trop fade. De plus, il utilise un vocabulaire trop élaboré pour un môme de 6 ans. Je ne le trouvais pas crédible. 
Puis, au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, que la vérité se fait jour et que les années passent, j'ai changé d'avis. Dans la deuxième partie du roman, à partir du moment où Luke devient adolescent, tout s'accélère. Les relations entre Luke et Daniel, celles entre Luke et sa mère Claire se complexifient et on sent pointer un drame. Le roman change de ton et l'auteur nous emmène dans un récit initiatique. On suit Luke dans sa vie lycéenne et dans ses premiers mois de fac. On suit avec intérêt ses pérégrinations dans un monde vivant dans lequel il semble lointain. Comme un spectateur passif. Il va côtoyer Cassie, Richard qui aura tant d'influence, il va goûter à la drogue, à l'alcool et surtout, il va comprendre le mal qui ronge sa mère, Claire. Le suspens monte de page en page et le lecteur pressent une fin terrible. Ce qui ne manque pas d'arriver. 
L'innocence est un roman brillant à lire absolument. Encore une belle surprise des éditions Super 8. 

mercredi 19 novembre 2014

Chambre 507, J.C Hutchins, J Weisman, Super 8 éditions.


Construit en 1875 à New York dans les profondeurs d’une ancienne mine de grès, l’hôpital Brinkvale est peuplé de criminels impossibles à traiter ailleurs – trop dangereux pour l’asile, trop déséquilibrés pour la prison. C’est dans ce cadre extrême que Zachary Taylor, jeune thérapeute, doit analyser la personnalité de Martin Grace afin de déterminer si celui-ci est suffisamment sain d'esprit pour répondre pénalement des crimes dont on l’accuse. Soupçonné de douze homicides, Grace a annoncé à chaque fois aux victimes leur mort imminente. Et les meurtres ont cessé deux ans plus tôt lorsqu’il est devenu aveugle. Mais l’affaire est délicate : Grace, en effet, dispose d’un alibi solide pour chacun des meurtres.
Dans la chambre 507 de l’hôpital Brinkvale, l’interrogatoire prend progressivement l’allure d’un jeu aussi dangereux que passionnant. Martin Grace est-il un authentique génie du crime ou, comme il entend le faire croire, un esprit hanté en proie à des visions prémonitoires ? Surtout, pourquoi sait-il autant de choses sur la vie privée de Zachary ? Est-il vraiment ici par hasard ?
Lorsqu’après de multiples coups de théâtre la vérité éclatera enfin, elle sera bien plus surprenante que tout ce que le lecteur a pu imaginer.
Ce thriller cauchemardesque, à l’atmosphère oppressante et à l’intrigue machiavélique, touche à l’essence même du fantastique : quand la réalité se dérobe sous vos pieds, à quoi pouvez-vous vous raccrocher ?



Les auteurs du roman nous plongent dans une histoire sombre, originale et agréable à lire malgré ces plus de 400 pages qui se laissent dévorer facilement. L’environnement dans lequel se déroule la trame principale du roman, Brinkvale, un institut psychiatrique sous terrain accueillant des prisonniers trop dangereux pour rester en prison, a pour effet de rajouter une tension non négligeable à chaque fois que le héro du livre, Zach Taylor, s’en va affronter Martin Grace, ce « psychopathe » aveugle soupçonné d’être à l’origine d’une douzaine de meurtres. On imagine aisément que les auteurs du livre se sont légèrement inspirés du Silence des Agneaux lorsqu’Hannibal se jouait de l’inspectrice Clarice Starling. 
Ici, le jeune psychiatre, plus précisément art-thérapeute, par ses méthodes sortant des sentiers battus, basées sur les effets de ‘’l’art’’ sur l’humain, s’attire la sympathie de son chef de service, le docteur Peterson, lequel lui confie la dure mission de savoir si Martin Grace est fou et ou non et s’il doit répondre juridiquement ou non de ses actes. 
A travers cette étude de Martin, Z. va devoir affronter des souvenirs de son enfance enfouis au plus profond de lui-même tout en devant lutter contre l’une de ses plus grandes anxiétés, la peur du noir. Pour l’aider dans ses recherches sur son patient mais aussi sur son propre passé, Zachary peut toutefois compter sur son jeune frère ainsi que sa copine. 

