lundi 28 novembre 2016

Tabous, Danielle Thiéry, Ombres noires.

À quelques jours de Noël, Célia Laporte et son bébé de quatre mois disparaissent brutalement d'une maternité.
Le père de l'enfant, issu d'une puissante famille iranienne, est introuvable. 
L'affaire est complexe. La PJ de Bordeaux décide d'appeler en renfort l'OCRVP de Paris. 
Edwige Marion, la directrice du service, se rend immédiatement sur place avec son équipe et la jeune psycho-criminologue Alix de Clavery. 
C'est l'occasion pour la nouvelle recrue, spécialiste des crimes sur enfants, de s'imposer face aux a priori, et de faire ses preuves sur le terrain.

Alors que l'enquête des forces de police se heurte à la puissance des tabous, Alix va découvrir une vérité plus terrifiante encore





Voir une peluche en couverture d'un roman policier m'a fait un peu peur, je le reconnais. D'autant que le titre "Tabous" suggère des atrocités difficile à imaginer. C'est donc avec appréhension que je suis rentré dans ce livre.  
Le roman débute donc sur la côte Ouest française. Bordeaux et son littoral. Les forêts de pins et les longues plages. Archachon et ses huîtres. La carte postale s'arrête là. Une femme et son bébé ont disparu. Les policiers de l'OCRVP arrivent sur place. L'équipe est composée de Edwieg Marion, la boss, de Valentine Cara et de leur psy, Alix, pas forcément sociable ni appréciée par les autres policiers. 
Parallèlement on assiste à la cavalcade d'un certain Truc, une petite frappe plus habitué aux minables cambriolages qu'aux grands coups d'éclat. D'ailleurs, j'ai bien aimé le suivre dans ses diverses pérégrinations. Le personnage est plutôt bien pensé.
Danielle Thiéry dépeint de nombreux personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Elle leur donne une épaisseur qui permet au lecteur de s'immerger complètement dans cette histoire. Les policiers vont découdre un à un les fils qui les relient entre eux. 
Patiemment, l'auteur va emmener le lecteur vers une vérité cruelle sans oublier de disséminer de ci de là des fausses pistes et laisser des questions sans réponses. C'est habile et bien joué.
 
L'auteur sait jouer aussi sur la météo qui est un personnage qui prend de l'ampleur également au fur et  mesure qu'avance l'enquête pour finir en une tempête apocalyptique pendant la fête de Noël. 

Le dénouement, comme l'indique le titre du livre est sordide. Le suspens nous tient en haleine jusqu'au bout. Pour ma part, j'ai dévoré les quelques 450 pages de ce livre que je recommande vivement. De plus, le style d'écriture de Danielle Thiéry (que je n'avais encore jamais lu) est agréable et fluide. On tourne les pages rapidement, avidement. On en redemande. 

Je remercie les éditions Ombres noires pour leur confiance. 

dimanche 27 novembre 2016

Soul of London, Gaëlle Perrin-Guillet, éditions Fleur sauvage.

Londres, 1892. Un climat de peur. Un flic qui boîte et un jeune orphelin. Tous deux face à un meurtre... ... dont il ne fallait plus parler. Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu'angoissant.





Départ pour le Londres du XIXème siècle avec le nouveau roman de Gaëlle Perrin-Guillet publié aux Editions Fleur Sauvage. 
Le quatrième de couverture annonce un thriller aussi angoissant que distrayant. Je dois admettre que c'est vrai et je m'explique. 

