mardi 23 avril 2013

Noir Linceul, Mikhaïl W Ramseier, Coups de tête



Rendez-vous demain dans toutes les librairies pour découvrir la nouvelle publication des éditions canadiennes Coup de tête, que je remercie au passage.

Les trajectoires d'une poignée de personnages en quête d'avenir se croisent entre Genève, Québec et Saint-Pierre et Miquelon. Certes, la vie peut être belle et lumineuse pour un temps, mais la seule chose qu'elle ait jamais promis est de recouvrir chacun de nous d'un éternel manteau de ténèbres. Noir comme la nuit, noir comme un linceul.
Noir linceul pose la question pour tous ceux qui voudraient changer les choses : comment se fait-il que l'homme soit toujours aussi asservi, lui qui lutte contre un monde meilleur depuis l'aube des temps ?
La réponse fait frémir et anéantit tout espoir de renouveau : tant qu'il y aura servitude volontaire, nulle liberté ne sera possible.


Disponible ici :
http://coupsdetete.com/

samedi 20 avril 2013

Le voleur de regards, Sébastian Fitzek, L'Archipel


Une vague de crimes d'une cruauté sans précédent s'abat sur Berlin. Un tueur en série s'infiltre dans les foyers en l'absence du père de famille, tue la mère, enlève l'enfant et accorde un ultimatum à la police pour le retrouver.
Passé cet ultimatum, l'enfant est assassiné. En référence à l'oeil gauche qu'il prélève sur ses victimes, les médias lui ont attribué un surnom : le Voleur de regards...
Alexander Zorbach, un ancien policier devenu journaliste, se rend sur une nouvelle scène de crime. Une mère de famille a été assassinée et son fils de 9 ans a disparu.
Alexander se retrouve pris dans l'engrenage du jeu machiavélique auquel se livre le Voleur de regards, qui veut lui faire porter le chapeau.
Zorbach a 45 heures pour retrouver l'enfant et prouver son innocence. Le compte à rebours est lancé...




... et la plongée dans ce roman allemand n'en sera que plus terrifiante. Qui a donc dit que les allemands ne pouvaient pas écrire des romans mettant en scène des serial killers ? Personne. Surtout pas après avoir lu celui-ci.
Quand j'ai reçu ce livre de la part des éditions l'Archipel, que je remercie beaucoup, je ne m'attendais pas à recevoir la claque dont je viens à peine de me relever.
Tout d'abord, ce livre détonne par la construction du récit et des chapitres qui commencent par la fin. Des chapitres à rebours, et l'auteur nous l'explique dans ses remerciements, qui ne sont pas la conséquence d'une erreur lors de la fabrication du livre.
Des chapitres courts qui alternent entre la narration du héros malheureux racontés à la première personne et des autres personnages importants.
Bonne transition pour évoquer donc ces personnages qui sont tous excellemment travaillés. Il y a indéniablement une recherche extrême dans la psychologie des protagonistes. Zorbach, héros cassé, torturé, détruit. Alina l'aveugle, médium ou escroc ? Et que dire de ces flics bourrus, violents au passé trouble ?
Le suspens est terrible. L'auteur ne laisse aucun temps mort jusqu'au dénouement de l'intrigue que le lecteur va encaisser comme s'il venait de se faire percuter par un camion en pleine vitesse.
Bref, un roman que je ne suis pas prêt d'oublier mais qui va peut-être avoir une suite, l'auteur voulant travailler à nouveau avec Zorbach et Alina.
Ce livre est disponible ici :
http://www.editionsarchipel.com/livres/le-voleur-de-regards

dimanche 14 avril 2013

Dans le sillage des forbans, Yann Tatibouët, Coop Breizh


Dans le sillage des forbans vient de sortir aux éditions Coop Breizh. Il s'agit en fait de la réunion des deux premiers romans de l'auteur initialement intitulés : "Tenter le diable" et "Priez pour nous".
Sortis en auto-édition, ces deux livres avaient bien marchés mais n'avaient pas conquis le lectorat dont ils méritaient.
Avec cette édition, gageons que cette fois mal sera réparé car ce livre le vaut bien.
 J'avais déjà eu l'occasion de chroniquer ces livres dans ce blog. Je recopie donc mes commentaires ci-dessous.

