mercredi 28 mai 2014

Joyland, Stephen King, Albin Michel

Mêlant suspense, terreur, nostalgie, émotion, un superbe King dans la lignée de Stand by me.



Dev Jones, étudiant, part un été travailler dans un parc d'attractions Joyland pour offrir du rêve. Il est amoureux mais il sent que sa petite amie s'éloigne. Donc, ce job est parfait pour penser à autre chose. Il va croiser à Joyland tout un lot de personnages étonnants : il y a d'abord le vieux M. Easterbrook, le créateur du parc, un peu fou mais carrément forain de chez forain, il y a aussi Fred, le directeur, Tom, le copain et puis il y a ce petit garçon, gravement malade et cocooné par sa maman si jolie que Dev va tomber sous son charme. 
Stephen King nous avait mis en appétit au début de l'année 2014 en co-signant avec son fils (Joe Hill) la nouvelle en hommage à Richard Matheson, Plein Gaz, puis en offrant aux lecteurs français les nouvelles "Un visage dans la foule" (Bragelonne) et "Sale gosse" (Albin Michel). 
Avec Joyland (dont je n'ai pas recopié le quatrième de couverture ici tant il ne me paraît pas du tout refléter la profondeur du roman), c'est un cadeau divin qu'il nous fait. 
Alors qu'on aurait pu s'attendre à un roman d'épouvante, Stephen King a écrit un roman nostalgique, mélancolique où un étudiant -rappelez-vous j'ai vingt-et-un an- se trouve confronté à un moment charnière de sa vie. Il doit abandonner sa peau d'adolescent pour entrer dans celle d'un adulte capable de prendre des décisions et d'assumer ses responsabilités. En ce sens, le parc d'attractions joue le rôle de rite de passage. 
A l'instar de "Un peu d'air frais" de Georges Orwell, Dev est nostalgique mais là où le héros de Orwell en souffre en retournant sur les lieux de son enfance, lui en est touché à plusieurs centaines de kilomètres de chez lui. Comme quoi, il ne suffit pas de partir pour échapper à ses problèmes...
J'ai été subjugué par ce roman qui confirme que Stephen King est un grand romancier qui sait raconter une histoire et qui est capable de nous tirer des larmes, comme dans 22/11/63 publié en 2013.
Alors bien sûr, il y a en filigrane, un fantôme qui traîne dans la maison de l'horreur mais il ne fait pas l'essentiel du livre. 
La relation entre Dev Jones (Jonesy) et Mike, le jeune infirme est un des moments forts du roman. Le garçon a envie d'aller plus loin mais sa maman est derrière, qui veille sur lui et qui sait que n'importe quel microbe peut l'emporter. Donc, elle le protège et n'acceptera que difficilement que Dev s'en approche. Dev prend son temps pour l'apprivoiser et démonter les barrières protectrices de la maman. 
Alors bien sûr, on y trouve les ingrédients qui ont fait le succès de Stephen King comme par exemple l'enfant qui a des visions (et qui nous fait penser au Danny Torrance de Shining et de Doctor Sleep), les amitiés (post)adolescentes qu'on retrouve aussi dans Stand by me ou même dans ça mais il ne s'agit pas d'un roman fantastique ni même un polar. Joyland est un magnifique roman sur la jeunesse et le passage à l'âge adulte, sur la nostalgie et la peur de grandir. 
A découvrir absolument aux éditions Albin Michel. 

mardi 20 mai 2014

Golden gate confidential, Kirk Russel, éditions du Toucan

Ben Raveneau est enquêteur de la police de San Francisco. C’est un flic quinquagénaire, célibataire et entouré d’amis vieillissants qui partent à la retraite.
Sur ordre de ses supérieurs, il doit former équipe avec une jeune policière un peu fragile. On leur confie immédiatement une enquête qui semble « secondaire » :  le meurtre d’une jeune femme, retrouvée nue et ligotée dans un immeuble insalubre du quartier chinois de San Francisco. Cette affaire, en apparence anodine, va pourtant les mener au cœur de trafics vénéneux dans lesquels le SFPD (San Francisco Police Department) n’est pas totalement neutre…
Entre  Bullitt  et  LA Confidential ,  Kirk Russell a réussi dans ce livre un portrait dérangeant d’une ville plus brutale et dépravée que ses apparences « iodées » ne le laissent parfois penser.