Une angoisse travaillée

Tout d'abord le côté angoissant apparaît dans l'intrigue elle-même. Londres et sa police sont traumatisés par l'échec retentissant des meurtres du terrible Jack l'Eventreur. La population n'a plus confiance dans les policiers. Normal, me direz-vous. C'est dans ces conditions que de nouveaux meurtres sont perpétrés. Un premier cadavre est découvert dans les boyaux de l'Underground. De son côté, l'inspecteur Wilkes, consigné dans un bureau après un accident qui lui a zigouillé la jambe, s'occupe d'assassinats de chiens. Henry Wilkes, personnage principal du roman, s'est adjoint le concours de Billy, un orphelin qu'il a recueilli l'année précédente et qui lui prête donc main forte au boulot comme à la maison. Je reviendrai sur Billy plus tard. Je finis sur le côté angoissant. Angoissant donc par l'intrigue qui amène dès le début plusieurs meurtres dont celle d'une jeune fille, inexpliqué. Affaire bouclée. Sa soeur veut trouver le coupable, embauche Henry. Et l'affaire commence. 
L'ambiance aussi est angoissante. Gaëlle Perrin Guillet plonge ses personnages dans un Londres brumeux et neigeux avec des scènes où le décor sert de personnage. Des quartiers sordides aux docks, des souterrains de l'Underground aux couloirs de l'orphelinat, tout y est pour nous serrer les tripes. 

Une enquête distrayante

Pour autant, la force de ce roman est aussi dans son côté "classique", une enquête à la Sherlock Holmes où l'auteur ne tombe pas dans les descriptions gores et sanguinolentes. Même la scène de l'autopsie reste "convenable". Le duo formé par Henry et Billy fonctionne à merveille. Les deux personnages ont leur propre personnalité et se complètent plutôt bien. Le côté "ours" de Henry est souvent contrecarré par la sociabilité de son jeune protégé. il n'hésite pas à le remettre en place pour leur bien à tous les deux. 
Soul of London est donc un roman qui rend hommage à tous ces romans qui mettent en avant l'intelligence des enquêteurs. 


J'ai suivi Gaëlle Perrin Guillet depuis ses débuts dans l'écriture. Je suis heureux de constater que son travail s'affine, se professionnalise, devient mature. Ce roman est très abouti et ouvre une nouvelle porte dans un univers où elle est à l'aise. D'ailleurs, une suite est prévue mais chutttt, c'est encore un secret. Espérons qu'elle arrive vite !

Ce livre est disponible aux éditions Fleur sauvage. 

samedi 19 novembre 2016

L'opossum rose, Federico Axat, Calmann Lévy


Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : Ouvre. C’est ta dernière chance. Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?
Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… 
Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.


Jeune auteur argentin, Federico Axat situe son roman aux Etats-Unis. Il s'ouvre sur une tentative de suicide avortée par un importun qui frappe à la porte de Ted McKay. L'inconnu lui propose donc un marché qu'il ne peut refuser. Dès ce moment, on pressent que McKay a mis le pied dans un engrenage dans lequel il aura du mal à sortir. Et c'est bien ce qui se passe tout au long de ce passionnant roman à la construction originale. 
L'auteur nous transporte dans un monde où la réalité et le rêve se confondent à tel point que la deuxième partie est une quasi répétition de la première. Le lecteur, à l'instar du personnage principal, est perdu, ne sait plus ce qu'il fait, ce qu'il a fait ni même s'il fait encore partie de ce monde des vivants. Perturbant. 
Puis Ted décide de consulter une psy à qui il va se confier. Celle-ci lui est de bons conseils et semble savoir beaucoup de choses sur le passé de Ted que lui même a occulté. 
Je dois avouer que la seconde partie du roman m'a laissé perplexe. J'ai éprouvé à ce moment-là quelques difficultés à avancer dans le récit me disant : "bon, ça y est, c'est plié. Il est fou, quoi." J'en venais à maudire le bandeau de la couverture qui indique avec prétention : "le thriller parfait". Sentiment que je ne partage pas du tout à cet instant de lecture. 
La troisième partie, au fur et à mesure qu'on avance dans la thérapie de McKay, s'avère être un retour dans les années 90 et le passage à l'Université du personnage principal. Le drame se noue, les personnalités émergent peu à peu. J'ai beaucoup aimé ces chapitres qui décrivent la vie universitaire de McKay, ses amis, son intelligence, ses fêtes... 
Parallèlement on assiste à sa thérapie avec cet oppossum, ce petit rongeur omniprésent, qui lui montre la voie. Bon, ça je n'ai pas vraiment apprécié mais c'est pour le bien du récit. 
Enfin, la dernière partie se dévoile progressivement. On sent que la vérité va éclore. Elle sera explosive et inattendue. 

