lundi 22 mai 2017

Demandez au perroquet, Richard Stark, Rivages/noir.



Un homme court à travers la campagne pour échapper aux chiens qui ont flairé sa piste et à l'hélicoptère qui tourne dans le ciel. Le fuyard s'appelle Parker, il vient de braquer une banque. Au sommet d'une colline, il tombe sur un inconnu en tenue de chasseur qui le fait monter dans sa voiture et l'emmène chez lui par des chemins forestiers, échappant ainsi aux barrages de la police. Lindahl - c'est le nom du chasseur - vit dans un garage converti en habitation. L'intérieur est sommairement meublé. Sur le poste de télévision allumé en permanence, trône une grande cage abritant un perroquet. Lindhal est un homme en colère et il voit en Parker l'occasion d'assouvir une vengeance. 

La présence de Parker va bouleverser sa vie à un point qu'il n'imaginait pas. 

« Qu'est-ce qui peut expliquer que ces romans soient si plaisants à lire (ou à relire) ? Au final, c'est Parker. Même quand on sait ce qu'il va faire, c'est tout simplement fascinant de le regarder faire. » (Lawrence Block) « Les romans consacrés à Parker, le professionnel du crime, sont à mon avis des chefs-d'oeuvre qui transcendent la fiction policière pour la hisser au rang de littérature. » (John Banville)


Richard Stark est le pseudonyme de Donald Westlake qui a créé le personnage de Parker en 1962. Ce roman, initialement publié en France en 2012, vient de faire l'objet d'une réédition poche toujours chez le même éditeur Payot-Rivages/noir.
Tout d'abord, je dois dire que j'ai été très attiré par la couverture. Colorée et attirante, elle détonne avec le côté polar du récit. 
Ensuite, je voulais découvrir Richard Stark (que je n'ai encore jamais lu) et son personnage de gangster Parker. Un bandit-cambrioleur à l'ancienne. Ses méthodes sont parfois rudes mais il a encore des valeurs. Il fait ce qu'il a dit qu'il ferait mais ne tue que par obligation. Donc, Parker est dans de sales draps lorsqu'on entame la lecture de ce livre qui fait suite au roman intitulé "A bout de course" publié en France en 2013. Après un cambriolage, il est traqué et s'enfuit dans les collines dans lesquelles il est recueilli par un type étrange, ermite sur les bords, Tom Lindhall. Ensemble, ils ne vont pas se reposer sur leurs lauriers ou se planquer. Ils vont fomenter un nouveau plan.
Avec la force des ses dialogues, la finesse de ses descriptions et son intrigue, ce livre permet à l'auteur de décrire l'Amérique rurale et d'évoquer aussi le droit de porter une arme.
Un roman passionnant et haletant à découvrir absolument et qui m'a donné envie de prolonger l'expérience Parker et de lire les précédents épisodes.
Je remercie les éditions Payot-Rivages pour leur confiance. 



dimanche 21 mai 2017

Temps de haine, Alfred Lenglet, Calmann Lévy.


Léa Ribaucourt, capitaine de police, est mutée à Lyon.
Comme le veut la tradition à la brigade criminelle, on confie à la nouvelle arrivante une affaire non élucidée. Il s’agit d’un meurtre datant de l’année précédente. La victime est un jeune délinquant abattu d’une balle de 22 long rifle au pied d’un immeuble HLM de Bron.
Léa se lance à corps perdu dans son enquête mais ne tarde pas à déchanter : aucune piste n’émerge de ses propres investigations. Alors qu’elle craint d’inaugurer par un échec ses nouvelles fonctions, un événement relance l’affaire : un an après, jour pour jour, un meurtre est commis, en tous points identique à celui de Bron. Léa reprend espoir. Elle ignore le pouvoir de nuisance de l’assassin qu’elle va débusquer…




Je découvre cet auteur et ses personnages récurrents avec ce Temps de haine dont l'intrigue se déroule à Lyon. Un cold case en guise de bizutage ou de rite de passage pour Léa Ribaucourt quand elle prend son poste dans la capitale des Gaules. Le meurtre non élucidé un an auparavant d'un jeune délinquant. Autant dire que la tâche ne va pas être aisée. C'est bien sûr sans compter le talent de la jeune policière qui trouvera rapidement l'aide de ses équipiers. 