La nouvelle couverture, créée par Hugues Mahouas, est très belle et illustre à merveille l'univers de Yann Tatibouët.

Priez pour nous


Priez pour nous...pauvres pêcheurs, pourraient-on se dire à la lecture de ce roman singulier. Pas vraiment un polar à proprement parlé, ce livre est aussi historique qu'ethnologique.
L'histoire :
Octobre 1918, l'armistice vient d'être signé, la Grande Guerre se termine à peine. Pourtant, tous les hommes ne sont pas en paix. Vincent Falc'hun se terre sur les berges du golfe du Morbihan. Il n'a qu'un but : la vengeance.
Mais à côtoyer les pêcheurs, à naviguer sur un forban et à frôler la peau d'une femme, il va trouver bien plus... et perdre davantage.

Le décor est posé. Le golfe du Morbihan sert d'écrin magnifique à ce récit terrible. On y croise des personnages taillés dans le granit breton, des types au caractère bien dur, des femmes fortes habituées aux drames, à la mort, lot traditionnel des marins. Et puis, il y a cette guerre. Destructrice, ravageuse. Et puis, il y a ces hommes qui y sont revenus, parfois diminués autant physiquement que moralement. Ceux qui n'y sont pas allés, qui ont continué à travailler sur la terre de leurs ancètres. Grâce à Yann Tatibouët, on découvre la vie dans une bourgade bretonne du début du XXème siècle. On en apprend beaucoup sur les pêcheurs du Golfe mais aussi sur leurs moeurs : le mariage, les veillées, les pardons, leurs habitations, la religion...
Je  me suis demandé toutefois si le récit n'était pas trop technique ou "breto-centré". De nombreuses expressions font partie du langage breton qu'un non initié peut ne pas comprendre mais finalement, l'auteur fait en sorte de développer ses phrases d'une manière explicite et limpide.
J'ai évoqué plus haut le relief particulièrement intéressant des personnages. Cela se traduit aussi dans les dialogues, non dénués d'humour... :

" - N'aie pas de remords, ça doit lui rappeler le bon vieux temps où il pionçait sur les ponts.
- Il se tapait la cloche ? Il n'a pourtant pas l'air d'avoir eu une vie de mendiant...
- Mais non, benêt ! sur le pont des navires ! Essaie donc ces bottes au lieu de dire des conneries. "


... ou de gravité à l'évocation des tranchés :

"- Des héros, je n'en ai pas vu beaucoup des les tranchées, juste des hommes qui faisaient ce qu'ils devaient de façon héroïque. La peur, je peux vous en parler si vous y tenez tant. La peur du froid, des gaz, des grenades, des avions, des maladies, des tanks, de la faim, du magnésium qui révèle votre position dans la nuit la plus noire, des barbelés, de la soif, de la douleur, du lance-flammes, de la mitrailleuse, de la baïonnette, de l'ensevelissement quand le talus de retranchement s'effondre, des crapouillots, de la vermine qui grouille sous les vêtements, des poux, des mouches, de la mouscaille. Je peux surtout vous parler de la peur d'avoir peur, la pire peut-être. "

Enfin, il y a cette vengeance sourde. Celle de Vincent. Celle qui l'a amené dans ce village perdu. Parviendra-t-il à l'assouvir ?

Vous l'aurez compris, "Priez pour nous" est une véritable pépite à ne manquer sous aucun prétexte ! Un pélerinage à Saint-Anne d'Auray et quarante Pater pour celui qui ne l'aura pas lu dans l'année !
Kenavo Yann et à très bientôt !


Automne 1943, l'équipage d'un chalutier breton est décimé par les nazis.
Les survivants se terrent en rêvant de l'Angleterre. Ils sont hébergés chez Gwendal Pennawel, conteur d'exception, qui va réaliser l'oeuvre de sa vie en inventant un audacieux plan d'évasion. Qui en paiera le prix ?
Les barbelés n'arrêtent pas le vent de liberté qui souffle sur l'océan. Ce fut singulièrement vrai au cours de la Seconde Guerre mondiale pour de nombreux marins.