Le premier roman de Kirk Russel traduit en France et dont le titre fait penser au roman de Ellroy mais là s'arrête la comparaison. Dans ce polar, Russel nous fait découvrir une facette de San-Francisco mais n'intègre pas la ville comme véritable personnage. 
Le lecteur va découvrir toutefois un couple d'enquêteurs intéressant : Raveneau, un vieux de la vieille et sa collègue, nouvellement nommée dans le service et épaulée par la chef adjointe. Bien sûr, leurs méthodes d'investigations sont fort différentes mais le duo fonctionne et au fil des pages, on sent  une certaine complicité naître. 
Et il le faut car l'affaire est corsée. Un premier cadavre est découvert dans un immeuble du quartier chinois et l'on pourrait croire que le récit va tourner autour de la communauté asiatique. Il n'en est rien. Parallèlement, un deuxième cadavre, celui d'un flic, est retrouvé chez lui. On pense à un suicide -le dit policier était atteint d'un cancer- sauf Raveneau qui pointe du doigt un meurtre. Très vite, la femme d'un autre policier est tuée. Coup de sang dans la brigade et notre duo d'enquêteurs va vite faire le lien entre les différentes affaires. 
L'écriture de Kirk Russel est fluide, le livre se lit très vite et on rentre très rapidement dans cette histoire et dans la peau des personnages. De nombreux rebondissements émaillent le texte ce qui fait qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde.
La brigade criminelle est au centre du récit mais l'auteur n'en profite pas pour dénoncer d'éventuelles bavures dont elle aurait été l'auteur. 
Le personnage de Stoltz est le plus intéressant du roman. Il est énigmatique, insaisissable, intelligent. L'auteur lui a donné une certaine épaisseur que j'aurais voulu retrouver chez Raveneau qui pourtant est décrit par Connely comme étant  "un flic extraordinaire". Je veux bien le croire mais alors, je demande à en lire davantage car dans ce seul roman, je ne l'ai pas perçu. 
Bref, belle découverte que cet auteur et ce roman. J'espère que d'autres livres de Russel seront traduits en France.
Disponible aux éditions du Toucan.

lundi 19 mai 2014

Vampire à sang pour sang, Pierre Meige, édition du bout de la rue.

Guillaume et Mikajoh ont trouvé un adversaire à leur mesure : le comte Dracula.
Avec le professeur Grost, anthropo-démonologue, nos deux héros plongent dans le milieu du showbiz, dans le Paris gothique branché vampires où l’horrible comte commet ses épouvantables forfaits...
La situation devient terrifiante lorsque Dracula s’attaque à Lorette...



Ce roman jeunesse est le tome 18 de la série Détectivarium, à laquelle j'ai eu la chance de participer, créée par Joseph Ouaknine. 
Guillaume se voit confier une affaire étrange : un crime a été perpétré à Paris. Problème, la victime porte des traces de morsures au cou. Problème, cette victime était le chanteur vedette d'une comédie musicale ayant pour thème Dracula, le célèbre vampire des Carpates. Le producteur engage donc Guillaume pour résoudre cette sordide affaire. 
C'est donc l'occasion pour l'auteur de nous faire découvrir l'envers du décor et surtout en alternant les chapitres sur le "journal" du vampire, d'entrer dans ce monde fascinant.
Comme tous les romans de la collection, celui-ci contient 100 pages. L'histoire est intéressante et les rebondissements sont nombreux. Pourtant, accessible dès 9 ans, il me semble que ce livre est difficile d'accès pour les plus jeunes lecteurs. Certaines phrases sont compliquées, certains détails sont complexes et même si un glossaire est présent en fin d'ouvrage, le récit est ardu. 
J'ai moi-même éprouvé des difficultés à enchaîner les pages de ce livre car il peut être parfois décourageant et j'ai pensé à mon fils, jeune lecteur, pour qui je l'ai acheté et dans lequel il n'a pas encore plongé. 
C'est dommage car j'ai pris du plaisir à retrouver Guillaume et Mikajoh dans cette histoire (dans laquelle toute ressemblance avec des personnes existantes...).
Disponible aux éditions du bout de la rue. 

lundi 12 mai 2014

La nuit sur terre, Pierre Pelot, Denöel

La France profonde. Deux braves types exploitent une petite entreprise. Ils n'ont qu'une ambition : acheter la maison voisine pour agrandir leurs locaux. Tout cela paraît bien inoffensif… jusqu'au jour où débarque la jeune propriétaire de la fameuse maison, qui est à la recherche de son mari. Et c'est la découverte cauchemardesque…
Le livre de Pierre Pelot fait peur et fascine. Âmes sensibles s'abstenir. La langue est belle, riche. Il y a là un lyrisme et un talent de romancier qui dépassent le cadre du policier classique. (4ème de couverture, 1983).


