samedi 18 novembre 2017

Love murder, Saul Black, Presses de la cité


Une nymphe à la beauté inquiétante, Katherine Glass, patiente dans le couloir de la mort pour avoir torturé puis assassiné une dizaine de femmes. Mais son partenaire dans le crime, l'Homme au masque, court toujours... Et six ans après les meurtres, il recommence à tuer. Valerie Hart, l'inspectrice à qui l'on doit l'arrestation de Katherine, est décidée à enfin clore le chapitre. Pour parvenir à ses fins, elle est même prête à rendre visite à la vénéneuse détenue – cette femme qui éveille en elle des pulsions dangereuses et semble lire dans l'intimité de son couple.
Avec cette nouvelle enquête de Valerie Hart, intrépide femme flic et fumeuse impénitente, Saul Black renouvelle son tour de force : emporter le lecteur dans une course-poursuite qui mêle humour, intelligence, suspense et tourments de l'âme.






Un jeu machiavélique / Une relation malsaine

Nouvelle enquête pour l'inspecteur Valérie Hart ou plutôt une enquête qui va lui revenir de plein fouet. Six auparavant, elle a mis en prison la cruelle Katherine Glass, meurtrière diabolique, belle, intelligente (trop ?) mais son comparse, l'homme au masque court toujours. 
Quand un nouveau meurtre est perpétré, quand Hart reçoit un message du meurtrier, elle sait qu'elle devra collaborer avec Glass pour le retrouver. Glass est fascinante, vénéneuse mais Hart ne peut s'empêcher de lui demander de l'aide. D'autres victimes en perspective. Elle se résout alors à plonger dans l'antre de la bête qui va se faire un malin plaisir à malmener la policière. Tour à tour charmeuse voire dragueuse, provocatrice et méchante, Glass se joue d'elle à l'image de Hannibal Lecter face à la jeune Clarisse Starling. 
Je dois dire que les relations entre Hart et Glass ne m'ont pas vraiment convaincu. J'y ai trop vu une copie fade du "Silence des agneaux". Trop d'intelligence chez Glass, trop de culture pour une meurtrière de la sorte. Elle est capable de réciter des vers longs comme la bible ( elle récite par exemple un extrait du paradis perdu de Milton) et puis la phrase d'après, elle est vulgaire et interpelle la policière sur sa vie privée : 
" Pensez-vous que Nick fantasmait sur moi ? "

Je n'ai donc pas trop aimé ce côté Silence des agneaux mélangé à Seven. Milton ou Dante sont des auteurs que l'on croise beaucoup dans ce genre de roman depuis le film de David Fincher. Pas très original. 

Un piège qui se referme

La force de ce roman se trouve dans l'intrigue en elle-même si on met de côté la relation précédemment évoquée. Hart enquête. Elle est accompagné par Will, son équipier. Celui-ci pourrait être intéressant mais n'est pas assez approfondi à mon goût. Son rôle est secondaire, ce qui est dommage. Il aurait pu gagner en profondeur. Mais l'auteur s'attarde davantage sur Hart et son mari Nick. Flic lui aussi, il a quitté la criminelle. Hart et Nick ont passé des heures sombres, ont rompu mais se sont remis ensemble. Il est compréhensif et gère le côté matériel de leur vie pendant qu'elle plonge dans le boulot. 
L'auteur tisse un piège dont le couple sera l'une des composantes. Au fil des pages, la police s'enferme, les attaques se multiplient et les pistes se brouillent. 

Un jeu de piste peu convainquant 

Le meurtrier promène les enquêteurs avec des énigmes et des jeux de pistes, des messages codés et des études d'oeuvres d'art qui ont plus ou de moins de rapports avec l'enquête. Glass est chargée d'aider la police à les décoder. 
Mum Mum... Un thriller ésotérique ? Un nouveau Da Vinci code ? 

Et pourtant...

Malgré les côtés négatifs que je viens de citer, j'ai plutôt bien aimé ce roman qui se lit très vite. L'action est omniprésente et même si on découvre l'identité du meurtrier très tôt, on plonge dans ce récit tête la première. 
Hart se fait manipuler, elle le sait mais est obligée de faire avec pour stopper le monstre. Le dénouement de Love Murder m'a réconcilié avec les passages précédemment indiqués. Là, j'ai compris la construction de ce roman : " ah, voilà où Saul Black voulait nous emmener ! "

Ne passez donc pas à côté de cet habile Love murder. Je remercie les éditions Presses de la Cité pour cette découverte. 


dimanche 5 novembre 2017

Embruns, Louise Mey, Fleuve éditions


Béa, Chris et leurs deux rejetons de presque vingt ans sont charmants, sportifs, talentueux et, surtout, ils forment une équipe complice.