Les chapitres sont courts et l'intrigue nous mène à faire une belle promenade dans la ville de Lyon, ses bouchons typiques et ses traboules secrètes. L'écriture de Alfred Lenglet est plaisante et fluide. On ressent aussi son empreinte professionnelle( il est commissaire divisionnaire). Le vocabulaire peut être technique, toutefois le novice ne sera pas noyé dans un langage abscon et incompréhensible. 

J'ai beaucoup aimé suivre Léa et ses collègues dans cette histoire aux multiples rebondissements. Certes, il y a bien des personnages que je trouve un peu caricaturaux (comme le garagiste arménien bien au courant du monde des malfrats ou bien encore le policier des ex-RG) mais cela ne m'a pas du tout dérangé. Ils sont plutôt bien intégrés dans le récit et finalement, ça passe bien. 

La personnalité de Léa est aussi plutôt bien dessinée. Bien que n'ayant pas lu ses premières aventures, je n'ai pas été perdu. L'auteur a fait en sorte de distiller quelques anecdotes de son passé pour mieux l'appréhender. Pour autant, là non plus je n'ai jamais été perdu. Léa est un personnage attachant, bien dans sa peau, ni alcoolique, ni droguée, ni associable. Elle a du caractère, ne se laisse pas faire mais en même temps, elle doute, tâtonne, se pose des questions. 

Peu de temps morts dans ce livre qui se lit très vite. Je l'ai fini en deux jours, ne pouvant m'empêcher de tourner les pages. J'ai été rapidement pris dans l'intrigue et je crois que je vais continuer à découvrir cet auteur par les livres précédents. 

Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 

mardi 9 mai 2017

Le moine et le singe-roi, Olivier Barde Cabuçon, Actes Sud, Actes Noirs.


Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits.
Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu.
La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.








En 2013, j'avais découvert et chroniqué Messe noire ( http://terredunoir.blogspot.fr/2013/05/messe-noire-olivier-barde-cabucon-actes.html) qui représentait la deuxième enquête du commissaire aux morts étranges. Je m'étais promis de suivre cet auteur dont j'avais bien aimé le livre mais force est de constater que finalement, je l'avais oublié. Grave erreur ! Depuis, Olivier Barde Cabuçon ne s'est pas endormi sur ses lauriers et a publié régulièrement de nouvelles aventures du duo qu'il affectionne tant : le chevalier Volnay et le Moine Guillaume. Donc, ce Moine et le singe-roi n'est autre que le sixième roman de la série. 
Après un retour de Venise, c'est à Versailles que se déroule l'intrigue. Le château, la cour de Louis XV, les complots, les faux-semblants, les amitiés qui naissent ou qu'on recherche vont favoriser l'ambiance de ce livre. Un meurtre particulièrement atroce va éveiller la curiosité de Volnay et de son père. L'enquête va commencer dans un climat de suspicion. Dans les jardins du roi, tout le monde peut être coupable. 

Avec sa verve habituelle, ses dialogues habiles, ses reconstitutions historiques et la finesse de ses personnages, l'auteur nous offre un roman passionnant, bien documenté et qui mêle suspens et humour. C'est intelligent et le lecteur en apprend beaucoup sur ce monde de la cour, parasitaire, sans foi ni loi. Comme dans Messe noire, le Moine est mon personnage préféré. Intelligent et impertinent, il dépasses les limites très souvent, quitte à se mettre en danger. Il ne mange pas le pain des courtisans et plus d'une fois, il pourrait se voir allongé sur le billot. D'autant que le lieutenant général de police le déteste. Pourtant, il est un enquêteur exceptionnel. C'est ce qui le sauve. 
Volnay est aussi un personnage intéressant. Plus en retrait, plus droit, il est parfois trop rigide. Il manque un peu de fantaisie mais c'est pour équilibrer les frasques du son père le moine. 
Autour de ce duo emblématique, l'auteur a crée des personnages tous aussi suspects les uns que les autres. On y croise donc une tenancière d'une maison très particulière, un peintre, le chirurgien du roi et de nombreux autres personnalités bien dessinés. 