Pour conclure, je dirais que j'ai beaucoup aimé ce roman dont le postulat de départ est intéressant et déroutant. Le milieu du roman est moins passionnant mais la fin est splendide. Ce roman est construit comme la partie d'échec que McKay, en fin stratège, espère jouer. C'est habile et finaud. 
De plus, l'écriture de Federico Axat est simple et fluide. Parfait pour ce type de livre. Les chapitres courts et rapides permettent de tourner les pages rapidement sans vraiment que l'on s'en rende compte. 

Ce n'est pas "le thriller parfait" mais c'est tout de même un excellent roman que j'ai adoré découvrir. 
A lire aux éditions Calmann-Lévy que je remercie au passage. 

dimanche 6 novembre 2016

En douce, Marin Ledun, Ombres noires.



Sud de la France. 
Un homme est enfermé dans un hangar isolé. Après l’avoir séduit, sa geôlière, Émilie, lui tire une balle à bout portant. Il peut hurler, elle vit seule dans son chenil, au milieu de nulle part. 
Elle lui apprend que, cinq ans plus tôt, alors jeune infirmière, elle a été victime d’un chauffard. 
L’accident lui a coûté une jambe. Le destin s’acharne. 
La colère d’Émilie devient aussi puissante que sa soif de vengeance.



Le nouveau roman de Marin Ledun est sorti depuis quelques semaines au éditions Ombres Noires. Deux ans après son (d)étonnant L'homme qui a vu l'homme, l'auteur change complètement de sujet. Il reprend toutefois des thèmes déjà abordés dans de nombreux romans et des sujets qui lui sont chers. Emilie est handicapée suite à un accident de la route. Cinq ans plus tard, elle kidnappe Simon. 
Pendant 250 pages qui se lisent en quelques heures, Marin Ledun va disséquer les relations entre le geôlier et sa victime. Mais contrairement aux autres romans qui évoquent des séquestrations, il part du point de vue du coupable. Emilie est à la dérive. Elle a raté sa vie. Elle prétexte son accident mais au fur et à mesure des flashback, elle se rend compte que sa vie avait commencé à se déliter bien avant. Incapable de se fixer, elle a multiplié les aventures jusqu'au jour où elle décide de mettre en oeuvre sa vengeance. 
Elle travaille dans un chenil, sordide. Elle habite mobile-home dans ce même chenil, glauque. Elle ramasse la merde des chiens toute la journée, sinistre. Elle s'enivre dans les boîtes de nuit où elle pêche les hommes, pathétique. 
Simon aussi ne parvient pas à trouver l'amour. Lui aussi multiplie les conquêtes mais n'arrive pas à garder une femme chez lui. Il bosse, il picole, il décuite, il retourne bosser et ainsi va sa vie. Jusqu'à ce fameux jour de juillet où il rencontre Emilie. 

Mon avis sur ce roman est mitigé. 
Je dois reconnaître que Marin Ledun a su me surprendre en développant un thème éculé : la vengeance et la séquestration du point de vue du coupable. 
Pourtant, je n'ai pas vu vraiment où il voulait en venir avec Emilie. Désir de vengeance qui s'installe plusieurs années après les faits ? Quant au plan de la jeune femme, il me paraît un peu tiré par les cheveux. A plusieurs reprises l'auteur évoque un fin inéluctable et imminente. Et pourtant, pourtant, jusque dans les dernières pages on se demande ce qu'elle cherche vraiment et comment elle souhaite en finir avec tout ça. 
Pour moi, la fin n'est pas à la hauteur du reste du roman. C'est dommage mais j'aurais préféré d'ultimes chapitres plus percutants que ceux écrits par l'auteur où l'on tombe dans une sorte de mélodrame niaiseux. 