Voilà une famille qui a le bon goût dans le sang, chérit les matières nobles, les fruits du marché, le poisson jeté du chalutier, la tape amicale dans le dos des braves. Voilà une team unie qui porte haut les valeurs d’authenticité, d’équité, d’optimisme. Les Moreau – c’est leur nom – ne perdent pas une miette de leur existence. Ils sont insupportablement vivants.

Et comme le veut l’adage, les chiens ne font pas des chats : Marion et Bastien sont les dignes héritiers de leurs parents. Ils ne les décevront pas.

Pour l’heure, tous les quatre se sont réfugiés le temps du pont du 14 Juillet sur une île de Bretagne. Un coin de paradis si prisé qu’il est impossible d’y séjourner sans passe-droit. Mais, même l’espace d’un week-end, impossible n’est pas Moreau.

Seulement, quand au retour d’une balade Béa, Chris et Bastien trouvent la maison vide, la parenthèse enchantée prend soudain l’allure d’un huis clos angoissant. La petite île, devenue terrain boueux d’une battue sous la pluie pour retrouver Marion, va révéler un autre visage : celui d’une étendue de terre entourée d’eau où vit une poignée d’individus soudés comme des frères et aguerris aux tempêtes.




Ils sont beaux, ils sont forts, ils sont soudés, ils sont cultivés, ils forment une belle famille. Quand ils débarquent sur un îlot breton pour passer le week-end du 14 juillet, ils sont loin de s'imaginer ce qu'il va leur arriver. 
La rencontre avec les autochtones  est brutale. Ils sont rustres, pas forcément amicaux devant ces "parigots " qui débarquent. Leur sympathie sonne faux, leurs sourires sont méprisants. Et pourtant, ils vont vivre pleinement ce séjour jusqu'à ce qu'un drame survient et bouscule toute leurs certitudes. Marion va disparaître. Aussitôt, tout va voler en éclat. Béa si forte, Chris si maître de lui, vont tout faire pour retrouver leur fille. Tout le monde est suspect. Elle a forcément été kidnappée. Elle n'a pas fait une fugue, là sur ce rocher au milieu de l'Atlantique. Elle n'est pas partie se baigner, cette jeune fille qui déteste l'eau. Impensable. Le coupable est forcément caché parmi la quinzaine d'habitants réunis dans le bistrot. 
Ce roman est construit comme un huis clos implacable. Louise Mey nous décrit les acteurs de cette tragédie en même temps que les lieux. L'île à elle seule est un personnage. La tempête arrive, ils sont de plus en plus isolés. 
Que va t'il se passer ? Qu'est-il arrivé à Marion ? Qui sont vraiment les Moreau ? 
Peu à peu, la vérité apparaît. Le piège est machiavélique. 
Je n'en dirai pas plus de peur de dévoiler le noeud de l'intrigue. Ce roman est passionnant. Découpé en courts chapitres il se lit très facilement. L'auteur a une plume fluide et de fait on tourne les pages rapidement. On veut en savoir plus, on veut connaître la fin de l'histoire. 
L'ambiguïté des personnages vaut le détour. On ne sait jamais vraiment à qui on a à faire dans "Embruns". C'est l'une des forces de ce roman qui m'a bien bluffé. 
Tout se déroule sur un week-end pendant lequel l'assurance des Moreau va s'effriter. Et pourtant, ce sont des winners, des félins, ils ne lâchent rien. En même temps que la tempête se déchaîne, les éléments vont se mettre en place les uns après les autres. 
Jusqu'au coup de théâtre final, imprévisible, cruel. 

Embruns est un roman à découvrir car il est surprenant. Il sort des sentiers battus et c'est ce qui m'a plu. Même si le sujet n'est pas forcément très original, l'auteur a eu le mérite de le traiter par un nouveau prisme. 

Je remercie vivement les éditions Fleuve Noir pour leur confiance. 


mardi 31 octobre 2017

Entre deux mondes, Oliver Norek, Michel Lafon.


Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l'attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. 
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu'il découvre, en revanche, c'est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n'ose mettre les pieds. 
Un assassin va profiter de cette situation. 
Dès le premier crime, Adam décide d'intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est flic, et que face à l'espoir qui s'amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. 

Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu'elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d'ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.