Le moine et le singe-roi est donc un roman historico-policier très passionnant et très intéressant. Les dialogues font la vraie force de ce livre. A découvrir absolument et je remercie les éditions Actes Sud pour leur confiance. 


jeudi 27 avril 2017

Le somnambule, Sébastian Fitzek, éditions de l'Archipel


Enfant, Leo Nader était victime de crises de somnambulisme. Si intenses qu’on l’avait contraint à consulter un psychiatre, le docteur Volwarth. Bien des années plus tard, Leo se croit guéri. Mais, un matin, il découvre que son épouse a été agressée pendant la nuit et qu’elle s’apprête à le quitter. Il tente de la retenir, mais elle s’enfuit. Leo, qui se croit coupable, décide de retourner voir son psy. Ce qu’il va découvrir ira bien au-delà de tout ce qu’il pouvait imaginer…
Avec ce nouveau roman, Sebastian Fitzek renoue avec la veine du thriller psychologique qui avait fait de Thérapie, son premier roman, un succès.





Quand réalité et rêve se confondent



En 2013, j'avais bien aimé "Le voleurs de regards". Depuis, je n'ai pas eu l'occasion de lire cet auteur. C'est donc avec enthousiasme que je me suis plongé dans "Le somnambule" dont le résumé et la couverture m'ont intrigué. Ils suggèrent tous les deux une atmosphère intrigante, oppressante et troublante. 
Léo Nader est une jeune homme au passé trouble et qui doit reprendre contact avec le psychiatre qui l'a suivi durant sa jeunesse. Sa femme vient de quitter leur appartement après une agression dont Léo ne se souvient pas. Est-il le coupable ? C'est ce qu'il croit. Car Léo souffre de somnambulisme et ses crises le laissent sans aucun souvenir. 
Tout le long du roman, l'auteur va transporter le lecteur dans des dédales de réalités et de rêves qu'il ne parviendra plus à différencier. Tout comme Léo qui ne sait plus quand il dort et quand il est réveillé. Il erre dans son appartement autant que dans son subconscient. Il découvre l'horreur au fur et à mesure qu'il avance dans l'immeuble qui va se révéler être un lieu en dehors de l'espace temps. 
Et puis, le roman prend une nouvelle tournure avec l'immeuble que découvre Léo. Derrière son armoire, il trouve une porte qui l'amènera dans un monde souterrain et labyrinthique. Je dois reconnaitre que cette partie du roman m'a moins intéressé. Autant j'avais adoré "les emmurés" de Serge Brussolo, autant là, j'ai eu du mal à suivre Léo dans ses pérégrinations nocturne. 

Le roman est assez court, à peine 300 pages et se lit très vite. Les chapitres aussi sont courts et permettent une lecture plaisante. L'écriture de Sebastian Fitzek est plutôt agréable et distrayante. Pourtant, j'ai ressenti un certain malaise en lisant ce livre. Je n'ai pas vraiment réussi à m'immerger complètement dedans. Je n'ai pas tout compris, il me semble qu'à certains moments, c'est un peu confus. L'auteur est très habile dans son cheminement mais il m'a un peu perdu. C'est probablement volontaire mais risqué. Je me suis demandé à plusieurs reprises où il voulait en venir. 

Pour conclure, j'en ressors avec un sentiment mitigé. C'est un bon livre avec une bonne idée de départ (travailler sur les troubles du sommeil à travers le polar est plutôt original) mais les méandres que nous fait emprunter l'auteur m'ont égaré. Par ailleurs, le côté sado-maso d'un des personnages ne m'a pas convaincu mais plutôt mis mal à l'aise. 

Les remerciements valent le coup d'être lus. L'auteur y explique son cheminement, ce qui est très intéressant pour la compréhension du livre. 

Le somnambule est disponible aux éditions de l'Archipel. 





lundi 24 avril 2017

Ecorchures, Tess Gerritsen, Presses de la cité.


Le taxidermiste et amateur de chasse Leon Gott est retrouvé sauvagement assassiné, son cadavre pendu par les pieds parmi les trophées d'animaux sauvages ornant sa maison de Boston. Quelques jours plus tard, les restes d'une deuxième victime portant des griffures similaires sont découverts. L'inspecteur Jane Rizzoli et le Dr Maura Isles, médecin légiste, comprennent que les meurtres sont liés. Pour débusquer le prédateur qui hante la ville, Jane et Maura devront reprendre une partie de chasse commencée six ans plus tôt : au Bostwana, des touristes participant à un safari avaient tragiquement disparu les uns après les autres. Parmi eux, le fils de Leon Gott... Et si la traque avait repris à Boston ?



