lundi 16 décembre 2013

A venir : Les chiens de Belfast, Sam Millar, Le Seuil.


L'année 2014 va être marquée par le nouveau roman de Sam Millar aux éditions Le Seuil. 

Présentation de l'éditeur :
Il s’en passe de belles, à Belfast, cet hiver-là…
Deux mains gauches sont découvertes dans les entrailles d’un sanglier abattu à la chasse. Vingt ans plus tôt, c’étaient des chiens sauvages échappés du zoo qui déchiquetaient les corps…
Et il ne fait pas bon s’attarder dans les bars : une femme mystérieuse — pute ou pas pute ? — attire plusieurs hommes de la ville dans ses filets , puis s’offre à leurs dépens des séances de torture raffinées avant de les achever.
Le soin de démêler les fils sanglants de cette série macabre échoit à Karl Kane, détective privé cabossé par la vie et hanté par un drame digne d’un fantasme de James Ellroy.
Et ce n’est pas la police qui va l’aider.

L’humour noir, très noir, mais cultivé, de Sam Millar est de nouveau présent dans ce premier volet d’une trilogie policière pas comme les autres.


A Venir : Mr Mercedes, Stephen King, Albin Michel.

La rumeur enflait depuis un certain temps. Elle est aujourd'hui confirmée. Le prochain roman de Stephen King "Mr Mercedes" devrait sortir au printemps chez Albin Michel.
La couverture américaine :

Chronique à venir...

... Et comme une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, il se pourrait que le maître nous gratifie aussi en 2014 de "Joyland", un roman d'épouvante ayant pour cadre une fête foraine.

dimanche 15 décembre 2013

A venir : La bête, Catherine Hermary Vieille, Albin Michel

Une nouvelle version de la bête du Gévaudan est prévue au catalogue des éditions Albin Michel en février 2014.
On en frissonne d'avance.

L'auteur a beaucoup écrit sur l'Histoire et même si celui-ci n'est pas un polar, il sent très bon ! 

A venir : Dossier 64, Jussi Alder Olsen, Albin Michel


Beau cadeau que les Editions Albin Michel nous préparent pour début janvier ! Le nouveau roman de Jussi Alder Olsen, Dossier 64 sortira en effet le 03 janvier.

Voici la présentation de l'éditeur :

À la fin des années 80, quatre personnes disparaissent mystérieusement en l'espace de quelques jours. Jamais élucidée, l'affaire se retrouve sur le bureau du Département V.
Carl Mørck et ses improbables assistants, le réfugié syrien Assad et la pétillante Rose, ne tardent pas à remonter jusqu'aux années 50 où s'ouvre un sombre chapitre de l'histoire danoise : sur la petite île de Sprögo, des femmes sont internées et stérilisées de force sous la direction du docteur Curt Wad, obsédé par l'idée d'un peuple « pur ». L'une d'elle, patiente n°64, est Nete Hermansen...
Plongé dans une terrible histoire de vengeance, Mørck enquête cette fois dans le milieu politique opaque d'une société danoise où l'influence des extrêmes se fait sentir. 




J'avais beaucoup aimé ses précédents romans, chronique à venir donc...

vendredi 13 décembre 2013

Lignes de sang, Gilles Caillot, Editions du Toucan

Richard Granjon, écrivain à la dérive, voit dans son prochain roman l’ultime chance de relancer sa carrière. Isolé dans une maison de campagne, il veut que son texte soit noir, angoissant, sanglant, aux antipodes de ses précédents livres, plutôt édulcorés.
Mais la tranquillité de sa retraite va être soudainement ébranlée. Via d’obscurs réseaux du web, il est manipulé et poussé à bout par un mystérieux tueur dénué de toute humanité. Sa période d’écriture se transforme petit à petit en véritable cauchemar.
De leur côté, les lieutenants Depierre et Amarante de la Criminelle de Lyon, traquent depuis longtemps un homme qui sème sur sa route des cadavres de jeunes femmes, horriblement mutilés. L’enlèvement de Camille, leur coéquipière, les précipitent en enfer.
A la frontière du virtuel, commence alors leur enquête la plus terrifiante…

Lignes de sang a obtenu le PRIX INTRAMUROS 2013 lors du dernier festival de Cognac.



Lignes de sang vient d'être récompensé par le prix intramuros du Festival de Cognac. L'occasion pour moi de parler d'un roman puissant et d'un auteur que j'apprécie particulièrement.
Un écrivain à la dérive, des crimes atroces, deux flics... pas vraiment original me direz-vous ? Et pourtant, Gilles Caillot réussit à donner une nouveauté à un genre souvent décrié. L'horreur des meurtres et leur lente description côtoie les tourments d'une enquête policière menée tambour battant. A chaque page, le lecteur s'enfonce dans un gouffre sans fin, on peine à reprendre notre respiration. L'atmosphère suffocante que l'auteur insuffle dans son roman donne aux personnages une dimension particulière. Ils ne sont pas des héros. Ils sont témoins, toujours avec un train de retard sur le meurtrier qui prend plaisir à jouer avec leurs (nos ?) nerfs. Ils souffrent et nous avec eux.
Gilles Caillot tisse sa toile. Habilement, subtilement. Terriblement efficace.
Encore un auteur sur qui il faudra compter dans les années à venir.
Disponible aux éditions du Toucan.

samedi 7 décembre 2013

Les chevaux de Troie, Bruno L'Her, noir éditions

Les banlieues s’embrasent. Ces faits divers sont-ils orchestrés afin de manipuler l’opinion publique ? Jacques Maniault, ancien policier du service de protection des hautes personnalités devient témoin d’un meurtre incompréhensible. Et s’il devenait, malgré lui, l’écueil d’une machine bien huilée ?   Débute alors une croisade solitaire, sanglante et ininterrompue contre ces hommes de l’ombre qui le conduira de Paris en Egypte. Nulle part, Jacques Maniault n’aura de répit…jusqu’à la confrontation finale.
Reste à savoir qui en sortira vainqueur !
 

La récente maison d'éditions "Noir éditions" vient de publier le nouveau et cinquième roman de Bruno L'Her.
"Les chevaux de Troie", c'est donc l'histoire d'un ancien policier d'élite qui a le malheur d'être témoin d'un assassinat fomenté par une bande organisée très puissante. Involontairement, il a donc mis le doigt dans un engrenage terrible et violent.
Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue.
Encore une fois, c'est un plaisir de lire cet auteur que j'avais découvert avec "La résurrection de l'ange" (éditions atelier de Presse). Depuis, trois autres romans sont venus étoffer une bien belle bibliographie. Le style de l'auteur est résolument différent de ce qu'on a l'habitude de lire dans le paysage du polar. Ici, point de vulgarité, point de mots contractés, point d'oubli de négation pour un écrit parlé. C'est du politiquement correct (dans l'écriture, j'entends) et cela fait du bien.
Côté structure, Bruno L'Her est assez talentueux pour nous offrir une intrigue savamment travaillée au service d'un roman intelligent. Même si le déroulement du récit n'est pas d'une extrême originalité, les personnages sont fouillés et les péripéties qui s'enchaînent mènent le lecteur à vouloir tourner et tourner les pages le plus vite possible.
L'auteur construit donc ici un thriller-d'action-espionnage efficace avec en toile de fond une angoisse sociale actuelle : le retour d'un ordre nécessaire dans une société en déliquescence mais qui mettrait un terme à la démocratie telle qu'on l'entend aujourd'hui. Il s'appuie sur des événements récents et sur une certaine peur de l'avenir de la population qui ne trouverait refuge (ou salut) que derrière une classe dirigeante forte, puissante et sans concession. Au détriment des droits de l'homme.
Bref, ce roman est passionnant de bout en bout.
Je souhaite à Bruno L'Her tout le succès qu'il mérite. Parions que cet auteur deviendra un incontournable dans le monde du polar hexagonal.
Longue vie aussi à Noir'éditions.
 

vendredi 29 novembre 2013

Doctor Sleep, Stephen King, Albin Michel

Depuis Shining, le petit Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi…



Difficile de passer à côté du nouveau roman de Stephen King dont la sortie coïncide avec sa venue en France et qui a été un moment exceptionnel que j'aurais bien aimé vivre. 
Doctor Sleep est une suite de Shining, un des classiques de la littérature d'épouvante, incontournable titre dans la biographie de King. 
Dans ses notes, l'auteur confie qu'on lui a souvent demandé ce que Danny, un des personnages centraux de Shining, était devenu. Ce livre lui trottait donc dans la tête depuis un moment. 
Doctor Sleep, c'est donc l'histoire de Danny quarante ans après ses mésaventures à l'Overlook hôtel. Il se déroule sur plusieurs années puisque le récit démarre peu après ces fameux événements. 
Même si ce roman peut se lire indépendamment, on ne peut en saisir toutes les subtilités et les références qu'en ayant lu Shining. Ces deux romans forment un "dytpique" solide. 
Danny a grandi, est devenu aide-soignant dans un hospice, a guéri de son alcoolisme et aide les patients à mourir grâce à son Don. 
Parallèlement Abra, une petite fille qui possède elle aussi le Don, tente d'entrer en communication avec Dan. Les années passant, elle va devoir apprivoiser tous les pouvoirs que ce Don lui offre. 
Parallèlement, les Noeuds Vrais forment une communauté nomade qui se nourrit des "vapeurs" des enfants ayant le Don. Ils parcourent le pays à travers de luxueux camping-cars et se font les plus discrets possible pour assurer leur survie. 
Un combat va donc les rapprocher jusqu'à un final dantesque. 
Excellemment construit, ce récit nous emmène loin dans l'univers fantastique de Stephen King qui frappe ici un grand coup après son formidable 22/11/63. 
A l'instar de bon nombre de ses livres, c'est la dimension ordinaire qui prend le dessus ainsi que les tourments de l'auteur et notamment le combat d'un homme contre l'alcoolisme qui fait des victimes collatérales. 
Doctor Sleep a d'ores et déjà été élu par le magazine Elle comme meilleur roman fantastique de l'année. Il est fort à parier que d'autres titres pourraient lui être décernés. En tout cas, il s'agit d'un roman exceptionnel. 
Disponible aux éditions Albin Michel

lundi 25 novembre 2013

Les mémoires du dernier barde breton, Yann Tatibouët, Coop Breizh



Ce livre raconte la vie de Alan an Dall, colporteur et arnaqueur sur le pays d'Auray.

