lundi 6 février 2017

Treize marches, Kazuaki Takano, Presses de la Cité


Ryô Kihara, trente-deux ans, est condamné à la peine capitale. Il a déjà passé sept ans dans le couloir de la mort sans connaître la date de son exécution, comme le veut la loi japonaise. Bien qu'amnésique au moment du procès, il a reconnu sa culpabilité. Un matin, il entend les gardes venir chercher son voisin de cellule pour l'exécuter. Traumatisé par les hurlements, Kihara a soudain des flashes, comme si son amnésie se dissipait : il se revoit en train de gravir un escalier, dix ans plus tôt. Il décide d'écrire à son avocat.
Jun'ichi Mikami, vingt-sept ans, a été incarcéré deux ans pour homicide involontaire. Remis en liberté conditionnelle, il croise celui qui était son gardien de prison, Shôji Nangô, qui s'occupe aussi de la réinsertion des anciens détenus. Ce dernier lui propose de l'aider à prouver l'innocence d'un certain Ryô Kihara. Voyant un moyen de se racheter aux yeux de la société, Jun'ichi accepte...

Un thriller au suspense savamment distillé. Une plongée angoissante dans le système judiciaire japonais. Saisissant.



Première immersion au Japon et plutôt une réussite. Alors qu'un condamné à mort attend son exécution, un mystérieux client va diligenter une nouvelle enquête pour le disculper. Voilà comment va se créer le duo entre Jun'ichi et Nangô. L'un sort de prison pour meurtre, l'autre vient de démissionner de son poste de surveillant pénitentiaire. Autant dire que ces deux là sont sensibles à la problématique de la peine de mort !

L'intrigue est posée. L'histoire est ancienne mais comme la date de l'exécution semble approcher, l'enquête doit avancer vite. Le duo (improbable) d'enquêteurs dispose de trois mois pour résoudre leur affaire. 
Amateurs de thrillers sanguinolents, passez votre chemin. Nous avons ici un roman dont le rythme est plutôt lent mais qui se lit très vite et dont on a du mal à décrocher. 
J'ai beaucoup apprécié la description de la société nippone et en particulier du fonctionnement du ministère de la justice et de la question de la peine de mort. On peut repérer une certaine frilosité des responsables à signer les actes d'exécutions et voir qu'il ne suffit pas de grand-chose pour faire basculer une décision. C'est fascinant et effrayant en même temps. On peut aussi approcher les spécificités japonaises au travers des dialogues où l'on ressent toute la retenue et la bienséance des habitants de cet archipel. Jamais vulgaires, jamais d'emportement. Du moins, en surface. 

Je conseille donc fortement la lecture, sélectionné pour le Prix découverte Polars Pourpres, qui est dépaysant, distrayant et efficace. 
Une très bonne surprise. 

vendredi 3 février 2017

Ce qu'il nous faut, c'est un mort, Hervé Commère, Fleuve éditions


Trois garçons pleins d’avenir roulent à flanc de falaise.

C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.


Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille. Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au coeur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

De la corniche aux heures funestes de Vrainville, vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte, d’un amour, des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe.



Autant le dire tout de suite et sans ménager le suspens, j'ai eu un vrai coup de coeur à la lecture de ce roman sélectionné pour le prix Polars Pourpres. 
Il ne s'agit pas d'un roman policier à proprement parlé, avec un meurtre, des policiers et une enquête comme on a l'habitude de lire. 
Ici, nous avons un roman qui s'étale sur une vingtaine d'années (avec même un retour au début du XXème siècle) et qui suit la trace de plusieurs personnages. Tous ces personnages gravitent autour d'un point central : le village de Vrainville, Normandie, berceau des ateliers Cybelle, fleuron de la lingerie en France. 
Hervé Commère nous présente donc une pléiade de personnages qui voient leur vie basculer un fameux soir de juillet 1998. Quand l'équipe de France de football épingle sa première (et toujours unique) étoile sur son maillot, trois jeune garçons vont commettre l'irréparable. Mais une jeune fille va aussi avoir son destin transformé. 
Habilement et lentement, Hervé Commère plante le décor. Il prend son temps pour détailler l'histoire des ateliers Cybelle qui font la fierté du village et qui fait vivre quasiment tous ses habitants. Tout semble idyllique dans cette bourgade côtière. Tout le monde semble heureux. Evidemment, nous sommes dans un roman noir, dans un polar, donc on se doute que les zones obscures ne sont pas enterrées définitivement. Les fantômes remontent toujours à la surface. 
Et puis, c'est sans compter la mondialisation, la concurrence, l'état du marché mondial qui force les patrons à délocaliser parfois à vendre leurs entreprises. Comme en écho à une publicité actuelle, "on ne gère plus une entreprise comme on la gérait hier". Vincent, le petit-fils du créateur de Cybelle, sera celui par qui le malheur arrive. 
Et que dire de Maxime ? Ce talentueux dessinateur revenu de la ville car il ne s'y est jamais fait, a fini mécanicien aux ateliers. Embauché par son ex-ami Vincent. Et qui dire du troisième larron devenu maire à la suite de son père ? A Vrainville, les dynasties semblent éternelles. 