Tenter le diable

Dans ce roman mi-historique mi-polar mi-ethnologique, on retrouve les personnages du premier opus "Priez pour nous". Toute cette communauté de marins du Bono (petit port proche d'Auray en Bretagne Sud) a vieilli depuis 1918. Des chemins se sont séparés, des destins se sont éveillés, des drames se sont noués. Et c'est au coeur de la Seconde guerre mondiale que ces marins vont se retrouver pour lutter contre l'ennemi commun : les allemands. Ceux-ci sont bien implantés dans cette région sauvage et majestueuse. Eminément stratégique aussi car il s'agit pour l'occupant de contrôler tout départ et surtout tout débarquement anglais sur les côtes. Pas facile quand on connaît le caractère des bretons. Dur comme le granit et d'une loyauté à toute épreuve.
Ce livre est aussi l'occasion pour l'auteur de nous décrire les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes, loin du champ de bataille, mais soumis à un régime sévère et autoritaire où tout le monde se méfie de tout le monde. Les certitudes d'autrefois ne sont plus les celles du moment. La faim, la peur, les dénonciations, les collabos, les exactions multiples et quotidiennes des nazis mettent à mal le moral des bretons.
Et dans l'ombre, un plan se trame pour sauver un équipage promis aux camps.
Comme dans son précédent roman, Yann Tatibouët raconte avec une précision historique cette guerre en utilisant les mêmes recettes : des descriptions succintes et des dialogues tranchants. Parfois, l'on croirait assister à de véritables joutes verbales tant les échanges entre les personnages sont vigoureux !
Bref, un très bon roman !

La soeur de l'ombre, Patricia Macdonald, Albin Michel


Quand ses parents meurent dans un accident de voiture, Alex se retrouve seule au monde. Jusqu’à la lecture d’une lettre que lui remet le notaire où elle apprend l’incroyable secret que cachait sa mère : bien avant Alex, elle a donné naissance à une fille, confiée à une famille adoptive. Sous le choc, Alex part sur les traces de cette « sœur de l’ombre ». Elle la découvre en prison, accusée d’un meurtre dont elle se déclare innocente. Prenant fait et cause pour elle, Alex décide de l’aider et de mener sa propre enquête. Mais peu à peu, les doutes l’assaillent, et quand tout à coup, c’est sa vie qui se trouve en danger, il lui faut se résoudre à affronter les secrets obsédants du passé… Avec Patricia MacDonald, il ne faut jamais se fier aux apparences. Semant le trouble en virtuose, jouant avec nos peurs inavouées, elle se révèle dans ce nouveau suspense au sommet de son art.



Un jeu dangereux pour Alex, la protagoniste de l'histoire. Peu après le décès brutal de ses parents, elle apprend qu'elle a une sœur... en prison. Je ne reviendrai pas davantage sur le résumé de ce nouveau livre de Patricia MacDonald. L'intrigue est intéressante et le suspens présent tout au long du récit.
C'est un bon roman, presque à l'anglaise, dans lequel le lecteur va retrouver tous les ingrédients qui font un bon suspens : une intrigue solide, des personnages travaillés même si certains sont un peu clichés, un climat qui se durcit au fil des pages et bien sûr de l'amour. Bref, tout y est pour nous faire passer un bon moment de lecture.
Ce livre se lit très vite et on tourne les pages avec plaisir et angoisse. On s'attache à Alex et même aussi inconcevable que cela puisse paraître, à Dory qui forment un duo de sœur plus choc que chic.
Un bémol : la scène finale, qui pourrait relever d'un bon film policier, arrive trop vite.
Disponible aux éditions Albin Michel.

jeudi 11 avril 2013

Froid Mortel, Johan Théorin, Albin Michel


Il y a pire qu’être enfermé dans la Clinique…
… ne pas pouvoir y pénétrer. 
 