«La guerre 14-18 n'a pas seulement saigné une génération d'hommes, elle a aussi modifié considérablement la façon de vivre et de penser des survivants. L'Armistice de 1918 sonna le glas de la société traditionnelle bretonne. Mon roman se déroule en 1905 lorsqu'elle commença à décliner», raconte Yann Tatibouët pour mieux justifier son choix. «Lorsque l'on se projette dans le passé, la liberté est plus grande dans l'écriture. Les personnages s'animent par eux-mêmes. Ils me prennent par la main et ils m'envoient là où l'auteur ne les attendait pas».
En cette année troublée - 1905 est marquée par la séparation de l'Église et de l'État et la période des inventaires dans le pays d'Auray bat son plein - Alan an Dall, qui est aveugle, a le statut de barde. «Ce qu'il fait n'a rien à voir avec Assurancetourix, l'un des compagnons d'Astérix», s'empresse de préciser l'auteur. «Dans les faits, c'est un poète ambulant, un colporteur. Il s'appuie sur l'actualité du moment pour écrire des chansons. Un jour, il gagne le port de Saint-Goustan où sa filleule Églantine l'a fait mander d'urgence. Il doit accepter d'aider la belle à réaliser ses projets: réunir son père et son futur mari».
«Mais à la veille de la Grande Guerre, les poètes ambulants n'ont plus la cote. A trop user de leur pouvoir dont celui de satiriser les nuisibles, Alan an Dall finit par faire le malheur des siens... Mis en accusation, il doit fuir par les chemins de Vannes. Dans sa fuite, il imagine un ultime stratagème...»


Ouvrir un roman de Yann Tatibouët est toujours un plaisir. Son style d'écriture est plaisant, ses dialogues extrêmement travaillés sont riches, ses personnages également sont tous très intéressants. Ces "mémoires" ne dérogent pas à la règle. Un récit haletant mené tambour battant comme une intrigue policière au coeur de la société bretonne du début du XXème siècle. 
Comme dans tous ses livres, Yann Tatibouët invite le lecteur à découvrir les moeurs et les coutumes des Anciens. Ainsi, on va croiser les marins du Bono, les agriculteurs et ce fameux barde. A la fois poète et donneur de leçons, cet homme occupe une place prépondérante dans une société basée sur l'oralité et les traditions. Loin de l'image galvaudée mais humoristique d'Assurancetourix, Alan est un homme respecté mais rude. Exigeant mais altruiste. Profondément ancré dans son siècle. On en parvient même à se demander comment un tel homme peut avoir autant de pouvoir sur ses contemporains. C'est sans compter sur la piété des bretons qui s'en remettent à Dieu pour expier leurs pêchers mais le barde sert de cheville entre le monde des vivants et celui du Tout-puissant. Il défend et dénonce. 
"Les mémoires du dernier barde breton" est un roman fort et puissant que je vous invite à découvrir. Un très bon moment de lecture où l'érudition côtoie le plaisir.
 

dimanche 24 novembre 2013

Les mâchoires du serpent, Hervé Claude, Acte Sud

D’étranges meurtres sont commis aux quatre coins de l’Australie. Pas de mobile apparent mais une caractéristique commune : les victimes ont toutes eu le sexe tranché. L’État d’Australie-Occidentale, plus riche que jamais grâce au boom minier, n’est pas épargné. Un mineur turbulent et le directeur financier d’une grande compagnie sont à leur tour assassinés. Ashe, l’enquêteur français dilettante, et son indéfectible copain Ange Cattrioni, chef adjoint de la police locale, doivent faire face à cette vague de violence d’un nouveau genre. Prisonnier du fossé qui sépare des sociétés minières plus avides que jamais et un peuple aborigène encore largement exploité, Ashe mène une enquête sur le fil. Pour ne rien arranger, il est en train de tomber amoureux d’un jeune Abori - gène, militant radical victime, dans son adolescence, d’atroces mutilations rituelles. Pour la première fois de sa longue errance à l’autre bout du monde, le Français doit affronter la question aborigène. Celle d’un peuple qu’on a décimé, expulsé de ses terres, dépossédé de sa culture. Et à qui l’on demande officiellement pardon maintenant qu’il n’a plus rien. Rien qu’une dignité bafouée et une fierté à reconquérir coûte que coûte. Mais à quel prix ?
Dans ce roman nerveux et tendu, Hervé Claude révèle une Australie en trompe-l’oeil, un pays qui ne connaît pas la crise, qui se tient à l’écart des soubresauts du monde, mais dans lequel couve un vrai choc de civilisations. Un pays au climat extrême qui exacerbe tout : la sensualité des étreintes, la brutalité des rapports, la violence des crimes. Un polar charnel et torride.

Hervé Claude continue son observation de la population et de la culture Australienne. Après "Les ours s'embrassent pour mourir" (que j'avais moyennement apprécié) et "Nickel Chrome" (qui est bien meilleur), l'ancien journaliste s'attaque cette fois aux aborigènes. Population qui n'avait pas encore été au centre de ses préoccupations littéraires.
Dans ce roman, où d'affreux crimes sont commis à travers cet immense pays-continent, le lecteur retrouve les personnages récurrents qui ont fait le succès de ses précédents romans. Ashe et son ami le policier Ange. Les deux amis, à l'occasion amants, sont cette fois au cœur d'une histoire terrible. Celle des aborigènes et des atrocités dont ils ont été victimes. Parqués comme des bêtes, massacrés, oubliés. Et Ashe, naïf se rendra compte au fil de son enquête que la société qu'il vient d'adopter n'est pas encore prête à sortir ses cadavres du placard.
Bien sûr, on ne peut pas comparer Hervé Claude à un Upfield qui a disséqué cette population mieux que quiconque. Pourtant, on ne peut que saluer son audace. Ce roman est fort et puissant. Les personnages, bien travaillés, en plein questionnement, sont bouleversant et bouleversés. Leurs certitudes s'effondrent devant l'évidence. Et qu'en est-il de ce jeune homme qu'Ashe croise ? Que représente t-il si ce n'est ce lien ténu entre les aborigènes et les Blancs ?
Personnellement, j'adore l'Australie (bien que n'y ayant encore jamais mis les pieds !) et je remercie Hervé Claude de s'attacher à décrire à travers des enquêtes bien menées, un pays magique comme celui-là.

A l'école de la nuit, Louis Bayard, Le cherche Midi


Angleterre, XVIe siècle. Thomas Harriot, mathématicien et astronome, est considéré comme le Galilée anglais. Scientifique de génie, il a constitué, avec quatre de ses amis, dont l'explorateur et espion Walter Raleigh et le dramaturge Christopher Marlowe, une mystérieuse société secrète, L'École de la nuit.

Washington, de nos jours. Aux funérailles d'Alonzo Wax, célèbre bibliophile, son exécuteur testamentaire, Henry Cavendish, spécialiste de l'époque élisabéthaine, est approché par un certain Bernard Styles. Celui-ci lui propose 100 000 dollars en échange d'un courrier énigmatique que Wax aurait eu en sa possession avant de mourir. Plongé dans les nombreux mystères de la bibliothèque de Wax, Harry réalise vite que cette lettre est peut-être susceptible de lever le voile sur l'un des secrets les mieux gardés de L'École de La nuit.

S'inspirant de faits réels, Louis Bayard nous convie à une formidable quête ésotérique, truffée de codes secrets et d'énigmes historiques, convoquant au passage l'histoire de la colonie perdue de Roanoke ou les zones d'ombre de la vie de Shakespeare. Avec une intrigue riche en rebondissements, il tient le lecteur en haleine de la première à la dernière ligne.
 