Le nouveau roman d'Olivier Norek nous entraîne dans la jungle de Calais, son lot de drames, sa violence quotidienne, ses migrants qui rêvent de l'Angleterre et qui sont prêts à tout pour y aller. Dans ce roman qui oscille entre le roman noir (chronique sociale) et thriller, le lecteur va faire la connaissance de Bastien, lieutenant de police nouvellement arrivé dans le Pas de Calais, et d'Adam, policier qui a fui le régime syrien, venu rejoindre sa femme et sa fille. 
Chacun des deux personnages découvre avec horreur la réalité des migrants et son lot de vicissitudes. Bastien, naïf, avance à petits pas, intrigué mais animé par un désir de justice. Adam, déambule à la recherche de sa famille, animé lui aussi de bons sentiments. 
Quand ces deux-là se rencontrent, on se dit que l'association va fonctionner à merveille. Un meurtre puis un deuxième. Adam ne peut s'empêcher d'enquêter et demande le soutien de Bastien qui va accepter malgré les consignes de sa hiérarchie. 


Entre deux mondes n'est pas le plus original des romans, je dirais même qu'il est de construction assez classique avec un découpage en chapitres courts, chacun d'entre eux décrivant une scène. La lecture est donc rendue assez aisée du fait de cette construction. Par ailleurs, l'écriture d'Olivier Norek est dépouillée de tout artifice. Ce qui fait qu'on lit ce roman très rapidement. 

Le sujet quant à lui est plus original. Traiter le problème des migrants et de la jungle de Calais par le prisme du thriller est une bonne idée. On découvre ainsi une véritable ville qui s'est construite entre forêt et plage avec ses quartiers, ses communautés qui ne se mélangent pas, ses codes, ses règles parfois très dures, sa hiérarchie, ses commerces également. De ce côté, ce livre est très intéressant. 

En revanche, j'ai été un peu déçu par le côté "bons sentiments" de ce roman. Je m'attendais à un thriller sombre voire glauque et pour ça, je n'ai pas été conquis. Certes, j'ai pris du plaisir à la lecture mais j'ai l'impression que ce livre s'adresse à un lectorat le plus large possible pas forcément habitué des polars. Je suis donc resté sur ma faim. 

Je remercie les éditions Michel Lafon et Olivier Norek pour cet envoi et la dédicace. 





lundi 23 octobre 2017

La cible était française, Lee Child, éditions Calmann Lévy


WANTED: sniper d’élite
américain capable du pire
APPÂT: Jack Reacher

  
Émoi dans tous les services de sécurité du monde : un inconnu vient de tirer sur le président de la République française à Paris, et la balle est américaine. Le sniper a touché l’écran de protection à la distance phénoménale de 1 300 mètres. L’avertissement est clair : la prochaine fois, ce sera au G8 que ça se passera. Et Dieu sait combien il y aura de victimes.
Mais qui est ce tireur d’élite ? Seuls quatre hommes sont capables d’un tel exploit. L’un deux, John Kott, est un Américain que Jack Reacher a fait mettre en prison quinze ans plus tôt, et il se trouve que, libéré depuis peu, l’homme est introuvable. C’est bien entendu Reacher que l’armée missionne en secret pour mettre la main sur le tireur. Entre Paris et Londres, aux côtés des services spéciaux russes, français et anglais qui jouent chacun leur partition, sa tâche risque de ne pas être simple.
  
« Jack Reacher est le nouveau James Bond.
Le héros dont on ne se lassera jamais.»
Ken Follett


Chouette ! Un nouveau Jack Reacher !!!
"La cible était française" est la nouvelle aventure de cet ancien policier militaire, rompu aux techniques les plus efficaces de l'armée. Un homme qui erre dans les Etats-Unis, sans adresse fixe, introuvable mais qui sait répondre présente quand il le faut. C'est le cas après que le président de la république française ait échappé à un tir de sniper. Reacher les connaît tous, ces tireurs d'élites capables de toucher leur cible à plus d'un kilomètre. Ils sont peu nombreux dans le monde à pouvoir le faire. Et quand l'armée appelle Reacher, il répond donc présent. 
Commence donc une chasse à l'homme, une traque à travers le monde, dans laquelle Reacher à (presque) carte blanche, du moment qu'il travaille en sous-marin.
Lee Child va droit au but avec Reacher. Peu de place est laissé aux questionnements. Un militaire n'a pas le temps de s'en poser. Il agit, il obéit. Mais Reacher est un électron libre et parfois, il fait ce qu'il veut pour mener à bien sa mission.
Il avance donc, il progresse. Suivi par la jeune recrue Casey Nice, il va parcourir le monde pour enquêter et dénicher le tueur qui va récidiver.

