mardi 25 septembre 2012

Tenter le diable (Yann Tatibouët- auto-édition)


Automne 1943, l'équipage d'un chalutier breton est décimé par les nazis.
Les survivants se terrent en rêvant de l'Angleterre. Ils sont hébergés chez Gwendal Pennawel, conteur d'exception, qui va réaliser l'oeuvre de sa vie en inventant un audacieux plan d'évasion. Qui en paiera le prix ?
Les barbelés n'arrêtent pas le vent de liberté qui souffle sur l'océan. Ce fut singulièrement vrai au cours de la Seconde Guerre mondiale pour de nombreux marins.

Dans ce roman mi-historique mi-polar mi-ethnologique, on retrouve les personnages du premier opus "Priez pour nous". Toute cette communauté de marins du Bono (petit port proche d'Auray en Bretagne Sud) a vieilli depuis 1918. Des chemins se sont séparés, des destins se sont éveillés, des drames se sont noués. Et c'est au coeur de la Seconde guerre mondiale que ces marins vont se retrouver pour lutter contre l'ennemi commun : les allemands. Ceux-ci sont bien implantés dans cette région sauvage et majestueuse. Eminément stratégique aussi car il s'agit pour l'occupant de contrôler tout départ et surtout tout débarquement anglais sur les côtes. Pas facile quand on connaît le caractère des bretons. Dur comme le granit et d'une loyauté à toute épreuve.
Ce livre est aussi l'occasion pour l'auteur de nous décrire les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes, loin du champ de bataille, mais soumis à un régime sévère et autoritaire où tout le monde se méfie de tout le monde. Les certitudes d'autrefois ne sont plus les celles du moment. La faim, la peur, les dénonciations, les collabos, les exactions multiples et quotidiennes des nazis mettent à mal le moral des bretons.
Et dans l'ombre, un plan se trame pour sauver un équipage promis aux camps.
Comme dans son précédent roman, Yann Tatibouët raconte avec une précision historique cette guerre en utilisant les mêmes recettes : des descriptions succintes et des dialogues tranchants. Parfois, l'on croirait assister à de véritables joutes verbales tant les échanges entre les personnages sont vigoureux !
Bref, un très bon roman !


dimanche 9 septembre 2012

Priez pour nous (Yann Tatibouët, auto-édition)

 

Priez pour nous...pauvres pêcheurs, pourraient-on se dire à la lecture de ce roman singulier. Pas vraiment un polar à proprement parlé, ce livre est aussi historique qu'ethnologique.
L'histoire :
Octobre 1918, l'armistice vient d'être signé, la Grande Guerre se termine à peine. Pourtant, tous les hommes ne sont pas en paix. Vincent Falc'hun se terre sur les berges du golfe du Morbihan. Il n'a qu'un but : la vengeance.
Mais à côtoyer les pêcheurs, à naviguer sur un forban et à frôler la peau d'une femme, il va trouver bien plus... et perdre davantage.

Le décor est posé. Le golfe du Morbihan sert d'écrin magnifique à ce récit terrible. On y croise des personnages taillés dans le granit breton, des types au caractère bien dur, des femmes fortes habituées aux drames, à la mort, lot traditionnel des marins. Et puis, il y a cette guerre. Destructrice, ravageuse. Et puis, il y a ces hommes qui y sont revenus, parfois diminués autant physiquement que moralement. Ceux qui n'y sont pas allés, qui ont continué à travailler sur la terre de leurs ancètres. Grâce à Yann Tatibouët, on découvre la vie dans une bourgade bretonne du début du XXème siècle. On en apprend beaucoup sur les pêcheurs du Golfe mais aussi sur leurs moeurs : le mariage, les veillées, les pardons, leurs habitations, la religion...
Je  me suis demandé toutefois si le récit n'était pas trop technique ou "breto-centré". De nombreuses expressions font partie du langage breton qu'un non initié peut ne pas comprendre mais finalement, l'auteur fait en sorte de développer ses phrases d'une manière explicite et limpide.
J'ai évoqué plus haut le relief particulièrement intéressant des personnages. Cela se traduit aussi dans les dialogues, non dénués d'humour... :

