mercredi 12 décembre 2012

Harpicide, Michel Vigneron, L'atelier Mosesu



Ancien légionnaire, Luc Mandoline, l'Embaumeur, est appelé en Guyane pour enterrer un camarade tombé sous les balles. La mission va tourner à l'expédition commando sur les sites d'orpaillage. En pleine jungle amazonienne, l'ennemi n'est pas toujours celui auquel on pense... Un retour aux sources violent et douloureux.

Premier d'une (longue) série de polars écrits par des auteurs différents, Harpicide vient d'être commis par Michel Vigneron, policier de son état mais pas novice en matière d'écriture : Maryline de Boulogne, Boulogne K ou encore le puits de la perversion ont été publiés chez Ravet-Anceau. On peut noter également qu'il a signé une superbe nouvelle dans le recueil les auteurs du noir face à la différence.
Ce roman inaugure donc une série mettant en scène Luc Mandoline l'embaumeur. Le personnage est assez singulier pour le souligner car, à la manière d'un Michel Klein parcourant les écoles primaires du pays sur sa moto dans l'instit', Luc vadrouille au gré des envies de ses différents auteurs pour des missions les plus délicates les unes que les autres.
Michel Vigneron le transporte en Guyane dont la "plupart des gens pensent, qu'elle est un caillou hostile au milieu de l'océan."
Dans cette enquête, le lecteur va faire connaissance avec Luc, Sullivan, son ami et Elisa, sa meilleure amie, son alter ego. Tous trois vont devoir démêler une sombre histoire d'exécution d'un légionnaire lors d'une expédition sur un site illégal d'orpaillage.
L'aventure est dangereuse dans ce no man's land que représente la forêt. Ici, les codes, les lois ne sont plus les mêmes et un meurtre peut être vite dissimulé, vite oublié et le coupable vite tranquille : "Quand t'es en forêt, loin de tout, tu peux te permettre beaucoup de choses, arranger le droit comme bon te semble sans risque de te faire piquer."
L'intrigue est simple mais l'écriture de Michel Vigneron n'est pas dénuée de violence, de sexe, d'alcool qu'il distille habilement avec une pointe d'humour qui fait du bien dans ce pays où la touffeur, la moiteur et l'humidité ramollit les crânes mais ne ralentit pas les muscles et les mitraillettes.
Morceaux choisis que le fantôme du capitaine Haddock aurait sans nul doute appréciés :
- Espèce d'abruti consanguin !
- Tu n'es qu'une merde infecte ! Enfoiré de toxico  !
- Regarde-moi cette merde sans fierté !

Vous l'aurez compris, ce livre est une pépite à lire sans modération. D'autres titres sont déjà dans les tuyaux : notons l'arrivée en 2013 du deuxième opus signé Hervé Sard : Ainsi fut-il.
Je souhaite aussi à Sébastien Mousse, l'éditeur et le créateur de Luc Mandoline, une grande réussite pour l'Embaumeur.


dimanche 25 novembre 2012

Les Robinson de Bretagne, Sylvick et Fanny Etienne-Arthur


Les éditions du Préau viennent de publier un nouvel ouvrage à destination des jeunes voire même des très jeunes.
Ce livre n'est pas un polar, qu'on se le dise ! Toutefois, je vais en faire un petit commentaire.
Paskal et Francis, respectivement 6 et 11 ans, sont deux jeunes épris de liberté, de rêve et d'aventures. Ils pensent à Stevenson ou à Defoe et pendant leurs vacances estivales, ils sont attirés par ce petit îlot qui fait face à la plage.
Très vite, ils élaborent un plan pour s'y rendre et vivre leur aventure comme Long John Silver ou Robinson. Comme leurs idoles, ils préparent méticuleusement le voyage. L'embarcation, les sacs de vivres et leur matériel prêts, ils entament la traversée.
Mais, si celle-ci se passe bien, quelle déconvenue lorsqu'ils posent le pied sur le sable...
Je n'en dirai pas plus pour ne pas dévoiler l'intrigue de ce petit livre.
Je peux simplement dire que les enfants prendront beaucoup de plaisir à écouter ce récit sympathique. L'auteur nous transporte en quelques pages dans un univers dans lequel nous avons tous un jour rêvé de vivre.
Le récit est admirablement illustré. Les dessins de Fanny Etienne-Arthur donnent une dimension supplémentaire à cette histoire dont les petits rêveront une fois la lecture du soir terminée.
Disponible sur le site des éditions du Préau.