Pour conclure, En douce est un bon roman mais avec une fin un peu bâclée. 

Ne laissez pas les chiens garder la viande, Mariska Mourik, Le Passeur Editeur

France, 2007, les médias sont braqués sur le collectif « Urgence Darfour ». Dantzig, journaliste hollandais, enquête sur les rouages de cette campagne qui brasse des millions et dont pas un centime n’est utilisé au profit des victimes. Ses investigations le conduisent au Soudan où il rencontre Claire, jeune humanitaire désabusée. Elle lui plaît autant qu’elle l’intrigue. Au fil de leurs échanges, Dantzig entrevoit les réalités troubles des organisations sur le terrain. 

Puis Claire disparaît mystérieusement. Elle envoie un appel au secours à Dantzig. Elle semble en danger, mais dit-elle la vérité ? Qui est-elle vraiment ? Quel est ce mystérieux Pierre avec lequel elle a créé une association d’adoption d’orphelins au Darfour ?

Dantzig découvre peu à peu des facettes sordides des fanatiques de l’humanitaire, aveuglés par leurs utopies, devenus de simples pions au service des enjeux stratégiques de grandes puissances pour lesquelles la vie humaine importe peu. L’étau de la machination politique, impliquant des personnalités au plus haut sommet du pouvoir, se resserre inéluctablement autour de Claire et Dantzig…

Un roman à suspense au coeur de la spirale infernale de la realpolitik
qui broie sans états d’âme les destinées humaines.



Voilà un roman qui interpelle par son titre qui est en fait un proverbe tchadien, apprend-on au début du livre. Un roman qui interpelle aussi par sa couverture. Cette sorte de chien aux énormes crocs comme une ombre chinoise. Et enfin un roman qui interpelle par son résumé, dense et surprenant : une ONG, des humanitaires pas très clairs, des magouilles et en fond on pense à L'Arche de Zoé. 
Donc, avant même d'ouvrir ce roman on pressent une lecture forte et puissante. 
L'auteur nous emmène donc dans les méandres de l'humanitaire, des magouilles, de la corruption. Elle dresse le portrait de bénévoles prêts à tout pour aider les populations en détresse, osant se dresser contre les gouvernements de ces pays. Elle parle de femmes et d'hommes qui se dévouent corps et âmes, loin de chez eux, dans des ONG nébuleuses. Elle évoque aussi des motivations pas forcément bienveillantes. Certains d'entre eux ne cherchent-ils pas une sorte de rédemption à aider les autres ? Ne veulent-ils pas se sauver eux-mêmes ? Fuient-ils leur famille ? Leur travail ? Une société de plus en plus codifiée ? Les raisons sont multiples et la réalité du terrain va vite les rattraper. Le temps africain n'est pas le temps européen. Là-bas, on patiente. On ne fait rien dans l'urgence. Le temps s'écoule lentement. On n'est pas pressé. Les démarches administratives peuvent durer des jours et des jours. Les situations bloquées se décantent parfois sans que l'on sache pourquoi, ni comment.
J'ai beaucoup aimé ce roman qui n'est pas un polar, plutôt un roman noir qui décrit les rouages d'un monde qui nous échappe. Certes, à certains moments il faut être bien accroché. L'écriture de Mariska Mourik est dense et remplit de détails. Elle dresse les portraits de Claire, humanitaire désabusée qui se lance dans un projet avec Pierre, énigmatique responsable d'une petite ONG ou véritable gourou escroc ? On trouve aussi le journaliste hollandais Dantzig dont les débats avec son rédacteur en chef Ton sont fructueux et passionnés. Dantzig qui flaire le mauvais coup et qui n'hésite pas à se rendre au Tchad.
Ne laissez pas les chiens garder la viande est un roman étonnant dans lequel le lecteur apprendra beaucoup sur le monde de l'humanitaire. L'auteur connaît très bien son sujet et va jusqu'à écorner notre ancien président en évoquant à demi-mot le sort des infirmières bulgares.
Ce roman est disponible aux éditions Le Passeur que je remercie pour leur confiance et de m'avoir fait découvrir ce livre.

lundi 31 octobre 2016

Manta, Yann Julien, auto-éditions


"Meurtres, enquêtes, poursuites... 

