mercredi 26 février 2014

La madone de Notre-Dame, Alexis Ragougneau, Viviane Hamy

"La touriste fit un signe de croix puis s'approcha de banc. Dans un murmure empreint d'un fort accent, elle demanda à la jeune femme en blanc s'il lui était possible de s'asseoir à ses côtés pour prier. Celle-ci ne daigna pas répondre, invariablement figée, le regard aimanté par la statue de Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. L'Américaine, après avoir répété sa question sans davantage obtenir de réponse, finit par poser son séant sur le banc dont le bois craqua sous l'effort. Alors, comme dans un cauchemar venu du plus profond de la nuit, la madone blanche hocha la tête. Son menton vint se poser sur sa poitrine puis, en douceur, presque avec grâce, son corps entier bascula vers l'avant et s'effondre sur le dallage à damier.
C'est alors que la grosse Américaine se mit à hurler."
La police et Claire Kauffmann, la procureur s'interrogent. Qui est cette morte à la robe blanche ? Au nom de quelle abomination lui a-t-on scellé le vagin à la cire de cierge ? Sa présence lors de la procession du 15 août tenait-elle de la provocation ou de la ferveur religieuse ? Le père Kern, le prêtre de Notre-Dame, est persuadé que l'enquête fait fausse route. Pour élucider le mystère de la Madone, l'homme de foi remontera jusqu'aux racines du mal.



Premier roman de Alexis Ragougneau qu'on dit plus habitué à écrire des pièces de théâtre que des histoires policières. Il signe ici une belle entrée dans le polar français avec une intrigue originale dans un cadre religieux et grandiose. La cathédrale de Notre-Dame et tout son chapelet de personnages aussi originaux qu''attachants.
Ce livre donnera aux lecteurs une vraie bouffée d'oxygène malgré la lourdeur du propos. Un crime horrible commis dans la cathédrale la plus visitée au monde, ce n'est pas banal. Mais quand le cadavre est posée pieusement sur une chaise et qu'il n'est découvert que beaucoup plus tard, là c'est moins drôle. Et quand on remarque que la femme a eu son vagin scellé à la cire, alors là on se croirait carrément dans un thriller sanglant. Pourtant, l'auteur ne nous emmène pas sur cette voie. Il biaise, bifurque, change de direction pour alléger le propos sans pour autant tomber dans un humour lourdaud qu'on peut trouver parfois dans ce genre de livres.
Alexis Ragougneau dessine des personnages originaux, subtils, sympathiques et détestables à la fois. Des personnages qui détonnent dans le polar et qui deviennent plus humains : "Landard s'ennuyait. Les scènes de crime l'emmerdaient au plus haut point, avec leur cohortes de techniciens et de photographes en combinaison immaculée. Il fallait s'abstenir de fumer, s'abstenir de marcher, s'abstenir de tousser, s'abstenir presque de respirer."
Autre point fort de ce livre, les dialogues, simples et efficaces :

" - Ton évêque auxiliaire, là, celui d'hier...
- Rieux Le Molay ?
- On peut le voir ?
- Il est parti.
- Où ça ?
- A Lourdes.
- Depuis quand ?
- Ce matin. Il a pris un train de bonne heure.
- Le cardinal chez les bridés et l'évêque à Lourdes. Décidément, tous les patrons se font la malle, ici "

Voilà donc un excellent moment de lecture, frais, original et efficace. Un très bon roman policier que je conseille à tous.
Disponible aux éditions Viviane Hamy.

vendredi 21 février 2014

L'homme qui a vu l'homme, Marin Ledun, Ombres noires.

Pays Basque nord, janvier 2009. La tempête Klaus vient de s'abattre sur la façade atlantique. Les rumeurs autour de la disparition d'un militant basque, Jokin Sasko, enflent. Iban Urtiz, journaliste, comprend que cette affaire n'est pas un cas isolé. La jeune Eztia, soeur du disparu, lui ouvre les portes d'un monde de mensonges et de trahisons où enlèvements, tortures et séquestrations sont devenus les armes de l'ombre.
Tandis que deux tueurs tentent d'étouffer la vérité, la vie d'Iban bascule dans une guerre sans pitié qui ne dit pas son nom.
Un roman sous tension qui vibre des cris des familles de disparus et de la folie des hommes. 