mardi 20 novembre 2012

La veillée des ombres, Yann Tatibouët, Coop Breizh



1897, Bretagne, la fine fleur des conteurs doit se réunir dans le plus grand secret pour une joute orale.
Chim marche d'un bon pas vers le lieu du rendez-vous, convaincu d'emporter le titre de maître diseur. Une certitude qui lui en ferait presque oublier les motivations personnelles qui le mènent aussi à Kersabat, une ferme de Carnac : se faire reconnaître, demander réparation et récupérer son dû.
Il n'arrivera jamais à destination, assassiné en chemin.
Le capitaine chargé de l'enquête ne manque pas de suspects : les conteurs aux âmes lourdes de secrets, ou Maela la maîtresse de maison. Pour confondre le coupable, malgré l'hostilité ambiante, il décide de participer à la veillée.
Au matin, Dieu reconnaîtra les siens, à moins que le diable ne les emporte tous.

Petit dernier d'un auteur dont j'ai déjà eu l'occasion de parler en ce lieu. Mi-polar, mi-roman ethnologique, Yann Tatibouët  continue son exploration de la Bretagne à travers sa population, ses mœurs, ses traditions. Ce roman construit habilement se déroule en une nuit pendant laquelle chaque conteur en compétition va rivaliser d'imagination pour gagner le titre honorifique et très prisé de maître diseur.
Les discours des personnages sont donc entrecoupés de contes et de récits dont certains sont même inventés par l'auteur. Inutile de préciser que ces récits qu'on lisait au coin du feu dans les veillées bretonnes sont drôles, cyniques et truculents. Parfois violent et sombre comme peut l'être la société armoricaine dans laquelle la mort rôde.
La veillée des ombres est un roman habile, fin, intelligemment écrit et passionnant. Il a été également lauréat du Prix de littérature 2012 du Lions Clubs International.
Il est disponible aux éditions des Montagnes Noires et trouvera aisément sa place près de la cheminée.

lundi 19 novembre 2012

Nuits Noires, étoiles mortes, Stephen king


Ce nouveau livre du grand King est composé de 4 longues nouvelles dans laquelle il renouvelle tout son talent.
1922, le récit d'entrée, met en scène un paysan du début du XXième siècle. Dès les premières lignes Stephen King brosse le trait. Le paysan en question a tué sa femme et s'est adjoint l'aide de son fils. Comment dans ce cas là, le lecteur peut-il éprouver de la sympathie pour le personnage ? Et pourtant ! C'est aussi l'occasion pour l'auteur de dépeindre une société paysanne en proie aux difficultés liées à la crise qui touchera le monde et à l'émergence de grands groupes industriels et de nous rappeler qu'il est un des meilleurs auteurs contemporains américains. A mon avis, la meilleure nouvelle du recueil.
Grand chauffeur met en scène une auteure violée assoiffée de vengeance. Rien de bien original mais c'est où tout le talent du maître s'exprime.
Dans Extension Claire, la troisième nouvelle, Stephen King renoue avec le fantastique dans un récit où le protagoniste scelle un pacte avec le diable. Le récit est prenant et diabolique et on ne peut s'empêcher de frissonner. Très bonne histoire mais un peu trop courte à mon goût.
Enfin, Bon ménage raconte l'histoire de Darcy, femme d'un tueur en série et qui ne s'en rend compte qu'au bout de 27 ans de mariage. Brrr ! Terrifiant !
Nuits noires, étoiles mortes, le dernier né de Stephen King est un excellent cru à ne pas louper !


