vendredi 29 mars 2013

Colorado Kid, Stephen King, J'ai lu


Colorado Kid, Stephen King

Pour deux vieux busards du journalisme tels que Dave Bowie et Vince Teague, la présence dans leur petit hebdomadaire local de la ravissante Stephanie McCann est un bain de jouvence. Et comment donner plus sûrement à l'exquise stagiaire l'envie de rester, si ce n'est en lui révélant l'insoluble énigme qui les tenaille et qu'ils gardent jalousement depuis
vingt-cinq ans ? Cet homme retrouvé sur une plage, mort dans des circonstances insolites et inexplicables, livrera-t-il son secret à la jeune fille happée par cette histoire ?



J'affiche tout de suite la couleur : ce King est totalement différent des autres mais est sacrément et foutrement bon !
Sorti en France en 2006 et uniquement aux éditions J'ai Lu, Colorado Kid est un hommage aux romanciers Raymond Chandler et Agatha Christie.Et que l'on ne s'y trompe pas, King arrive très bien à entrer dans l'univers tortueux et à tenir en haleine le lecteur jusqu'au bout en racontant une histoire à travers deux vieux journalistes espiègles et dont la verve est admirable. Stéphanie, la jeune stagiaire, est aussi un personnage attachant et perspicace, trop heureuse de pouvoir jouer le jeu des deux roublards qui l'emploient et qui finalement l'aiment bien.
Les puristes du King sanglant et horrifique seront peut-être déçus bien qu'on reconnaisse facilement son écriture. Les dialogues sont puissants, précis et parfois drôles.
Les fans du King, comme moi, vont adorer ce jeu entre les journalistes et leur stagiaire jusqu'au dénouement final assez surprenant et... déroutant.
Comme à son habitude, Stephen King gratifie le lecteur d'une postface très intéressante dans laquelle il s'explique ce choix.
Un livre à découvrir avant qu'il ne devienne un collector !

Les six naïades, Laurent Corre, éditions du Caïman


Les six naïades, Laurent Corre


Le journaliste Frédéric Brawner et le commissaire Marling enquêtent sur la mort d’un notable lillois qui n’avait aucune raison d’être assassiné.Crime crapuleux ?… Erreur sur la personne ?… De fil en aiguille, le journaliste et le policier finissent par trouver une piste qui semble les mener vers l’un des plus sombres chapitres de l’Histoire de l’humanité...


Les éditions du Caïman poursuivent leur bonhomme de chemin dans le polar français avec un roman original de Laurent Corre. Un crime a été commis à Lille et le commissaire fait appel à ce duo d'enquêteurs basés à Lyon. C'est la première originalité. Ils vont travailler "hors secteur".
La deuxième originalité tient au fait que Marling et Brawner ne doivent pas découvrir un meurtrier mais son mobile.
Enfin, la troisième originalité tient aux personnages eux-mêmes et notamment Brawner, journaliste maladroit mais doué d'un instinct hors du commun que ne se prive pas d'utiliser son policier d'ami, Marling.
Le roman de Laurent Corre débute donc sous des auspices assez originaux et va nous entraîner très loin dans la folie humaine.
Pourquoi un notable respecté a t-il été assassiné ? Qui voulait du mal à un homme de bien au point de l'éliminer ? Cette question est le fil rouge du roman qui ne va cesser de tarauder l'esprit des enquêteurs et du lecteur.
On prend plaisir à suivre ce duo improbable et visiblement mal à l'aise dans les rôles qu'on leur fait jouer mais qui s'en sort finalement très bien.
Je pense qu'on devrait bientôt entendre à nouveau parler de Marling et Brawner.
Disponible aux éditions du Caïman :
http://editionsducaiman.e-monsite.com/

Une écharde au coeur, J.F Coatmeur, Albin Michel


Une écharde au coeur, Jean-François Coatmeur


Dans une crique déserte de la baie de Douarnenez, Mara échappe à la mort : on a tenté de la noyer alors qu'elle prenait un bain de minuit. C'est du moins ce qu'elle raconte à Gwen, qui la recueille affolée, errant à demie nue au bord de la route.Bien qu'il se rende vite compte que la jeune femme ne dit pas toute la vérité, Gwen, à ses risques et périls, décide de l'aider et de la protéger. De mensonges en fausses confidences, Mara et Gwen, prisonniers de leurs secrets, se retrouvent impliqués dans une machination diabolique où un tueur sans visage se prépare dans l'ombre à frapper encore...Mettant en scène des personnages complexes au service d'un suspense remarquablement maîtrisé, Jean-François Coatmeur, Grand prix de littérature policière, sonde une fois encore les abysses de l'âme humaine.


