mardi 27 septembre 2016

Impact, Ben H Winters, Super 8


Les derniers jours sont arrivés. Ancien agent des forces de police de Concord (New Hampshire), Hank Palace a trouvé refuge dans les bois de Nouvelle-Angleterre, où d’anciens collègues se sont rassemblés pour attendre la fin. Mais son esprit n’est pas encore en paix. Il lui reste une affaire à régler, la plus importante peut-être : celle de la disparition de sa sœur Nico, qui semblé liée aux activités d’un énigmatique culte pseudo-survivaliste qui entend encore sauver le monde, envers et contre tout.
L’humanité entre maintenant dans ses derniers soubresauts. En route pour l’Ohio, où l’attend manifestement une révélation tragique, l’inoxydable Hank, accompagné du chien Houdini et de son ami Cortez, découvre à bicyclette ce qui reste de l’Amérique : un monde en ruine et déserté par la technologie, un territoire hostile peuplé de gangs fanatiques, d’immigrants illégaux, de groupuscules religieux… et d’une communauté amish qui pourrait bien l’amener à reconsidérer toute sa perception des choses.



Après Dernier meurtre avant la fin du monde et après J-77, Impact clôt la trilogie de Ben H Winters. Mais c'est poussif, oserais-je dire. 
En effet, j'avais plutôt bien aimé les deux premiers romans qui d'une manière originale, présentaient un monde apocalyptique, prêt à exploser et où toutes les valeurs, tous les codes volaient en éclat. Deux romans qui étaient distrayants. Dans ce Impact, je me suis ennuyé. Alors bien sûr, on suit toujours Hank Palace dans son aventure mais j'ai eu du mal à accrocher. Il recherche sa soeur partie avec un groupe d'illuminés. Mais à partir de là, l'auteur tourne en rond. On dirait qu'il aurait bouclé ce livre en une centaine de pages et que pour le reste, il fallait remplir. Donc, il se répète, invente des scènes plus ou moins réussies pour maltraiter ses personnages, faisant semblant de faire avancer l'intrigue. 
Certes, quelques passages sont intéressants. Notamment la fin du roman et la bataille dans les sous-sol. Palace veut tout savoir avant la fin. Il pose des questions dont il est le seul à vouloir les réponses. A la limite quel intérêt quand deux jours plus tard, le monde va exploser ? Bon, c'est un roman, ok. 
Et que dire de cette communauté Amish qui fait une brève apparition ? Repliée (comme d'habitude) sur elle-même, ces communauté vit dans le mensonge du Père et pense que le monde est victime d'une gigantesque épidémie. Hank voudrait leur ouvrir les yeux mais est-ce son rôle ? On voudrait en savoir plus, traîner nos guêtres avec ces paysans d'un autre temps mais l'auteur ne va pas plus loin. 
Malgré tout, cette trilogie vaut le coup d'être lue car l'auteur sait nous surprendre et nous présenter un personnage qui enquêtera jusqu'au bout et qui ne lâche pas son objectif.
Disponible aux éditions Super 8.



Mémoires amnésiques, Myriam Salomon Ponzo.

Lors d'une promenade en montagne dans le sud de la France, Angélique voit tomber un homme de l'abrupt juste au-dessus d'elle. Accident ? Meurtre ? Elle se pose la question durant des semaines, ayant aperçu une femme ce même jour au bord du précipice. Le cauchemar débute le jour où elle est convoquée à la Cour d'assises de Nice en tant que juré, alors qu'elle a préféré taire sa présence sur les lieux à la police. 
Le procès qui va bouleverser sa vie l'amènera trois ans plus tard aux Etats-Unis dans le Montana où elle pense retrouver sa paix intérieure. Jusqu'au jour où une femme vient sonner à sa porte.