Une école. Un centre de détention psychiatrique. Entre les deux, un couloir souterrain… que les enfants franchissent régulièrement pour rendre visite à leur parent interné. Jan Hauger, qui a réussi à se faire embaucher au sein de ce dispositif expérimental étroitement surveillé, ne rate pas une occasion d’être leur accompagnateur. Mais que cherche-t-il ? Et que se passe-t-il réellement dans les sous-sols obscurs et labyrinthiques de la clinique ? Irrésistiblement attiré par des criminels dangereux et des malades incurables, ne risque-t-il pas de passer définitivement de l’autre côté ?
Virtuose des climats troubles et envoûtants, Johan Theorin remonte le fil d’un passé lourd de secrets. Un thriller sombre, machiavélique et implacable.
Après L’Heure trouble et L’Écho des morts, Prix Clé de verre du meilleur thriller scandinave, Johan Theorin révèle une nouvelle facette de son talent.
 
 
 

Quatrième roman pour cet auteur. Pour moi, le premier. Je l'avoue. Avec une certaine honte. Il fallait donc je répare cette erreur. C'est maintenant chose faite grâce aux éditions Albin Michel.
L'histoire n'est pas banale. Un homme, Jan, se fait engager comme instituteur dans une école maternelle reliée par un souterrain à un hôpital psychiatrique. Les enfants ne sont que ceux des internés et, pour assurer un certain équilibre chez ces êtres en construction, il faut ne pas les couper de leur famille. Donc, les petits vont et viennent régulièrement dans le souterrain rendre visite à leur parent interné. Ils sont toujours conduits par un adulte.
Mais ce monde clos fascine autant qu'il suscite la crainte et la peur.
Je n'en dirai pas plus sur l'histoire qui tient bien la route.
L'écriture de Johan Théorin est précise, sans fioriture et donc efficace. Il tisse une intrigue solide et alterne les récits à trois périodes différente de la vie du personnage central, Jan.
Jan, le mystérieux. Dont l'auteur dévoile peu à peu les traits de sa personnalité et son histoire.
D'une manière générale, les personnages sont bien campés. Ils sont profonds et bien travaillés. L'auteur a su aussi créer un climat de plus en plus angoissant et le final est terrible. Le rythme est assez lent tout au long du livre et ce n'est que dans les cinquante dernières pages que Johan Théorin accélère le mouvement et les péripéties. Le suspens est malgré tout présent du début à la fin.
Ceux qui s'attendent à un thriller sanglant seront déçus mais je leur conseille tout de même ce roman qui tient toutes ses promesses.

 

dimanche 7 avril 2013

COGNAC BLUES, David Patsouris, Le Rouergue


Charly est un professionnel. Quand il ne tue pas pour les maîtres du vignoble, il protège la tranquillité de leurs fêtes, intimide les gêneurs. À Cognac, les viticulteurs en colère font flamber des bûchers aux portes de la ville. Charly est chargé d'éliminer Bernard Bellion, un syndicaliste opiniâtre et insoumis qui n'a pas compris ce qu'il en coûte de vouloir résister aux rois du négoce. Seulement ce mort-là ne va pas le laisser tranquille.
Charly le pressent, à peine reparti vers les spots de surf et la côte atlantique, là où surgit Gail, une fille toute légère dans un halo de cheveux noirs. Alors que Charly tombe amoureux comme il se laisserait emporter par une déferlante, son complice se suicide, taraudé par le remords. Des ombres menaçantes peuplent soudain la presqu'île magique, entre Seudre et Gironde. Peut-on mettre un gilet pare-balles au bonheur ? Charly, le tueur qui fuit ses fantômes dans le ressac de l'Atlantique, Gail, la fille trop heureuse qui croit au paradis, foncent ensemble, jusqu'au manque d'oxygène.
David Patsouris signe un premier roman hypnotique et âpre, où l'amour garde la force de tout renverser.