La cible était française est un roman très cinématographique, d'ailleurs de ces aventures ont été déjà portées à l'écran avec Tom Cruise. Il y a peu de temps mort, peu de répit pour les héros, ça va vite, il y a de l'action.
On trouve aussi beaucoup de technique de tirs, de précisions quant au métier de sniper qui ne sont pas inintéressantes. L'auteur nous plonge dans un monde souterrain dont nous, modestes citoyens, n'avons aucune conscience. Heureusement d'ailleurs.
J'ai bien aimé ce roman qui se lit très rapidement. On ne se prend pas la tête, c'est très distrayant et on passe un bon moment avec Reacher.

Pour ceux qui n'ont jamais lu les précédentes aventures de cet ancien militaire, aucun souci. Les livres peuvent se lire indépendamment les uns des autres.

A découvrir aux éditions Calmann Lévy que je remercie et Maud Paille en particulier pour avoir pensé à moi. 

Retex, Vincent Crouzet, éditions le Passeur

À la fin des années 2000, Laure de Beaugency, agent au Service Action de la DGSE, le service extérieur de renseignement français, est envoyée en mission de reconnaissance dans les montagnes afghanes. Quelques
jours plus tard, Laure et son binôme, Serge, sont portés disparus. Le colonel Michel Montserrat, chef du Service Action, met tous les moyens à sa disposition pour retrouver ses deux agents manquants. Seule Laure sera récupérée, en vie, mais murée dans un silence qui ne lui permet pas d’effectuer son retour d’expérience et laisse planer une zone d’ombre sur ce qui s’est passé.
Plutôt que de la radier de ses effectifs, le colonel Montserrat donne à Laure une dernière chance, en lui confiant la responsabilité de la sécurité de la station d’interceptions électroniques de la DGSE sur le plateau d’Albion, en Provence. Il espère que cette nouvelle affectation permettra à Laure de recouvrer la mémoire et la parole. Mais il ne se doute pas qu’il a projeté Laure sur un territoire très particulier, marqué par des disparitions inquiétantes et ciblé par des menaces exceptionnelles. Sur le plateau d’Albion rôdent un tueur impitoyable, une louve furtive et des espions perdus. De quoi provoquer le retour d’expérience ?
Un roman à suspense rythmé et haletant dans les coulisses de la DGSE, qui dévoile les facettes les plus sombres de l’âme humaine.

L'Afghanistan, la DGSE, le plateau d'Albion, une espionne marquée qui doit se reconstruire, les ingrédients de départ de ce nouveau roman de Vincent Crouzet sont bons. L'intrigue l'est également. Après une mission qui l'a blessée autant dans sa chair que dans sa tête, Laure est envoyée sur le plateau d'Albion, près du majestueux mont Ventoux. Elle doit assurer la sécurité d'un site ultrasensible. 
Laure n'a pas effectué son restes, son retour d'expérience, que chaque agent envoyé en Opex (opération extérieur) doit à son supérieur. Elle est mutique. Elle a souffert, elle a perdu son coéquipier Serge et ne sait pas ce qu'il est devenu. 
En chef soucieux, Montserrat l'envoie sur cette base pour en assurer la surveillance. Pour la remettre sur les rails ou pour la provoquer, la forcer à parler ? Montserrat est-il l'homme qu'il dit être ? Est-il aussi bienveillant qu'il veut le faire croire ? 
Laure n'en fait qu'à sa tête, creuse son trou au milieu d'hommes rustres et parfois violents. On trouve Goubet, chef du camp, libidineux et gras à souhait, personnage répugnant. Hermann est le responsable de la Légion dans ce coin oublié et désertique. Il est rude mais loyal. On peut compter sur lui. 
Et puis, il y a bien sûr les "autochtones". Guillaume Rampal, l'agent des forêts en quête d'Oriane, la louve qui hante les bois. Insaisissable. Introuvable. Guillaume est marqué lui aussi par la disparition quelques années en arrière de sa femme. Une de plus. 
Six femmes ont ainsi disparu sur le plateau sans jamais laisser de traces. Que sont-elles devenues ? 
Quel est le rôle de la grande prêtresse des lieux Adèle ? La borgne méchante, volontiers sorcière. 
Retex est un roman à deux voix. On a d'abord le récit à la première personne de Montserrat, on est avec lui, on souffre avec lui. On se pose les mêmes questions existentielles, ses mêmes remises en question. C'est parfois cruel, parfois poétique malgré la dureté des lieux, des actions, la lourdeur des décisions. 
Et puis, on suit aussi Laure au plus près de sa nouvelle affectation avec des retours en arrière dans le pays des Talibans. Laure tente de se reconstruire, tente de sortir la tête de l'eau, d'oublier les désert pierreux afghans, d'oublier Serge. Elle se noie dans le boulot, met sa vie en danger, suit Hermann jusqu'aux portes de la mort, découvre le monde de Rampal qui connaît chaque centimètre carré du plateau d'Albion. Et même ses souterrains car Laure devra plonger loin pour renaître. 
L'intrigue se tisse peu à peu jusqu'au final explosif où la vérité se découvre dans toute sa cruauté. 
Je n'avais jamais lu encore un livre de Vincent Crouzet et je remercie Audrey Darragon, des éditions Le Passeur, pour cette découverte. Retex est une superbe découverte, peut-être même l'un des meilleurs romans que j'ai lu en 2017. Pour moi, c'est un véritable coup de coeur. J'ai aimé les cicatrices des personnages où le bien et le mal se confondent souvent. J'ai aimé la torpeur annonciatrice de tempête du mont Ventoux, magnétique, terrible. J'ai aimé la traque de la louve, fantôme inaccessible. J'ai aimé la plongée au coeur de l'espionnage français. 
Bref, un roman à ne surtout pas manquer. 