dimanche 18 novembre 2012

Seul le silence, RJ Ellory



Joseph a douze ans lorsqu’il découvre dans son village de Géorgie le corps d’une fillette assassinée. Une des premières victimes d’une longue série de crimes.
Des années plus tard, alors que l’affaire semble enfin élucidée, Joseph s’installe à New York. Mais, de nouveau, les meurtres d’enfants se multiplient…
Pour exorciser ses démons, Joseph part à la recherche de ce tueur qui le hante.

Sous forme d'un longue fresque, l'auteur nous raconte la vie de Joseph depuis ses douze ans jusqu'à la fin de sa vie. J'ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans ce roman ne m'attendant pas à suivre le cheminement de ce jeune garçon aussi longtemps. J'ai pensé à Stand by me, de Stephen King. Une bande de jeunes en mal de sensation fortes et souhaitant protéger leur communauté, dans un village au fin fond des Etats-Unis.
Les meurtres se succèdent et le groupe mené par Joseph n'arrive pas à les arrêter ni même à en identifier le coupable. Et pour cause, partir à la recherche d'un Serial Killer quand on a 12 ans, n'est-ce pas un peu de l'inconscience ?
Torturé par un enième meurtre, Joseph sent qu'il doit quitter son village. Les évènements morbides et dramatiques se succèdent dans sa vie comme s'il était touché par une malédiction qui ne le quittera jamais.
Il s'installe à New York, entame une vie d'écrivain dissolue, fréquente des artistes défoncés ou abîmés mais les fantômes sont toujours là. Il ne peut pas y échapper.
L'écriture de Ellory est envoûtante. On ne peut pas se passer de dire que : "non, c'est trop ! Ce n'est pas possible que tant de malheurs lui tombent dessus !" Et pourtant, j'ai été transporté. Le malaise que j'ai ressenti au début est vite retombé. Le récit se lit vite. On a envie de dire au héros de laisser tomber mais c'est sans compter le talent de l'auteur qui affuble Joseph d'une espèce de mission dont il ne peut jamais se séparer.
Jusqu'à la scène finale et au dénouement (légèrement prévisible, je dois dire) mais admirablement écrite. Bref, Seul le silence est un roman envoûtant dont la trame relativement simple est compensée par une écriture forte et émouvante. Un livre à  ne pas passer sous silence ! (elle était facile, celle-là !)

mardi 25 septembre 2012

Tenter le diable (Yann Tatibouët- auto-édition)


Automne 1943, l'équipage d'un chalutier breton est décimé par les nazis.
Les survivants se terrent en rêvant de l'Angleterre. Ils sont hébergés chez Gwendal Pennawel, conteur d'exception, qui va réaliser l'oeuvre de sa vie en inventant un audacieux plan d'évasion. Qui en paiera le prix ?
Les barbelés n'arrêtent pas le vent de liberté qui souffle sur l'océan. Ce fut singulièrement vrai au cours de la Seconde Guerre mondiale pour de nombreux marins.

