lundi 29 juillet 2013

Inside, Alix Ohlin, Gallimard

Psychothérapeute de talent à Montréal, Grace tombe par hasard, alors qu’elle skie pour se changer les idées, sur le corps inanimé d'un homme qui vient de faire une tentative de suicide. Elle n’hésite pas à secourir ce mystérieux inconnu mais réalise très vite que ses sentiments pour lui ne sont pas aussi simples qu’elle veut bien l’admettre. Se remettant tant bien que mal d’un divorce douloureux, Grace se sent irrésistiblement attirée par cet homme qui semble cacher tant de choses…
Entre-temps, une de ses patientes, Anne, une adolescente troublée qui vient d’avorter, s’enfuit à New York pour faire du théâtre. Quand elle trouve, quelques années plus tard, une jeune fugueuse enceinte réfugiée dans le hall de son immeuble, Anne ne peut s’empêcher de la recueillir chez elle. Pour le meilleur et pour le pire…
Mitch, thérapeute à la dérive – et ex-mari de Grace –, fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve. Il quitte la femme dont il est amoureux et part en mission dans une communauté en difficulté de la région arctique. Á son retour, une vieille amie lui apprend que Grace a été victime d’un accident de voiture. Immobilisée, cette dernière a besoin d’aide, notamment pour s’occuper de sa petite fille. Peut-on renouer des liens après dix ans d’absence?
Á l’intérieur se déroule sur une décennie, nous promenant de Montréal à New York en passant par Hollywood et le Rwanda. Ce roman nous offre une fresque intimiste qui touche par sa justesse et sa sensibilité. Á travers ces différentes destinées cahotées, Alix Ohlin s’interroge sur notre identité, sur ces failles sur lesquelles chacun de nous se construit malgré tout, jour après jour, envers et contre tout. Répétitions, échos, variations : qui sommes-nous réellement à l’intérieur?



Entorse à la règle, ce livre n'est pas un polar, ni même un roman noir cependant je m'y suis plongé dès les premières pages avec entrain. Trois personnages : Grace, psychothérapeute, Mitch, psy lui aussi et ancien prof de Grace et accessoirement ancien mari de cette dernière et enfin Anne, comédienne et ancienne patiente de Grace. L'auteur a décidé de suivre pas à pas le chemin (de croix ?) de trois personnes dont Grace représente le point commun.
Les chapitres de ce livre se succèdent donc les uns les autres et le lecteur s'immerge dans leur vie comme un témoin impuissant à leur naufrage. Car, que de désespérance chez chacun d'eux ! Il y a peu d'espoir mais beaucoup de nostalgie. Chacun se raccrochant à un passé qui n'était pourtant pas merveilleux mais peut être davantage sécurisant que les jours qu'ils passent sans jamais se poser la question de l'avenir.
Mitch va d'échec sentimental en échec sentimental, choisit la fuite chez les Inuits mais quand ça dérape, il part à nouveau. Anne, rongée par le remords quitte son métier et abandonne une carrière qui pourtant commençait à décoller, impossible d'assumer le quotidien. Et que dire de Grace ? Forte ou fragile ? Seule ? Incapable de se faire des amis ou bien entourée ?
L'écriture de Alix Ohlin est sobre si bien qu'on ne tombe jamais dans le pathétique. Mais ce qui est fort c'est que, malgré tout, elle réussit à leur donner de l'humanité et à faire réfléchir le lecteur sur sa propre vie.
Inside est disponible aux éditions Gallimard.

lundi 22 juillet 2013

Un an !



Aujourd'hui est un grand jour ! Il y a un an jour pour jour, je commençais ce blog destiné à la présentation de romans policiers que j'avais aimés. Je ne savais pas si j'allais m'y tenir sérieusement. J'ai tenu bon et un an après, me voilà avec 46 romans chroniqués, plusieurs milliers de lecteurs, plusieurs éditeurs qui me font confiance et que je remercie.
Je peux d'ores et déjà dire que ce n'est pas fini car ma pile à lire est encore conséquente. Allez, j'y retourne et merci à tous de votre fidélité !

Le silence de Grace, Peter Robinson, Albin Michel

Après des années de succès à Hollywood, le compositeur anglais Chris Lowndes rentre chez lui, dans le Yorkshire. Sa femme est morte, et Chris rejoint seul et mélancolique les landes belles et sauvages de Kilnsgate House. Il y retrouve cette atmosphère de troublant mystère où rôdent les ombres du passé. Grace Elizabeth Fox, ancienne propriétaire de la maison qu’il habite, a été condamnée soixante ans plus tôt à la pendaison pour le meurtre de son mari. Et si elle était innocente ? Cette question l’obsède. Au point de revisiter toute l’affaire.
« Une intrigue haletante, qui n’est pas sans rappeler l’âge d’or du roman anglais, dans la lignée d’Agatha Christie ou du Rebecca de Daphné du Maurier. » Wall Street Journal


