jeudi 31 octobre 2013

Dernière piste, Taylor Stevens, Presse de la cité.


 

Emily Burbanks, jeune Américaine idéaliste partie explorer le continent africain, n'a pas donné signe de vie depuis quatre ans. Une seule personne peut la retrouver : Vanessa Munroe.


Spécialiste du renseignement, Vanessa Munroe sillonne le globe afin de récolter des informations pour ses clients, principalement des entreprises prêtes à payer le prix de son expertise. Intuitive et capable de s'adapter à toutes les situations, elle n'en demeure pas moins une femme meurtrie. Elevée en Afrique par des parents missionnaires, Munroe a fugué lorsqu'elle était adolescente pour suivre une bande de trafiquants d'armes. Mais un drame l'a forcée à fuir, et à ne jamais regarder en arrière.
Lorsque Richard Burbank, un riche entrepreneur texan, lui demande de retrouver sa fille adoptive disparue en Afrique, Munroe voit dans cette mission l'occasion d'affronter enfin les vieux démons qu'elle a laissés en quittant ce continent.

Avec ce roman âpre et rythmé, porté par un personnage étonnant, Taylor Stevens fait une entrée fracassante dans l'univers du thriller
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Je découvre cet auteur avec ce roman mi-aventure, mi-polar. Le héros, une femme au passé obscur et qui n'a peur de rien, genre Bruce Willis, part à la recherche de la fille d'un riche industriel disparue quatre ans auparavant. Aucune piste. Munroe est la dernière chance pour retrouver la jeune femme.
Les chapitres sont courts et se lisent aisément. On rentre bien vite dans ce roman qui ne laisse au lecteur aucun répit. Pas vraiment de surprise, les personnages sont communs à de nombreux livres et films de ce genre. L'auteur force un peu le trait sur son héroïne, un peu too much à mon goût. L'intrigue est intéressante et l'écriture classique ne révolutionne pas le genre. Cela reste néanmoins un moment de lecture attrayant mais que j'oublierai vite.


Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, Albin Michel


Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.



Pierre Lemaître délaisse le polar pour ce nouveau roman qui prend la première guerre mondiale pour contexte. A quelques mois du centenaire de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand (évènement qui a précipité le monde dans le conflit) c'était bien joué. Mais c'est plus que ça.
Ce roman est une peinture de la guerre et une dénonciation du mépris pour les survivants et les mutilés, les fameuses gueules cassées. Ces victimes, trop abîmées pour s'insérer dans une société qui panse ses plaies, mais pas assez amochées pour que leurs noms ornent les monuments dédiés aux poilus. Ces encombrants survivants, qu'en faire ? Toujours à ressasser leurs vieilles rengaines, à radoter sur leurs conditions de vie, à se plaindre de leur rente qui tarde à tomber dans leur portefeuille. C'est pas des héros, ça ! Sinon, ils seraient morts ! Les vrais héros, c'est ceux-là ! Ceux qui ont donné leur vie à la France. Les morts on les pleure, mais les vivants ? Ils ne sont que la preuve de la boucherie de 14 !
C'est aussi un beau roman d'amitié entre Albert, timide, gauche, un peu looser et Edouard, bien né, et pourvu de dons artistiques indéniables, qui vont se rencontrer sur le champ de bataille. Pas forcément au moment le plus glorieux. Jusqu'à l'obus de trop. Qui va rendre dépendant l'un et mutiler l'autre. Ces deux-là vont finir la guerre avec amertume et rancœur. Sans un sou, ils vont monter l'arnaque du siècle que je ne dévoilerai pas ici.
Au revoir là-haut est un roman drôle, caustique et émouvant. Il est d'ores et déjà sur la liste de plusieurs prix littéraire et il ne serait pas surprenant qu'il en décroche plusieurs. Sans conteste, un des meilleurs livres de l'année.
Disponible aux éditions Albin Michel.

mardi 8 octobre 2013

L'île des hommes déchus, Guillaume Audru, Editions du Caïman

Eddie Grist, ancien policier à Inverness, est de retour sur Stroma, son île natale, au nord de l'Ecosse. Il y retrouve ses parents, avec qui il a noué des relations difficiles, ainsi que ses rares amis. Mais à peine a-t-il pris ses marques qu'un squelette est découvert sur le chantier d'une résidence secondaire. Malgré son père, notable influent de l’île, Eddie ne pourra s’empêcher de se mêler à l’enquête… enquête officiellement confiée à Moira Holm, amour de jeunesse d'Eddie, qui a, elle aussi, quelques comptes à régler avec la communauté silencieuse de Stroma…
 
L'auteur : Guillaume Audru est né en 1979 à Poitiers.  Il est tombé dans la marmite du polar dès sa prime jeunesse, préférant lire Agatha Christie ou Maurice Leblanc plutôt que Oui-Oui. Et ses études dans le domaine de la logistique, où il a ingurgité Ellroy plutôt que les lectures obligatoires de Maupassant, n'y ont rien changé. Le polar est devenu pour lui une telle religion qu'il crée le blog désormais incontournable : "Territoires Polars". Et, de fil en aiguille, après plusieurs essais infructueux, il s'est attelé avec un égal plaisir à l'écriture de son premier polar. Aujourd'hui, il travaille pour un grand groupe privé et est aussi le président de l'association poitevine "L'Instant Polar".