Ensuite, tout s'enchaîne. Le roman prend une tournure plus rude. Le social se mélange au polar, les actions se succèdent rapidement comme les événements sur lesquels plus personne n'a de prise. 

Côté écriture, j'ai été séduit par la langue de l'auteur, à la limite de la poésie, il joue avec nos émotions. On sourit parfois, on pleure, on tremble. Ajoutons à cela, une narration un peu particulière, comme si on était juste témoin. Etrange sensation mais j'ai bien aimé cette technique qu'a eu l'auteur de nous dire ce à quoi il fallait s'attendre et après de l'expliquer. 

Bref, après Rural Noir, de Benoît Minville, Ce qu'il nous faut c'est un mort est mon deuxième coup de coeur de l'année. 

La voix secrète, Michaël Mention, Grands détectives, 10/18

Une enquête criminelle dans les bas-fonds de Paris en 1835, retraçant les derniers jours du célèbre dandy, assassin et poète Pierre-François Lacenaire
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, ce dernier passe ses nuits à rédiger ses Mémoires en attendant la guillotine. Alors que les similitudes entre ces crimes et ceux commis par Lacenaire se confirment, Allard décide de le solliciter dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et le criminel s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous deux dans les bas-fonds d’un Paris rongé par la misère et les attentats.

Un roman historique inspiré des derniers jours du célèbre Lacenaire, signé par une étoile montante du roman noir français.


Michaël Mention fait son entrée dans la collection Grands détectives avec ce roman écrit il y a plusieurs années. 
Avec brio, il fait renaître le Paris poisseux, puant et violent du XIXème siècle. Son écriture résolument moderne et qui lui est caractéristique se conjugue très bien avec ce récit historique. 
Comme d'habitude, l'auteur malmène ses personnages autant que ses lecteurs. Il nous trouble, bouscule nos convictions, nous emmène à travers les ruelles sombres du subconscient de ses héros. Lacenaire, le poète criminel attend avec impatience son exécution. Au fond de sa cellule, cet impertinent et arrogant personnage donne du fil à retordre à ses geôliers. Seul Allard, le policier, parvient à devenir ami. Quelle étrange amitié d'ailleurs entre un assassin et un commissaire ? Qu'est-ce qui peut bien les lier, ces deux-là ? Qui manipule qui ? Qui a besoin de qui ? A moins que ce ne soit une vraie et solide amitié.
Et puis, il y a ces meurtres, horribles, effrayant, calqués justement sur ceux de Lacenaire. Complice ? Vulgaire imitateur ? 
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman (l'un des premiers de l'auteur) dont l'ambiance a été bien définie. Michaël Mention a réussi à dessiner cette France qui a peur, ce peuple qui souffre contre des élites arrogantes (tiens, tiens... ), ce Paris sale, vertigineux et ce roi détesté. Les conditions de vie des miséreux est bien mis en parallèle avec celles des nantis. Bref, une remarquable reconstitution historique. 
Un vrai roman policier également où l'auteur se joue du lecteur. Il l'emmène sur des fausses pistes, n'hésite pas à embarquer ses héros sur des pentes dangereuses. Il joue avec le feu et à la fin, le récit fonctionne. C'est haletant autant qu'instructif, distrayant autant qu'effrayant. 
Un plaisir à ne pas bouder. 

mardi 10 janvier 2017

Rural noir, Benoît Minville, Série Noire, Gallimard.

Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un «gang » insouciant. 
Puis un été, tout bascule. 
Un drame, la fin de l"innocence. 
Après dix ans d'absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis. 

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d'une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l'amitié, la famille, la culpabilité. 





Découvert grâce aux membres du site Polars pourpres, cet auteur est une vraie bonne surprise. Pour son nouveau roman, Benoît Minville frappe fort. Il cogne dur mais son écriture reste fluide et sensible. 
Une bourgade perdue dans le Nivernais, une bande copains, un trafics de drogues, une agression... voilà ce qui nourrit ce Rural noir. 
Sur un thème casse-gueule car souvent évoqué dans la littérature ou le cinéma, Benoît Minville réussit un vrai tour de force. C'est vrai, parfois certaines scènes peuvent être caricaturales et font référence directement à des lectures passées. Mais quel plaisir de retrouver les Pif Gadget, les Onze Mondial, les carambars et les meules aux pots ninja ! Un vrai retour dans les années 80 que l'auteur dépeint avec nostalgie. 
Les références sont multiples. On pense forcément à la nouvelle The body, de Stephen King dans laquelle une bande de jeunes va perdre son innocence, formidablement adapté au cinéma par Rob Reiner (Stand by me). On pense aussi à la guerre des boutons. On pense aussi au roman Un peu d'air frais de Georges Orwell dans lequel un homme revient sur les terres de son enfance. 

Sans trop en dévoiler, il y a aussi une scène qui m'a fait penser au film les petits mouchoirs. 

Etant de la même génération que Benoît Minville, j'ai bien sûr apprécié toutes ces références et qui me font remonter de nombreux souvenirs. 
Mais Rural noir c'est aussi un vrai polar. Quand Rom, personnage principal, revient dans son village natal après 10 ans (d'errance ?), il ne se doute pas que l'équilibre précaire qui y régnait va s'effondrer. Les cartes s'écroulent les une après les autres et on a l'impression que toutes les décisions qu'il va prendre ne vont faire que l'enfoncer dans un gouffre immense. 
Rural Noir a aussi le mérite de nous rappeler que dans la campagne aussi, on a des misères, des problèmes de drogue, de caïdats, de gang et que les cités n'en ont pas le monopole. Sauf qu'au milieu des champs, on n'entend pas les cul-terreux pleurer sur leur sort. 

Ce roman est le dernier livre que j'ai lu en 2016 (j'ai un peu tardé pour ma chronique) mais je m'en souviendrai longtemps. 


A lire chez Gallimard dans la prestigieuse Série Noire. 




Toxique, Nico Tackian, Calmann-lévy

Ils aiment entrer dans votre vie,
certains aiment exercer leur pouvoir sur vous,
Certains aiment vous séduire pour vous détruire.
Ce sont les toxiques. 

 
Janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau. Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crime dépêche le commandant Tomar Khan, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes. À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 h », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il y paraît. 




J'aime bien les livres qui se lisent vite. Avec ce Toxique, j'ai été comblé. A peine quelques heures, sur trois jours pour le lire, un vrai page turner comme on les aime, un polar brut. 

L'histoire n'est pas banale. Une directrice d'école étranglée dans son bureau. Un suspect et une affaire qui semble facile pour Tomar et son équipe. Mais on se doute que ça ira plus loin. Bien sûr, l'auteur trompe le lecteur, l'emmène sur de fausses pistes, creuse ses personnages. A l'instar de ce Tomar, origine Kurde, né en France, ça le démange de plus en plus de connaître ses racines. Et que dire de ses cauchemars qui le hantent depuis son enfance. Comment ont-ils façonnés cet être brute mais pas dénué d'humanité ? 
Difficile d'évoquer l'autre personnage central du roman sans dévoiler l'intrigue. Ce que je peux juste vous dire,c 'est que Niko Tackian nous a concocté un coupable assez original et bien pervers. Peut-être plus terrifiant que certains serial killer bien connus. 