Tout au long du roman, on naviguera entre paranormal, fantastique et réalité, ce qui rendra la lecture agréable, tout comme le style d’écriture qui m’a bien plu. Cependant, la fin du roman ne laissera personne insensible et fera parler dans les chaumières, c’est certain ! En voilà une conclusion qui ne laissera personne indifférent. Certains crieront au scandale, d’autres au génie. Pour ma part, j’ai été un peu déçu du final du roman qui m’a bien tenu en haleine durant les trois-quarts du récit. Tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce livre quelque chose de grand mais sa fin, qui ne m’a pas particulièrement convaincu, fait que je referme ce roman avec une impression mitigée au moment d’en faire une rapide revue. 

A noter que « Chambre 507 » sera porté sur les écrans prochainement, Hollywood ayant récupéré les droits. 
Enfin, pour les fans du roman anglophones, jetez un coup d’œil à cette page disponible sur le site des auteurs, vous trouverez des fausses études psychologiques de résidents de l’hôpital de Brinkvale. 
http://jchutchins.net/images-brinkvale-residents/

article rédigé par Ben.

vendredi 14 novembre 2014

Le grand ménage du tueur à gages, Hallgrimur Helgason, Presses de la cité

Balles perdues, cavalcade et accents imprononçables : le voyage d'un tueur à gages en Islande, un pays où l'été est comme un réfrigérateur laissé ouvert, lumineux mais vraiment pas chaud !Avec soixante-six victimes et aucune balle perdue à son actif, Tomislav Boksic, alias Toxic pour ses camarades de la mafia croate, est le meilleur tueur à gages de New York. Malheureusement, quand il s'avère que sa dernière cible appartenait au FBI, il doit fuir les Etats-Unis. Après avoir usurpé l'identité de Father Friendly, un célèbre télévangéliste qu'il a mortellement assommé dans les toilettes de l'aéroport, Toxic embarque malgré lui pour l'Islande.

Là-bas, Father Friendly est accueilli comme le Messie... pour prêcher la bonne parole à la télévision ! Bien vite, Toxic s'habitue à ce pays si étrange et à ses habitants aux noms imprononçables. Mais le chemin vers la rédemption sera long, car tout le monde n'est pas prêt à passer l'éponge sur ses antécédents sanglants...

Un roman à l'humour décapant et à la verve provocatrice, sur les forces du bien, du mal, et de la destinée humaine.





Un titre cocasse, une couverture originale et étonnante, un pitch engageant pour un roman islandais rafraîchissant. Il faut dire que la situation de départ même si elle paraît banale (un tueur à gages qui prend le large pour se mettre au vert) dérive bien vite vers d'autres contrées. Et c'est en Islande que notre tueur se retrouve et par un malencontreux hasard, se voit contraint de jouer le Messie dans une communauté religieuse des plus surprenantes. Vite démasqué, il est ensuite pris en charge par les membres d'une congrégation aux méthodes non conventionnelles pour ramener les brebis égarées. 
Notre héros, donc, un tueur sans pitié, venu de l'ex-Yougoslavie s'avère être un personnages plutôt rigolo même s'il s'en défend. Il rencontre une panoplie de personnages tous plus profonds les uns que les autres et dont il ne parvient pas à prononcer les prénoms autrement que par des sonorités : Au-lit ; Hill-Gun, Torture, God-mon-Dur ou Tristeure.
Là sur cette île perdue au milieu de l'océan, il va trouver la rédemption et l'amour jusqu'au chapitre final où il est rattrapé par ses démons. 
"Le grand ménage du tueur à gages" est un roman intéressant et passionnant avec beaucoup d'humour mais pas seulement. J'ai aussi apprécié les passages sur la guerre en Yougoslavie, très émouvants par ailleurs et beaucoup plus parlants et percutants qu'un témoignage ordinaire sur ces terribles événements. 
Bref, une très bonne surprise de cette fin d'année 2014.
Disponible aux éditions Presse de la Cité.  


Qui a tué le Dahlia noir ? Stéphane Bourgoin, Ring éditions

La plus grande énigme de l'histoire criminelle américaine enfin résolue.