J'ai déjà eu l'occasion ici d'évoquer cette maison d'éditions créée par un auteur talentueux, Jean-Louis Nogaro. Ces publications sont de très grande qualité et rencontrent donc le succès qu'elles méritent. Le petit dernier va sortir très bientôt. L'île des hommes déchus, c'est un polar bien ficelé dont le titre et les lieux rappelleront à certains la trilogie de Peter May.
J'en dirai plus une fois qu'il sera sorti.
En attendant vous pouvez le pré-commander aux éditions du Caïman.

Mauvaise étoile, R.J Ellory, Sonatine éditions

Texas, 1960. Elliott et Clarence sont deux demi-frères nés sous une mauvaise étoile. Après l’assassinat de leur mère, ils ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maisons de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otages pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, ils se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier. Alors que Sheridan, accompagné des deux adolescents, sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes. Loin de se douter de la complexité de celle-ci, la police, lancée à leurs trousses, et en particulier l’inspecteur Cassidy ne sont pas au bout de leurs surprises.

Avec ce récit au suspense implacable et à la noirceur absolue, R. J. Ellory se consacre de la façon la plus flamboyante qui soit à son sujet de prédilection : le mal. Tout comme Shane Stevens dans Au-delà du mal, il aborde les thèmes de l’innocence corrompue et de l’origine des déviances. On y retrouve ici intact tout l’art d’Ellory, qui a fait la force de Seul le silence : une écriture à la fois poétique et très réaliste ; des personnages d’une humanité complexe et déchirante aux prises avec leur face sombre ; une intrigue qui tient le lecteur captif jusqu’à la dernière page. Un thriller intense, poignant et inoubliable.


C’est avec un grand plaisir que j’ai vu arriver le nouveau roman de R. J Ellory, auteur que j’avais découvert grâce à l’excellent « Seul le silence ».
Ce nouveau roman sonne comme un road movie terriblement sanglant. Mais il n’est pas que ça. Bien sûr, on trouve des meurtres atroces et violents à la limite du supportable. Le périple de Shéridan, psychopathe que personne ne voudrait rencontrer, d’Elliott et Clarence s’étalent sur des milliers de kilomètres et rappelle évidemment le roman de Shane Stevens mais là s’arrête la comparaison. Là où ce livre est plus qu’une succession de boucherie, se trouve dans la psychologie des personnages, tous bien étudiés par l’auteur et chacun avec ses certitudes, ses doutes, ses peurs, ses envies et ses démons. Car tous font partie d’une danse morbide dans laquelle la fin ne peut être que malheureuse. Nous sommes au milieu des années 60 et Kennedy a été assassiné l’année précédente. La police est sur les dents. Les tueurs doivent tous croupir en prison et tous les moyens sont bons pour les arrêter. Or, ses moyens sont encore limités et le temps passe vite. Ce qui en laisse beaucoup pour Sheridan et Elliott.
On sent la fracture entre les deux frères arriver inéluctablement. Chacun partant de son côté. L’un filant du côté obscur l’autre choisissant la voie inverse. Deux frères nés sous une mauvaise étoile qui veille sur eux et ne les oublie pas.
Le personnage de Cassidy, flic tenace et intelligent, est bien construit. Sa plus grande force étant encore… sa femme. Toujours perspicace et de bons conseils. Personnage lui aussi important, on le voit dans les discussions qu’elle entretient avec son flic de mari.
Au final, Ellory nous livre un roman violent mais rempli d’humanité, ce qui pourrait paraître contradictoire dans un road movie où les principaux personnages sont des psychopathes dénués d’empathie. Les questionnements sont présents tout au long du livre en même temps que l’évolution de ses protagonistes.
Un très bon cru 2013 !
Disponible aux éditions Sonatine.

Ce cher Dexter, Jeff Lindsay

Il est lui-même serial-killer quand il ne s'emploie pas à les traquer. Lui, c'est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps... Un jour, il est appelé sur les lieux d'un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui... Impossible...



A l’occasion de la diffusion de la huitième et ultime (snif, snif) saison de Dexter, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Je ne voulais pas le perdre, ce cher Dexter . J’avais aussi comme une envie irrépressible de découvrir le roman par lequel toute l’histoire a commencé. Ce cher Dex !
Bon, oublions la série. Le roman met en scène un affreux tueur en série, qui découpe ses victimes sans qu’il n’y ait jamais de traces de sang. Le fameux tueur de glace. Dexter, expert en tâche de sang à la criminelle de Miami est bien décontenancé. Ce qui ne l’empêche pas d’admirer le travail de ce criminel si proche de lui. Pendant tout le récit, la police cavale après le tueur de glace qui a toujours une longueur d’avance. Et Dexter dans tout ça ? Que cache-t-il ? Serait-il le tueur de glace ? Des questions qui vont trouver peu à peu des réponses dans l’esprit tordu de LaGuerta.
Contrairement à de nombreux thrillers ou livres mettant en scène des tueurs en série, avec « Ce cher Dexter », on tremble bien sûr mais on sourit beaucoup.  Les personnages, même les secondaires, sont très bien étudiés. Mazuka est truculent, Deb est attendrissante malgré son franc parlé. Seul peut-être Batista manque d’épaisseur.
Il est très difficile de parler de ce roman sans penser à la série tellement elle aura marqué les esprits. En tout cas, je conseille la lecture de Jeff Lindsay à tous les fans qui devraient retrouver avec plaisir le personnage sympathique de Dexter.