samedi 7 octobre 2017

L'homme feu, Joe Hill, JC Lattès.


Personne ne sait exactement quand et où cela a commencé.
Sur le corps des hommes et des femmes de magnifiques tatouages apparaissent et brûlent plus ou moins violemment les individus qui les portent… Boston, Détroit, Seattle… sont frappés. Il n’existe pas d’antidote.
Harper est une infirmière merveilleusement bienveillante. Le même jour, elle découvre qu’elle est enceinte et qu’elle est touchée par le virus. Paniqué son mari fuit.
Et dans ce monde en ruines où des micros sociétés se créent et des milices d’exterminations traquent les malades, Harper va rencontrer l’Homme-feu capable de contrôler le feu intérieur qui consume les humains. Ensemble, ils vont tenter de sauver une société terrorisée où chacun est prêt au pire pour tenter de survivre.
Une fresque aussi profonde que fascinante sur l’homme face à ses peurs vertigineuses et à sa puissance de vie.

Traduit de l’anglais par Antoine Chainas




Est-il besoin de présenter Joe Hill ? En seulement cinq livres, il a réussi à se hisser au top des auteurs de romans fantastico-horrifiques. Je ne reviendrai donc pas sur la généalogie de Joe Hill. 
Pour "l'homme feu", c'est un autre nom bien connu des services qui en assure la traduction : Antoine Chainas est aux commandes et nous offre une traduction qui restitue fidèlement l'univers de l'auteur. Il avait déjà eu l'occasion de le traduire avec son précédent roman : Nosfera2. 

L'homme feu est un roman apocalyptique mais aussi une fable sur l'humain. Il n'est pas sans rappeler - comme écrit sur le dos - "La route" de Cormac Mc Carthy ou encore "The Walking dead". On peut également faire le parallèle avec le roman fleuve du père de l'auteur : "Le Fléau". 
Il y a donc une vilaine épidémie qui se propage. Tout d'abord la peau des "infectés" est peu à peu couvertes de plaques ressemblant aux écailles d'un dragon, d'où l'un des noms de cette épidémie, l'écaille du dragon. Puis, sans aucun autre signe annonciateur, ils prennent feu et meurent brûlés vifs. Horrible. 
Harper est une infirmière dévouée et elle ne craint pas d'aider les malades. Elle  contractera finalement elle-même le virus à leur contact. A partir de ce moment, tout bascule pour elle. Son couple se déchire, elle doit finir d'autant qu'elle est ... enceinte. Elle rencontrera Le Pompier, John Rockwood. Un type bizarre qui a su dompter l'écaille. 
A la manière de The Walking dead, Harper va trouver refuge dans un camp où se rassemblent les infectés. Un camp aux accents légèrement sectaires dirigé par un vieil homme, mi-prédicateur mi-curé. Un type qui veut le bien de la centaine (un peu plus même) de personnes du camp. 