Le roman de Louis Bayard s'ouvre comme un polar historico-mystico-ésotérisme dont on pourrait craindre le mauvais goût. C'est sans compter le talent de l'auteur qui parvient à cuisiner de manière parfaite tous les ingrédients nécessaires. Evidemment, on pourrait se demander quelle sorte de lien pourrait être encore assez fort entre le XVI ème siècle et le XXIème au point à en arriver à tuer. Et bien, le lien c'est l'école de la nuit. Sorte de Club mystérico-intellectuel regroupant penseurs, écrivains, scientifiques dans la clandestinité de l'Angleterre victorienne. Et ce fameux documents mis au jour et convoité par des collectionneurs avisés. Document qui pourrait remettre en cause beaucoup de nos certitudes.
Ce roman, bien qu'érudit, est facile à lire. De part sa construction tout d'abord. Les chapitres alternent entre les deux époques de manière simple et rapide. Mais aussi grâce à l'écriture fluide et "populaire" de l'auteur. Louis Bayard nous en apprend beaucoup sur l'époque  sans jamais utiliser des phrases de dix lignes avec des flons flons indigestes. Ce qui est plaisant.
Les personnages sont attachants et même si l'histoire d'amour est téléphonée, ça n'enlève rien  au récit qui est haletant. Les scènes d'actions se succèdent  et le lecteur est vite embringué dans cette course.
L'intrigue quant à elle est bien crédible et fort intéressante. Shakespeare en prend un coup, c'est sûr. Sa réputation va en pâtir...
J'ai aussi bien aimé les extraits de poèmes et de pièces de théâtre dont le texte est parsemé.
Pour conclure, ce roman est une bonne surprise.
Disponible aux éditions le Cherche Midi.

dimanche 17 novembre 2013

Enfin (tous) réunis, Annabelle Léna, Editions du Caïman

  Marseille, nowadays. Les maquereaux tombent les uns après les autres, un couteau planté dans le cœur. Le commissaire Rognes est chargé de l’enquête mais s’il s’en fout, comme il se fout de tout.
            Sur le lieu d’un des meurtres, une photo sépia attire son attention. Une photo toute simple mais qui l’obsédera jusqu’à lui faire affronter son propre album de famille.
            Les intrigues se croisent, entre vengeance des prostituées du quartier et introspection d’un homme trop seul.
 
 

Les éditions du Caïman continuent leur bonhomme de chemin dans le monde du polar français avec qualité. Pour preuve, cette nouvelle publication, le premier roman d'Annabelle Léna.
Enfin (tous) réunis est un polar urbain ayant l'insaisissable ville de Marseille pour cadre. L'auteur parvient en 250 pages à nous faire découvrir cette ville pleine de contradictions, attirante et repoussante, forte et fragile, honnête et escroc. Cette ville qui tient donc une place prépondérante dans une intrigue où le héros n'est pas le flic sympa qu'on croise parfois dans les commissariats de police.
Rognes est ce commissaire dont les pérégrinations pourraient nous faire penser à Adamsberg de Fred Vargas. Mais la comparaison s'arrête là. Rognes est en colère. Il est perdu. Il dérive dans un monde dans lequel il se sent de plus en plus étranger. Il ne parvient plus à attirer la sympathie ni même le respect de ses subordonnés. Rognes se perd. Il vit avec ses fantômes qui le hantent de plus en plus.
Et puis, il y a ce tueur qui sévit. Lui aussi insaisissable. Et que dire de l'officier Ranc ? Efficace ? Opportuniste ?
Annabelle Léna nous gratifie ici d'un polar certes mais Enfin (tous) réunis est aussi un roman complet sur l'identité et la perte des repères. Les personnages sont travaillés et à contre courant de ce qu'on peut trouver habituellement, l'intrigue est intéressante et originale. Bref, une belle surprise. Je ne peux que souhaiter à l'auteur une belle carrière !
Disponible aux éditions du Caïman.
 

jeudi 31 octobre 2013

Dernière piste, Taylor Stevens, Presse de la cité.


 

Emily Burbanks, jeune Américaine idéaliste partie explorer le continent africain, n'a pas donné signe de vie depuis quatre ans. Une seule personne peut la retrouver : Vanessa Munroe.


Spécialiste du renseignement, Vanessa Munroe sillonne le globe afin de récolter des informations pour ses clients, principalement des entreprises prêtes à payer le prix de son expertise. Intuitive et capable de s'adapter à toutes les situations, elle n'en demeure pas moins une femme meurtrie. Elevée en Afrique par des parents missionnaires, Munroe a fugué lorsqu'elle était adolescente pour suivre une bande de trafiquants d'armes. Mais un drame l'a forcée à fuir, et à ne jamais regarder en arrière.
Lorsque Richard Burbank, un riche entrepreneur texan, lui demande de retrouver sa fille adoptive disparue en Afrique, Munroe voit dans cette mission l'occasion d'affronter enfin les vieux démons qu'elle a laissés en quittant ce continent.

Avec ce roman âpre et rythmé, porté par un personnage étonnant, Taylor Stevens fait une entrée fracassante dans l'univers du thriller
.

 
 
 
Je découvre cet auteur avec ce roman mi-aventure, mi-polar. Le héros, une femme au passé obscur et qui n'a peur de rien, genre Bruce Willis, part à la recherche de la fille d'un riche industriel disparue quatre ans auparavant. Aucune piste. Munroe est la dernière chance pour retrouver la jeune femme.
Les chapitres sont courts et se lisent aisément. On rentre bien vite dans ce roman qui ne laisse au lecteur aucun répit. Pas vraiment de surprise, les personnages sont communs à de nombreux livres et films de ce genre. L'auteur force un peu le trait sur son héroïne, un peu too much à mon goût. L'intrigue est intéressante et l'écriture classique ne révolutionne pas le genre. Cela reste néanmoins un moment de lecture attrayant mais que j'oublierai vite.


Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, Albin Michel


Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.



Pierre Lemaître délaisse le polar pour ce nouveau roman qui prend la première guerre mondiale pour contexte. A quelques mois du centenaire de l'assassinat de l'archiduc François Ferdinand (évènement qui a précipité le monde dans le conflit) c'était bien joué. Mais c'est plus que ça.
Ce roman est une peinture de la guerre et une dénonciation du mépris pour les survivants et les mutilés, les fameuses gueules cassées. Ces victimes, trop abîmées pour s'insérer dans une société qui panse ses plaies, mais pas assez amochées pour que leurs noms ornent les monuments dédiés aux poilus. Ces encombrants survivants, qu'en faire ? Toujours à ressasser leurs vieilles rengaines, à radoter sur leurs conditions de vie, à se plaindre de leur rente qui tarde à tomber dans leur portefeuille. C'est pas des héros, ça ! Sinon, ils seraient morts ! Les vrais héros, c'est ceux-là ! Ceux qui ont donné leur vie à la France. Les morts on les pleure, mais les vivants ? Ils ne sont que la preuve de la boucherie de 14 !
C'est aussi un beau roman d'amitié entre Albert, timide, gauche, un peu looser et Edouard, bien né, et pourvu de dons artistiques indéniables, qui vont se rencontrer sur le champ de bataille. Pas forcément au moment le plus glorieux. Jusqu'à l'obus de trop. Qui va rendre dépendant l'un et mutiler l'autre. Ces deux-là vont finir la guerre avec amertume et rancœur. Sans un sou, ils vont monter l'arnaque du siècle que je ne dévoilerai pas ici.
Au revoir là-haut est un roman drôle, caustique et émouvant. Il est d'ores et déjà sur la liste de plusieurs prix littéraire et il ne serait pas surprenant qu'il en décroche plusieurs. Sans conteste, un des meilleurs livres de l'année.
Disponible aux éditions Albin Michel.

mardi 8 octobre 2013

L'île des hommes déchus, Guillaume Audru, Editions du Caïman

Eddie Grist, ancien policier à Inverness, est de retour sur Stroma, son île natale, au nord de l'Ecosse. Il y retrouve ses parents, avec qui il a noué des relations difficiles, ainsi que ses rares amis. Mais à peine a-t-il pris ses marques qu'un squelette est découvert sur le chantier d'une résidence secondaire. Malgré son père, notable influent de l’île, Eddie ne pourra s’empêcher de se mêler à l’enquête… enquête officiellement confiée à Moira Holm, amour de jeunesse d'Eddie, qui a, elle aussi, quelques comptes à régler avec la communauté silencieuse de Stroma…
 
L'auteur : Guillaume Audru est né en 1979 à Poitiers.  Il est tombé dans la marmite du polar dès sa prime jeunesse, préférant lire Agatha Christie ou Maurice Leblanc plutôt que Oui-Oui. Et ses études dans le domaine de la logistique, où il a ingurgité Ellroy plutôt que les lectures obligatoires de Maupassant, n'y ont rien changé. Le polar est devenu pour lui une telle religion qu'il crée le blog désormais incontournable : "Territoires Polars". Et, de fil en aiguille, après plusieurs essais infructueux, il s'est attelé avec un égal plaisir à l'écriture de son premier polar. Aujourd'hui, il travaille pour un grand groupe privé et est aussi le président de l'association poitevine "L'Instant Polar".


J'ai déjà eu l'occasion ici d'évoquer cette maison d'éditions créée par un auteur talentueux, Jean-Louis Nogaro. Ces publications sont de très grande qualité et rencontrent donc le succès qu'elles méritent. Le petit dernier va sortir très bientôt. L'île des hommes déchus, c'est un polar bien ficelé dont le titre et les lieux rappelleront à certains la trilogie de Peter May.
J'en dirai plus une fois qu'il sera sorti.
En attendant vous pouvez le pré-commander aux éditions du Caïman.