Pour cette nouvelle enquête du duo Rizzoli et Isles, Tess Gerritsen nous emmène à travers un monde peuplé de félins. Avec deux récits en parallèle (l'un à Boston et l'autre au Bostwana) l'auteur nous fait rêver et frissonner. 
En effet, le roman débute par le récit de Millie, en safari africain pour ressouder son couple avec Richard, un auteur de thriller légèrement égocentrique. Ils sont accompagnés par plusieurs personnes aux personnalités très éloignées les unes des autres. On a le pisteur, le guide, un couple japonais, un duo de filles et un célibataire sous leur coupe. Millie n'est pas enchanté de se retrouver au milieu de la brousse. La promiscuité, les dangers de la savane, le caractère de plus en plus détestable de son mari, le manque d'hygiène commencent à lui peser. Puis, peu à peu le drame se noue avec la découverte d'un premier mort. Attaqué par un grand félin, il ne reste plus grand chose du pauvre homme. Le safari est plombé. 

Quelques années plus tard, six pour être précis, Rizzoli et Isles enquêtent sur une mort suspecte. Un taxidermiste est retrouvé pendu et éviscéré dans son garage. Vision d'horreur qui les hantera tout au long du récit. L'inspectrice et la légiste vont confronter leur point de vue, parfois elles vont se déchirer. Leur duo fonctionne à merveille. Elles se complètent parfaitement dans ce jeu de piste original. Tess Gerritsen distille fait référence à plusieurs anecdotes développées dans de précédents romans mais le lecteur pourra malgré tout prendre du plaisir à lire ce Ecorchures car l'auteur fait aussi en sorte de ne pas le perdre. C'est subtil et intéressant de voir comment se développe cette relation. 

Les deux récits, on s'en doute, vont se rejoindre pour un final surprenant et haletant. Tess Gerritsen est vraiment un auteur qui sait manier le suspens. Avec ses personnages écorchés et ayant vécus des expériences traumatisantes, elle crée ici une atmosphère étrange et parfois terrifiante. 

J'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me transporter en Afrique au milieu des fauves, en pleine brousse hostile où l'homme n'est pas vraiment à sa place ni à son aise. Ces paragraphes "survival" donnent une touche originale à ce roman policier. Les scènes d'actions à Boston sont aussi passionnantes et j'ai pris du plaisir à retrouver le duo Jane-Maura, toujours aussi intéressantes l'une que l'autre. 

Un roman à découvrir aux éditions Presses de la Cité que je remercie vivement pour leur confiance. 



lundi 10 avril 2017

Dans l'ombre du chaos, Jacques Fache, éditions du lamantin.

Un intrus pénètre dans le système informatique d'un grand laboratoire pharmaceutique ; un incendie dévaste l'entrepôt d'une association humanitaire ; des maladies aussi soudaines que mortelles se déclenchent dans un village malien…
Quel lien peut rassembler ces éléments ? Jean Kerdurec, jeune chercheur impliqué à son insu, veut faire la lumière sur ce qui se trame dans l'ombre du chaos.





Le résumé de couverture nous met directement dans l'ambiance. On va voyager. Pari réussi par l'auteur qui situe son intrigue en France mais qui déroule son récit au Mali et en Bosnie notamment. 
Plusieurs événements apparemment sans lien et à des endroits et des époques différents se succèdent. 
Lentement, tout prend corps avec l'intervention de Jean Kerdurec qui va se plonger dans une enquête dont il perçoit mal les tenants et les aboutissants et qui va le malmener jusque dans les dernières pages. Pour cela, il va s'entourer d'un groupe d'amis aux profils bien distincts et éclectiques : un indien répondant au prénom de Patrick et légèrement hacker sur les bords ; Rajiv lui aussi informaticien et Jali, étudiant Malien très concerné par les problèmes de son village touché par de nombreux décès. 
Tout cela se passe à travers plusieurs grandes entreprise et ONG dont les objectifs sont de fournir des médicaments aux populations en danger. Mais, ce que va découvrir Jean et sa bande fait beaucoup moins rêver et est bien plus effrayant. 