Le roman s'étire en longueur, parfois trop. On suit Harper, Allie, Nick et les autres à travers leur vie dans le camp, leur pérégrination pour trouver à manger, leur stratégie pour apprivoiser la maladie et leurs luttes internes. 
C'est habile et passionnant. Joe Hill écorche un peu les relations humaines. Un ami peut vite devenir un ennemi en tant de guerre ou comme ici, d'épidémie. 
L'ambiance est assez surréaliste où beaucoup d'humanité se dégage de ce roman. Et pour une fois, nous avons affaire à une héroïne enceinte mais qui n'hésite pas à donner de sa personne pour les autres. C'est assez remarquable. 

Il est a noté également les multiples références de Joe Hill au cinéma (Narnia, Mary Poppins) et à la musique (Bruce Springsteen, Dire Straits). Il fait aussi quelques clins d'oeil à l'oeuvre de son père qui sont sympathiques. 

"L'homme feu" est un roman surprenant à la croisée de plusieurs genres. Bien sûr le fantastique y est très présent, le côté apocalyptique également. Mais c'est bien plus que cela. C'est aussi un roman sur l'homme, l'avenir de l'homme et les relations humaines. 
Un vrai coup de coeur à découvrir aux éditions JC. Lattès. 



vendredi 6 octobre 2017

Le meurtre d'O Doul Bridge, Florent Marotta, Taurnada éditions


San Francisco, sa baie, son océan, sa population cosmopolite. C'est dans cette ville de l'Ouest américain que Michael Ballanger a décidé de se reconstruire. Loin de sa famille en lambeaux, loin de la France où un tueur en série mit sa vie en miettes. Le coach de vie à succès renaît avec la difficulté qui suit la perte d'un être cher. Mais le voilà mêlé au meurtre d'un notable. Au moment de mourir, l'homme a composé un numéro, le sien. Alors la tourmente l'emporte. Réveillant les douleurs du passé.


Le French coach, nouveau personnage crée par Florent Marotta arrive. Attention, ça va déménager. Après "Le visage de Satan", publié par les mêmes éditions Taurnada, l'auteur nous fait traverser l'Atlantique et les Etats-Unis pour camper son histoire à San Francisco. 
Cette ville cosmopolite est le nouveau berceau de Michael Ballanger, le French coach qui a réussi à se faire un nom et qui a même son émission de radio. Il a changé de vie après un drame que l'auteur évoque petit à petit. 
Ce qui en fait une des forces de ce livre. Les personnages ont une véritable consistance, ils sont bien travaillés et chacun possède une vraie personnalité. 
Côté personnage encore, la ville de San Francisco elle-même tient un rôle important. Les descriptions sont intéressantes et précises. On a bien sûr le fameux pont, ses rues pentues et son quartier gay. Mais Florent Marotta présente aussi des quartiers et des ruelles moins glamours où l'on est loin de la carte postale. 

Concernant l'intrigue, elle est plutôt simple. Un meurtre a eu lieu. La victime était l'un des clients de Michael. Le méchant policier, anti-français va donc se faire un malin plaisir à harceler le french coach. C'est sans compter son franc-parler et son impertinence. On ne bouscule pas facilement le coach. 
Mû par un désir de vengeance ou de rédemption, Michael Ballanger va donc se jeter dans cette affaire où il rencontrera des dangers et des personnages bizarres. Sans les nommer tous, on peut évoquer le journaliste et la veuve. 

Le Meurtre d'o'soul bridge est un honnête thriller qui m'a bien tenu en haleine. J'y ai trouvé une écriture simple et plaisante- même si je n'ai pas aimé certaines expressions du genre "les pipelettes sur pattes" pour évoquer deux femmes bavardes. Pas de temps mort, des scènes passionnantes, un peu d'humour, d'actions, de drame. Bref, tous les ingrédients sont présents. Une bonne bouffée d'air frais. 
Sans nul doute, les lecteurs ne s'y tromperont pas. Florent Marotta est un auteur à suivre et qui sait se renouveler. 

A découvrir aux éditions Taurnada que je remercie vivement (Joël en particulier) pour cette découverte. 

mercredi 27 septembre 2017

Dark Net, Benjamin Percy, Super 8 éditions


Le Dark Net, vous connaissez ? Sous les fondations du réseau, un second Internet prospère : un eldorado sulfureux où rien n'est impossible et où on trouve de tout - drogues, armes à feu, instructions terroristes, etc. 
Mais aujourd'hui, les forces obscures s'assemblent dans ces profondeurs. Des démons qui menacent d'envahir notre mon physique en "hackant" les esprit des utilisateurs pour les transformer en tueurs psychotiques. 
Pour les arrêter, quatre personnages que rien ne destinait à se rencontrer : Hannah, une jeune aveugle de 12 ans ayant récemment recouvré la vue (mais pas seulement) grâce à une prothèse futuriste ; Mike Juniper, un ancien évangéliste qui combat ses propres démons et veille, dans le sous-sol de son refuge pour sans-abri, sur un impressionnant arsenal d'armes à feu ; Derek, un hacker aux allures d'Anonymous qui entend faire régner la justice au sein du réseau ; et Lela, une journaliste technophobe persuadée d'être tombée sur une histoire que personne ne veut entendre. 
Bientôt, les portes de l'enfer vont s'ouvrir. Sont-ils prêts ? 