Mauvaise étoile, R.J Ellory, Sonatine éditions

Texas, 1960. Elliott et Clarence sont deux demi-frères nés sous une mauvaise étoile. Après l’assassinat de leur mère, ils ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maisons de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otages pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, ils se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier. Alors que Sheridan, accompagné des deux adolescents, sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes. Loin de se douter de la complexité de celle-ci, la police, lancée à leurs trousses, et en particulier l’inspecteur Cassidy ne sont pas au bout de leurs surprises.

Avec ce récit au suspense implacable et à la noirceur absolue, R. J. Ellory se consacre de la façon la plus flamboyante qui soit à son sujet de prédilection : le mal. Tout comme Shane Stevens dans Au-delà du mal, il aborde les thèmes de l’innocence corrompue et de l’origine des déviances. On y retrouve ici intact tout l’art d’Ellory, qui a fait la force de Seul le silence : une écriture à la fois poétique et très réaliste ; des personnages d’une humanité complexe et déchirante aux prises avec leur face sombre ; une intrigue qui tient le lecteur captif jusqu’à la dernière page. Un thriller intense, poignant et inoubliable.


C’est avec un grand plaisir que j’ai vu arriver le nouveau roman de R. J Ellory, auteur que j’avais découvert grâce à l’excellent « Seul le silence ».
Ce nouveau roman sonne comme un road movie terriblement sanglant. Mais il n’est pas que ça. Bien sûr, on trouve des meurtres atroces et violents à la limite du supportable. Le périple de Shéridan, psychopathe que personne ne voudrait rencontrer, d’Elliott et Clarence s’étalent sur des milliers de kilomètres et rappelle évidemment le roman de Shane Stevens mais là s’arrête la comparaison. Là où ce livre est plus qu’une succession de boucherie, se trouve dans la psychologie des personnages, tous bien étudiés par l’auteur et chacun avec ses certitudes, ses doutes, ses peurs, ses envies et ses démons. Car tous font partie d’une danse morbide dans laquelle la fin ne peut être que malheureuse. Nous sommes au milieu des années 60 et Kennedy a été assassiné l’année précédente. La police est sur les dents. Les tueurs doivent tous croupir en prison et tous les moyens sont bons pour les arrêter. Or, ses moyens sont encore limités et le temps passe vite. Ce qui en laisse beaucoup pour Sheridan et Elliott.
On sent la fracture entre les deux frères arriver inéluctablement. Chacun partant de son côté. L’un filant du côté obscur l’autre choisissant la voie inverse. Deux frères nés sous une mauvaise étoile qui veille sur eux et ne les oublie pas.
Le personnage de Cassidy, flic tenace et intelligent, est bien construit. Sa plus grande force étant encore… sa femme. Toujours perspicace et de bons conseils. Personnage lui aussi important, on le voit dans les discussions qu’elle entretient avec son flic de mari.
Au final, Ellory nous livre un roman violent mais rempli d’humanité, ce qui pourrait paraître contradictoire dans un road movie où les principaux personnages sont des psychopathes dénués d’empathie. Les questionnements sont présents tout au long du livre en même temps que l’évolution de ses protagonistes.
Un très bon cru 2013 !
Disponible aux éditions Sonatine.

Ce cher Dexter, Jeff Lindsay

Il est lui-même serial-killer quand il ne s'emploie pas à les traquer. Lui, c'est Dexter, expert au service médico-légal de Miami. Un homme tout à fait moral : il ne tue que ceux qui le méritent. Mais aussi très méticuleux : il efface toute trace de sang après avoir découpé les corps... Un jour, il est appelé sur les lieux d'un crime perpétré selon des méthodes très semblables aux siennes. Dexter aurait-il rencontré son alter ego ? Ou serait-ce lui qui... Impossible...



A l’occasion de la diffusion de la huitième et ultime (snif, snif) saison de Dexter, il a bien fallu que je me rende à l’évidence. Je ne voulais pas le perdre, ce cher Dexter . J’avais aussi comme une envie irrépressible de découvrir le roman par lequel toute l’histoire a commencé. Ce cher Dex !
Bon, oublions la série. Le roman met en scène un affreux tueur en série, qui découpe ses victimes sans qu’il n’y ait jamais de traces de sang. Le fameux tueur de glace. Dexter, expert en tâche de sang à la criminelle de Miami est bien décontenancé. Ce qui ne l’empêche pas d’admirer le travail de ce criminel si proche de lui. Pendant tout le récit, la police cavale après le tueur de glace qui a toujours une longueur d’avance. Et Dexter dans tout ça ? Que cache-t-il ? Serait-il le tueur de glace ? Des questions qui vont trouver peu à peu des réponses dans l’esprit tordu de LaGuerta.
Contrairement à de nombreux thrillers ou livres mettant en scène des tueurs en série, avec « Ce cher Dexter », on tremble bien sûr mais on sourit beaucoup.  Les personnages, même les secondaires, sont très bien étudiés. Mazuka est truculent, Deb est attendrissante malgré son franc parlé. Seul peut-être Batista manque d’épaisseur.
Il est très difficile de parler de ce roman sans penser à la série tellement elle aura marqué les esprits. En tout cas, je conseille la lecture de Jeff Lindsay à tous les fans qui devraient retrouver avec plaisir le personnage sympathique de Dexter. 

dimanche 15 septembre 2013

Le présage du corbeau, Don Rearden, Fleuve noir

Jamais ils n'auraient cru que l'Alaska serait la terre de leur cauchemar...
John et Anna ont tout quitté pour enseigner en Alaska, chez les Yupiks, une tribu inuit. Ils veulent changer de vie, découvrir les grands espaces et renouer avec les origines de John. L'intégration est difficile dans cette contrée pauvre coupée de toute civilisation. Lorsque l'hiver arrive, une grippe virulente décime le village. Les habitants meurent les uns après les autres. Personne ne viendra à leur secours.

Livré à lui-même, John tente de trouver de l'aide. Sur son chemin, il rencontre une jeune aveugle et une vieille femme, deux Yupiks réfugiées dans une maison abandonnée. Une lutte pour leur survie s'engage alors. Dans une nature hostile, blanche et déserte. Seules des traces de ski dans leur sillage semblent prouver qu'ils ne sont pas seuls...


Nouveauté au éditions Fleuve Noir, ce roman est dépaysant. L'Alaska comme terrain de jeu pour un auteur qui signe ici son premier livre.
Le présage du corbeau est habilement construit en alternant trois récits reprenant les mêmes personnages mais à des moments différents. Dès les premières pages, on découvre l'apocalypse et cela rappelle au lecteur l'influence certaine d'un certain Cormac McCarthy qui nous avait fait le coup avec son inoubliable et prodigieux roman post-apocalytique "La route". Une terrible épidémie a ravagé les villages oubliés de l'Alaska, isolant les survivants dans cette contrée immense, désertique et hostile. Des survivants qui vont parfois plonger dans l'horreur du cannibalisme. Mais là où Rearden se distingue de McCarthy, c'est qu'il ne s'attarde ni ne décrit les scènes sauf peut-être ici :" De fines bandes de viandes rouges séchaient, suspendues à l'une des poutres..."  Je n'en dirai pas plus afin de ne pas dévoiler la suite de l'histoire.
Autre particularité, John est l'anti-héros par excellence. Un prof, tout ce qu'il y a de plus ordinaire, qui se trouve confronté à une situation de survie dans laquelle il n'est ni particulièrement courageux, ni téméraire. Il a ses doutes, ses craintes et ses faiblesses que ses compagnons (la jeune fille aveugle et la vieille dame) lui renvoient à la face chaque fois qu'il hésite.
Et puis, il y a ce chasseur qui rôde et dont le rôle d'exterminateur semble se dessiner jour après jour.
Un roman à découvrir rapidement !

mardi 27 août 2013

Animaux solitaires, Bruce Holbert, Gallmeister.

Comté de l'Okanogan, État de Washington, 1932. Russel Strawl, ancien officier de police, reprend du service pour participer à la traque d’un tueur laissant dans son sillage des cadavres d'Indiens minutieusement mutilés. Ses recherches l'entraînent au cœur des plus sauvages vallées de l'Ouest, là où les hommes qui n'ont pas de sang sur les mains sont rares et où le progrès n'a pas encore eu raison de la barbarie.  De vieilles connaissances croisent sa route, sinistres échos d'une vie qu'il avait laissée derrière lui, tandis que se révèlent petit à petit les noirs mystères qui entourent le passé du policier et de sa famille.

    À l'instar des romans de Charles Portis ou de Cormac McCarthy, Animaux solitaires mêle avec brio les codes du western et ceux des plus grands romans noirs. Un premier roman remarquable dont on ne pourra oublier le héros mélancolique  qui rêve d'imposer la justice aux confins de la civilisation. Quel que soit le prix à payer.