Sur la forme, plusieurs choses. Ce roman est plutôt bien construit et l'auteur déroule son intrigue de manière linéaire avec par ci par là quelques rebondissements. En revanche, les paragraphes sont assez longs et parfois répétitifs. 
J'ai aussi étonné par deux point qui m'ont agacé : la multiplication par l'auteur de l'usage du point d'exclamation. Dans les premières pages, j'ai pu ainsi en compter plus de 6 en quelques lignes. Même si Jacques Fache en utilise moins par la suite, c'est tout le livre qui en est couvert. Pour ma part, je trouve qu'il s'agit d'une maladresse car le récit perd en crédibilité. 
La deuxième chose qui fâche, ce sont les coquilles. Une ou deux laissées dans un texte ne me gêne pas. Par contre ici, j'en ai repéré une dizaine et même si ça ne dérange pas la lecture, ça ne fait pas très professionnel. 

Sur le fond, le roman est intéressant dans le sens où l'on apprend beaucoup de choses. L'auteur développe une intrigue qui amène le lecteur à réfléchir et le fait entrer dans un monde étonnant. L'idée est plutôt bonne mais je trouve qu'au final ce roman manque de punch. Là où on aurait pu avoir un véritable thriller écolo, on se retrouve finalement avec un bon polar assez classique. C'est un peu dommage. On sent toutefois le travail et la connaissance de l'auteur. C'est bien documenté, , l'intrigue est solide mais il manque quelque chose au niveau des personnages notamment. 
En effet, si l'auteur tente de leur donner une personnalité, je trouve qu'il n'est pas allé au bout. Du coup, on apprend peu de choses sur eux et on reste sur notre faim. Peut-être aurait-il fallu en avoir moins et mieux les travailler ? 

En conclusion, Dans l'ombre du chaos est plutôt un bon roman mais dont il manque une dose de piment. 

A découvrir aux éditions du Lamantin. 

mardi 4 avril 2017

La pluie de néon, James Lee Burke, Rivages


Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux les rumeurs qui courent sur lui dans le milieu : sa tête serait mise à prix par des Colombiens. Il semble que Dave ait eu le tort de fourrer son nez là où il ne fallait pas, et d'insister. Deux semaines plus tôt, alors qu'il était en train de pêcher sur le bayou, Dave a en effet trouvé le cadavre à moitié immergé d'une jeune Noire. La police locale a conclu à une noyade accidentelle, mais Robicheaux est persuadé que la jeune fille a été droguée à mort avant d'être jetée à l'eau. Son acharnement à découvrir la vérité provoque une réaction en chaîne de morts violentes et d'atrocités. Ce qui ressemblait, au départ, à une banale affaire de drogue et de prostitution va déboucher sur un important trafic d'armes vers le Nicaragua et mettre en cause des nostalgiques de la grandeur américaine qui ont mal accepté la catastrophe du Viêt-nam. Dave lui-même ne sortira pas indemne des événements qui ramènent à sa mémoire de combattant des souvenirs cauchemardesques de la guerre et le poussent à chercher l'oubli dans des bars miteux, où son reflet dans les miroirs se brouille, comme la pluie mouillée de néon qui frappe les vitres. La Pluie de néon était paru en 1987 sous le titre Légitime défense, dans une version abrégée. Voici le texte intégral du premier volume du cycle Dave Robicheaux (Prisonniers du ciel, Black Cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l'éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City).


La pluie de néon est le premier roman dans lequel apparaît celui qui deviendra un personnage, le charismatique flic Dave Robicheaux. A la manière de James Ellroy qui prend son temps pour décrire des personnages et des situations, James Lee Burke tricote ses héros avec poésie et force en même temps. 
Dès le début du roman, on est envoûté par l'ambiance que décrit Burke. Il est vrai que les lieux se prêtent aux mystères : la Nouvelle Orléans, les bayous et la Louisiane servent de décor à ses romans. C'est énigmatique et puissant. 
Ensuite, il y a l'intrigue. Robicheaux apprend de la voix d'un condamné à mort qu'il est en sursis, que les colombiens veulent sa peau. Mais que viennent faire les colombiens en Louisiane ? Quels sont leurs complices ? C'est ce que va essayer de découvrir Dave dont les pratiques, peu réglementaires, vont le mettre sur la touche. En effet, Robicheaux n'est pas un tendre ni même très attaché aux règles quand celles-ci l'empêchent d'avancer. Mais il est loyal et juste. C'est ce qui fait sa force. 
Donc il avance même quand il doit rendre sa plaque de flic. 