15 janvier 1947, Los Angeles.
Le cadavre coupé en deux d Elizabeth Short, le « Dahlia Noir », est découvert sur un terrain vague. Vidé de son sang et lavé. Elle a été gardée prisonnière pendant plusieurs jours afin d être soumise à d innommables tortures, tenues secrètes à ce jour par la police de Los Angeles. Aujourd hui, Stéphane Bourgoin vous dévoile le monstrueux rituel du tueur. L analyse de la scène de crime et les pratiques hors normes de l assassin prouvent, sans l ombre d un doute, qu il n en est pas à son premier forfait.

1934-1950, Cleveland, Ohio.
1939-1940, New Castle et Stowe Township, Pennsylvanie.

Un serial killer mutile et décapite hommes et femmes. Il lave et vide de leur sang les corps de ses victimes. Et il pratique un rituel similaire à celui du Dahlia Noir. Vingt ans d investigations et l analyse de milliers de « cold cases » ont mené Stéphane Bourgoin sur la piste de l un des pires tueur en série américain, et d élucider ce crime légendaire, une hypothèse validée par les célèbres « profilers » de l Académie nationale du F.B.I., à Quantico. Spécialiste mondialement reconnu des serial killers, Stéphane Bourgoin nous livre, dans ces vingts ans d'enquête, le résultat de sa quête obsessionnelle.



Attention Bombe !
Ce livre est une bombe. Stéphane Bourgoin, bien connu de nos services, nous fait le plaisir de publier aux très bonnes éditions Ring le résultat de ses 20 ans d'enquête sur ce qui est devenu un mythe, le meurtre en 1947 d'Elizabeth Short, provinciale venue sur la côte ouest attirée par les sirènes d'Hollywood. Elle qui rêvait de gloire ne l'aura atteinte que "grâce" à une mort atroce, nous dit l'auteur. 
Méticuleusement, Stéphane Bourgoin analyse chaque thèse, revient sur la main mise des journalistes sur l'enquête, interrogeant même des témoins clés avant la police elle-même. Il parle aussi des conflits entre les différents services : LAPD, shérif, FBI..., des multiples déséquilibrés qui se sont accusés du meurtre et des hypothèses les plus farfelues et les plus invraisemblables. 
Ce livre est passionnant et se dévore comme un roman. Malgré ses 400 pages, il se lit très très vite. De nombreuses photos et documents garnissent le texte et dont certains sont totalement inédits. L'auteur confie lui-même qu'il a crée un réseau immense de policiers, de juristes, d'enquêteurs qu'il n'a pas hésité à contacter pour avoir accès à ces documents. 
Un cahier photo est inséré au milieu de l'ouvrage. 
Dans les dernières pages, Stéphane Bourgoin dresse un panorama complet de toutes les oeuvres (littéraires, cinématographiques ou musicales) qui ont été inspirées de près ou de loin par Elizabeth Short. C'est là qu'on peut se rendre compte, nous lecteurs français, de l'importance de ce meurtre sur la société américaine même 70 après. Ce "fait divers" a marqué les esprits aux Etats-Unis par ce qu'il raconte le rêve d'une provinciale aux rêves de gloire assassinée sauvagement et parce que toutes les hypothèses font fantasmer les gens. 
Qui a tué le Dahlia Noir est un formidable ouvrage qui clôt 70 ans d'enquête. En revanche, âmes sensibles s'abstenir : de nombreuses photos et descriptions sont parfois insoutenables. 
Disponible aux éditions RING. 

lundi 3 novembre 2014

Resurectio, Amelie Sarn, Seuil.

À quinze ans, Marie se réveille un jour sans aucun souvenir. Le médecin qui l'accueille dans cette nouvelle existence prétend l'avoir ramenée à la vie alors que tout le monde la croyait perdue, veille sur elle avec affection.
Pourtant, Marie est habitée par le sentiment étrange d'être plusieurs personnes et ses souvenirs, aussi confus soient-ils, la ramènent à des histoires ne pouvant avoir été vécues par un seul individu.
Qui est-elle en réalité ? D'où vient-elle ?
Seul Victor détient les réponses à ces questions.