Le silence de Grace fait partie de ces livres qui, une fois refermé, ne se laissent pas facilement oublier tellement l'écriture, l'intrigue et le sujet peuvent happer le lecteur.
Pourtant, j'ai pu noter quelques longueurs dans le récit de cet homme qui vient s'installer dans son Yorkshire natal, dans une maison immense et isolée digne d'un roman de Shirley Jackson où l'on s'attendrait à entendre les portes grincer, les verres tomber en plein milieu de la nuit ou encore les murmures d'un ancien propriétaire.
Malgré tout, le suspens est présent du début à la fin du roman. Même si le rythme est lent et peut dérouter les plus grands lecteurs de polar, finalement on se dit que chaque page constitue un élément de la quête (pour ne pas dire de l'enquête) que mène le protagoniste pour trouver la vérité. Une vérité qui intéresse qui ? 60 ans après que Grace ait été pendue, qui se soucie de la vérité ? Chris, justement dont on soupçonne qu'il a un compte à régler avec la mort de sa propre femme quelques mois auparavant.
Le roman est entrecoupé par un compte rendu du procès et par des extraits du journal de Grace qui fut infirmière de la reine Elizabeth et dans lequel elle décrit les horreurs qu'elle a vécu.
Le silence de Grace est un roman plein de finesse et haut en culture. La musique est omniprésente et l'on en apprend beaucoup sur la composition. La gastronomie occupe également une bonne place et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a beaucoup de Peter Robinson dans le personnage de Chris.
Ce roman est disponible aux éditions Albin Michel.
http://www.albin-michel.fr/Le-Silence-de-Grace-EAN=9782226248381

mardi 16 juillet 2013

Sombre mardi, Nicci French, Fleuve noir.

 
Lorsque l'assistante sociale vient faire sa visite de routine à Michelle Doyce, une dame d'une soixantaine d'années victime de troubles de la personnalité, elle ne s'attend pas à trouver dans le salon un homme mort, nu comme un ver, une pâtisserie à la main… Michelle est incapable d'expliquer les circonstances ni de donner le nom de la victime, plongeant la police dans le plus profond désarroi. En dernier recours, le commissaire Karlsson fait donc appel à la psychologue Frieda Klein, qui a déjà prouvé lors de leur dernière enquête à quel point son analyse est précieuse.
Frieda est persuadée que Michelle est innocente mais qu'elle détient la clé du mystère. L'enquête avance enfin le jour où une certaine Janet Ferris déclare à la police la disparition de son voisin, qui s'avère être la victime. Mais plus Frieda et Karlsson creusent dans le passé de ce Robert Poole, plus le mystère s'épaissit. Manipulateur hors pair de femmes solitaires et vulnérables, il s'est fait de nombreux ennemis, tous des suspects.
Pendant ce temps, Frieda ne peut se défaire du sentiment que quelqu'un, dans l'ombre, la suit…
 
 
Disons-le tout de suite, Sombre mardi est la suite de Lundi mélancolie. Il y a bien dans ce livre une intrigue nouvelle toutefois, on y retrouve les mêmes personnages et de nombreuses références au premier opus. Donc, il vaut mieux lire le premier avant. Ce que je n'ai pas fait et j'ai ramé pour pouvoir comprendre ce que je lisais par moment. Dommage.
Mis à part ce souci, Sombre mardi est un roman qui part sur les chapeaux de roues mais qui va s'essouffler par la suite. L'écriture est inégale, certains passages sont très biens d'autres sont confus. Il y a beaucoup de personnages secondaires qui n'ont pas vraiment de rôle, certaines scènes ne sont pas utiles et ne font pas avancer l'histoire, les descriptions sont parfois longues.
Cependant, l'intrigue est intéressante et assez originale : la victime qui devient rapidement coupable. C'est un point de vue qu'on voit rarement dans les romans policiers et le couple French a écrit une bonne histoire.
Les personnages quant à eux, sont inégaux. L'héroïne est psychothérapeute et on ne risque pas de l'oublier. Je n'ai pas compté combien de fois ce mot est répété mais lorsqu'il ne l'est pas, Frieda (la fameuse psy) a la fâcheuse tendance de ne répondre aux questions que pas d'autres questions. Typique des psys. Je dois dire que ça m'a agacé un tantinet, ça va bien quand un patient est sur son divan mais dans les conversations de tous les jours... Pourtant, elle est très forte cette psy qui collabore avec une police qui n'avance pas. Le lecteur en vient même à se demander si Karlsonn et ses collègues ne seraient pas des bons à rien.
Pourtant, malgré un manque de dynamisme, j'ai trouvé dans l'ensemble que l'histoire se tient. J'ai eu envie de tourner les pages, d'aller au bout, de voir comment tout cela allait se terminer.
Une fin intéressante même si elle laisse encore beaucoup de questions en suspens.
Sombre mardi est disponible ici :

dimanche 14 juillet 2013

Stone Island, Alexis Aubenque, éditions du Toucan

Archipel en plein cœur de l’océan pacifique, Stone Island est le paradis sur Terre…ou presque…
 A la suite du décès de son père biologique, Fiona Taylor, jeune avocate fraîchement diplômée, devient héritière. Plutôt que de couler des jours paisibles dans son pays d’adoption, elle décide de se rendre sur Stone Island à la recherche de ses véritables racines. Dès lors, elle va s’établir dans une vaste demeure coloniale, perdue dans la jungle, où accueillie par des domestiques et une aïeule au comportement étrange, elle tentera de percer les secrets de sa famille. Dans cette quête, elle doit passer par le commandeur Jack Turner, premier homme de loi de l’île, qui doit faire face de son côté au meurtre d’un homme d’affaires, tué dans des circonstances étranges. Simple crime crapuleux, raciste, ou plus délicat encore ?
Turner devra faire le tri entre toutes les pistes, pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants d’une inquiétante série de meurtres qui ne serait peut-être pas sans liens avec les questions de Fiona…