Le domicile d’une riche résidente visité par des « déménageurs ». Le butin s’élève à 4 millions d’euros. 

Une équipe de cinq jeunes gens avaient déménagé plus tôt dans la journée du mobilier au domicile de Mme Madeleine Douglas ; ils sont suspectés d’avoir procédé à un repérage, puisque quelques heures plus tard, la riche veuve recevait la « visite » de l’un d’eux. Elle l’a formellement reconnu et a pu dresser un portrait-robot aux enquêteurs. 

L’affaire se déroule dans la soirée, la police est appelée pour intervenir au domicile de Madeleine Douglas : elle a surpris un malfaiteur qui s’est introduit par effraction. Après avoir tenté de le rattraper sans succès, le cambrioleur a réussi à prendre la fuite. 

On ignore si le suspect a agi seul, mais il aurait procédé à l’effraction, la fouille et le vol du contenu du coffre-fort de Madeleine Douglas : principalement des bijoux. Le montant du vol s’élève à plusieurs millions d’euros."





Un des objectifs de Terre du noir, c'est de donner une (modeste) visibilité à des auteurs et des livres qui ne bénéficient pas forcément de publicité. Tenir un blog tel que celui-ci peut être l'occasion de faire des rencontres et des découvertes. Avec Yann Julien et son Manta la surprise était belle. 
Un cambriolage chez une riche veuve. Des suspects et une enquête qui débute. Voilà le point de départ assez classique de ce polar. Pourtant, l'auteur va nous emmener ailleurs, loin des clichés auxquels on pourrait s'attendre. Son récit est rapide, ses descriptions limitées, ses personnages décrits succinctement nous font penser aux romans policiers épurés des années 70. 
Yann Julien conduit ses protagonistes et ses lecteurs entre Paris et Dijon. Alan et Tim sont deux personnages bien travaillés et le duo fonctionne à merveille. Tim est un geek un peu immature. Alan est un type qui a soif de vengeance. Le premier n'a jamais fait de bêtise, le second a passé quelques mois à l'ombre. On aussi un vrai méchant servi par une horde de brutes : Faust et ses sbires. Je dois dire que j'ai bien aimé les scènes dans son domicile. Enfin, on a un policier, Lebreuil qui traîne quelques casseroles dont il aimerait bien se débarrasser. Donc côté personnage, on a ce qu'il nous faut. 
Ensuite l'intrigue en elle-même est simple et efficace. L'auteur distille quelques indices et des fausses pistes. Il prend du plaisir à écrire et à raconter une histoire et ça se voit. Il y a de l'humour dans ses dialogues et Tim est l'un des personnages qui ne se prend pas au sérieux et qui se demande dans quel guêpier il a été mis. Malgré lui, il va donc être entraîner dans des situations qui le dépassent et qu'il ne pensait pas trouver ailleurs qu'au cinéma. Le côté décalé de ce personnage m'a séduit. 

Cependant, il est dommage que ce roman soit si court. Il se lit très vite, en quelques heures. En ce sens, il remplit très bien son rôle : un polar qui va vite, qui ne s'encombre pas de descriptions et psychologie inutile. J'aurais toutefois aimé un peu plus de matière. 