Jean-François Coatmeur fait partie de mes auteurs favoris et pas parce que, comme moi, il est breton. Il est vrai que je l'ai découvert avec Des feux sous la cendre dont le résumé m'avait attiré car il se passait en Bretagne mais depuis j'ai approfondi mes lectures. Tous ses livres me sont passés entre les mains.
Une écharde au coeur ne se caractérise pas par son originalité. C'est un fait que certains lecteurs pourraient reprocher à Coatmeur cependant on y retrouve tous les ingrédients dont il se sert à chacune de ses intrigues.
En vrac : les secrets de famille, les notables et leurs magouilles, la politique et surtout une construction habile, des personnages savamment travaillés, des dialogues incisifs, un suspens présent du début à la fin, le tout servi dans un écrin breton énigmatique.
Il y a dans ce livre -comme d'ailleurs quasiment tous ses romans- une extrême finesse dans l'écriture et la résolution de l'énigme. Jean-François Coatmeur manipule avec soin ses personnages comme il assène à son lecteur un suspens parfois insoutenable qui l'oblige à reprendre son souffle.
Un très bon roman qui peut servir de porte d'entrée à l'univers de cet auteur pour ceux qui ne l'auraient encore jamais lu.

mercredi 20 mars 2013

L'île des chasseurs d'oiseaux, Peter May, Le Rouergue Noir


Peter May nous avait habitués à peindre la Chine à travers ses précédents polars. Ici, c'est en Ecosse qu'il tisse son intrigue et plus précisément sur l'île de Lewis.

Marqué par la perte récente de son fils unique, l'inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d'une enquête sur un assassinat commis à Edimburg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n'est pas revenu depuis dix-huit ans. Un cadavre exécuté selon le même modus operandi vient d'y être découvert. Cependant, dès l'autopsie effectuée par le médecin légiste, Fin ne croit plus à un lien entre les deux affaires. Sur cette île tempêtueuse du nord de l'Écosse, couverte de landes, où l'on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin retrouve les acteurs de son enfance, à commencer par Ange, chef tyrannique de la bande dont il faisait partie. Marsaili, son premier amour, vit aujourd'hui avec Artair. Ce même Artair dont le père a perdu la vie en sauvant celle de Fin lors de l'expédition qui, chaque année, depuis des siècles, conduit une douzaine d'hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Que s'est-il passé il y a dix-huit ans entre ces hommes, quel est le secret qui pèse sur eux et ressurgit aujourd'hui ?

En ouvrant ce livre, je pensais lire un polar dans l'atmosphère brumeuse et venteuse d'une île écossaise. J'ai eu bien plus. Un roman sur la nostalgie, la mélancolie et l'amitié. Les chapitres sur l'enfance de l'enquêteur sont époustouflants et angoissants. On sent qu'un drame va se nouer sans réussir vraiment à savoir quand il aura lieu, où il aura lieu et qui en seront les principaux protagonistes.
Tout au long du livre, l'enquête passe légèrement au second plan au profit du retour "à la maison" de l'enfant du pays devenu policier mais pas forcément le bienvenu parmi ses ex-amis.

Un roman puissant et dur comme les âmes des pêcheurs.
 Pour moi, une véritable découverte.

Camarguestan ! Philippe Paternolli, éditions du caïman



Le nouveau polar de Philippe Paternolli vient de sortir aux éditions du Caïman.
Le 4ème de couv :
 
Après une rencontre au sommet à Bologne en 2003, la mafia russe a jeté son dévolu sur un territoire allant du delta du Rhône jusqu’à l’Etang de Thau, territoire baptisé Camarguestan.
 