Mémoires amnésiques est un roman qui met en scène des personnages récurrents crées par Myriam Salomon Ponzo. Ce n'est pas le premier de la série mais toutefois, il peut se lire sans que le lecteur ait lu les autres avant. Bien sûr, pour mieux appréhender les personnages, il vaut mieux les avoir lu mais ce n'est pas indispensable. 
Le livre est divisé en deux parties. La première se situe en France, dans le Sud plus précisément. On y découvre Angélique qui partage sa vie entre son boulot et les randonnées en montagne qu'elle s'organise le week-end venu. Peu d'amis, pas de mari ni d'enfants. Sa vie semble monotone limite ennuyeuse. Elle rêve de partir dans le Montana. Cependant, très vite son quotidien va être bouleversé. Elle est témoin de la chute d'un homme. Une femme est près de lui. Accident ou meurtre ? Son coeur penche pour la deuxième solution. 
Quelques mois plus tard, elle est convoqué pour être membre d'un jury d'assise. Et l'affaire jugée est celle dont elle a été le témoin. Comme par hasard, me direz-vous. 
Le procès se passe. 
Et nous retrouvons Angélique qui a américanisé son prénom. Angie vit et travaille maintenant dans une petite ville du Montana. Elle a réalisé son rêve. Elle est guide de montagne et organise des randonnées avec des touristes. 
Sa vie va être une nouvelle fois bouleversée lorsqu'une femme frappe à sa porte...

Mémoires amnésiques est un thriller honorable même si, à mon sens, les deux parties sont inégales et si le rythme est parfois un peu lent. Je m'explique. La première partie en France pose les bases. On y fait la connaissance de Angélique, l'auteur nous décrit sa vie, ses habitudes, son boulot et le moment qui va tout changer. Là, on arrive à la moitié du livre. 
Lorsqu'on part aux Etats-Unis, on découvre d'autres personnages tout aussi importants mais moins bien décrits. De fait, j'ai eu du mal à éprouver de l'empathie pour Gabriel Beauregard, son frère Grégory et son père Brody. Sofia qui complète le tableau paraît aussi bien mystérieuse. 

J'en reviens à l'intrigue. J'ai l'impression qu'elle est secondaire dans le texte. Elle ne sert que de prétexte et n'est pas au coeur du roman. C'est là encore un peu dommage car, je le répète, l'idée de l'auteur était très intéressante. Pourtant, les premières pages mettent dans l'ambiance. On s'attend à du suspens mais la direction est toute autre. Peut-être aurait-il fallu creuser davantage car le sujet l'aurait mérité tant c'est complexe et passionnant à la fois. 

Malgré tout, j'ai pris du plaisir à lire ce roman. Le fait de mélanger randonnée et enquête policière est bien joué. De même le jeu de cache cache auquel participe Angélique et sa nouvelle amie est également intéressant. J'ai bien aimé le "Je sais qui tu es et je sais que tu sais que je sais."

A découvrir chez Morrigane éditions. 



samedi 24 septembre 2016

Une forêt obscure, Fabio M. Mitchelli, Robert Laffont


Des jeunes filles sont retrouvées mortes ou en état de choc aux abords de la forêt Tongass. Le lieutenant Carrie Callan prend le dossier en main. A Montréal, Luka Ricci torture des animaux puis tue son amant à coups de pic à glace. Une enquêtrice, Kelly Bailey, est en charge de l'affaire. Les deux affaires se rejoignent...





Une fois n'est pas coutume, je vais vous parler aujourd'hui d'un livre que je n'ai pas (encore) lu. Je vous le signale simplement:: : mon ami Fabio M. Mitchelli vient de publier "Une forêt obscure" aux éditions Robert Laffont. Le début d'une nouvelle aventure pour cet auteur qui a commencé il y a plusieurs années dans une petite maison d'éditions (Ex aequo éditions), qui a eu confiance en lui, l'a aidé et l'a soutenu. Belle réussite donc pour Fabio qui entre dans la cour des grands avec ce roman qui reprend les codes chers à l'auteur : une réflexion poussée sur les personnages, leurs états d'âmes, un paysage qui prend toute sa place. Ici le froid et la solitude de l'Alaska n'est pas sans rappeler le film "Suspect" avec Nicolas Cage et John Cusak qui reprend l'histoire de Hansen, un tueur en série caché sous l'identité d'un honnête père de famille. 