Chouette, je me suis dit en lisant le 4ème de couverture et en découvrant les commentaires élogieux associés. "Un premier roman poignant et incandescent"; " Un premier roman captivant et une fable morale brûlante" nous dit The Seattle Times ! C'est dire si ce livre me démangeait. Et quelle ne fut pas ma surprise à sa lecture. Dès les premières pages, l'auteur nous emmène dans son univers. Les grands espaces du nord des Etats-Unis, pas très loin se trouve la frontière canadienne, ses indiens, ses mœurs -parfois sauvages et barbares.

Nous sommes en 1932 mais on a l'impression d'être plutôt en 1822 tellement la contrée est reculée, semble loin des préoccupations qui agitent le reste du monde. Et pourtant, les répercussions ne tardent pas à venir.
Comme le dit le résumé, on retrouve du Cormac McCarthy chez Holbert dans un savoureux mélange de romans noirs et de westerns. On pourrait aussi ajouter qu'il y a du Tony Hillerman chez Holbert tant l'analyse des personnages, des différentes tribus et de leurs coutumes est fine et subtile. Dans la construction du récit aussi. Pas de boum boum ! à toutes les pages mais une lenteur excessive propice à la (re)découverte du monde qui entoure les personnages du roman.
Tiens parlons-en des personnages ! Il y a d'abord Russel Straw, le héros pas vraiment sympathique et pas du tout gentil. Il reprend pour un temps son "costume" de policier afin d'enquêter sur une série de meurtres barbares. Il semble le mieux armé pour découvrir le meurtrier pourtant personne ne lui fait confiance, tout le monde a une dent contre lui et ne pense qu'à une chose : le faire tomber six pieds sous terre.
Il y a aussi Elijah, son fils adoptif, un peu chaman, un peu sorcier sur les bords. Qui part et qui vient. Qui a dilapidé l'argent de la vente du ranch de son père ! C'est moral, ça ? Et qui retrouve Russel dans son enquête.
Il y aussi les Woo, Jacob, Warren sans oublier les cheveaux Stick et Baal qui jouent un grand rôle.
Tous ces hommes et femmes vivent dans un monde dur et violent.

Animaux solitaires est un grand roman mais dont la lecture est parfois ardu. Il ne se lit pas forcément d'une traite. Il faut être concentré, prendre son temps car il est très riche.
Bref, un excellent premier roman et un auteur à surveiller de près !
Disponible dès aujourd'hui ici :

http://www.gallmeister.fr/livre?livre_id=561

22/11/63, Stephen King, Albin Michel

Imaginez que vous puissiez remonter le temps, changer le cours de l’Histoire.
Le 22 novembre 1963, le président Kennedy était assassiné à Dallas. À moins que...
Jake Epping, professeur d’anglais à Lisbon Falls, n’a pu refuser d’accéder à la requête d’un ami mourant : empêcher l’assassinat de Kennedy. Une fissure dans le temps va l’entraîner dans un fascinant voyage dans le passé, en 1958, l’époque d’Elvis et de JFK, des Plymouth Fury et des Everly Brothers, d’un taré solitaire nommé Lee Harvey Oswald et d’une jolie bibliothécaire qui deviendra le grand amour de Jake, un amour qui transgresse toutes les lois du temps.
Avec une extraordinaire énergie créatrice, King revisite au travers d’un suspense vertigineux l’Amérique du baby-boom, des « happy days » et du rock and roll.
 

Comment parler de ce roman sans oublier quelque chose tellement il est riche ? Stephen King a osé reprendre un récit qu'il avait entamé dans les années 70 mais qu'il s'était résigné à ranger dans son bureau. C'est tout à son honneur car il a mûri pour en sortir une pépite de près de 1000 pages qui se dévorent à une vitesse vertigineuse.
Comment qualifier ce roman, nous qui avons la fâcheuse manie de tout classer ou ordonner ?
Roman historique ? Certes. Stephen King reprend l'Histoire à son compte et retrace la vie des Etats-Unis de la fin des années 50 au début des années 60. On a plaisir à rouler auprès de Jake/Georges dans sa Ford Sunliner -on imagine d'ailleurs ses chromes rutilantes, ses ailes démesurées et son moteur puissant. On danse avec entrain aux bals lycéens où élèves et enseignants sont mélangés sans haine ni animosité. On frissonne à l'idée de rencontrer Lee Harvey Oswald en chair et en os.
Roman d'amour ? Bien sûr ! Les poils se hérissent et le cœur s'emballe quand l'auteur rapproche de deux ces personnages et qu'il s'aperçoivent qu'un amour les tient.
Roman fantastique ? Un peu, bien sûr. Il faut accepter le fait que Jake fasse un saut dans le passé en passant par un "terrier" depuis la caravane de son ami mourant.

Ce roman est une pure merveille. Stephen King nous démontre encore toute l'étendue de son talent pour raconter des histoires. Alors parfois c'est un peu long, je le concède, mais ce détail est vite oublié une fois refermé le livre car il pose malgré tout une question essentielle : que se passerait-il si on pouvait changer le cours de l'Histoire ? Quelles en seraient les conséquences sur la petite histoire - celle des gens ordinaires- ?
22/11/63 est disponible aux éditions Albin Michel.

lundi 29 juillet 2013

Inside, Alix Ohlin, Gallimard

Psychothérapeute de talent à Montréal, Grace tombe par hasard, alors qu’elle skie pour se changer les idées, sur le corps inanimé d'un homme qui vient de faire une tentative de suicide. Elle n’hésite pas à secourir ce mystérieux inconnu mais réalise très vite que ses sentiments pour lui ne sont pas aussi simples qu’elle veut bien l’admettre. Se remettant tant bien que mal d’un divorce douloureux, Grace se sent irrésistiblement attirée par cet homme qui semble cacher tant de choses…
Entre-temps, une de ses patientes, Anne, une adolescente troublée qui vient d’avorter, s’enfuit à New York pour faire du théâtre. Quand elle trouve, quelques années plus tard, une jeune fugueuse enceinte réfugiée dans le hall de son immeuble, Anne ne peut s’empêcher de la recueillir chez elle. Pour le meilleur et pour le pire…
Mitch, thérapeute à la dérive – et ex-mari de Grace –, fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve. Il quitte la femme dont il est amoureux et part en mission dans une communauté en difficulté de la région arctique. Á son retour, une vieille amie lui apprend que Grace a été victime d’un accident de voiture. Immobilisée, cette dernière a besoin d’aide, notamment pour s’occuper de sa petite fille. Peut-on renouer des liens après dix ans d’absence?
Á l’intérieur se déroule sur une décennie, nous promenant de Montréal à New York en passant par Hollywood et le Rwanda. Ce roman nous offre une fresque intimiste qui touche par sa justesse et sa sensibilité. Á travers ces différentes destinées cahotées, Alix Ohlin s’interroge sur notre identité, sur ces failles sur lesquelles chacun de nous se construit malgré tout, jour après jour, envers et contre tout. Répétitions, échos, variations : qui sommes-nous réellement à l’intérieur?



Entorse à la règle, ce livre n'est pas un polar, ni même un roman noir cependant je m'y suis plongé dès les premières pages avec entrain. Trois personnages : Grace, psychothérapeute, Mitch, psy lui aussi et ancien prof de Grace et accessoirement ancien mari de cette dernière et enfin Anne, comédienne et ancienne patiente de Grace. L'auteur a décidé de suivre pas à pas le chemin (de croix ?) de trois personnes dont Grace représente le point commun.
Les chapitres de ce livre se succèdent donc les uns les autres et le lecteur s'immerge dans leur vie comme un témoin impuissant à leur naufrage. Car, que de désespérance chez chacun d'eux ! Il y a peu d'espoir mais beaucoup de nostalgie. Chacun se raccrochant à un passé qui n'était pourtant pas merveilleux mais peut être davantage sécurisant que les jours qu'ils passent sans jamais se poser la question de l'avenir.
Mitch va d'échec sentimental en échec sentimental, choisit la fuite chez les Inuits mais quand ça dérape, il part à nouveau. Anne, rongée par le remords quitte son métier et abandonne une carrière qui pourtant commençait à décoller, impossible d'assumer le quotidien. Et que dire de Grace ? Forte ou fragile ? Seule ? Incapable de se faire des amis ou bien entourée ?
L'écriture de Alix Ohlin est sobre si bien qu'on ne tombe jamais dans le pathétique. Mais ce qui est fort c'est que, malgré tout, elle réussit à leur donner de l'humanité et à faire réfléchir le lecteur sur sa propre vie.
Inside est disponible aux éditions Gallimard.

lundi 22 juillet 2013

Un an !



Aujourd'hui est un grand jour ! Il y a un an jour pour jour, je commençais ce blog destiné à la présentation de romans policiers que j'avais aimés. Je ne savais pas si j'allais m'y tenir sérieusement. J'ai tenu bon et un an après, me voilà avec 46 romans chroniqués, plusieurs milliers de lecteurs, plusieurs éditeurs qui me font confiance et que je remercie.
Je peux d'ores et déjà dire que ce n'est pas fini car ma pile à lire est encore conséquente. Allez, j'y retourne et merci à tous de votre fidélité !