Cognac blues est un vrai roman noir. D'abord, il y a la situation explosive qui tenaille les viticulteurs de la Charente. Ensuite, il y a Charly. Vrai tueur mais dont les états d'âme commencent à le dépasser. Il rencontre Gail, une belle jeune femme dont il tombe éperdument amoureux. Sentiment réciproque, d'ailleurs.
Il y a aussi le surf mais les vagues limpides et tubulaires ne parviennent jamais à masquer l'amertume de la vie. Celle de Charly et bien sûr celle des producteurs de cognac soumis au régime âpre et sans concession des grands négociants.
Cognac blues dépeint tout ça. Trop peut-être. Mais peut-on en vouloir à l'auteur de vouloir éclairer le lecteur sur une telle situation ?
Mais Cognac Blues, c'est aussi un roman atypique, très travaillé. L'écriture de David Patsouris et métaphorique, poétique et non conventionnelle. Parfois, on retrouve de nombreuses répétitions volontaires, parfois c'est la ponctuation qui manque dans des chapitres entiers. Oui, ce livre n'est pas un roman noir ordinaire. L'intrigue n'est pas le souci premier de l'auteur. C'est l'écriture, le style et rien que pour ça, même si quelques longueurs existent, il faut le lire.
Disponible aux éditions du Rouergue.

mercredi 3 avril 2013

LES ENNUIS C'EST MON PROBLEME, Raymond Chandler, Omnibus

Les ennuis c'est mon problème, Raymond Chandler




Pour les amateurs de polars, Chandler est un incontournable et rien est à jeter dans son oeuvre. "On peut lire TOUT Chandler "conseille le spécialiste François Guérif dans son ouvrage Du polar (Payot et Rivages).
Les 25 nouvelles qui composent ce recueil préfigurent le personnages de Philip Marlow que l'on présente comme le père de tous les détectives privés. Ces nouvelles sont aussi des versions courtes des romans qu'il écrira par la suite.
Pour autant, il ne s'agit pas de simples synopsis bâclés mais de courtes histoires où l'ambiance, le climat propre à Chandler sont déjà présents.On découvre également son cynisme et son ironie à travers les nombreux personnages que Chandler crée.
Deux nouvelles aux allures fantastiques font partie de ce livre. Un genre auquel Chandler s'est essayé mais par lequel il n'a pas été vraiment convaincu.
Pour tous les amateurs du genre et pour ceux qui veulent parfaire leur culture polardesque, cet ouvrage est indispensable dans une bibliothèque.

mardi 2 avril 2013

Road Tripes, Sébastien Gendron, Albin Michel.


ROAD TRIPES, Sébastien Gendron


« Aujourd’hui encore, je ne sais pas pourquoi je suis monté dans cette voiture. Sans doute parce qu’un autre que moi en avait décidé ainsi. Je sais juste que la portière s’est ouverte, la portière s’est refermée. Entre les deux, j’ai eu le temps de m’asseoir et de boucler ma ceinture. »

Quand deux paumés décident de jouer aux cow-boys sur des routes où les pompes à essence ont remplacé les Indiens, cela donne une course folle et déjantée entre Bordeaux et Montélimar, soient 4000 kilomètres en dents de scie à manger des sardines à l’huile et des gâteaux secs, à foutre le feu aux forêts et à vider un fusil pour secouer le décor… Un polar délirant signé Sébastien Gendron, dans la lignée de Donald Westlake, Joe R. Lansdale et Christopher Moore.

 

C'est vrai que le quatrième de couverture donne furieusement envie ! Quelles références : Westlake, Lansdale et Moore ! Rien que ça !!! Eh bien, espérons que Sébastien Gendron tienne promesse dans les quelques 285 pages de ce nouveau roman. La barre est haute et l'attente du lecteur tout aussi.
Donc, c'est avec une impatience que j'ai ouvert ce livre (au demeurant bel objet. La couverture est superbe, les couleurs frappent et la texture en relief du titre est très agréable.) et entamé la lecture de Road Movie littéraire.
J'ai embarqué avec Vincent et Carell, deux complices improbables, dans cette aventure entre Bordeaux et Montélimar qu'ils atteindront après moult détours. L'un est posé et réfléchi, cultivé et paumé. L'autre est dézingué et impulsif, barbare et... paumé également. L'un ne sait pas où il va et suit le second qui ne le sait pas non plus, d'ailleurs. Ils avancent en volant des voitures et des cartes bleues. Ils dorment dans leur véhicule ou dans des hôtels, se font pourchasser par un gourou furieux qui pense qu'une planète mystérieuse se cache au fond de notre système solaire et qui va provoquer la fin du monde.
Tout au long de ce récit épique, les deux protagonistes vont rencontrer de nombreuses personnes aussi déjantées les unes que les autres.
Parfois on rigole et à d'autres moments on grince des dents et on sert les poings. C'est âpre et dur, bourré d'humour et d'action.
Revenons sur le titre qui se veut, bien évidemment, un jeu de mot. Trip signifie voyage en anglais. Ici, Sébastien Gendron y adjoint un E et un S pour bien montrer que le voyage sur la route de ces deux loosers, ils le sortent avec leurs tripes. Ils donnent tout ce qu'ils ont dans le ventre pour atteindre leur but. Mais lequel ?
L'écriture de Gendron, eh bien en effet, on peut la comparer à celle d'un Westlake ou d'un Lansdale. C'est beau et poétique, cru mais dénué de vulgarité. Comme ce passage que je ne peux m'empêcher de noter une partie :