Le commissaire spécial Vincent Erno est dépêché sur place pour tenter de contrecarrer ce projet.
 
Philippe Paternolli tisse ici, dans une Camargue en ébullition, une intrigue dont il a le secret, rebondissant entre Mafia d’Europe de l’est, policiers et notables corrompus et autres aficionados des courses taurines…
 
Dans ce nouveau roman, on a plaisir a retrouver le commissaire Erno déjà rencontré dans Alpes Noires (éditions du Caïman, mars 2011). Cette fois, son enquête le mène en Camargue dans le monde des manades et de la mafia russe.
Dès les premières pages, l'auteur nous en met plein la vue, histoire de dire que dans ce livre, il n'y aura pas de temps mort. Et c'est bien ce qu'il se passe tout au long des 190 pages qui se lisent trop vite. Pour moi, c'est d'ailleurs le seul regret.
L'intrigue est rondement ficelée et Philippe Paternolli ne perd pas son temps dans des histoires alambiquées au risque de perdre le lecteur.
Les personnages sont singuliers. Pas de manichéisme, non plus, même le commissaire n'est pas tout rose mais ça, on n'en dit pas plus.
Un peu de bonne chair, une intrigue policière, quelques bons sentiments et de l'action sont les ingrédients de ce bon polar que vous pouvez vous procurer directement sur le site de l'éditeur.
 
 

vendredi 1 mars 2013

Sale temps pour le pays, Michaël Mention, Rivages.

1976.
Une vague de meurtres touche le nord de l’Angleterre ; les victimes sont des prostituées. La police locale est sur les dents. Un homme clé pour diriger l’enquête : l’inspecteur George Knox, personnage austère, «gueule à la Richard Burton », états de services légendaires. Secondé par le détective Mark Burstyn, Knox se lance à corps perdu dans cette affaire qui tourne pour lui à l’obsession, tandis que sa femme Kathryn est en train de mourir d’un cancer. Le temps passe et plus le tueur semble jouer avec la police en brouillant les pistes, plus Knox s’enfonce dans l’abîme. Un abîme à l’image du chaos social et politique ambiant. Bientôt, c’est comme si la traque du tueur devenait une quête dérisoire en regard de la dépression qui gagne le pays et ses habitants.
 

 
 
 

C'est avec ce roman que j'ai découvert Michaël Mention qui m'a fait l'extrême honneur de me le dédicacer. Je suis donc rentré dans cette lecture avec l'envie d'en savoir plus sur ce "Jack l'éventreur du 20ème siècle" sans jamais avoir entendu parler de lui.
On pourrait penser à du David Peace mais se serait oublier que l'auteur s'est énormément documenté, a beaucoup enquêté pour nous livrer un livre qui est à la fois un roman et une belle investigation sur une affaire qui avait défrayé la chronique dans l'Angleterre des 70's.
C'est aussi un roman noir dans ce sens où les personnages sont bien ancrés dans une réalité complexe et dépourvue de structure. Les (anti-?) héros de ce livre sont déstabilisés, perturbés par le contexte politique et économique qui marque l'arrivée au pouvoir d'une femme forte qui deviendra celle qu'on a surnommé la dame de fer. Ils avancent sans trop savoir comment, sans trop savoir vers où elle va les amener. En tout cas, ce sera vers une nouvelle Angleterre. Mieux ou pire ? C'est dans cette interrogation que le titre du livre prend tout son sens.
J'ai vécu avec Knox, j'ai souffert aussi avec lui. J'ai apprécié la finesse de Mark et le côté bourrin de Caine et l'amitié du chef de la police. On ressent donc le travail de l'auteur sur des personnages terriblement humains. C'est fort, puissant et parfois émouvant comme ce chapitre du cimetière où la sensibilité de chacun est décuplée.
"Sale temps pour le pays" se lit (trop) vite, les chapitres sont courts et invitent à tourner les pages mais lorsque je l'ai refermé, j'étais époustouflé.
Je souhaite donc à Michaël Mention une belle et longue carrière.