Le silence de Grace, Peter Robinson, Albin Michel

Après des années de succès à Hollywood, le compositeur anglais Chris Lowndes rentre chez lui, dans le Yorkshire. Sa femme est morte, et Chris rejoint seul et mélancolique les landes belles et sauvages de Kilnsgate House. Il y retrouve cette atmosphère de troublant mystère où rôdent les ombres du passé. Grace Elizabeth Fox, ancienne propriétaire de la maison qu’il habite, a été condamnée soixante ans plus tôt à la pendaison pour le meurtre de son mari. Et si elle était innocente ? Cette question l’obsède. Au point de revisiter toute l’affaire.
« Une intrigue haletante, qui n’est pas sans rappeler l’âge d’or du roman anglais, dans la lignée d’Agatha Christie ou du Rebecca de Daphné du Maurier. » Wall Street Journal


Le silence de Grace fait partie de ces livres qui, une fois refermé, ne se laissent pas facilement oublier tellement l'écriture, l'intrigue et le sujet peuvent happer le lecteur.
Pourtant, j'ai pu noter quelques longueurs dans le récit de cet homme qui vient s'installer dans son Yorkshire natal, dans une maison immense et isolée digne d'un roman de Shirley Jackson où l'on s'attendrait à entendre les portes grincer, les verres tomber en plein milieu de la nuit ou encore les murmures d'un ancien propriétaire.
Malgré tout, le suspens est présent du début à la fin du roman. Même si le rythme est lent et peut dérouter les plus grands lecteurs de polar, finalement on se dit que chaque page constitue un élément de la quête (pour ne pas dire de l'enquête) que mène le protagoniste pour trouver la vérité. Une vérité qui intéresse qui ? 60 ans après que Grace ait été pendue, qui se soucie de la vérité ? Chris, justement dont on soupçonne qu'il a un compte à régler avec la mort de sa propre femme quelques mois auparavant.
Le roman est entrecoupé par un compte rendu du procès et par des extraits du journal de Grace qui fut infirmière de la reine Elizabeth et dans lequel elle décrit les horreurs qu'elle a vécu.
Le silence de Grace est un roman plein de finesse et haut en culture. La musique est omniprésente et l'on en apprend beaucoup sur la composition. La gastronomie occupe également une bonne place et l'on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a beaucoup de Peter Robinson dans le personnage de Chris.
Ce roman est disponible aux éditions Albin Michel.
http://www.albin-michel.fr/Le-Silence-de-Grace-EAN=9782226248381

mardi 16 juillet 2013

Sombre mardi, Nicci French, Fleuve noir.

 
Lorsque l'assistante sociale vient faire sa visite de routine à Michelle Doyce, une dame d'une soixantaine d'années victime de troubles de la personnalité, elle ne s'attend pas à trouver dans le salon un homme mort, nu comme un ver, une pâtisserie à la main… Michelle est incapable d'expliquer les circonstances ni de donner le nom de la victime, plongeant la police dans le plus profond désarroi. En dernier recours, le commissaire Karlsson fait donc appel à la psychologue Frieda Klein, qui a déjà prouvé lors de leur dernière enquête à quel point son analyse est précieuse.
Frieda est persuadée que Michelle est innocente mais qu'elle détient la clé du mystère. L'enquête avance enfin le jour où une certaine Janet Ferris déclare à la police la disparition de son voisin, qui s'avère être la victime. Mais plus Frieda et Karlsson creusent dans le passé de ce Robert Poole, plus le mystère s'épaissit. Manipulateur hors pair de femmes solitaires et vulnérables, il s'est fait de nombreux ennemis, tous des suspects.
Pendant ce temps, Frieda ne peut se défaire du sentiment que quelqu'un, dans l'ombre, la suit…
 
 
Disons-le tout de suite, Sombre mardi est la suite de Lundi mélancolie. Il y a bien dans ce livre une intrigue nouvelle toutefois, on y retrouve les mêmes personnages et de nombreuses références au premier opus. Donc, il vaut mieux lire le premier avant. Ce que je n'ai pas fait et j'ai ramé pour pouvoir comprendre ce que je lisais par moment. Dommage.
Mis à part ce souci, Sombre mardi est un roman qui part sur les chapeaux de roues mais qui va s'essouffler par la suite. L'écriture est inégale, certains passages sont très biens d'autres sont confus. Il y a beaucoup de personnages secondaires qui n'ont pas vraiment de rôle, certaines scènes ne sont pas utiles et ne font pas avancer l'histoire, les descriptions sont parfois longues.
Cependant, l'intrigue est intéressante et assez originale : la victime qui devient rapidement coupable. C'est un point de vue qu'on voit rarement dans les romans policiers et le couple French a écrit une bonne histoire.
Les personnages quant à eux, sont inégaux. L'héroïne est psychothérapeute et on ne risque pas de l'oublier. Je n'ai pas compté combien de fois ce mot est répété mais lorsqu'il ne l'est pas, Frieda (la fameuse psy) a la fâcheuse tendance de ne répondre aux questions que pas d'autres questions. Typique des psys. Je dois dire que ça m'a agacé un tantinet, ça va bien quand un patient est sur son divan mais dans les conversations de tous les jours... Pourtant, elle est très forte cette psy qui collabore avec une police qui n'avance pas. Le lecteur en vient même à se demander si Karlsonn et ses collègues ne seraient pas des bons à rien.
Pourtant, malgré un manque de dynamisme, j'ai trouvé dans l'ensemble que l'histoire se tient. J'ai eu envie de tourner les pages, d'aller au bout, de voir comment tout cela allait se terminer.
Une fin intéressante même si elle laisse encore beaucoup de questions en suspens.
Sombre mardi est disponible ici :

dimanche 14 juillet 2013

Stone Island, Alexis Aubenque, éditions du Toucan

Archipel en plein cœur de l’océan pacifique, Stone Island est le paradis sur Terre…ou presque…
 A la suite du décès de son père biologique, Fiona Taylor, jeune avocate fraîchement diplômée, devient héritière. Plutôt que de couler des jours paisibles dans son pays d’adoption, elle décide de se rendre sur Stone Island à la recherche de ses véritables racines. Dès lors, elle va s’établir dans une vaste demeure coloniale, perdue dans la jungle, où accueillie par des domestiques et une aïeule au comportement étrange, elle tentera de percer les secrets de sa famille. Dans cette quête, elle doit passer par le commandeur Jack Turner, premier homme de loi de l’île, qui doit faire face de son côté au meurtre d’un homme d’affaires, tué dans des circonstances étranges. Simple crime crapuleux, raciste, ou plus délicat encore ?
Turner devra faire le tri entre toutes les pistes, pour tenter de comprendre les tenants et les aboutissants d’une inquiétante série de meurtres qui ne serait peut-être pas sans liens avec les questions de Fiona…





Un roman dont le 4ème de couverture m'avait attiré. J'aime bien ces ambiances chaudes, tropicales et confinées dans des espaces restreints dans lesquelles les personnages ne peuvent pas se cacher. C'est donc avec beaucoup d'entrain que j'ai ouvert ce livre, le premier de l'auteur en ce qui me concerne. Hélas.
Alexis Aubenque remplit son contrat. Il nous livre un polar bien travaillé cependant il y a quelque chose qui ne passe pas. Je pourrai dire que ce roman possède les qualités de ses défauts dans le sens où tout paraît contradictoire. Je m'explique.
Vous est-il déjà arrivé de lire un livre ou de regarder un film sans éprouver d'émotion particulière et à la fin se demander ce qu'on en a pensé ? Pour ma part, c'est ce qui m'est arrivé à la lecture de "Stone Island". J'ai tourné les pages les unes après les autres - c'est un polar qui se lit très vite, malgré tout- mais sans jamais ressentir d'empathie pour les personnages, sans jamais frissonner, sans jamais me demander avec excitation ce qu'il allait advenir par la suite.
Toutefois, je ne parviens pas à dire que c'est un mauvais livre -certains j'en suis sûr y trouveront leur compte- ni même un bon polar. Les personnages sont fouillés, c'est indéniable mais... il y a toujours ce "mais" qui coince, ils sont trop cliché : Coupland en flic brutal, Fiona en ingénue naïve, la grand-mère...
Revenons à l'intrigue et au bandeau qui présente le récit :"certains familles cachent de terribles secrets..." C'est tout le cœur de l'histoire mais c'est tellement rabâché qu'on se croirait dans un Dallas colonial. Au fil des pages, Fiona va découvrir la vérité qu'elle aurait sans doute préféré ne jamais connaître, malgré les avertissements d'une grand-mère caricaturale, maîtresse d'œuvre d'une machination improbable et à laquelle je n'ai pas adhéré.
Et puis, il y a cette monumentale erreur qu'un passionné de surf ne peut laisser passer : le body surf ne se pratique pas à l'aide d'une planche mais avec son corps et une paire de palmes. L'auteur confond ce sport avec le body board, petite planche avec laquelle le surfeur glisse allongée sur la vague. Encore différent du surf où le gaillard est debout. C'est rien, c'est un détail mais c'est comme si on confondait le ski et la luge.

vendredi 5 juillet 2013

Hélène Jegado ou la triste vie d'une tueuse en série bretonne, Moca et Berthelot, Editions Làpart


Hélène Jegado est bretonne et tueuse en série.
Ce n'est pas une simple tueuse en série, c'est la tueuse en série.
A ce jour aucune femme n'a autant de sang sur les mains qu'elle.
Sous le règne de Napoléon Iii cette bonne de curé a tué, pendant près de 30 ans plus de 30 personnes dans le Morbihan et la région rennaise.
Arrêtée, elle est condamnée et guillotinée.