"Pourquoi t'es moche, hein ?Carell, pourquoi elle est moche, tu peux me dire ? Pourquoi on croise que des thons depuis qu'on est partis ? Ouais, désolé mademoiselle, mais c'est vrai : vous êtes pas la première."

Bref, vous l'aurez compris, ce livre à paraître demain chez Albin Michel est un vrai coup de cœur. Une pure merveille que j'ai dévorée en 2 jours.
Souhaitons à Sébastien Gendron une belle et longue carrière !

lundi 1 avril 2013

DU POLAR, François Guérif, Payot et Rivages


DU POLAR, François Guérif

 Auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le cinéma américain, et notamment le film noir, fondateur de la revue Polar, lauréat du Ellery Queen Award en 1997 et surtout éditeur des auteurs les plus prestigieux du genre aux Éditions Rivages, François Guérif est aujourd'hui sans doute l'un des plus grands spécialistes français du roman policier.
Au fil de ces entretiens à bâtons rompus avec le journaliste Philippe Blanchet, François Guérif revient sur la genèse du polar, de Conan Doyle à Agatha Christie, sur les premiers classiques modernes (de Dashiell Hammett à Raymond Chandler) et sur les grands auteurs actuels. Tout au long de ce livre à la fois érudit et passionné, il analyse les principales étapes du genre. Évoque sa carrière, ses coups de coeur (David Goodis, James Cain, Jim Thompson), ses amitiés (Léo Malet, Jean-Patrick Manchette, Robin Cook, James Ellroy...), ses souvenirs et ses livres de chevet.


Dans le monde du polar, il n'est plus besoin de présenter François Guérif, l'actuel éditeur et créateur de Rivages/Noir, tant son travail aura eu des répercussions dans le domaine. La lecture de cet ouvrage nous fait entrer dans son univers, son quotidien dont il a fait un mode de vie. Il nous fait partager ses passions, ses coups de cœur et les auteurs qu'il aime ou qu'il a aimé, ceux qu'il a défendu contre vents et marées et les injustement oubliés comme Eric Ambler.

Les anecdotes qu'il raconte sont passionnantes, amusantes ou parfois dramatiques comme la fin de vie de Robin Cook (à ne pas confondre avec son homonyme qui écrit des polars médicaux). C'est aussi l'histoire improbable de l'ex-taulard devenu écrivain Ed Bunker ou l'explosion de l'héritier de Ellroy en la personne de Dennis Lehane.

On y retrouve également les innombrables références à Manchette, preuve que cet auteur a révolutionné le roman policier et James Ellroy, un autre "très grand".

Lire Du polar ce n'est pas seulement découvrir l'histoire de Rivages/Noir. C'est véritablement appréhender l'Histoire (avec un H majuscule) du polar dans le monde. Car comme il le dit lui-même : " j'ai toujours pensé que le roman noir est de tous les pays". Ce qui lui plaît, ce qui l'intéresse et c'est ce qui fait la force de Rivages, c'est de publier de vrais livres et cela, on ne peut que l'en remercier car il a su donner une légitimité à ce genre longtemps considéré comme de la littérature de seconde zone.
Pour conclure, laissons parler François Guérif qui résume tout à fait son état d'esprit :

"Pour faire un bon roman policier, il faut la même chose que pour faire un bon roman tout court : Une écriture. Une voix."

Du polar, dans tous les bacs à partir du 04/04/13