Je ne pourrai pas vous en dire car je n'ai pas lu ce livre sorti le 15 septembre. Cependant, ayant suivi un peu l'avancée de son écriture, je peux d'ores et déjà vous dire que les amateurs du genre seront surpris et conquis. 
Fabio M. Mitchelli est désormais un auteur sur qui il faut compter dans le paysage français. 

lundi 12 septembre 2016

Nuit noire sur Brest, Bertrand Galic, Kris, Futuropolis


Dimanche 29 août 1937. Victime d'une avarie, un sous-marin républicain espagnol fait surface au milieu de la rade de Brest. Un commando franquiste va alors tenter de s'en emparer en affrontant des militants communistes et anarchistes brestois.



Passionnés d'histoire, les auteurs de cette BD ont découvert cet épisode au hasard, en feuilletant le livre de l'historien Patrick Gourlay, Nuit franquiste à Brest, paru aux éditions Coop Breizh. Ils ont alors décidé de mettre en dessin et de scénariser cet épisode oublié. 
Pour cela, ils ont fait un véritable travail d'historien en recherchant dans les archives, en détaillant les photos de l'époque, en visitant un sous-marin pour coller au mieux à la réalité au niveau du dessin et aussi du texte. Le résultat est passionnant car si on croyait tout savoir sur cette époque, avec cette BD on en apprend encore ! 
La guerre civile espagnole s'invite donc dans les contrées bretonnes. Franquistes, Barbouzes et communistes vont s'affronter. Le scénario prend des libertés mais colle toutefois à la réalité. De même que les dessins des personnages, de la ville de Brest, des quartiers aujourd'hui disparus et du sous-marin dont l'exiguïté est bien rendue, ce qui illustre à merveille la tension qui peut y régner. 
Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de cette histoire et j'ai été vraiment surpris d'apprendre ce qu'il s'est passé en cette année 1937. 
Chaque lecteur pourra y trouver son compte : les mordus d'action et de suspens aussi bien que les amateurs d'Histoire. 
Pour clore ce livre, les auteurs ont fait appel à Patrick Gourlay qui signe un dossier complet sur l'affaire et le contexte dans lequel elle s'inscrit. Là encore c'est passionnant et instructif car il n'est rien de plus difficile que de comprendre les origines d'un conflit ainsi que les enjeux et les protagonistes. En ce sens, Nuit noire sur Brest est une vraie réussite. 

Disponible aux éditions Futuropolis

samedi 10 septembre 2016

Poussières d'os, Karin Salvalaggio, Bragelonne

Un matin, des coups retentissent à la porte. Encore adolescente, Grace prend peur. Cette enfant sauvage vient de subir une greffe du coeur et refuse d’ouvrir à l’inconnue qui crie son nom. Quelques instants plus tard, elle assiste au meurtre de cette femme dans la neige. Il s’agit de sa mère, qu’elle n’a pas vue depuis onze ans.
Enceinte jusqu’au cou, l’agent Macy Greeley est chargée d’enquêter sur cet assassinat et sur le passé de Grace. Elle revient sur les lieux d’une ancienne affaire, la disparition d’un groupe de jeunes filles à la frontière canadienne, des années plus tôt…