Dans ce roman mi-historique mi-polar mi-ethnologique, on retrouve les personnages du premier opus "Priez pour nous". Toute cette communauté de marins du Bono (petit port proche d'Auray en Bretagne Sud) a vieilli depuis 1918. Des chemins se sont séparés, des destins se sont éveillés, des drames se sont noués. Et c'est au coeur de la Seconde guerre mondiale que ces marins vont se retrouver pour lutter contre l'ennemi commun : les allemands. Ceux-ci sont bien implantés dans cette région sauvage et majestueuse. Eminément stratégique aussi car il s'agit pour l'occupant de contrôler tout départ et surtout tout débarquement anglais sur les côtes. Pas facile quand on connaît le caractère des bretons. Dur comme le granit et d'une loyauté à toute épreuve.
Ce livre est aussi l'occasion pour l'auteur de nous décrire les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes, loin du champ de bataille, mais soumis à un régime sévère et autoritaire où tout le monde se méfie de tout le monde. Les certitudes d'autrefois ne sont plus les celles du moment. La faim, la peur, les dénonciations, les collabos, les exactions multiples et quotidiennes des nazis mettent à mal le moral des bretons.
Et dans l'ombre, un plan se trame pour sauver un équipage promis aux camps.
Comme dans son précédent roman, Yann Tatibouët raconte avec une précision historique cette guerre en utilisant les mêmes recettes : des descriptions succintes et des dialogues tranchants. Parfois, l'on croirait assister à de véritables joutes verbales tant les échanges entre les personnages sont vigoureux !
Bref, un très bon roman !


dimanche 9 septembre 2012

Priez pour nous (Yann Tatibouët, auto-édition)

 

Priez pour nous...pauvres pêcheurs, pourraient-on se dire à la lecture de ce roman singulier. Pas vraiment un polar à proprement parlé, ce livre est aussi historique qu'ethnologique.
L'histoire :
Octobre 1918, l'armistice vient d'être signé, la Grande Guerre se termine à peine. Pourtant, tous les hommes ne sont pas en paix. Vincent Falc'hun se terre sur les berges du golfe du Morbihan. Il n'a qu'un but : la vengeance.
Mais à côtoyer les pêcheurs, à naviguer sur un forban et à frôler la peau d'une femme, il va trouver bien plus... et perdre davantage.

Le décor est posé. Le golfe du Morbihan sert d'écrin magnifique à ce récit terrible. On y croise des personnages taillés dans le granit breton, des types au caractère bien dur, des femmes fortes habituées aux drames, à la mort, lot traditionnel des marins. Et puis, il y a cette guerre. Destructrice, ravageuse. Et puis, il y a ces hommes qui y sont revenus, parfois diminués autant physiquement que moralement. Ceux qui n'y sont pas allés, qui ont continué à travailler sur la terre de leurs ancètres. Grâce à Yann Tatibouët, on découvre la vie dans une bourgade bretonne du début du XXème siècle. On en apprend beaucoup sur les pêcheurs du Golfe mais aussi sur leurs moeurs : le mariage, les veillées, les pardons, leurs habitations, la religion...
Je  me suis demandé toutefois si le récit n'était pas trop technique ou "breto-centré". De nombreuses expressions font partie du langage breton qu'un non initié peut ne pas comprendre mais finalement, l'auteur fait en sorte de développer ses phrases d'une manière explicite et limpide.
J'ai évoqué plus haut le relief particulièrement intéressant des personnages. Cela se traduit aussi dans les dialogues, non dénués d'humour... :

" - N'aie pas de remords, ça doit lui rappeler le bon vieux temps où il pionçait sur les ponts.
- Il se tapait la cloche ? Il n'a pourtant pas l'air d'avoir eu une vie de mendiant...
- Mais non, benêt ! sur le pont des navires ! Essaie donc ces bottes au lieu de dire des conneries. "


... ou de gravité à l'évocation des tranchés :

"- Des héros, je n'en ai pas vu beaucoup des les tranchées, juste des hommes qui faisaient ce qu'ils devaient de façon héroïque. La peur, je peux vous en parler si vous y tenez tant. La peur du froid, des gaz, des grenades, des avions, des maladies, des tanks, de la faim, du magnésium qui révèle votre position dans la nuit la plus noire, des barbelés, de la soif, de la douleur, du lance-flammes, de la mitrailleuse, de la baïonnette, de l'ensevelissement quand le talus de retranchement s'effondre, des crapouillots, de la vermine qui grouille sous les vêtements, des poux, des mouches, de la mouscaille. Je peux surtout vous parler de la peur d'avoir peur, la pire peut-être. "

Enfin, il y a cette vengeance sourde. Celle de Vincent. Celle qui l'a amené dans ce village perdu. Parviendra-t-il à l'assouvir ?