L'auteur : en naviguant sur internet, on peut remarquer que Yann Julien n'en est pas à son coup d'essai. Manta est en effet son quatrième roman qu'il publie à compte d'auteur. Par choix ? Par défaut ? En tous les cas, je pense qu'il pourra très bientôt rejoindre une maison d'éditions car cet auteur a du talent. 











mercredi 26 octobre 2016

Le cri, Nicolas Beuglet, XO éditions

Hôpital psychiatrique de Gaustad, Oslo. À l’aube d’une nuit glaciale, le corps d’un patient est retrouvé étranglé dans sa cellule, la bouche ouverte dans un hurlement muet. Dépêchée sur place, la troublante inspectrice Sarah Geringën le sent aussitôt : cette affaire ne ressemble à aucune autre…
Et les énigmes se succèdent : pourquoi la victime a-t-elle une cicatrice formant le nombre 488 sur le front ? Que signifient ces dessins indéchiffrables sur le mur de sa cellule ? Pourquoi le personnel de l’hôpital semble si peu à l’aise avec l’identité de cet homme interné à Gaustad depuis plus de trente ans ?
Pour Sarah, c’est le début d’une enquête terrifiante qui la mène de Londres à l’île de l’Ascension, des mines du Minnesota aux hauteurs du vieux Nice.
Soumise à un compte à rebours implacable, Sarah va lier son destin à celui d’un journaliste d’investigation français, Christopher, et découvrir, en exhumant des dossiers de la CIA, une vérité vertigineuse sur l’une des questions qui hante chacun d’entre nous : la vie après la mort…
Et la réponse, enfouie dans des laboratoires ultrasecrets, pourrait bien affoler plus encore que la question !
Inspiré par des découvertes et des événements réels, Le Cri renvoie à nos peurs les plus intérieures. Un thriller sur la folie des hommes et le danger d’une science dévoyée, transformée en arme fatale.




Un hôpital psychiatrique perdu en Norvège, un froid de canard, un dangereux criminel enfermé, une policière au bord de l'implosion et une mort suspecte. Voilà un début qui s'annonce percutant. Les premières pages le sont d'ailleurs. Pas un seul temps mort, l'ambiance enneigée et poisseuse y est aussi pour quelque chose. Cette première partie se déroule donc en Norvège. Il fait froid, vous l'aurez compris, la neige tombe et pour cette enquête, notre inspectrice se trouve chargée d'aller dans un sordide hôpital psychiatrique que Denis Lehane n'aurait pas renié.
Tous les ingrédients sont donc présents pour un thriller époustouflant. Et pourtant, le récit s'essouffle même si en bon scénariste l'auteur ne laisse aucun répit à ses héros - on se croirait dans un film d'action- et à ses lecteurs. Bien sûr, on a aussi l'amourette obligatoire entre les deux protagonistes.
Dommage, c'est cousu de fil blanc.
La deuxième partie est consacrée quant à elle aux pérégrinations de Sarah et de Christopher entre la France, l'île de l'Ascension et les Etats-Unis. Là encore, le roman aurait pu être captivant mais les scènes décrites sont caricaturales, conventionnelles. J'ai parfois eu l'impression de me retrouver dans une mise en roman d'un film d'Indiana Jones. Par exemple la scène où l'on fait connaissance avec Christopher. Il finit une conférence devant une assemblée d'étudiants qui boit littéralement ses paroles et dont certaines de ses membres sont conquises voire amoureuse (cf : l'étudiante qui veut à tout prix lui glisser son numéro de téléphone). Evidemment, Sarah voit en lui un simple joli coeur, qu'il n'est pas en réalité.
La scène dans la mine est elle-aussi très mal construite à mon goût.
Bref, plusieurs scènes de cet acabit ne m'ont pas plu dans ce roman.
De fait, je n'ai pas accroché aux théories scientifiques développées par l'auteur. Certes, le récit s'inspire de faits réels mais l'auteur va plus loin (je n'ai pas été vérifier sur internet la véracité de ce que Nicolas Beuglet raconte) avec "le cri" (je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler les lecteurs).
J'ai aussi trouvé une certaine... comment dire ? ... forme de faux suspens, de fausses révélations genre : "tu te rends compte de ce qu'on a trouvé ? C'est incroyable !
Ah bon, dirais-je en simple profane. Ok, mais en quoi c'est important ?