Si le roman tourne beaucoup autour de son héros, Tomar, l'auteur n'oublie pas non plus de peindre des personnages crédibles et intéressant. Rhonda, par exemple est une policière attachante, forte et fragile à la fois. J'ai bien aimé ce personnage qui, comme Tomar, n'est ni tout blanc ni tout noir.
C'est d'ailleurs ce qui fait l'essence de ce roman. Nico Tackian évite le manichéisme simplet dans lequel les flics sont forcément gentils et les coupables forcément méchants. Ici, on se pose des questions dont la première : et moi, comment j'aurais réagi ? 

A travers une histoire sensible, Nico Tackian dresse le portrait d'un nouveau type de coupable dans le polar français, une image que je n'ai pas l'habitude de voir dans les romans. Il dessine aussi un héros violent, en proie à de nombreux questionnements - mais en évitant de tomber dans le caricatural flic pochard et revêche- sur son passé, son avenir et même son présent. Un personnage dont l'origine (Kurde) est très intéressante. Les passages avec sa mère, ancienne combattante, sont passionnants et les dialogues empreints d'une grande tendresse. 

Une très bonne découverte ! 
Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 



La minute prescrite pour l'assaut, Jérôme Leroy, éditions la Table ronde.

«Il était vingt-trois heures quand Kléber et Sarah, qui venaient de se rencontrer, décidèrent de passer la nuit dans le fort d’Ambleteuse. 
À cette heure-là, une bombe sale explosait à San Francisco. 
À cette heure-là, un médecin venait d’observer dans son
microscope la dernière mutation du virus de la fièvre hémorragique de Marburg. 
À cette heure-là, trois enfants étaient parvenus au niveau ultime de Dark Hostel. Ils étaient les premiers à réussir cet exploit sur ce jeu virtuel haut de gamme. 
À cette heure-là, en France, les Forces spéciales, nouvellement créées sous l’égide secrète de l’Élysée et de quelques grandes entreprises privées, recevaient leur baptême du feu dans les quartiers nord de Marseille. 
À cette heure-là, Kléber soupçonnait qu’il vivait le premier
instant de l’apocalypse.»



La minute prescrite pour l'assaut est un roman de Jérôme Leroy initialement publié en 2008. Les éditions la Table Ronde lui offre en ce début d'année 2017 une nouvelle vie. Et c'est pour le plus grand bonheur des lecteurs, comme moi, qui avaient loupé sa parution. Je remercie donc la Table Ronde de m'avoir fait découvrir cet auteur. 
Dans ce roman apocalyptique, Jérôme Leroy égratigne avec talent tous les travers de notre société. Bien sûr, il faut accepter le postulat de départ : le monde part en vrille et va s'éteindre dans la violence. La faute à plusieurs facteurs : un virus hypermortel, des attaques nucléaires, des conflits innombrables. Mais on est loin des classiques romans apocalyptiques de science fiction.
En effet dans ce roman, on suit la route de Kléber, écrivain, enseignant et épicurien pour qui la vie se résume à lire, boire et baiser. Lors d'une ennuyeuse soirée, il rencontre la belle Sarah avec qui il va traverser le roman. Erudit, il cite Proust et Baudelaire. Célibataire endurcit, il aime la gent féminine sans jamais lui manquer de respect. Bref, Kléber est un bon bougre que la fin du monde n'effraie pas. 

La France possède tout un arsenal de loi pour affronter cette fin du monde. Evidemment, on circule presque tous en voiture écolo, sauf Kléber bien sûr qui se pavane dans un énorme Mercedes CLK. On évite de sortir trop la nuit, des Forces spéciales sont crées et ne sont pas sans rappeler certaines milices de l'Histoire. 

Ce roman peut aussi être lu comme un hommage à l'art : à la musique, à  la littérature. Jérôme Leroy multiplie les références directes : "le ciel d'un bleu balzacien" ; "un vocabulaire proustien"... ou indirectes. On lit entre les lignes, on aime forcément ces rappels aux grands auteurs. 