Vous l'aurez compris, "Priez pour nous" est une véritable pépite à ne manquer sous aucun prétexte ! Un pélerinage à Saint-Anne d'Auray et quarante Pater pour celui qui ne l'aura pas lu dans l'année !
Kenavo Yann et à très bientôt !


samedi 8 septembre 2012

Au fil des morts (Gaelle Perrin, auto-édition



L'histoire :
Un mail, une pièce jointe: la photo d'une femme recroquevillée dans le coin d'une pièce sombre.
Un message l’accompagne: "Je t'offre celle-ci en cadeau. La prochaine... au chapitre suivant."
Mike Carpenter, professeur de criminologie à l'université de Boston, connaît bien la noirceur de l'âme humaine pour l'avoir côtoyée pendant de longs mois. Son livre au titre évocateur,"Comment devient-on tueur en série ?", est un succès lors de sa sortie en librairie.
Mais il ne se doute pas que dans l'ombre, on étudie ses écrits avec minutie.
Le professeur va se retrouver au centre d'un jeu où les chapitres de son livre s'égrènent au fil des morts.
Le jeu commence. Les mots se transforment en cadavres.
La partie s’annonce sanglante.
 
Deuxième roman de Gaelle Perrin après "le sourire du diable" et toujours cette ambiance américaine dans laquelle l'auteur inscrit son récit. Le roman est bien construit, très bien même, avec la succession de chapitres très courts qui, comme un épisode de série télé, invitent le lecteur à aller toujours plus loin. L'histoire, qui pourrait paraître banale : un tueur en série de la pire espèce qui jette son dévolu sur des femmes en apparence sans défense, ne l'est pas. L'auteur joue avec les codes du thriller qu'elle connaît sur le bout des doigts pour nous dérouter. Même si les flics eux aussi connaissent le sujet, même si la victime de la machination, criminologue, a étudié ces monstres, il n'en reste pas moins que celui à qui ils sont confrontés s'amusent à les désarçonner, à jouer avec eux, à prendre plaisir à les conduire là où il veut.
Jusqu'à l'acte final...
Et ce ne sont pas les chapitres-confessions du monstre qui vont conduire le lecteur à le démasquer. Ne comptez pas sur Gaelle Perrin pour lâcher son lecteur en cours de route ! Le suspens est bien présent et on se prend une jolie claque au dénouement.
Bref, un très bon moment de lecture même si parfois j'aurais aimé aller plus profondément dans l'analyse du tueur, dans les relations entre les différents personnages ou dans les descriptions de l'environnement.
Une auteure à suivre !

samedi 4 août 2012

La guerre a son parfum (Jean-Louis Nogaro, éditions du Caïman)


Soixante ans après la fin de la guerre, une équipe de braqueurs allemands sévit sur la ville. Leur cible : les parfumeries de la chaîne Martinaud. C'est le moment que choisit Lucien Bornier, ancien milicien, pour faire son retour sur scène. Quel est le rapport ? Y en a-t-il un ? Ce n'est pas le problème d'Ernest Cafuron. Lui, ce qu'il veut, c'est que personne n'ennuie Linda, sa petite copine, qui travaille justement chez Martinaud. Et il ne faut pas l'énerver, Ernest...
La guerre a son parfum" est le quatrième polar de Jean-Louis Nogaro. Après "Un bon flic c'est comme de la soie", "St Etienne Santiago" et "Les prédateurs font toujours face au courant", l'auteur et enseignant stéphanois signe ici un court roman noir dont la ville de St Etienne est à nouveau le théâtre.