Un roman dont le 4ème de couverture m'avait attiré. J'aime bien ces ambiances chaudes, tropicales et confinées dans des espaces restreints dans lesquelles les personnages ne peuvent pas se cacher. C'est donc avec beaucoup d'entrain que j'ai ouvert ce livre, le premier de l'auteur en ce qui me concerne. Hélas.
Alexis Aubenque remplit son contrat. Il nous livre un polar bien travaillé cependant il y a quelque chose qui ne passe pas. Je pourrai dire que ce roman possède les qualités de ses défauts dans le sens où tout paraît contradictoire. Je m'explique.
Vous est-il déjà arrivé de lire un livre ou de regarder un film sans éprouver d'émotion particulière et à la fin se demander ce qu'on en a pensé ? Pour ma part, c'est ce qui m'est arrivé à la lecture de "Stone Island". J'ai tourné les pages les unes après les autres - c'est un polar qui se lit très vite, malgré tout- mais sans jamais ressentir d'empathie pour les personnages, sans jamais frissonner, sans jamais me demander avec excitation ce qu'il allait advenir par la suite.
Toutefois, je ne parviens pas à dire que c'est un mauvais livre -certains j'en suis sûr y trouveront leur compte- ni même un bon polar. Les personnages sont fouillés, c'est indéniable mais... il y a toujours ce "mais" qui coince, ils sont trop cliché : Coupland en flic brutal, Fiona en ingénue naïve, la grand-mère...
Revenons à l'intrigue et au bandeau qui présente le récit :"certains familles cachent de terribles secrets..." C'est tout le cœur de l'histoire mais c'est tellement rabâché qu'on se croirait dans un Dallas colonial. Au fil des pages, Fiona va découvrir la vérité qu'elle aurait sans doute préféré ne jamais connaître, malgré les avertissements d'une grand-mère caricaturale, maîtresse d'œuvre d'une machination improbable et à laquelle je n'ai pas adhéré.
Et puis, il y a cette monumentale erreur qu'un passionné de surf ne peut laisser passer : le body surf ne se pratique pas à l'aide d'une planche mais avec son corps et une paire de palmes. L'auteur confond ce sport avec le body board, petite planche avec laquelle le surfeur glisse allongée sur la vague. Encore différent du surf où le gaillard est debout. C'est rien, c'est un détail mais c'est comme si on confondait le ski et la luge.

vendredi 5 juillet 2013

Hélène Jegado ou la triste vie d'une tueuse en série bretonne, Moca et Berthelot, Editions Làpart


Hélène Jegado est bretonne et tueuse en série.
Ce n'est pas une simple tueuse en série, c'est la tueuse en série.
A ce jour aucune femme n'a autant de sang sur les mains qu'elle.
Sous le règne de Napoléon Iii cette bonne de curé a tué, pendant près de 30 ans plus de 30 personnes dans le Morbihan et la région rennaise.
Arrêtée, elle est condamnée et guillotinée.



Nouvelle incursion dans la BD pour ce blog (deuxième depuis le début) et c'est avec une tueuse en série qui ne pouvait me laisser de marbre. Et pourtant...
Les auteurs Moca et Berthelot ont réalisé un véritable travail de recherche au niveau graphique mais l'histoire s'arrête là. Le livre est composé de deux parties : la première est la bande dessinée en elle-même (jusqu'à la page 29) et la seconde est composée de témoignages, des histoires sur d'autres tueuses en série, de la façon dont le dessinateur a réalisé ses planches. Bref, c'est comme dans un DVD, la deuxième partie, c'est les bonus.
Sauf qu'on pourrait bien le prendre si la première partie était plus dense. 29 pages pour raconter 30 ans d'une vie de tueuse en série dans le XIXème breton, c'est un peu léger à mon goût. En effet, les auteurs ne font que survoler la vie de cette femme. On ne voit que très peu de choses finalement même si le début est prometteur en partant de la petite enfance durant laquelle s'enracine la rage et le mal dont souffrira Hélène Jegado.
Le reste est rapidement traité, comme si les auteurs manquaient de matière. Ils savent que la Jégado a zigouillé du monde mais on n'en apprend pas davantage jusqu'à la scène finale où elle perdra la tête.
Bref, cette histoire aurait mérité au moins une cinquantaine de pages mais peut-être suis-je trop éloigné du monde de la BD pour en connaître les rouages ?
Pour moi, et ce n'est que mon avis, il s'agit d'une imposture.