C'est vrai qu'il a des airs de Fargo, ce premier roman de Karin Salvalaggio, l'humour en moins. Ici, c'est poisseux, sordide et parfois glauque. L'auteur nous emmène dans une Amérique du fond du trou, "une Amérique d'en bas" comme l'aurait qualifiée un président que l'on connaît. Une Amérique profonde où la violence transpire de chaque maison, de chaque bungalow, de chaque bistrot perdu au bord de la nationale qui mène droit vers le Canada. 
Karin Salvataggio a posé le décor. On est en plein hiver, enneigé et froid. Les événements se succèdent au rythme d'une semaine qui s'éternise et prend racine quelques onze ans en arrière et la disparition inexpliquée de plusieurs jeunes filles. 
Le temps n'a pas beaucoup changé. Les protagonistes n'ont pas quitté leur ville natale, Collier. D'ailleurs, où pourraient-ils donc aller ? Tout le monde se connaît dans cette petite communauté. Les secrets des uns n'en sont pas, tout le monde a quelque chose à cacher. 
Macy, l'enquêtrice revient sur les lieux après le meurtre de la maman de Grace. Elle ne sait pas encore dans quelque guêpier elle vient de plonger la main. La suite du récit va la mettre mal à l'aise, la bousculer, la placer face à elle-même. 
On fait connaissance aussi avec Jared, le malheureux infirmier, englué dans ses problèmes de couple, sur qui tous les événements se cristallise. J'avoue avoir eu un faible pour cet homme qui essaie tant bien que mal de sortir de la boue dans laquelle il s'est lui-même englué. 
Grace est une jeune fille étrange qui cache un mystère. Paria parmi cette communauté soudée où les victimes ne méritent pas l'apitoiement des autres. A Collier, on n'aime pas les victimes. 

Le roman de Karin Salvalaggio est une vraie réussite et une très bonne surprise. L'intrigue menée par l'auteur est subtile et même si le sujet est glauque, elle parvient à la rendre accessible à tous. 
Poussières d'os est disponible aux éditions Bragelonne. 

dimanche 4 septembre 2016

La fille dans le brouillard, Donato Carrisi, Calmann-lévy



ANNA LOU EST UNE JEUNE FILLE EXEMPLAIRE.
ALORS POURQUOI AURAIT-ELLE FUGUÉ LA VEILLE DE NOËL ?
OU SERAIT-CE UN KIDNAPPING ?
MAIS QUI LUI VOUDRAIT DU MAL
DANS SON PAISIBLE VILLAGE DES ALPES ?
LE COMMANDANT VOGEL, STAR DE LA POLICE,
EST ENVOYÉ SUR PLACE.
ENTOURÉ DE SA HORDE DE CAMÉRAS, IL PIÉTINE.
AUCUNE PISTE, AUCUN INDICE NE S’OFFRE À LUI.
DEVANT SES FANS, IL NE PEUT PAS PERDRE LA FACE.
VOGEL RÉSISTERA-T-IL À LA PRESSION
DE SON PUBLIC QUI RÉCLAME UN COUPABLE ?


Une jeune fille disparaît dans un village perdu au fond d'une vallée italienne. La police ne trouve rien et doit faire appel à la star médiatique Vogel, le commissaire va essayer de se racheter après une affaire qui l'a secoué quelques mois plus tôt. 
Voici le point de départ du nouveau roman de Donato Carrisi sorti aux éditions Calmann-Lévy le 01 septembre et qui, j'en suis persuadé, devrait faire parler de lui. 

La fille dans le brouillard est un roman brillant, machiavélique et passionnant. 

Dans sa construction tout d'abord. L'auteur alterne les passages  qui ont précédés l'enlèvement de la jeune fille et se qui y succèdent. Il alterne aussi les points de vue. On passe du point de vue du policier à celui du présumé coupable. Car, en l'absence de preuves tangibles et en présence d'une horde de journalistes avides de scoops, il faut un coupable. Cela tombe bien, c'est la spécialité de Vogel. Le commissaire élégant, qui aime se vêtir de costumes hors de prix, tiré à quatre épingles même pour crapahuter dans la boue et l'eau des rivières. Il manipule les journalistes comme il dirige ses policiers. D'une main de fer et sans dialogue possible. C'est lui qui tire les ficelles quitte à arranger un peu la vérité, à fabriquer des preuves ou à orienter des témoins. Vogel n'a que faire de la vérité. Ce qu'il veut, c'est une couverture médiatique et des coupables. 

- Vous considérez n'avoir aucune responsabilité dans l'échec de cette enquête ?
- Je n'ai fait que mon travail.
- C'est à dire ? 
- C'est à dire : rendre les spectateurs heureux.