J'ai eu la chance de lire ce roman un peu avant sa publication et je dois dire que j'ai été agréablement surpris. J'avais découvert l'écriture de Jean-Louis Nogaro à travers la lecture des "prédateurs...". Ici, j'ai trouvé un récit très bien documenté, humoristique, avec des personnages -malgré le format court- très travaillés et avec des caractères bien particuliers.
En partant d'une histoire simple et banale - des cambriolages dans des parfurmeries- l'auteur trouve le moyen subtil d'emmener le lecteur quelques années en arrière, pendant cette sombre époque où allemands et français se déchiraient sur notre sol et où tout le monde n'avait pas forcément bonne conscience. Mais, comme on dit, la vengeance est un plat qui se mange froid et la vérité finit toujours par sortir la tête du marais pour éclabousser ceux qui ont quelque chose à se reprocher.
Bref, ne vous épargnez pas la lecture de court roman très distrayant. Il fait partie d'une des premières publications des jeunes éditions du Caïman, dont on peut saluer l'audace -publier de très courts polars- et la qualité des textes (que j'aurai sûrement l'occasion de chroniquer ici).

jeudi 26 juillet 2012

Amazonia (James Rollins)


Amazonia est le premier roman que je lis de James Rollins. Nathan Rand, scientifique isolé en Amazonie, n'a jamais perdu l'espoir de retrouver une expédition disparue 4 ans auparavant conduite par son père.
Cet espoir est relancé par une jolie docteur chargée de conduire une nouvelle expédition et qui l'invite à rejoindre son équipe.
Mais au plus profond de la jungle, une nature livrée aux mutations les plus folles les attend.

Alléchant, non ? C'est ce que je me suis dit en parcourant pour la première fois le quatrième de couverture. Il y a des moments où le lecteur est prêt à lire certaines choses, à découvrir certains territoires, à vouloir croire certaines histoires... Peut-être que si j'avais découvert ce roman l'année dernière, je l'aurais ignoré. Là, j'étais prêt et j'avais envie de me plonger dans la forêt dense et étrange de l'Amazonie.
C'est donc avec un enthousiasme non feint que je l'ai ouvert et croyez-moi ou pas, ce livre je l'ai dévoré en 3 jours. L'écriture de Rollins est agréable et facile à lire, les personnages sont sympathiques, même les méchants prêtent parfois à sourire tellement ils nous rappellent des acteurs de cinéma, le récit est bien construit même s'il faut accepter le postulat de Rollins (et que je ne dévoilerai pas ici) qui peut déconcerter.
Je  ne me suis pas ennuyé une seule seconde à la lecture de ce roman. Le récit s'enchaîne comme un film d'aventures (genre Prédators) où les scènes d'actions sont ponctuées de moments où les protagonistes peuvent se reposer.
Bref, vous l'aurez compris, Amazonia m'a procuré un très agréable moment de lecture. Bien sûr, il ne faut pas y chercher de la grande littérature. C'est un bon livre de série B, comme j'ai pu le lire sur un forum spécialisé.

mercredi 25 juillet 2012

No country for old men



J'ai découvert Cormac Mc Carthy avec la Route, dont un film superbe en a été inspiré. No country for old men a aussi été adapté au cinéma et avec quel succès ! ? 4 oscars ont couronnés les frères Coen.
No country est un polar-western absolument génial.
Moss est un type ordinaire -enfin si on peut qualifier d'ordinaire un mec qui vit dans une caravane, qui chasse la nuit, qui porte des santiags style Clint Eastwood et qui fait quoi le jour ? - bref, toujours est il que lors d'une de ses escapades dans la (rase) campagne texane, pas très loin de la frontière mexicaine, il tombe sur un carnage.
Des bagnoles en rade au milieu des champs déserts, des types refroidis par plusieurs balles, d'autres en cours de refroidissement, des armes et plus loin... ah, plus loin, une malette remplie de billets. Deux millions qui feraient bien l'affaire de Moss et qui ne se pose pas trop  de questions. Il planque donc la valise et se dit qu'il reviendra à la nuit tombée. Et il revient, s'en empare mais les narcotrafiquants débarquent à leur tour.
Une chasse à l'homme commence alors et c'est un véritable tueur à gages de la pire espèce et armé d'un pistolet à clous qui lui collera aux basques.
Comme toujours avec Mc Carthy, les dialogues sont superbes :