Nouvelle incursion dans la BD pour ce blog (deuxième depuis le début) et c'est avec une tueuse en série qui ne pouvait me laisser de marbre. Et pourtant...
Les auteurs Moca et Berthelot ont réalisé un véritable travail de recherche au niveau graphique mais l'histoire s'arrête là. Le livre est composé de deux parties : la première est la bande dessinée en elle-même (jusqu'à la page 29) et la seconde est composée de témoignages, des histoires sur d'autres tueuses en série, de la façon dont le dessinateur a réalisé ses planches. Bref, c'est comme dans un DVD, la deuxième partie, c'est les bonus.
Sauf qu'on pourrait bien le prendre si la première partie était plus dense. 29 pages pour raconter 30 ans d'une vie de tueuse en série dans le XIXème breton, c'est un peu léger à mon goût. En effet, les auteurs ne font que survoler la vie de cette femme. On ne voit que très peu de choses finalement même si le début est prometteur en partant de la petite enfance durant laquelle s'enracine la rage et le mal dont souffrira Hélène Jegado.
Le reste est rapidement traité, comme si les auteurs manquaient de matière. Ils savent que la Jégado a zigouillé du monde mais on n'en apprend pas davantage jusqu'à la scène finale où elle perdra la tête.
Bref, cette histoire aurait mérité au moins une cinquantaine de pages mais peut-être suis-je trop éloigné du monde de la BD pour en connaître les rouages ?
Pour moi, et ce n'est que mon avis, il s'agit d'une imposture.

lundi 24 juin 2013

Ordres de Berlin, Simon Tolkien, Michel Lafon

Londres, 1940. La capitale britannique subit jour et nuit les assauts des bombes allemandes. Un soir d’alerte aérienne, Albert Morrison, ex-patron du MI6, le service des renseignements anglais, est poussé par-dessus la rampe d’escalier du haut du troisième étage de son immeuble. Il meurt aux pieds de sa fille Ava, qui s’apprêtait à gravir les marches. Dans la pénombre, elle n’a pas pu voir l’agresseur, qui s’est enfui par l’escalier de secours.
Pour Trave, jeune enquêteur, c’est une première grosse affaire. Il apprend qu’un certain Thorn, également cadre au MI6, est venu rendre visite à Morrison l’après-midi même de sa mort… Trave découvre également un mystérieux message dans la poche du défunt. En le déchiffrant, il comprend qu’un complot visant à assassiner Churchill s’organise. Thorn serait-il impliqué dans l’affaire ? Morrison aurait-il tenté de l’en empêcher, devenant une victime collatérale ? Trave doit agir vite, car s’il ne parvient pas à sauver le Premier ministre, c’est le destin du pays tout entier qui pourrait basculer.



Avec un tel patronyme, Simon Tolkien ne pouvait que faire carrière dans la littérature. Il est en effet le petit-fils du célèbre auteur du Seigneur des Anneaux. Mais pour se détacher du lourd héritage familial, Simon Tolkien officie dans le polar historique.
Ordres de Berlin se déroule durant la seconde guerre mondiale dans le Londres soumis aux attaques aériennes des allemands. Dans ce roman bien travaillé, la petite histoire rencontre la grande, aussi trouve t'on des gens ordinaires (un flic tenace, un autre revêche, une femme trompée) et ceux qui ont contribué à façonner l'Histoire (Hitler, Churchill...). Une sombre machination se joue tandis que le policier tenace mène une enquête pour meurtre dans une ville dévastée et meurtrie. Du coup, on a l'impression que son travail passe inaperçu, est secondaire quand on pense aux milliers de soldats qui sont partis se battre de l'autre côté de la Manche. Pourtant l'auteur parvient à mêler les deux de manière intéressante et prenante. Quelques passages sont longuets mais d'une manière générale, le récit est prenant. En amateur d'Histoire, j'ai pris beaucoup de plaisir à entrer dans les bureaux feutrés du 10 Downing Street ou de côtoyer dans son refuge celui qui fut l'artisan de la solution finale.
Tolkien mélange roman d'espionnage et roman policier de sorte qu'on a l'impression de naviguer de l'un à l'autre mais au final, cela marche plutôt bien.
Roman disponible aux éditions Michel Lafon.

lundi 10 juin 2013

Le premier appelé, Christian Ego, Toucan noir.


Septembre 1941 : l’Ukraine est un immense champ de bataille sur lequel s’engouffrent à marche forcée les troupes du Reich. Pourtant, une section ne donne tout à coup plus de nouvelles. Qu’ont fait ces douze hommes pendant une journée entière avant de regagner les lignes ?
Juin 2003 : un double meurtre dans la forêt de Rambouillet, un mystérieux tueur d’origine russe; subitement le temps semble s’effacer en semant le feu et la mort.
Pour comprendre ce qui arrive et pour empêcher un déchainement de sang, la commissaire Delmas devra vite remonter le fil de l’Histoire.



L'auteur signe ici son premier thriller. Un roman très efficace dans lequel on ne s'ennuie pas une seule seconde. Le point de départ de cette aventure hors du commun est originale : une "brigade" de soldats français qui se battent aux côtés des allemands pendans la seconde guerre mondiale en Ukraine. Tout le monde suit ?
L'histoire débute donc en 1941 et très vite va basculer durant la canicule qui a touché l'Hexagone en 2003 avec la découverte de deux cadavres carbonisés.
L'auteur décrit parallèlement les investigations d'un groupe d'enquêteurs menés par une commissaire bien travaillée et le petit groupe autour duquel (et je ne vous en dirai pas plus) tout l'intrigue se tisse dans un plan magistralement orchestré.
Ces 505 pages se lisent d'une traite et sans reprendre son souffle. L'auteur nous enmmène dans une chasse au trésor improbable avec des personnages très bien travaillés et loin de tous les clichés du genre. On ne trouve donc pas de flic génial alcoolo, de James Bond girl troublante, de débauche de mitraillettes mais tout simplement un récit vraisemblable et prenant. J'en profite donc pour souligner le travail de recherches de l'auteur qui s'est attaché à coller à la réalité d'une manière rigoureuse aussi bien au niveau des procédures policières qu'au niveau de l'Histoire dont il dresse un panorama complet des chrétiens orthodoxes aux apôtres du Christ.
Autre fait qui pourrait paraître anecdotique, et que en tant que lecteur j'ai fortement apprécié, c'est l'ancrage dans une période donnée : la canicule de 2003 n'est pas seulement un prétexte mais elle sert véritablement l'intrigue, comme un personnage secondaire qu'on aurait tendance à oublier mais qui ferait basculer le récit s'il n'était pas là.
Pour conclure, Le premier appelé est un sacrément bon polar, terriblement efficace, et qui devrait ravir les amateurs du polar historique et les autres.
Disponible aux éditions du Toucan.

lundi 3 juin 2013

L'inconnue de Bangalore, Anita Nair, Albin Michel

Bangalore, la cosmopolite Silicon Valley indienne, s’apprête à célébrer la première nuit du Ramadan. Le quartier musulman de Shivaji Nagar brille de mille feux lorsqu’un jeune prostitué est attaqué et brulé vif dans une ruelle sordide… Confiée à l’inspecteur Borei Gowda, quinquagénaire désabusé, l’affaire ne fait que commencer. Un nouveau meurtre similaire est bientôt perpétré, et les témoins évoquent la présence sur les lieux d’une créature d’une grande beauté. Une première piste ?
Après Compartiment pour dames et Quand viennent les cyclones, la romancière Anita Nair dévoile avec ce suspense une nouvelle facette de son talent. Sur fond de corruption et de magouilles politiques, L’inconnue de Bangalore nous immerge dans les réalités controversées de l’Inde contemporaine, ses castes, ses fêtes religieuses, ses cinémas porno, ses policiers apathiques et ses créatures ambigües. Une fresque magistrale sur un pays en pleine mutation, écartelé entre tradition et modernité.




Troublant. Surprenant. Exotique. Prenant. Voici quelques uns des qualificatifs dont j'affublerais volontiers ce roman venu de l'Inde.
Le cadre est original. Peu d'ouvrages de ce genre se déroulent dans ce pays dont les moeurs et la culture sont très éloignés des nôtres. Anita Nair décrit avec précision et brio les relations qu'entretiennent les personnages entre eux et que l'on ne retrouve pas chez nous. Par exemple, l'adjoint qui sert tout au long du récit du "monsieur" avec toutes les précautions d'usage illustre une société respectueuse de la hiérarchie qui n'est pas sans rapport avec le système des castes. Système dont on sait qu'il détermine la vie des indiens.

Ce roman est un thriller. C'est un fait. Il possède donc tous les ingrédients qu'on attend de lui. Des morts violentes, un tueur en série, des policiers, une enquête. Mais il y a plus.
Ce qui fait la force de ce roman, outre ce que je viens de dire plus haut, c'est la finesse de l'auteur. En effet, Anita Nair ne veut pas tomber dans le gore et ses descriptions restent donc subtiles et pondérées. La scène de l'autopsie ou les scènes de meurtres ne virent pas à la caricature et rien que pour ça, on peut en remercier l'auteur.