Les éditions Super 8 nous ont habitué à de belles découvertes, originales et passionnantes. Avec ce nouveau roman de Benjamin Percy, nous sommes toujours  dans la même lignée. 
Ce techno-apocalypto-thriller est une véritable plongée dans les ténèbres de l'internet noir. Le dark net représente la partie immergé de l'internet classique. Infiniment plus grand, monstrueusement plus sombre. En dessous, il n'y a pas de règles, que des internautes sans foi ni loi, des escrocs, des voleurs, des psychopathes, des meurtriers et des violeurs. Dit comme cela, on n'a pas trop envie d'y traîner d'autant que le dark net est conçu pour dissimuler les adresses IP et devenir intraçable. 
J'avais déjà entendu parler de ce Dark Net et je n'y avais pas compris grand-chose. Après la lecture du roman de Benjamin Percy, je vois un peu mieux de quoi il s'agit mais cela reste toujours un peu nébuleux. 
Au départ, le lecteur fait connaissance avec plusieurs personnages qui vont jouer un rôle central dans le récit. On découvre Hannah, la petite aveugle qui expérimente un nouvel appareil qui va lui permettre de recouvrer la vue. Il y a aussi Cheston, geek, hacker, solitaire et missionné pour le jour zéro dont il ignore tout. Lela est la journaliste tenace, un brin associable et anti-nouvelle technologie. Elle s'avère être aussi la tante de Hannah. Enfin, pour compléter le tout, on a Mike Juniper, responsable d'un refuge pour SDF, au passé trouble et qui noue une relation énigmatique avec Sarin, personnage également énigmatique. 
Cette galerie de personnages est bien travaillée cependant, je trouve qu'ils sont parfois à la limite de la caricature. Des profils différents voire opposés qui se rejoignent et mène l'enquête, on a déjà vu. Pour autant, ce n'est pas dérangeant car l'auteur nous fait vivre un rythme d'enfer. Pas de temps mort dans son récit. 
Bien sûr parfois, il explique les méandres d'internet, les réseaux, les fils, les data center... (j'avoue m'y être un peu perdu) mais c'est pour mieux expliquer les ténèbres qui s'abattent sur Portland, le berceau, la porte d'entrée d'un nouveau monde. 
Quelques scènes sont vraiment très bonnes, notamment celles où les molosses attaquent. J'ai bien aimé ces créatures même si finalement on les voit peu. 
D''autres reflètent davantage le cliché : la course poursuite de Juniper en 4X4 par exemple ou encore le conciliabule entre Lela et Daniel dans la librairie (scène qu'on croirait sortie d'un roman de Dan Brown et heureusement, cela ne va pas plus loin). Ce n'est pas dérangeant pour autant et n'hypothèque pas la lecture. 
Au final, Dark Net est un roman très cinématographique dans lequel le lecteur s'imaginera sans mal les scènes. Il faut dire que Percy est aussi scénariste pour Marvel. Roman apocalyptique ? Un peu. Thriller techno ? Un peu aussi. C'est un mélange subtil de plusieurs styles sans que l'un prenne le pas sur l'autre. En tout cas, un bon page turner
Bref, un bon roman même pour les réfractaires aux nouvelles technologies. 

dimanche 17 septembre 2017

Je suis innocent, Thomas Fecchio, Ravet-Anceau, polars en nord


Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Dans un état de semi-conscience, le quinquagénaire a le temps d’apercevoir leurs brassards siglés « police ». Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans passés derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viols à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons, a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort. Pour la Justice, pour les médias et pour les politiques, le récidiviste devient le suspect idéal. Pourtant, Germain doute de la culpabilité de l’interpellé qui ne cesse de répéter « Je suis innocent ». Mais l’engrenage est enclenché. À ce stade, Boyer n’a plus qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.