Même si vous alliez le trouver et que vous lui rendiez l'argent, il vous tuerait. Rien que pour lui avoir causé des ennuis.
 Il me semble que j'ai fait un peu plus que lui causer des ennuis.
Qu'est-ce que vous voulez dire.
Je crois que je l'ai pas mal esquinté.
Pourquoi croyez-vous ça ?
Je l'ai arrosé des pieds àla tête de chevrotine double zéro. ça m'étonnerait que ça lui ait fait tellement de bien.

Avant la confrontation finale, Moss trouvera une aide précieuse en la personne d'un vieux shérif philosophe et ayant souvent un train de retard.

No country for old men est un formidable polar même si, à mon goût, la fin est un peu trop rapide et manque d'explications et de détails, ce qui pourtant n'est pas l'habitude de l'auteur. Il représente également une bonne entrée dans son oeuvre si singulière.

Un enfant de Dieu


Lire Cormac Mc Carthy reste toujours un moment d'intense émotion et une expérience hors du commun. Peut-être parce qu'il a un sens de la ponctuation qui nous surprend ou bien un souci du détail à limite de l'agacement : "En arrivant à la boutique il s'assit sur une caisse sur la galerie et, à l'aide de son couteau de poche, coupa la ficelle qui s'enroulait autour de ses jambes et de ses pieds, retira les sacs, les secoua et les étendit sur la caisse avec les morceaux de ficèle, puis se releva. Il portait des chaussures basses, noires, trop grandes pour lui."
J'avoue que ce genre d'écriture peut s'avérer déconcertante. Et pourtant, pourtant, son oeuvre est aujourd'hui considérée comme l'une des plus marquantes de la littérature américaine contemporaine.

Lester a été chassé de chez lui, quasiment banni de son village. Réfugié dans les montagnes alentours, il va survivre comme il peut, c'est-à-dire comme une bête, un charognard qu'il devient de jour en jour. Ses raisonnements se simplifient et ses actes irréfléchis sont le résultat de ses pulsions animales.
Lester va donc sombrer dans une bestialité sanglante et violente. Il poussera jusqu'au meurtre et la nécrophilie.
Je n'en dévoilerai pas plus sur ce court roman (170 pages en format poche) qui se lit d'une traite une fois qu'on a compris la mécanique d'écriture de Mc Carthy. Comme toujours, ses dialogues font mouche :
Qu'est-ce que tu veux, Lester ?
Je t'ai d'jà dit. J'veux que t'enlèves ton sale cul de ma propriété. Et que tu remmènes ces crétins avec toi.
Fais gaffe à ce que tu dis, Lester. Y'a des dames.
J'en ai rien à foutre des gens qui sont là.
C'est pas ta propriété.
Putain qu'ça l'est pas.

T'as déjà été au trou pour ça. Je parie que tu veux y retourner. Le shérif en chef est par là-bas.
J'm'en fous bien où qu'il est le shérif en chef. J'veux que tous autant que vous êtes, enfants de salauds, vous partiez de ma putain de propriété.