Pour ma part, il m'a fallu quelques dizaines de pages avant de bien rentrer dans l'univers d'Anita Nair. Parce que je ne connais pas particulièrement l'Inde, ses coutumes ou sa culture. Mais une fois passé ce premier sentiment de ramer pour tout comprendre, j'ai pris énormément de plaisir à suivre les pérégrinations de Gowda, enquêteur génial mais bourru et qui n'attire pas forcément la sympathie.

Enfin vous l'aurez compris, L'Inde a une grande place dans ce livre. On pourrait transposer de nombreux thrillers dans des pays ou des villes différentes que ceux où ils ont lieu, cela n'aurait aucune espèce d'importance. On ne verrait rien de particulier. Ici, c'est le contraire. Le récit est empreint de cette culture indienne et l'on ne pourrait l'y déraciner. C'est une autre des forces de ce livre que je vous recommande vivement.
Disponible aux éditions Albin Michel.
http://www.albin-michel.fr/

vendredi 24 mai 2013

Le tueur se meurt, James Sallis, Rivages.

 À Phoenix, Arizona, Chrétien, un tueur à gages en fin de vie, cherche celui qui a tiré sur l'homme qu'il était chargé d'abattre. Aidé de son coéquipier Graves, le policier Sayles enquête sur le meurtre avorté, mais l'affaire semble peu à peu lui échapper. Pendant ce temps, Jimmie, jeune garçon d'une dizaine d'années, vit seul dans la maison où ses parents l'ont abandonné et tente de survivre grâce au commerce sur Internet.
Ces trois personnages que tout sépare vont se trouver réunis par les circonstances, la communication sur la Toile et... leurs rêves qui se mêlent à la réalité de leur quotidien de manière troublante.

"Sallis explore magnifiquement les motivations et les pensées de ses personnages." (Publishers Weekly)



James Sallis, qui s'est fait connaître grâce à l'adaptation brillante de son premier roman "Drive", est un auteur difficilement classable. Il entre dans cette catégorie d'écrivains talentueux qui mélangent aisément et sans complexe les styles. Mi-polar mi roman noir, "Le tueur se meurt" navigue à travers plusieurs personnages qui chacun à leur tour tentent de survivre.
Jimmie, le jeune garçon abandonné par ses parents paie ses factures grâce au commerce sur internet.
Sayles, le flic génial mais dont la femme est gravement malade, tourne sur lui-même, vit avec les fantômes d'une vie qu'on imagine heureuse.
Chrétien, le tueur à gages rongé lui aussi par une maladie incurable et par ses vieux démons qui prennent racine au Vietnam.
Chrétien qui lui aussi se perd dans les méandres de la Toile pour essayer de découvrir qui a salopé le travail pour lequel il avait été payé. Un tueur qui se fait doubler par un autre, ça c'est original.

Les chapitres courts alternent les différents points de vue et nécessitent, sans précision de l'auteur, une réflexion de la part du lecteur qui ne sait donc jamais qui parle. cette gymnasique demande donc une certaine concentration.
Les personnages se perdent dans leurs rêves et cauchemars tout au long de ce récit. James Sallis excelle dans l'exploration du cortex humain et même si l'action n'est pas vraiment au rendez-vous ( ceux qui s'attendent à un roman qui déroule à 100 km/h vont être déçus), la recette prend bien et le lecteur se trouve happé rapidement. On en revient même à oublier l'intrigue en elle même.
Du moins, c'est ce que moi, j'ai ressenti. Jusqu'à la fin étonnante et prévisible à la fois, classique et originale à la fois. C'est sans doute la force de l'auteur qui réussit à manier les contradictions.
Le tueur se meurt est disponible ici :
http://www.payot-rivages.net/livre_Le-Tueur-se-meurt--James-Sallis_ean13_9782743625214.html

lundi 20 mai 2013

Puzzle, Franck Thilliez, Fleuve noir.


En octobre prochain, le nouveau roman de Franck Thilliez sortira. Toujours aux éditions Fleuve Noir.
Il va y avoir énormément d'angoisse, ça va se passer dans un hôpital psychiatrique désaffecté, dans une ambiance très particulière", a-t-il annoncé.

En exclu, la couverture :

La conjuration primitive, Maxime Chattam, Albin Michel.


Et si seul le Mal pouvait combattre le Mal ?Une véritable épidémie de meurtres ravage la France.
D’un endroit à l’autre, les scènes de crime semblent se répondre. Comme un langage ou un jeu.
Plusieurs tueurs sont-ils à l’œuvre ? Se connaissent-ils ?
Très vite, l’hexagone ne leur suffit plus : l’Europe entière devient l’enjeu de leur monstrueuse compétition.
Pour mettre fin à cette escalade de l’horreur, pour tenter de comprendre, une brigade pas tout à fait comme les autres, épaulée par un célèbre profiler.

De Paris à Québec en passant par la Pologne et l’Ecosse, Maxime Chattam nous plonge dans cette terrifiante Conjuration primitive au cœur des pires déviances de la nature humaine.



La conjuration primitive marque le retour de Maxime Chattam au thriller après une excursion dans la série fantastique.
C'est donc avec impatience que j'attendais ce roman qui commence sur les chapeaux de roue. Des meurtres atroces commis à plusieurs endroits différents.
 C'est un thriller qui reste malgré tout assez classique mais l'auteur à insufflé une certaine dose d'originalité notamment en mettant en scène non pas un super enquêteur mais une section de recherches de la gendarmerie. Ce qui, il faut le souligner, est assez rare dans les romans de ce genre.
L'intrigue est solide et touffus.
Je dirais que ce livre a les qualités de ses défauts. C'est extrêmement bien documenté mais peut-être trop par moments. C'est bien détaillé mais - et c'est un des défauts de Chattam- trop parfois. L'auteur verse trop souvent dans l'hémoglobine et le sensationnel. Résultat : des passages sanguinolents inutiles et parfois indigestes.
Autre point faible de ce livre : les  réflexions philosophiques des personnages sur la violence et le mal que l'homme porte en lui. Des prises de positions difficiles à partager et qui ne laissent aucune place à l'espoir. J'ai eu quelques difficultés à accrocher à ces longs écarts.
Malgré tout, j'ai bien aimé ce roman. Maxime Chattam réussit à capter l'attention du lecteur en malmenant ses protagonistes. Il y a peu de temps morts et on est vite embarqué dans ce voyage violent et sinistre.
La fin est dantesque et passionnante. Sans vouloir en dire trop, les scènes canadiennes sont d'un grand niveau, ça cartonne dans tous les sens et lorsque le piège se referme, le palpitant du lecteur que je suis est brusquement monté en charge !
Disponible ici :
http://www.albin-michel.fr/La-Conjuration-primitive-EAN=9782226241405

jeudi 9 mai 2013

Le jugement dernier... l'énigme du Codex Lucis, Stéphane Haumant, J éditions


La fin du monde était un jour comme les autres. 
Des bombes sèment la terreur au Brésil, aux États-Unis, au Japon, en Inde. Pas des bombes ordinaires, mais celles du « Jugement dernier », des engins miniaturisés d’une effroyable efficacité ! Qui se cache derrière ces attentats et pourquoi sont-ils commis, causant des milliers de morts ? Un policier américain et un journaliste français se lancent sur la piste des mystérieux coupables qui ne formulent aucune revendication. Comment imaginer qu’ils devront remonter à un texte apocalyptique, le Codex Lucis des Cathares, pour identifier la source d’un complot vieux de neuf siècles et posant une question cruciale : l’humanité a-t-elle un avenir ?


Je viens de terminer la lecture de ce roman, le premier de l'auteur qui est grand reporter et animateur d'une émission à la télévision.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on ne s'ennuie pas une seule seconde. L'action est omniprésente. Les rebondissements, les fausses pistes, les complots parsèment ce roman du début à la fin. Dans cet avenir proche qui ressemble un peu à ce que nous vivons actuellement, les personnages de Stéphane Haumant sont mis à rude épreuve. Difficile de classer ce roman qui mélange les genres. C'est du Dan Brown (d'ailleurs, un clin d'œil lui est destiné), c'est du Tom Clancy, c'est du Fleming, c'est du James Rollins. C'est tout ça à la fois.
Même si parfois, l'intrigue peut en déconcerter certains, le récit est bien mené. Stéphane Haumant a réussi à tenir en haleine son lecteur et à créer des personnages crédibles. On vibre avec eux, on a peur pour eux, on enquête avec eux.
Je ne reviendrai pas sur le fond de l'histoire : des attentats meurtriers commis dans de grandes métropoles. Mais par qui ? Et surtout pourquoi ? ou pour quoi ?
Telles sont les questions auxquelles devront répondre Donatien et Balthazar pour résoudre l'énigme du Codex Lucis.
Deux petites fausses notes pour moi : j'aurais aimé que le personnage de Momo soit plus présent. Je trouve que c'est le mieux réussi.
Je n'ai pas vraiment apprécié l'escapade dans l'île.
Pour autant, ce livre est une belle découverte.