Le coupable du jour est un professeur de lycée dont le comportement est pour le moins étrange. Et c'est avec ce personnage que l'auteur fait preuve d'une extrême subtilité en perdant le lecteur : un coup, on le sent vraiment coupable, une autre fois, il est innocent. Mais qui est-il réellement ? Carrisi nous tient un haleine jusque dans les dernières pages. 

Avechot est un village perdu, dans une vallée encaissée, où le brouillard nappe d'un aspect fantomatique les champs, les routes et les habitations. L'ambiance est tendue, oppressante. Le décor est posé. 
Vogel rencontre Flores, le psychiatre du coin. A qui appartient le sang qui macule son costume ? Le policier le sait mais ne veut rien dévoiler. Alors le psy remonte le fil de l'histoire. Vogel se laisse aller en une longue confidence. 

Il parle aussi de Borghi, le policier que ses supérieurs lui ont confié. Il est novice mais apprend vite. Cependant, la relation des deux hommes n'est pas celle qu'on a l'habitude de voir dans les romans ou les films. Vogel ne l'apprécie pas. Il le manipule, lui cache la vérité, n'hésite pas à le remballer. 

Mais Vogel n'avait aucune intention de partager sa stratégie avec lui. 

Il le méprise même à certains moments : 

Comment crois-tu pouvoir comprendre mon plan ?  

Cette relation inédite est très intéressante et sors des sentiers battus. 

La tension augmente tout au long des pages. L'auteur fait durer le suspens et on arrête de respirer jusqu'au coup de théâtre final qu'on n'attendait pas. C'est génial, subtil et passionnant. 
A lire absolument. 

La fille dans le brouillard est disponible aux éditions Calmann-Lévy.



Le coma des mortels, Maxime Chattam, Albin Michel

Qui est Pierre ? Et d'ailleurs, se nomme-t-il vraiment Pierre?Un rêveur ? Un affabulateur ? Un assassin ?Une chose est certaine, on meurt beaucoup autour de lui. Et rarement de mort naturelle.Rebondissements incessants, métamorphoses, humour grinçant… un livre aussi fascinant que dérangeant, en quête d'une vérité des personnages qui se dérobe sans cesse. Un roman noir virtuose dont l'univers singulier n'est pas sans évoquer celui d'un cinéma où David Lynch filmerait Amélie Poulain.



Maxime Chattam est là où ne l'attend pas dans ce roman étonnant et qui sort des sentiers battus. Alors que l'on a aimé Le coma mortels ou pas on salut l'audace de l'auteur. 
Je m'explique : On est loin de la Trilogie du mal qui a fait le succès de Maxime Chattam. On est encore très loin de La conjuration Primitive et de La patience du diable (deux romans que j'ai eu l'occasion de chroniquer dans ces pages et que j'avais bien aimés.). Ici, point de scènes sanguinolentes, point de monstres, point de limier prêt à tout pour coincer un coupable. 
Le coma des mortels est une sorte de long monologue s'étalant sur plus de 300 pages et qui commence... par la fin. L'auteur remonte chapitre après chapitre la vie de Pierre, un type dépressif qui vient de tirer une croix sur son ancienne vie et qui s'en dessine une nouvelle. Il repart de zéro. Pour preuve, le répertoire de son téléphone portable ne contient que 5 numéros. 
On ne sait donc pas d'où ce Pierre débarque, qu'a t-il fait ? Qui est-il ? Que cherche-t-il ? 

Reconstruire une vie, pourquoi pas ? Il laisse donc tomber son identité, change de prénom, trouve un job (il ramasse les crottes des animaux au zoo de Vincennes), s'inscrit au théâtre, fait des rencontres. 
Un des points forts de ce livre : les personnages. Maxime Chattam a beaucoup travaillé sur les caractères et la profondeur de ces protagonistes. Même s'ils sont parfois too much ou caricaturaux, on ne peut rester insensible à la douce folie de Ophélie, qui aime déambuler la nuit dans les cimetières et n'hésite pas à boire un bon cru sur une pierre tombale. 
On aime aussi la fougue et la jalousie de Julia dont la spontanéité est touchante. 
Et puis, il y a la folie de Hugo dont Pierre a tout de suite déceler son côté obscur. Un tueur en série en sommeil, Hugo ? 