Vous l'aurez compris, je n'ai pas aimé ce roman qui pourtant était très bien parti. Je n'ai pas adhéré ni aux personnages qui sont assez conventionnels et sans surprise ni aux scènes d'action ni aux théories scientifiques qui ne m'ont pas intéressé.
C'est dommage car l'idée de départ était plutôt bonne.

dimanche 16 octobre 2016

Polichinelle mouillé, Frédéric H Fajardie, Editions la table ronde.


«Pourquoi un dingue pousse-t-il des gens sous des rames de métro? Comment une superbe jeune fille peut-elle tomber amoureuse de moi – et perturber mon enquête? Pourquoi la maffia s'en mêle-t-elle? Moi, commissaire Padovani, un foutu flic avec une drôle d'équipe : pourquoi me refile-t-on toujours les affaires les plus dures, celles où, comme les feuilles mortes de la chanson, les cadavres se ramassent à la pelle?»



Frédéric H Fajardie a publié en son temps de nombreux romans, souvent très courts. Polichinelle mouillé est l'un d'eux. Il reprend les personnages créés pour Tueurs de flics que j'ai eu l'occasion de chroniquer il n'y a pas longtemps. On retrouve donc ici avec bonheur le commissaire Padovani et sa bande de collègues un peu déjantés.
Un vieil homme, un peu bossu, un peu bourru, se met en tête de pousser sous le métro des types qu'il choisit minutieusement. Les victimes sont parfois jeunes, parfois plus vieux, parfois appartenant à la mafia. Oups, on peut devenir assassin et commettre des bourdes. Ce qui met la police sur fausse piste.
La course contre la montre a débuté car l'homme semble aller plus vite en besogne, son besoin de tuer semble s'accélérer. La tension monte, la police est sous pression.

Mon avis : J'ai bien aimé ce roman même si je le trouve moins passionnant que Tueurs de flics. J'ai pris du plaisir à retrouver le commissaire Padovani en bonne santé (réf : Tueurs de flics), toujours très incisif et parfois impertinent. On retrouve l'écriture cisaillée de Fajardie qui ne s'encombre pas de détails inutiles. Les descriptions des lieux et des personnages sont minimalistes au bénéfice des dialogues.
Un bon roman qui se lit d'une traite, sans temps mort et avec de l'action.
A découvrir aux éditions La table ronde.

mercredi 12 octobre 2016

Péché de chair, Colleen McCullough, éditions de l'Archipel.


Août 1969. Holloman, petite ville du Connecticut, a retrouvé son calme après les tragiques événements de janvier (cf Le Dernier Banquet, Archipoche). Jusqu’au jour où un, puis deux corps d’homme mutilés sont retrouvés.
Le capitaine Delmonico écourte alors ses congés pour enquêter sur cette affaire. Assisté du sergent Delia Carstairs et du lieutenant Abe Goldberg, il découvre très vite un lien entre les deux meurtres et la disparition inexpliquée de plusieurs femmes.
Et si Holloman n’avait pas affaire à un psychopathe, mais à deux ? Voilà qui promet une fin d’été torride, irrespirable…