Publié en 1983, j'ai découvert ce livre grâce à ma liseuse ! Donc, merci à elle ! Pierre Pelot, en fin technicien, prend son temps pour planter son décor. Une ferme boueuse dans la France très profonde. Un vieux zoo dans lequel survivent des animaux blessés, amputés, malades. Clam, le maître des lieux qui bouffe grains de café à longueur de journée, Hénoch son fidèle assistant, un peu simplet, qui écorche les lapins qu'il élève.
Et puis, dans la maison voisine, Halmer qui y amène ses maîtresses, loin de Joss sa femme. Mais un jour, celle-ci reçoit des photos de son mari en compagnie d'une femme. Immédiatement, Joss se rend sur place. Dans cette maison de campagne, elle va rechercher des explications. Qui est le corbeau ? Où est son mari ? Très vite, elle va perdre pied. Ses certitudes vont s'écrouler jusqu'au dénouement épouvantable de ce récit fort et puissant. 
La plume de Pierre Pelot est précise et incisive. Il prend son temps pour faire monter le suspens, décrire les paysages, les décors. Ses dialogues sont comme des coups de poing au ventre. C'est subtil et terriblement efficace. 
Le livre se découpe donc en deux parties : la première sert à planter le décor et dans la deuxième, on verse dans l'horreur avec délectation et répulsion. 
La nuit sur terre est un roman ancien mais que j'ai pris énormément de plaisir à découvrir. 

N'éteins pas la lumière, Bernard Minier, XO éditions

  • « Tu l’as lais­sée mourir... »
    Christine Steinmeyer croyait que la mis­sive trou­vée le soir de Noël dans sa boîte aux let­tres ne lui était pas des­ti­née. Mais l’homme qui l’inter­pelle en direct à la radio, dans son émission, semble per­suadé du contraire... Bientôt, les inci­dents se mul­ti­plient, comme si quelqu’un avait pris le contrôle de son exis­tence. Tout ce qui fai­sait tenir Christine debout s’effon­dre. Avant que l’hor­reur fasse irrup­tion.
    Martin Servaz, de son côté, a reçu par la poste la clé d’une cham­bre d’hôtel. Une cham­bre où une artiste plas­ti­cienne s’est donné la mort un an plus tôt. Quelqu’un veut le voir repren­dre du ser­vice... ce qu’il va faire, à l’insu de sa hié­rar­chie et de ses col­lè­gues.
    Et si nos pro­ches n’étaient pas ce que nous croyons  ? Et si dans l’obs­cu­rité cer­tains secrets refu­saient de mou­rir  ? Non, n’éteignez pas la lumière, ou alors pré­pa­rez-vous au pire...
    Après les grands succès de Glacé et du Cercle, Bernard Minier revient avec un thril­ler sur la mani­pu­la­tion et l’emprise, en explo­rant nos cau­che­mars les plus inti­mes, nos pho­bies et nos obses­sions... 


Nouveau roman de Bernard Minier. Première incursion dans son univers en ce qui me concerne. Et première difficulté. Le début du livre reprend les précédents, donc pas facile de tout comprendre si on n'a pas lu Glacé et le Cercle. 
Puis changement de décor. Le lecteur suit Christine Steinmeyer d'un côté et le policier Servaz simultanément. 
Le roman apparaît comme un piège diabolique dans lequel l'héroïne est enfermée. Tout s'écroule au fil des pages, son boulot, ses amis, sa vie sentimentale. Verse-t-elle dans la folie ? Est-elle dans un cauchemar ? Qui est-elle vraiment ? 
Servaz, le policier dépressif, reçoit quant à lui une clé d'hôtel d'un mystérieux correspondant qui veut le remettre en selle. Peu à peu, il va se sortir du centre pour policiers abîmés et mener son enquête qui forcément le fera rencontrer Christine dont il sera le seul à croire à l'histoire. 
Bon, voilà le tableau planté et là, je vais aller à l'encontre de toute la blogosphère. 
Le piège est machiavélique mais je n'ai pas été pris par ce récit. Le postulat de départ est pourtant intéressant : l'auteur veut parler de harcèlement moral mais il en fait trop à mon goût en y ajoutant la conquête de l'espace, côté français, les entraînements dans un centre en Russie, le type cruel qui torture ses victimes... c'est confus et indigeste. 
Les personnages : je n'ai pas aimé Christine qui me paraît froide, antipathique et son évolution au cours du roman n'est tout simplement pas crédible. 
Servaz quant à lui est assez lisse. Il lui manque de la profondeur mais peut-être est-ce du au fait que je n'ai pas lu les précédents romans. 
Donc sur le fond, l'histoire est brouillonne. Même si certains passages sont intéressants, d'autres sont loufoques (ex : quand Servaz se fait passer pour le facteur) ou encore dans la dernière partie et sans "spolier" quand l'arroseur devient arrosé, là c'est tout simplement décevant.
Côté forme, les chapitres sont bien construits et le lecteur suit à la fois Christine et Servaz, ce qui permet de ne pas (trop) s'ennuyer.
Bernard Minier utilise aussi trop souvent ces phrases sans sujet. Au lieu de mettre des virgules, il place des points. Cette construction m'a sérieusement agacé. 
Bref, voilà un roman dont les critiques élogieuses m'ont surpris mais après tout, chacun ses goûts, et qui ne m'a pas donné envie de creuser l'univers de Bernard Minier. Déception. 
Pour finir sur une note positive, je dois avouer que j'en ai appris beaucoup dans ce roman. Mais peu intéressé par l'espace et l'opéra, ceci explique peut-être cela. 
Disponible chez Xo éditions.