Rien que pour ce genre de discours - et encore mon exemple n'est pas le plus révélateur- il faut se précipiter à la bibliothèque du coin ou chez le premier libraire pour s'offrir un des bijoux d'un auteur magistral.

lundi 23 juillet 2012

Tabou, Casey Hill



Livre reçu en cadeau, cela tombait bien car je voulais me le procurer. Un tueur en série met en scène de manière atroce les tabous de notre société. Voilà qui fait un résumé alléchant pour ce livre écrit à quatre mains car Casey Hill n'est autre que le pseudonyme de Mélissa Hill et de son mari Kévin.
Reilly Steel, l'héroïne du roman, experte de la police scientifique quitte sa Californie et débarque à Dublin. Formée à Quantico, le célèbre centre du FBI, elle va "apprendre" aux policiers irlandais comment travailler.
Très vite, un jeune couple est retrouvé assassiné. Meutre maquillé en suicide mais on ne trompe pas une star de la scientifique telle que Reilly. Bientôt, d'autres meurtres tous plus terribles les uns que les autres vont s'enchaîner.
Très vite aussi, le passé sombre et douloureux de Reilly va resurgir. Aidée par les policiers locaux et notamment le charmant Chris, elle mettra tout en oeuvre pour arrêter le coupable.
L'écriture des Hill est simple et sans fioritures, ce qui est parfait pour ce genre de roman. En revanche, la mayonnaise a du mal à prendre. On dirait qu'ils veulent écrire du noir sans y parvenir. J'ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans ce récit trop "lointain" pour moi. Je ne suis pas vraiment entré dans la peau des personnages, je n'ai pas vibré, je n'ai pas eu peur. Même si l'idée de départ est bonne, même si j'ai préféré la seconde partie du récit, au final j'ai été très déçu.

Opale, Stéphane Lefevre, les nouveaux auteurs


Opale était dans ma PAL depuis un bon moment. Je l'avais échangé par voie postale avec l'un des miens et c'est une sympathique dédicace que Stéphane Lefebvre m'avait laissée sur l'une des premières pages.
Peut-être que ce "pavé" ne m'incitait pas à plonger dedans toujours est-il que j'ai fini par l'ouvrir.
Robin Mésange, journaliste pour un petit journal local (Côte d'Opale) capte dans son viseur le suicide d'un malheureux du haut de la falaise du cap Blanc-Nez. L'occasion est trop belle pour lui de s'échapper d'un quotidien lisse et fade.
Le journaliste va donc se muer en parfait enquêteur. Dès lors, sa vie va basculer. Tour à tour témoin, victime, suspect, il passera par tous les stades, par toutes les émotions. Il prendra des risques pour découvrir la vérité, parfois sordide, et pour les beaux yeux de la belle. Car comme dans tous les bons romans, il y a bien sûr une histoire d'amour.
L'écriture de Stéphane Lefebvre, même si je ne suis pas un inconditionnel du genre, est agréable, maîtrisée et surprenante. Il y a de l'humour, du suspens et de l'action. On ne s'ennuie pas durant les 650 (et quelques...) pages de ce roman paru aux éditions "les nouveaux auteurs".

Mapuche, Caryl Ferey, Gallimard




Mapuche est mon premier Férey. Cela faisait longtemps que je voulais découvrir cet auteur et jamais je n'avais sauté le pas. Après l'avoir entendu à la radio présenter son nouveau roman, j'ai donc filé à la librairie du coin.
L'histoire, pas banale, est celle de Jana, membre d'un peuple indigène de la pampa Argentine, artiste installée à Buenos Aires. Elle survit plutôt qu'elle ne vit dans ce vieux hangar abandonné par celui qui fut le mentor de Jana.
C'est aussi l'histoire de Rubèn, rescapé du régime dictatorial, aujourd'hui détective travaillant pour les mères de la place de mai.
Jamais ces deux êtres, écorchés par la vie, n'auraient du se rencontrer. Mais c'est dans la crasse et la mort que leurs destins vont se croiser, se lier, se mélanger jusqu'au dénouement dur et violent de ce récit sans concession.
En lisant Mapuche, j'en ai appris beaucoup sur l'histoire de l'Argentine des années 70-80.
Mapuche est l'un de mes coups de coeur de l'année.