C'est la première fois que je me plonge dans un roman de Marin Ledun, pourtant auteur d'une quinzaine de livres. A ce qu'on dit, c'est le meilleur.
Habitué aux critiques sociales, l'auteur entre ici dans l'univers basque, de la question d'ETA, du terrorisme. Question délicate sinon brûlante.
Le roman débute de manière tonitruante sur le rapt et la séquestration d'un homme qui a bien des choses à cacher.
Ensuite, le lecteur fait connaissance avec Iban, un edraldur, un quidam qui ne parle pas basque. Le journaliste travaille pour un quotidien local et est plus habitué à couvrir les histoires de chats morts que les affaires de terrorisme. Mais un beau jour, son patron va le contraindre à travailler avec Marko Elizabe, un cameraman qu'il n'apprécie guère et qui rend une certaine agressivité.
Bref, les deux journalistes vont dès lors se trouver au coeur d'une histoire d'enlèvement liée aux séparatistes basques.
D'un point de vue littéraire, le livre se dévore. Les chapitres courts s'enchaînent à un rythme vertigineux. Aucun temps mort. Marin Ledun va vite. Son écriture est stylée. Peu de fioritures malgré une volonté de décrire au mieux les choses.
Les personnages sont très bien dessinés. Tous avec leurs forces et faiblesses. Iban est parfait en journaliste épris de vérité, projeté dans un monde qu'il connaît peu et dans un combat dont il semble éloigné. Mais derrière lui, plane le fantôme d'un père qui aurait peut-être eu des accointances avec ETA. En fait, c'est là peut-être le seul point noir du livre. Marin Ledun ouvre une porte mais ne va pas au bout de sa pensée. J'aurais aimé en savoir plus sur les origines d'Iban.
Le deuxième personnage qui aurait mérité un développement plus approfondi à mon sens est le rédacteur en chef du journal dont on n'arrive pas à déterminer la place dans ce microcosme violent et idéologique. Est-il un méchant ? Un gentil ? Les deux à la fois...
Car la force aussi du roman est d'avoir évité l'écueil du manichéisme. Les bons sont-ils toujours gentils ? Les méchants aussi méchants qu'on le dit ? Pas si sûr et la frontière qu'Iban pensait étanche se révèle d'une porosité bien peu rassurante.

D'un point de vue historique, j'ai appris beaucoup de choses sur le problème basque. J'en ai eu froid dans le dos tout le long de ma lecture, me surprenant à me dire :"C'est pas possible..." ou encore :" C'est pas vrai !"; "Pas ici ! Pas en France !".
Une histoire méconnue que l'auteur a très bien su décrire.
Bref, "L'homme qui a vu l'homme" est un excellent roman noir !
Disponible aux éditions ombres noires.

lundi 3 février 2014

Fétiches, Mo Hayder, Presse de la cité







J'ai découvert Mo Hayder avec le formidable Birdman. Depuis, elle a fait son chemin et on la compare même à Thomas Harris. Ce nouveau roman met en scène Jack Caffery dans une sorte de huis clos angoissant. 
Un établissement psychiatrique de haute sécurité sert de décor à ce thriller particulièrement prenant. Mo Hayder prend soin de décrire les personnages aux personnalités complexes. Aj tout d'abord. Sympathique, légèrement vieux garçon, vit encore chez sa tante avec son chien dont il aime le promener dans les bois environnants. Aj qui côtoie les patients les plus durs de son institution. 
Mélanie Arrow ensuite. La belle et énigmatique directrice. Forte et sensible à la fois. 
Jack bien sûr, l'enquêteur fétiche de Mo Hayder. Un personnage intéressant mais à mon sens pas assez fouillé dans ce roman. 
Au niveau de la forme, c'est un livre qui se lit vite et bien. Les chapitres sont courts et alternent les différents points de vue. L'auteur navigue entre le récit principal, les événements de Beechway et une intrigue secondaire entre Flea Marley, agent de la brigade subaquatique et Caffery. 
C'est cette seconde intrigue que j'ai eu du mal à accrocher. Je trouve qu'elle se finit un peu en queue de poisson, qu'elle n'est pas assez travaillée et j'ai même remarqué une incohérence que je ne dévoilerai pas ici. 
Autre point faible : le personnage de Jonathan dont on parle pendant une bonne partie du roman. On se doute que son rôle est important mais on ne fait sa connaissance que dans les cinquante dernières pages et sur trois ou quatre courts chapitres. Comme si l'auteur s'était dépêchée de nous raconter son histoire sans prendre le temps de bien la développer. Dommage. 
Enfin, je dirais que Fétiches est un bon roman mais qui manque néanmoins de rythme. Il me laisse sur ma faim mais vaut quand même le coup d'être lu. 

Disponible aux éditions Presse de la cité :
http://www.pressesdelacite.com/site/fetiches_&100&9782258092389.html