Qui est cette jeune fille qui se réveille un matin dans une chambre d'hôpital le corps couvert de cicatrices ? 
J'ai ouvert ce roman destiné à un public plutôt adolescent avec enthousiasme et curiosité. L'auteur nous fait vivre la vie de Marie, ado de 15 ans pas tout à fait comme les autres. Ou plutôt pas du tout comme les autres. Et pourtant, c'est la normalité qu'elle recherche dans un monde où la différence est très mal vécue. Marie, longtemps confinée dans la maison de Victor cherche (et c'est normal) avant tout son indépendance. Elle veut aller au lycée, étudier et côtoyer des jeunes de son âge. Mais Marie va éprouver de nombreuses difficultés pour se caler dans un moule trop étroit pour elle. Grâce à un fort caractère, elle va surmonter le harcèlement dont elle est victime de la part des "garces" de service. Elle va aussi apprendre à maîtriser cette ombre qui la suit ainsi qu'à interpréter ces visions qui s'emparent d'elle quand elle s'y attend le moins.
Amélie Sarn nous livre un récit passionnant et poignant sur l'adolescence et la difficulté à s'intégrer quand on est différent des autres. Les personnages de son roman sont tous très bien travaillés à commencer par le petit Malo, autiste terriblement attachant ou encore Liam, le champion de natation promis à un bel avenir mais dont la carapace s'effrite. Et bien sûr il y a Marie qui cherche à comprendre d'où elle vient et qui elle est. 
L'auteur prend son temps pour faire évoluer ses personnages jusqu'aux dernières pages où la vitesse s'accélère, où la vérité commence à se dévoiler terriblement. Car Marie porte la mort. Marie serait-elle une émissaire de la mort ? Marie porte-t-elle le malheur sur elle ? 
Plusieurs thèmes intéressants sont donc développés par l'auteur dans Resurectio, livre qui nous fait bien sûr penser à celui de Mary Shelley, mais chut... je n'en dirai pas plus pour le moment. 
Un très bon roman destiné aussi bien aux adolescents qu'aux adultes. 
Disponible aux éditions Seuil. 

Les proies du lac, Kate Watterson, Presses de la cité

Venu prendre quelques jours de vacances dans le Wisconsin pour se remettre de son divorce, Bryce Grantham fait la connaissance d’une jeune étudiante qu’il raccompagne chez elle. Mais le lendemain, il découvre des traces de sang au domicile de cette dernière, qui semble bel et bien avoir disparue. C’est la panique. D’autant qu’il s’agit de la quatrième disparition de ce genre en dix-huit mois… Tandis que la détective Ellie MacIntosh se lance aux trousses d’un serial killer potentiel, Bryce devient le suspect n°1. 
Un suspect contre qui les preuves ne cessent de s’accumuler. Quelques jours plus tard, Bryce retrouve le corps d’une précédente victime au bord d’un lac. Comble de malchance, culpabilité, complot ? Ce qui est certain, c’est que le temps ne joue pas en sa faveur... 

Kate Watterson a publié sous différents pseudonymes près d’une cinquantaine d’ouvrages, traduits dans le monde entier, et pour lesquels elle a reçu de nombreux prix. Les Proies du lac signe son incursion dans le genre policier.



Initialement attiré aussi bien par le titre du roman, son synopsis que la couverture du livre, c’est avec un énorme plaisir que j’ai parcouru les pages de ce thriller. Tout débute par la disparition de Melissa Simmons, jeune étudiante que Bryce Grantham a raccompagnée chez elle la veille. Devant se rendre au domicile de celle-ci le lendemain, Bryce trouve des traces de sang et alerte la police, il devient alors le suspect numéro 1 d’une série de disparition. Cela ne va pas en s’arrangeant quand, dans la foulée, il découvre le cadavre d’une autre victime, Bryce étant alors en pleine crise de conscience, avertir la police afin de signaler le corps découvert et aggraver ainsi son cas personnel ou alors ignorer complètement la chose… Il choisit d’être un "honnête citoyen" et devient plus que jamais le principal suspect pour les autorités, représentées dans le roman par la détective Ellie MacIntosh et son équipier Rick. 
Chaque chapitre débute par un paragraphe correspondant à l’action ou aux pensées du tueur, sa violence montant en puissance tout au long du roman. Ces quelques lignes initiales remettent souvent en cause notre jugement, ne sachant définitivement pas si l’on peut de fier de Bryce ou si celui-ci « joue avec nous » alors qu’il n’est rien d’autre que le tueur en série tant recherché. Seules les dernières pages du livre nous permettront de répondre à cette question. 
L’histoire est bien ficelée et intéressante, particulièrement grâce au duo Ellie/Bryce même si Rick n’est lui non plus pas en reste dans la dernière partie du roman. L’histoire est assez prenante, on ne peut s’empêcher de tourner les pages grâce à des personnages crédibles sans oublier un final qui est assez « excitant », le tout dans un décor du Wisconsin enneigé (que j’imagine assez proche du paysage vu dans la série américaine ‘’Fargo’’) qui explique en partie le titre du roman en version originale (« Frozen » = Gelé). 
Une lecture agréable, une bien belle surprise que ce livre de Kate Watterson, à découvrir et à suivre, si de nouvelles aventures de l’inspectrice Ellie MacIntosh devaient voir le jour…