On découvre dans ce récit tout un panel de personnages intéressants : Kléber, bien sûr. Sarah, sorte de Lara Croft sensible à la culture et aimait picoler du bon vin blanc et Fleur, la cousine un peu niaise. On fait aussi la connaissance du caviste sans prénom mais amoureux du vin et fournisseur officiel de la fin du monde, l'avocat cul-de-jatte et généreux... Bref, une galerie loufoque, drôle et sincère. 

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel j'ai trouvé une vraie intrigue et qui fait la part belle à la littérature. Jérôme Leroy joue avec les mots, connaît ses classiques et nous les fait aimer aussi. 

A (re)découvrir aux éditions La Table Ronde. 

samedi 31 décembre 2016

BONNE ANNEE 2017




2016 est terminé. Sur Terre du Noir, de nombreux romans ont été chroniqués. J'en ai aimé beaucoup. Certains m'ont moins passionné que d'autres mais j'ai pris un réel plaisir à les lire et à en rédiger des commentaires.
Je profite pour remercier ceux qui me suivent dans cette aventure. Les maisons d'éditions par le biais de leurs attachés de presse me font une confiance que je salue ici. Merci à vous tous !
Les auteurs qui me parlent aussi de leurs livres et avec qui j'échange parfois. Même si mes chroniques peuvent être négatives, c'est toujours dans le respect de leur travail. J'essaie d'être le plus honnête possible.
Enfin, bien sûr je remercie les lecteurs sans qui un blog n'aurait pas de raison d'être. Merci à vous de me suivre.
Je vous souhaite donc à tous une excellente année 2017. Que celle-ci soit pleine de découvertes littéraires, de belles rencontres  et de bonnes lectures !

mardi 27 décembre 2016

Dans les brumes du mal, René Manzor, Calmann Lévy


Tom, mais aussi John, Michael et Lily. À chaque fois, une mère est assassinée et son enfant enlevé, comme évanoui dans les brumes inquiétantes qui submergent si souvent la Caroline du Sud.
Dahlia Rhymes, agent du FBI spécialisée dans les crimes rituels, s’impose dans l’enquête. Tom est son neveu, et même si elle ne l’a jamais vu car elle a rompu toute relation avec sa famille, elle ne peut pas l’abandonner.
En retrouvant les marais et les chênes séculaires de son enfance, Dahlia retrouve aussi Nathan Miller, un ancien gamin des rues devenu un des meilleurs flics de Charleston. Ensemble, ils se lancent à la recherche des enfants, sans autre indice que le témoignage d’un voisin, qui prétend avoir vu rôder autour d’une des Maisons une shadduh, une ombre vaudoue.
Et si, pour une fois, le mobile n’était ni l’argent,
ni le sexe, ni la vengeance, ni même l’amour?





Dans les brumes du mal est le troisième roman de René Manzor. Pour ma part, le premier que je lis de cet auteur. Qu'on se le dise tout de suite, ce roman a tous les ingrédients pour être un parfait thriller  : une intrigue solide, des décors fantastiques, un sens du suspens, une écriture rapide, des personnages sortis d'un film, des chapitres courts qui facilitent la lecture. Pourtant, je n'ai pas été séduit. Bien sûr, comme de nombreux lecteurs j'ai moi aussi tourné les pages avidement. J'ai voulu savoir la vérité. J'ai voulu aller au bout de ce roman. 

Un roman techniquement parfait

Je m'explique. Ce roman est techniquement très bien fait dans sa forme. Comme je viens de le dire, dans sa construction il n'y a rien à lui reprocher : chapitres courts qui alternent différents points de vue, suspense en fin de chapitre, maîtrise de l'auteur qui connaît ses classiques. Quelques fausses pistes subtilement amenées entretiennent la tension. Une atmosphère propice aux mystères dans les marais parachève le tout.
Mais voilà...