Qui n'a jamais entendu parler de Colleen McCullough, l'auteure de Les oiseaux se cachent pour mourir
Elle nous a quitté l'an dernier en nous laissant une oeuvre conséquente et variée. Je n'avais encore jamais lu cette auteure et c'est avec plaisir que j'ai parcouru les quelques 365 pages de son ultime roman. Péché de chair met en scène Carmine Delmonico, capitaine de police de Holloman dans le Connecticut, et son équipe : Délia, Abe et les autres, équipe qui a fait ses débuts en 2007 dans Corps manquants. 
Dans ce roman, ce n'est pas une enquête mais deux que l'auteure nous propose. Deux affaires menées en parallèle par Délia et l'autre par Abe et Carmine. La première doit retrouver la trace de six femmes portées disparues sur un laps de temps de plusieurs années. De son côté Abe doit faire face à des cadavres d'hommes retrouvés mutilés de leur masculinité. 
Bien sûr, on se doute que les deux affaires vont se lier à un moment ou à un autre. Mais de quelle manière ? 
J'ai éprouvé quelques difficultés à entrer dans ce livre. Colleen McCullough a une écriture particulière. Je ne sais pas si c'est du fait de l'auteure ou du traducteur mais j'ai parfois du relire plusieurs fois les mêmes passages pour bien les saisir et les comprendre. Elle semble aussi aimer les phrases à rallonge qui tiennent sur plusieurs lignes. 
J'ai ensuite commencé à me familiariser avec Colleen McCullough. J'ai été pris dans ce récit qui avance rapidement et qui multiplie les personnages. L'enquête n'est pas toujours au premier plan. L'auteure nous décrit plutôt les personnages dont chacun aura un rôle à jouer. Les amitiés se nouent, parfois trop rapidement, je trouve, les invitations se succèdent et les secrets sont mis au jour petit à petit. 
C'est brillant et habile. 
En revanche, je ne sais pas où l'auteure a trouvé ces prénoms mais je dois reconnaître qu'elle fait preuve d'originalité. Dans le désordre on trouve : Carmine Delmonico, Délia Carstairs, Fennela, Rufus et même une religieuse répondant au nom de Perpétua. Même si ce dernier prend racine dans l'histoire chrétienne, je dois avouer qu'il n'est pas banal. 

Les deux affaires sont donc résolues l'une après l'autre avec le brio qui caractérise l'auteur. Ce roman m'a donné bien envie de découvrir les livres précédents. 
Une belle surprise et je remercie vivement les éditions l'Archipel. 



lundi 10 octobre 2016

Tueurs de flics, Frédéric H Fajardie, La table ronde


«Tuer les flics, comme ça, c'est déjà bizarre, mais les découper en lamelle, en faux-filets, en fines tranches et finir par les bouffer, ça vous a carrément un côté farce. Sauf que ces trois types étaient plutôt du genre pince-sans-rire.»




Etonnant que ce "Tueurs de flics" de Frédéric H Fajardie, auteur que je connaissais de réputation mais que je n'avais encore jamais lu. Je remercie donc les éditions La table ronde pour m'avoir fait découvrir l'univers de cet auteur. 

Etonnant car l'histoire en elle-même préfigure déjà les romans et films de serial killer. Ecrit à la fin des années 70, on peut donc dire que l'auteur fait figure de précurseur. 
Etonnant car les personnages, fortement politisés ou a-politisés sont bien ancrés dans leur monde, qu'ils vénèrent ou qu'ils exècrent. Typique, je dirais des polars de cette période. Mai 68 a laissé des traces. Tout le monde a ses idées, veut les défendre. Certains deviennent anarchistes, d'autres policiers. 
C'est le cas de Tonio, le protagoniste principal qui se lance aux trousses des tueurs de flics, sauvagement assassinés, méticuleusement torturés. Tonio ne correspond pas à la figure parfaite du policier. Il ne fait pas d'heures supplémentaires, ne travaille pas le dimanche, ne saute pas ses repas. Au contraire, il rentre le soir pour dîner avec Francine, son épouse. Il ne fait pas trop de zèle et rentre dans le lard de son chef qui se trouve en plus être son oncle (par adoption).
Tueurs de flics, c'est franchement un roman qui se dévore, je l'ai lu en quelques heures. Certes, il ne fait que 180 pages mais le récit est fluide, l'écriture de Fajardie est plaisante et en plus, c'est passionnant et parfois drôle. 
Une bonne entrée en matière pour cet auteur que j'aurai l'occasion de chroniquer très bientôt. 

A découvrir aux éditions La Table ronde.