Hugo me regarde. Puis regarde la pelle. Puis Michaud. Puis encore la pelle. C'est peut-être le seul moment de sa vie où il y a un vague sentiment positif dans ses prunelles. Un peu d'amour. Quand il regarde cette fichue pelle. 

Parlons aussi de Tess, la vétérinaire un peu timbrée qui n'hésite pas à confier à Pierre ses fantasmes zoophiles. 
Bref, Maxime Chattam dresse des portraits d'individus complètement dérangés et déglingués qui constituent les connaissances de Pierre. Mais le bonheur ne dure pas et au fur et à mesure, des amis vont mourrir autour de Pierre. Subit-il une sorte de malédiction ? La police est derrière lui. 

Mais ce n'est pas l'enquête de police qui intéresse l'auteur dans ce roman. Elle n'est que secondaire. Le récit fait la part belle aux questionnements : philosophiques, sociologiques et même théologiques. Alors parfois c'est brillant mais à d'autres moments (comme souvent chez Maxime Chattam) c'est carrément indigeste et lourd :

L'imaginaire collectif a pour habitude de se représenter les synapses qui font transiter l'information sous la forme de petits éclairs, comme si tout le cerveau finissait par s'illuminer.

Ces quelques passages ne gênent en rien la lecture dans laquelle j'ai pris beaucoup de plaisir. 
Le coma des mortels est disponible aux éditions Albin Michel. 

lundi 29 août 2016

Runner, Patrick Lee, Albin Michel

Tout ce dont elle se souvient,
c’est qu’elle ne doit pas s’arrêter de courir…
Une fillette terrorisée, traquée par des hommes armés aux moyens considérables.
Un ex-agent des forces spéciales à la dérive.
Deux êtres traumatisés qui n’auraient jamais dû se rencontrer, propulsés dans une course-poursuite infernale dont les enjeux les dépassent.

Entre Le Fugitif et Charlie de Stephen King, un thriller qui laisse le lecteur pantelant. Un triomphe aux U.S.A.

« 100 % d’adrénaline pure ! À ne surtout pas manquer.»
Lisa Gardner (Grand prix des lectrices de Ellepolicier 2011)



Contrairement à beaucoup de mes collègues, j'aime bien cette couverture. Elle a un côté rétro qui me plaît et la couleur rouge attire tout de suite l'oeil. 
Le quatrième de couverture m'a aussi attiré dès la première lecture. Le roman est encensé par la critique autant que par les autres auteurs. On nous prédit un thriller entre le Fugitif et Charlie. Rien que ça !
Et pourtant... j'ai bien été déçu par ce roman. Certes, on se laisse embarquer avec Sam, qui au passage ne se pose aucune question en tout début de roman pour venir en aide à cette petite fille en détresse. Il largue tout, sait que sa vie entière va basculer en un claquement de doigt parce qu'il a perdu son portefeuille et que les méchants vont le retrouver (pas de chance qu'il le perde au moment où il sauve Rachel). 
Dès lors, la chasse, la traque (appelez-ça comme vous voulez) peut commencer. Et on peut dire que ça démarre fort. Il n'y a aucun temps mort dans ce récit qui oscille véritablement entre ce que le résumé annonce. Un thriller techno, une chasse à l'homme, une course-poursuite dans tous les Etats-Unis. 
Ne cherchez pas ici la moindre psychologie. Il n'y en a point - et ce n'est pas forcément un défaut- l'auteur a privilégié l'action à la description fouillée des personnages. Un peu dommage à mon sens car il évoque le passé de Dryden mais ne donne pas véritablement de détails. J'aurais aimé que Patrick Lee casse un peu le rythme de son récit et donne un peu plus de profondeur à son personnage principal. Tant pis. D'autres apprécieront sûrement. 
Ce que l'on sait en revanche, c'est que Sam, un ancien espion, est très très fort. Il peut tout déjouer. Même équipés du meilleur matériel existant (hélicoptères derniers cris, armements lourds et même satellites de pointes), ses ennemis auront du mal à l'arrêter. 
Bref vous l'aurez compris, je n'ai pas été happé par ce roman,  je n'ai pas été pris dans la spirale infernale qu'insuffle l'auteur. Cependant, je n'ai pas trouvé que c'était un mauvais roman, plutôt un livre qui se lit vite mais que l'on oublie tout aussi rapidement. 