Un manque d'âme

Ce que je vais dire n'engage que moi mais exprime mon ressenti. Il manque je trouve une âme dans ce récit, juste ce qu'il faut pour qu'il passe du bon moment au thriller excellent. C'est difficile à expliquer mais je n'ai pas réussi à éprouver la moindre empathie pour les personnages. 
Tout d'abord l'agent Rhymes me paraît très dure. Les rares fois où ses sentiments s'expriment, c'est légèrement ridicule comme le moment où elle va rencontrer le révérend en prison. On ne peut pas dire cependant que ce personnage manque de profondeur. L'auteur l'a bien travaillé. Il donne des détails sur sa vie actuelle, son enfance, la façon dont elle s'est construite et c'est plutôt intéressant. Cependant, elle ne m'a pas paru sympathique. Elle est froide et distante. De fait, je n'ai pas éprouvé de sentiments particuliers à son égard.
Miller est l'un des personnages importants du  roman. Mais, comme pour Rhymes, j'ai trouvé qu'il lui manquait quelque chose. Sans rentrer dans les détails, on sait qu'il a perdu sa femme et qu'il élève seul sa fille de 11 ans. On sait aussi qu'il a fréquenté la rue durant sa jeunesse et qu'il était un petit truand des rues. Je n'ai pas non plus apprécié les relations qu'il a tissé avec sa fille. Je les trouves surfaites, caricaturales. La petite fille qui prend soin de son papa et qui lui parle d'égal à égal, pour moi, ça ne passe pas.

Un thriller implacable cependant

Malgré toutes les réserves que je viens d'émettre, j'ai bien apprécié cette lecture. On tourne les pages à une vitesse surprenante car l'écriture de René Manzor s'y prête. On a envie de savoir ce qu'il va se passer.
Je reconnais aussi avoir éprouvé quelques difficultés à écrire cette chronique. J'ai trop de sentiments contradictoires. J'espère donc que le lecteur ne m'en voudra pas.

Ce roman est disponible aux éditions Calmann Lévy que je remercie.






vendredi 23 décembre 2016

La nuit des chats bottés, Frédéric H Fajardie, éditions la Table ronde


Par amour pour Jeanne, jeune femme désenchantée, Stéphan et Paul, deux anciens militaires, vont lancer la plus grande opération de plasticage de tous les temps. Jeanne a souffert de voir son père humilié par la société. Stéphan et Paul vont lui offrir une revanche posthume : «La vie est une opération de commando, c’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir…» Masqués de cagoules, ils vont s’attaquer à une banque, à un P.M.U., à une clinique, aux usines Renault, au ministère des Finances, et même au Sacré-Cœur. Livre fondateur d’un romantisme noir et anarchique, La nuit des Chats bottés est une œuvre emblématique, un règlement de comptes phénoménal, saluée à sa sortie par une presse unanime.





Troisième roman lu de Frédéric H Fajardie pour ma part. Un roman qui commence par une histoire d'amour entre Stéphan et Jeanne. Jeanne qui va se trouver au coeur d'un engrenage de violence qu'elle n'essaiera pas d'endiguer quand la vérité va se dévoiler peu à peu.
Comme à son habitude, Fajardie ne passe pas par quatre chemins, ça castagne, ça bastonne et ça plastique à tout va. Il ne s'embarrasse pas de préoccupation psychologique, les personnages sont dressés rapidement, leur personnalité comme leur physique. L'essentiel n'est pas là. Fajardie s'attache à raconter une histoire, simplement.
Donc, on retrouve les policiers, barbouzes ou pourris, hommes politiques véreux et vénaux. Les chats bottés sont insaisissables. Ils les font tourner en bourrique, font sauter des objectifs bien précis et s'évanouissent dans la nature.
Comme d'habitude, les dialogues sont incisifs, parfois drôles, sans concession.
Bref, tous les ingrédients sont présents pour en faire un très bon polar, d'ailleurs unanimement salué par les critiques à sa sortie en 1979. Pourtant, je l'ai moins apprécié que les deux précédents. Je n'ai pas été conquis par l'histoire ni les personnages. Je trouve le prétexte pour tout faire pêter un peu... facile voire futile. Même le policier, je le trouve fade et sans envergure. Les chats bottés le provoquent, inscrivent son nom sur les lieux des différents plastiquages et lui, il est nonchalant, comme si rien ne l'atteignait.
Donc, une lecture qui me laisse sur ma faim, un peu perplexe. C'est bien mais pas extraordinaire.