Et puis, il y a l'écriture de Burke. La pluie de néon n'est pas un simple polar. C'est un très bon roman servi par une écriture fine et poétique. Une bonne entrée en matière pour découvrir l'univers de James Lee Burke. 

jeudi 9 mars 2017

Stabat murder, Sylvie Allouche, Syros


Comment Mia, Matthis, Sacha et Valentin, quatre jeunes pianistes, étudiants au Conservatoire national de musique de Paris, ont-ils pu disparaître sans laisser de trace, à un mois d’un concours international ? Ont-ils, sous la pression, décidé ensemble de tout plaquer ? Impossible, d’après les familles interrogées sans relâche par Clara Di Lazio. S’agit-il d’un enlèvement ? La commissaire, réputée coriace, a l’intuition terrible que dans cette enquête, chaque minute compte…






Nouveauté aux éditions Syros, le nouveau roman de Sylvie Allouche. Destiné aux lecteurs à partir de 13 ans, Stabat Murder est un thriller implacable dont on tourne les pages aussi rapidement que le récit se déroule. 
Quatre jeunes musiciens, promis à un brillant avenir, sont enlevés quelques semaines avant un grand concours international. La police est chargée de l'enquête en la personne de Clara Di Lazio. Mais, ayant elle-même vécu une disparition, est-elle la meilleure placée ? 
Avec une couverture particulièrement réussi, ce roman entre dans le vif du sujet dès la première page. L'auteur alterne les chapitres courts entre  le lieu de détention des quatre jeunes et leur vie en dehors. 
En parallèle, l'enquête dans laquelle s'enlisent Clara et son équipe. Ils ne trouvent aucun indice ni aucune motivation. Ils tournent en rond comme tournent les aiguilles. Le temps est compté, chacun le sait, dans les kidnappings. Il faut faire le plus vite possible. Pendant ce temps, les quatre jeunes souffrent dans une pièce insalubre et obscure. Puis, alors qu'on n'y croit plus, le noeud se dénoue. Jusqu'au final. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. La description des quatre musiciens est particulièrement réussie. Comme beaucoup d'adolescents ambitieux, leur vie est tournée autour de leur passion. Cette même passion qui peut les éloigner de leur jeunesse, de leurs amis, qui peut aussi les détruire. 
Ce roman est donc plus qu'un thriller. Il permet une véritable réflexion sur les passions dévorantes non seulement pour ceux qui les pratiquent mais aussi pour leur entourage : famille, amis. 
Pour finir, en ce lendemain de journée de la femme, je souligne que les femmes (jeunes et moins jeunes) sont vraiment à l'honneur dans ce roman et tiennent le beau rôle. 

Disponible aux éditions Syros. 


dimanche 26 février 2017

L'effet domino, François Baranger, Editions Bragelonne


Paris, 1907. Un mystérieux « tueur à répétition » fait trembler la capitale en s’attaquant à l’entourage de personnalités célèbres et aux policiers qui enquêtent sur son cas. En plus de la terreur, il sème derrière lui de curieux symboles ésotériques et, dans la gorge de ses victimes, un domino double. La presse accuse « Double Six », un ancien bagnard au torse tatoué, dont la rumeur dit qu’il aurait plusieurs vies. 
Le préfet Lépine confie l’affaire à l’inspecteur Lacinière, un Rennais sans attaches ni famille, qui monte une petite équipe constituée d’une jeune femme noble aux élans féministes et d’un jeune agent qui n’a pas froid aux yeux. Lacinière est convaincu que Double Six n’est pas le coupable. Pour le prouver, il doit retrouver sa trace entre chien et loup, dans le Paris du début du XXe siècle, et résoudre les énigmes que le véritable tueur élabore à son intention... 


A la réception de cet ouvrage, on peut dire qu'il a produit son petit effet. Mon jeu de mots facile pour dire qu'il s'agit d'un roman dense et ambitieux. Ce sentiment sera confirmé par sa lecture.
Tout d'abord, je dois saluer la performance de l'auteur qui a placé son récit dans un Paris du début du siècle dernier et qui en a fait une reconstitution sans aucune fausse note. Je ne suis pas historien et encore moins spécialiste de cette période mais François Baranger a parfaitement retranscrit les paysages, les moeurs, les innovations de l'époque. A cela, s'ajoutent des personnages finement travaillés et qui mêlent le réel et le fictif. A commencer par le préfet Lépine parfois colérique et autoritaire mais juste et pertinent. Bien sûr, on doit aussi souligner Philippe Lacinière, inspecteur rennais qui déboule à Paris, au passé trouble, nébuleux, mais très bon enquêteur. Je pourrais dresser la liste de tous les personnages que j'ai trouvé intéressants dans ce roman mais cela serait quelque peu rébarbatif. Je préfère donc me concentrer sur Double-six qui est vraiment une très bonne trouvaille. Personnage énigmatique et ambigu. Le mystérieux bagnard, évadé, revenu des enfers, converti aux rites vaudous, aurait pu être caricatural mais l'auteur parvient à éviter cet écueil. Double-six illumine ce roman.