mercredi 24 août 2016

Après la guerre, Hervé Le Corre, Rivages.

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde la silhouette effrayante du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l'Occupation et n'a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé ; de jeunes appelés partent pour l'Algérie. Daniel sait que c'est le sort qui l'attend. Il a perdu ses parents dans les camps et, recueilli par un couple, il devient apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L'homme n'est pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville, tandis qu'en Algérie d'autres crimes sont commis...



J'ai profité de ce beau mois d'août pour découvrir un auteur que j'avais envie de lire depuis bien longtemps. J'ai nommé : Hervé Le Corre. "Après la guerre" m'a été prêté par un ami (merci Jean-Luc) et je me suis laissé rapidement embarqué dans ce récit passionnant ancré dans une histoire difficile de la France. La période est, comme l'indique le titre du livre, l'après guerre, celle de 39-45. C'est la période des règlements de compte, du retour des prisonniers, du nettoyage. C'est aussi le moment où tous ceux qui ont fait des choses dégueulasses avec l'ennemi vont se planquer. Chauds les marrons. 

Hervé Le Corre évoque également la guerre d'Algérie, celle que les jeunes français veulent éviter, cette guerre qu'ils ne comprennent pas. Certains vont la fuir. D'autres y mourrir. Il n'y a pas de conflits sans morts, c'est bien connu. 
14-18 n'a pas suffit. 39-45 non plus. Il faut qu'on se remette à faire parler la poudre pour sauver ce bout de terre au-delà de la Méditerranée. 

Hervé Le Corre est un véritable écrivain et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman policier aussi bien écrit. Son écriture est fluide, belle, presque poétique. Alors bien sûr, le prix à payer parfois est de devoir relire certains passages pour en bien comprendre toute la finesse.

J'ai aussi beaucoup aimé l'argot utilisé par l'auteur et dont il distille quelques mots de ci de là sans jamais nous étouffer. 

Hervé Le Corre situe son récit dans un Bordeaux abîmé et pourri en proie à la décadence et à la corruption. On est loin du Bordeaux bourgeois que l'on connaît. La ville est un personnage à part entière. 
Côté personnage, point de héros gentil. 

On trouve Daniel, le jeune mécano, orphelin et qui rêve de partir faire la guerre. Cette guerre qu'il ne comprend pas et qui va le transformer à jamais. Il en reviendra blessé dans son âme. 
Il y a aussi André, revenu d'entre les morts, retenu pendant des années dans un camp de concentration. André qui vient assouvir une vengeance. Qui est-il vraiment, ce André ? 

Et puis, on a encore pire : Darlac. Le flic qui a fait son beurre pendant l'occupation. Le policier qui en a profité pour gravir les échelons. Le type sans foi ni loi, prêt à tout pour mener à bien ses enquêtes, même à bafouer la loi. Prêt à tuer lui aussi. 

Après la guerre est un roman de vengeance mais c'est aussi un formidable requiem sur la guerre et les questionnements qu'elle suscite chez les soldats qu'on envoie au front sans rien leur expliquer. C'est aussi un roman sur la vengeance, subtile, insidieuse, terrible et pas forcément salvatrice pour celui qui la met en oeuvre. 
Vous l'aurez compris, Après la guerre est un véritable coup de coeur qui m'a donné envie de poursuivre la lecture des ouvrages d'Hervé Le Corre. 

jeudi 21 juillet 2016

Disparue à Las Vegas, Vu Tran, Mercure noir.