Pour son premier roman, Thomas Fecchio fait preuve de beaucoup d'audace. Dans une intrigue assez classique, il met en scène des personnages singuliers et atypiques. Tout d'abord Boyer qui a purgé plus de trente ans de prison pour "crimes passionnels", une crapule doublé d'un meurtrier, qui se retrouve être le personnage principal de ce roman. On trouve aussi le capitaine Germain, jeune, inexpérimenté et que personne ne respecte et écoute. Un type assez fade mais intelligent. Autour de ces deux héros, gravite une foule d'individus aux caractères bien dessinés. Rien n'est simple et lorsque la machine judiciaire se met en route, personne ne peut l'arrêter. Pas même le capitaine de police dont les longues entrevues avec le divisionnaire ressemblent à une initiation. 
L'opinion publique veut un coupable, la justice aussi. La police va le leur donner même si la culpabilité de Boyer n'est pas évidente. On prend l'enquête à l'envers. On a un nom, il ne reste plus qu'à lui coller les preuves qui le plomberont. 
Germain a des doutes, il est bien le seul. Isolé, il prend parti. Un parti bien mal engagé mais il tiendra bon. C'est ce qui est intéressant dans ce roman. Malgré sa fragilité (apparente) le capitaine Germain tient la barre. Malgré ses doutes, la pression de sa hiérarchie, le manque de preuves, il va suivre son instinct pour faire éclater la vérité. 

J'ai plutôt bien aimé ce roman pour ces différents aspects même si je n'ai éprouvé aucune empathie pour Boyer. Pour moi, il restera un être abject qui n'a d'autres excuses que "ma mauvaise étoile". 
Un peu facile. 
Cependant, je suis resté un peu perplexe sur la fin du roman. Sans vouloir dévoiler l'intrigue, j'ai été un peu déçu par le dénouement que je n'ai pas trouvé très réaliste. Le coup de théâtre n'est pas tout à fait à la hauteur du reste du livre. Enfin, ce n'est que mon point de vue. 
Je remercie Thomas Fecchio de m'avoir fait découvrir son roman qui est peut-être le début d'une longue série. En tout cas, je lui souhaite une belle carrière littéraire. 
Ce roman est à découvrir aux éditions Ravet-Anceau. 









samedi 9 septembre 2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion





      «- Trois morts, c'est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n'est pas de notre compétence.
      - Ce qu'il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J'ai donc rendez-vous demain au Muséum d'Histoire naturelle.
      - Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais
      dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
      - Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
      - Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l'araignée recluse?»




      Quel plaisir de retrouver Fred Vargas en si bonne forme. Je l'avais laissé il y a plusieurs années car je trouvais que les ficelles étaient quand même bien difficiles à avaler. Trop de coïncidences bien heureuses, trop de trucs faciles. J'avais lâché l'auteur. Ce qui m'a fait revenir ? Les recluses. Arachnophobe moi-même, les araignées exercent sur moi une sorte de fascination. Donc, je n'ai pas hésité longtemps avant de me jeter dans la lecture des nouvelles aventures d'Adamsberg.
      Tout d'abord, l'intrigue est passionnante. L'auteur part d'un faits divers pour construire une histoire sordide qu'elle déroule petit à petit. Le commissaire sent quelque chose. Il y a un truc qu'il ressent. Il sent le crime.
      Et c'est là que ses ennuis commencent. Comment faire adhérer ses équipiers à sa théorie. Une araignée tue des vieux dans le sud de la France. C'est de la science fiction. C'est complètement farfelu ! Danglard lui-même n'y croit pas. L'équipe doit choisir, la cohésion est mise à mal. Le fidèle Danglard prend une place qu'il n'a pas l'habitude d'occuper. Il devient le trublion. La cause du mal. Le commissaire est ébranlé mais ne démord (sans jeu de mots) pas.

      Il y a toute une galerie de personnages fascinants dans ce roman. Fred Vargas prend son temps pour bien les analyser et l'on va de surprise en surprise jusqu'à la révélation finale.

      J'ai aussi particulièrement apprécié le travail sur la sémantique et sur l'étymologie de certains noms de famille. Je dois dire que l'auteur a réalisé ici un travail très intéressant et bien fourni.

      En revanche, j'ai trouvé le commissaire un peu en dessous de mes attentes. Il réfléchit bien, possède toujours une intuition qui fait mouche mais là, il est légèrement moins cultivé que d'habitude. Ses quelques ignorances sur des mots courants m'ont laissé perplexe (par exemple, il ne connaît pas le mot arachnophobe !). J'aurais bien aimé le voir plus vif.

      Pour conclure, j'ai passé un excellent moment avec ces recluses. A lire, allongé dans l'herbe.