" - N'aie pas de remords, ça doit lui rappeler le bon vieux temps où il pionçait sur les ponts.
- Il se tapait la cloche ? Il n'a pourtant pas l'air d'avoir eu une vie de mendiant...
- Mais non, benêt ! sur le pont des navires ! Essaie donc ces bottes au lieu de dire des conneries. "


... ou de gravité à l'évocation des tranchés :

"- Des héros, je n'en ai pas vu beaucoup des les tranchées, juste des hommes qui faisaient ce qu'ils devaient de façon héroïque. La peur, je peux vous en parler si vous y tenez tant. La peur du froid, des gaz, des grenades, des avions, des maladies, des tanks, de la faim, du magnésium qui révèle votre position dans la nuit la plus noire, des barbelés, de la soif, de la douleur, du lance-flammes, de la mitrailleuse, de la baïonnette, de l'ensevelissement quand le talus de retranchement s'effondre, des crapouillots, de la vermine qui grouille sous les vêtements, des poux, des mouches, de la mouscaille. Je peux surtout vous parler de la peur d'avoir peur, la pire peut-être. "

Enfin, il y a cette vengeance sourde. Celle de Vincent. Celle qui l'a amené dans ce village perdu. Parviendra-t-il à l'assouvir ?

Vous l'aurez compris, "Priez pour nous" est une véritable pépite à ne manquer sous aucun prétexte ! Un pélerinage à Saint-Anne d'Auray et quarante Pater pour celui qui ne l'aura pas lu dans l'année !
Kenavo Yann et à très bientôt !


samedi 8 septembre 2012

Au fil des morts (Gaelle Perrin, auto-édition



L'histoire :
Un mail, une pièce jointe: la photo d'une femme recroquevillée dans le coin d'une pièce sombre.
Un message l’accompagne: "Je t'offre celle-ci en cadeau. La prochaine... au chapitre suivant."
Mike Carpenter, professeur de criminologie à l'université de Boston, connaît bien la noirceur de l'âme humaine pour l'avoir côtoyée pendant de longs mois. Son livre au titre évocateur,"Comment devient-on tueur en série ?", est un succès lors de sa sortie en librairie.
Mais il ne se doute pas que dans l'ombre, on étudie ses écrits avec minutie.
Le professeur va se retrouver au centre d'un jeu où les chapitres de son livre s'égrènent au fil des morts.
Le jeu commence. Les mots se transforment en cadavres.
La partie s’annonce sanglante.
 
Deuxième roman de Gaelle Perrin après "le sourire du diable" et toujours cette ambiance américaine dans laquelle l'auteur inscrit son récit. Le roman est bien construit, très bien même, avec la succession de chapitres très courts qui, comme un épisode de série télé, invitent le lecteur à aller toujours plus loin. L'histoire, qui pourrait paraître banale : un tueur en série de la pire espèce qui jette son dévolu sur des femmes en apparence sans défense, ne l'est pas. L'auteur joue avec les codes du thriller qu'elle connaît sur le bout des doigts pour nous dérouter. Même si les flics eux aussi connaissent le sujet, même si la victime de la machination, criminologue, a étudié ces monstres, il n'en reste pas moins que celui à qui ils sont confrontés s'amusent à les désarçonner, à jouer avec eux, à prendre plaisir à les conduire là où il veut.
Jusqu'à l'acte final...
Et ce ne sont pas les chapitres-confessions du monstre qui vont conduire le lecteur à le démasquer. Ne comptez pas sur Gaelle Perrin pour lâcher son lecteur en cours de route ! Le suspens est bien présent et on se prend une jolie claque au dénouement.
Bref, un très bon moment de lecture même si parfois j'aurais aimé aller plus profondément dans l'analyse du tueur, dans les relations entre les différents personnages ou dans les descriptions de l'environnement.
Une auteure à suivre !