dimanche 2 novembre 2014

La sixième extinction, Guillaume Lebeau, Marabout.

Alors qu'en Antarctique, la paléoclimatologue Smila Sibir et l'agent de la DCRI Ethan Terrel tentent de sauver la base Concordia d'une attaque à grande échelle, au Japon, la centrale nucléaire de Fukushim-Daiichi est ébranlée par un puissant séisme de magnitude 9.
Le même jour, la famille d'Hidehiko Nishiyama, ingénieur employé par l'entreprise en charge de la centrale, est attaquée. A Séoul, le dirigeant d'un puissant empire industriel est la cible d'une exécution dans les règles, tandis que les ingénieurs d'un laboratoire de l'Environnement sont éliminés froidement à Grenoble. 
Machinations, meurtres, spectre d'une extinction massive qui mettrait fin à l'espèce humaine... Quelles informations détenaient ces personnes pour qu'on veuille les faire taire ?
Qui tire les ficelles du complot mondial auquel s'attaquent Smila et Ethan ? Quelles sont leurs chances de survie ? 



Le nouveau roman de Guillaume Lebeau, par ailleurs scénariste et documentariste, et pour moi une entrée dans son univers. Je n'étais donc pas passé par la case "le troisième pôle" et cela m'a été dommageable pour cette lecture.
En effet, cette aventure de Smila Sibir annoncée en couverture, reprend les personnages du 3ème pôle et l'auteur y fait de nombreuses références. J'ai donc été perdu plusieurs fois et surtout au début du livre, à la découverte de ce duo étrangement mal assorti et dont j'ai eu du mal à comprendre leur quête. La première partie du livre ne m'a pas enthousiasmé. Je me suis demandé souvent "mais où veulent-ils en venir ? Que cherchent-ils à défendre ? "
L'auteur nous emmène en Antarctique puis à Séoul et les connexions se font attendre.
Les deux héros viennent sauver une base d'un danger qu'ils semblent les seuls à connaître et que même les scientifiques qui y travaillent ne soupçonnent même pas. Un étrange commando arrive simultanément et balance une bombe. Bon, ok. Admettons.
Ensuite, Guillaume Lebeau nous envoie en Afrique du Sud où le récit prend une autre dimension. Nous suivons Ràn, la mercenaire sans foi ni loi. Et le voyage continue à travers le monde.
A partir de là, j'ai bien raccroché et j'ai suivi avec plaisir les pérégrinations de Smila et de Ethan.
Sur fond de réchauffement climatique, l'auteur signe un thriller trépidant et sans temps mort. Beaucoup d'érudition dans ce récit et grâce auquel j'ai appris plein de choses. C'est bien construit, bien mené même si certains passages (ex page 328 : la tête de forage est une couronne munie d'outils qui découpe par rotation un cylindre de glace de dix centimètres de diamètre, continua Smila d'un ton coupant. La carotte pénètre dans le tube carottier proprement dit où des extracteurs la maintiennent... Une carotte de trois mètres est forée. A chaque passe, tous les trois mètres, les dix mètres du système carottier sont treuillés à la surface...) sont trop précis et trop technique pour le lecteur que je suis.
J'aurais aimé également un peu plus de profondeur pour Ethan qui m'a paru légèrement effacé par rapport à Smila. Il est pourtant un ex agent de la DCRI et je m'attendais à ce qu'il prenne encore plus de place dans le récit.
Toutefois, j'ai bien aimé ce livre qui m'a fait voyager dans des contrées pas forcément touristiques et qui m'a fait réfléchir à tous ces discours qu'on entend quotidiennement sur le réchauffement climatique et autres considérations écologiques.
Ce livre est disponible aux éditions Marabout.