Je remercie les éditions de la Table ronde pour cette découverte.






lundi 19 décembre 2016

Bienvenue à Cotton's Warwick, Michaël Mention, Ombres noires


Australie, Territoire du Nord. Dans l'Outback, on ne vit plus depuis longtemps, on survit. Seize hommes et une femme, totalement isolés, passent leurs journées entre ennui, alcool et chasse. Routine mortifère sous l'autorité de Quinn, Ranger véreux. Tandis que sévit une canicule sans précédent, des morts suspectes ébranlent le village, réveillant les rancoeurs et les frustrations. Sueur, folie et sang. Vous n'oublierez jamais Cotton's Warwick.




Les lecteurs de ce blog savent déjà que j'ai une affection particulière pour Michaël Mention dont je suis (et apprécie) la carrière depuis ses débuts.
Ils savent aussi que j'éprouve une affection particulière pour l'Australie, pays immense où tout est possible. 

Le nouveau roman de Michaël Mention est dans la continuité de son oeuvre. En ce sens, il est différent de tous les autres. Et oui, Michaël Mention est un auteur qui se renouvelle, qui tente des expériences, qui prend des risques, qui ne s'enferme pas dans un domaine. Il a tenté le huis clos (Unter Blechkoller), il a commis une trilogie bien noire (sale temps pour le pays, Adieu demain, Et justice pour tous), un pamphlet sur le PAF (la carnaval des hyènes) ou encore un docu-fiction sur un serial ailler (le fils de Sam). Tous avec un certain succès. 
Ce Bienvenue à Cotton's Warwick dépeint une petite communauté, repliée sur elle-même, oubliée du gouvernement australien, oubliée de tout le monde. Alors, ces gens survivent comme ils peuvent. Leurs relations se tissent, se déconstruisent à coups de poings avinés. C'est le choc, c'est violent. Soleil et alcool ne font pas bon ménage chez ces dégénérés menés par un chef véreux et sans scrupules. Les journées passent, les unes identiques aux autres. Les mois passent, pareil. Les années aussi. Karen, la seule femme, derrière le comptoir du seul bistrot, rêve de départ, d'une vie en ville, loin de l'Outback où chaque jour on peut y laisser sa peau. 
Et puis, il y a ce fameux razorback qui va bousculer ce fragile équilibre. A partir de là, tout s'écroule. Michaël Mention prend un malin plaisir à décrire la rapide décrépitude qui s'ensuit. L'apocalypse arrive à Cotton's Warwick. Comme le dit la bible, elle est incarnée par des animaux de toutes sortes. Comme dans le roman de James Patterson, Zoo, les animaux prennent le contrôle, se soulèvent contre l'être humain. Comme dans Les Oiseaux, la tension monte autour des volatiles qui font le siège de la bourgade. Acculés, les habitants pourront-ils s'en sortir ? 
Le nouveau roman de Michaël Mention est un survival que j'aimerais bien voir adapté au cinéma. Genre trop peu utilisé dans la littérature d'aujourd'hui, l'auteur nous ravit sur près de 300 pages pendant lesquelles on sourit (jaune), on frissonne, on vomit...

... car parfois, c'est un peu gore. Déjà, à certains moments dans ...et justice pour tous Michaël Mention nous avait montré qu'il pouvait l'être. Ici, il se lâche complètement. Cependant, on n'est pas dans la série B. On est dans un vrai roman bien écrit. Il n'y a jamais de sang pour rien, jamais de scène horrifique gratuite. Tout est savamment calculé. Les scènes découlent des actes des humains et comme dans The Walking dead, on peut se demander si le danger vient réellement des animaux. 
Je dois avouer malgré tout parfois, j'ai trouvé qu'il allait un peu loin, l'auteur. C'est hard, c'est cru mais, je le répète, toujours servi par une écriture fine, intelligente, travaillée. 
Je pense toutefois que l'éditeur aurait pu, à l'instar de certaines BD, indiquer la mention "pour lecteurs avertis" car ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Il faut être bien préparé pour rentrer dans le monde de l'outback. L'Australie ne se donne pas, elle se mérite, avec Michaël Mention. 

Disponible chez Ombres noires.