Une enquête menée de main de maître

Passons à l'enquête elle-même car il s'agit bien d'un roman à enquête. Un tueur à répétition (en 1907 on ne parle pas encore de tueur en série). Une équipe de policiers est créée par le Préfet Lépine. Ils ne se connaissent pas, n'ont pas d'attaches et vont devoir travailler ensemble. On peut y ajouter la présence d'un journaliste qui, au départ, ne fait pas l'unanimité. Classique ? Pas si sûr. Comme je l'ai dit plus haut, tous les personnages ont leur part de mystère, sont bien ciselé. Une légère déception peut-être pour Thomas, jeune, brillant, courageux mais j'ai trouvé qu'il était un peu trop en retrait. Dommage.
Bref, l'enquête démarre mal. Le tueur sévit de manière régulière. Ses motivations restent mystérieuses et ses crimes sont abominables. Il  joue avec les nerfs des policiers, dissimulent des indices qui, au lieu de les aiguiller, les perd. Ils assistent à une sorte de jeu de piste dans lequel ils sont les principales "victimes".

Un faux pola-éso-historico.

Il est vrai que françois Baranger aurait pu nous faire une sorte de Da Vinci Code à la française version début de siècle. Il n'en est rien. Si par moments, les indices laissés par le Domino révèlent une tendance ésotérique, cela passe vite et l'auteur semble plutôt s'attacher à d'autres motivations. Le génie, les mathématiques, la culture et en filigrane le vaudou sont les thèmes qu'il privilégie.

Un Paris bien reconstitué.

Amateur de l'Histoire - sans pour autant être un spécialiste - j'ai beaucoup aimé le travail historique de l'auteur pour nous décrire un ville dangereuse, sale, animée mais aussi une ville dans laquelle foisonne l'activité littéraire, scientifique et artistique. Les bistrots, les sous-sols, les pauvres hères, les dorures, les réceptions mondaines, les riches héritiers, les anciens officiers prestigieux... Tout cela se côtoient dans une ville en transformation qui panse les plaies de la défaite de Sedan.
Quelques scènes sont épiques. Je pense notamment à celle du voyage en dirigeable qui marque vraiment cette période. Je pense aussi à la poursuite sur les toits ou bien sûr à la scène finale. De grands moments.

Bref, L'effet Domino est un grand roman ambitieux. Dense et parfois difficile (il faut resté concentré à sa lecture), il est un formidable moment de lecture.
Ce roman est disponible aux éditions Bragelonne.




Les sirènes de minuit, Jean-François Coatmeur.

Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l'affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s'installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal... Peu importe s'il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.

Sur fond d'attentats, de haine raciale et de répression policière, ce roman proche de la politique-fiction, couronné par le Grand Prix de littérature policière, révèle tout le talent de Jean-François Coatmeur.





Initialement publié par les éditions Denoël en 1976, ce livre a été réédité chez Albin Michel en 2004. Lauréat du Grand Prix de littérature policière l'année de sa sortie, il mêle habilement polar traditionnel et polar politique.
Comme à son habitude, Jean-François Coatmeur prend un malin plaisir à perdre son lecteur. Il l'emmène dans des méandres tortueux où les certitudes disparaissent les unes après les autres. Ses héros, personnages ordinaires, sont attirés dans des engrenages machiavéliques.
Grand fan de cet auteur, je n'avais encore jamais lu ce livre.
Encore une fois, je n'ai pas été déçu. Jean-François Coatmeur m'a transporté dès les premières pages dans un Brest humide et parfois sinistre. En fond, il nous dépeint une société instable dans laquelle tous les ingrédients pour qu'elle explose sont réunis. Et pourtant, le fragile équilibre tient comme il peut.
Un bon roman policier qui peut permettre aux lecteurs de (re)découvrir Coatmeur.