mardi 10 janvier 2017

Rural noir, Benoît Minville, Série Noire, Gallimard.

Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un «gang » insouciant. 
Puis un été, tout bascule. 
Un drame, la fin de l"innocence. 
Après dix ans d'absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis. 

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d'une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l'amitié, la famille, la culpabilité. 





Découvert grâce aux membres du site Polars pourpres, cet auteur est une vraie bonne surprise. Pour son nouveau roman, Benoît Minville frappe fort. Il cogne dur mais son écriture reste fluide et sensible. 
Une bourgade perdue dans le Nivernais, une bande copains, un trafics de drogues, une agression... voilà ce qui nourrit ce Rural noir. 
Sur un thème casse-gueule car souvent évoqué dans la littérature ou le cinéma, Benoît Minville réussit un vrai tour de force. C'est vrai, parfois certaines scènes peuvent être caricaturales et font référence directement à des lectures passées. Mais quel plaisir de retrouver les Pif Gadget, les Onze Mondial, les carambars et les meules aux pots ninja ! Un vrai retour dans les années 80 que l'auteur dépeint avec nostalgie. 
Les références sont multiples. On pense forcément à la nouvelle The body, de Stephen King dans laquelle une bande de jeunes va perdre son innocence, formidablement adapté au cinéma par Rob Reiner (Stand by me). On pense aussi à la guerre des boutons. On pense aussi au roman Un peu d'air frais de Georges Orwell dans lequel un homme revient sur les terres de son enfance. 

Sans trop en dévoiler, il y a aussi une scène qui m'a fait penser au film les petits mouchoirs. 

Etant de la même génération que Benoît Minville, j'ai bien sûr apprécié toutes ces références et qui me font remonter de nombreux souvenirs. 
Mais Rural noir c'est aussi un vrai polar. Quand Rom, personnage principal, revient dans son village natal après 10 ans (d'errance ?), il ne se doute pas que l'équilibre précaire qui y régnait va s'effondrer. Les cartes s'écroulent les une après les autres et on a l'impression que toutes les décisions qu'il va prendre ne vont faire que l'enfoncer dans un gouffre immense. 
Rural Noir a aussi le mérite de nous rappeler que dans la campagne aussi, on a des misères, des problèmes de drogue, de caïdats, de gang et que les cités n'en ont pas le monopole. Sauf qu'au milieu des champs, on n'entend pas les cul-terreux pleurer sur leur sort. 

Ce roman est le dernier livre que j'ai lu en 2016 (j'ai un peu tardé pour ma chronique) mais je m'en souviendrai longtemps. 


A lire chez Gallimard dans la prestigieuse Série Noire. 




Toxique, Nico Tackian, Calmann-lévy

Ils aiment entrer dans votre vie,
certains aiment exercer leur pouvoir sur vous,
Certains aiment vous séduire pour vous détruire.
Ce sont les toxiques. 

 
Janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau. Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crime dépêche le commandant Tomar Khan, chef de groupe de la section 3, surnommé le Pitbull et connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes. À première vue, l’affaire est simple, « sera bouclée en 24 h », a dit un des premiers enquêteurs, mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il y paraît. 




J'aime bien les livres qui se lisent vite. Avec ce Toxique, j'ai été comblé. A peine quelques heures, sur trois jours pour le lire, un vrai page turner comme on les aime, un polar brut. 

L'histoire n'est pas banale. Une directrice d'école étranglée dans son bureau. Un suspect et une affaire qui semble facile pour Tomar et son équipe. Mais on se doute que ça ira plus loin. Bien sûr, l'auteur trompe le lecteur, l'emmène sur de fausses pistes, creuse ses personnages. A l'instar de ce Tomar, origine Kurde, né en France, ça le démange de plus en plus de connaître ses racines. Et que dire de ses cauchemars qui le hantent depuis son enfance. Comment ont-ils façonnés cet être brute mais pas dénué d'humanité ? 
Difficile d'évoquer l'autre personnage central du roman sans dévoiler l'intrigue. Ce que je peux juste vous dire,c 'est que Niko Tackian nous a concocté un coupable assez original et bien pervers. Peut-être plus terrifiant que certains serial killer bien connus. 

Si le roman tourne beaucoup autour de son héros, Tomar, l'auteur n'oublie pas non plus de peindre des personnages crédibles et intéressant. Rhonda, par exemple est une policière attachante, forte et fragile à la fois. J'ai bien aimé ce personnage qui, comme Tomar, n'est ni tout blanc ni tout noir.
C'est d'ailleurs ce qui fait l'essence de ce roman. Nico Tackian évite le manichéisme simplet dans lequel les flics sont forcément gentils et les coupables forcément méchants. Ici, on se pose des questions dont la première : et moi, comment j'aurais réagi ? 

A travers une histoire sensible, Nico Tackian dresse le portrait d'un nouveau type de coupable dans le polar français, une image que je n'ai pas l'habitude de voir dans les romans. Il dessine aussi un héros violent, en proie à de nombreux questionnements - mais en évitant de tomber dans le caricatural flic pochard et revêche- sur son passé, son avenir et même son présent. Un personnage dont l'origine (Kurde) est très intéressante. Les passages avec sa mère, ancienne combattante, sont passionnants et les dialogues empreints d'une grande tendresse. 

Une très bonne découverte ! 
Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 



La minute prescrite pour l'assaut, Jérôme Leroy, éditions la Table ronde.

«Il était vingt-trois heures quand Kléber et Sarah, qui venaient de se rencontrer, décidèrent de passer la nuit dans le fort d’Ambleteuse. 
À cette heure-là, une bombe sale explosait à San Francisco. 
À cette heure-là, un médecin venait d’observer dans son
microscope la dernière mutation du virus de la fièvre hémorragique de Marburg. 
À cette heure-là, trois enfants étaient parvenus au niveau ultime de Dark Hostel. Ils étaient les premiers à réussir cet exploit sur ce jeu virtuel haut de gamme. 
À cette heure-là, en France, les Forces spéciales, nouvellement créées sous l’égide secrète de l’Élysée et de quelques grandes entreprises privées, recevaient leur baptême du feu dans les quartiers nord de Marseille. 
À cette heure-là, Kléber soupçonnait qu’il vivait le premier
instant de l’apocalypse.»



La minute prescrite pour l'assaut est un roman de Jérôme Leroy initialement publié en 2008. Les éditions la Table Ronde lui offre en ce début d'année 2017 une nouvelle vie. Et c'est pour le plus grand bonheur des lecteurs, comme moi, qui avaient loupé sa parution. Je remercie donc la Table Ronde de m'avoir fait découvrir cet auteur. 
Dans ce roman apocalyptique, Jérôme Leroy égratigne avec talent tous les travers de notre société. Bien sûr, il faut accepter le postulat de départ : le monde part en vrille et va s'éteindre dans la violence. La faute à plusieurs facteurs : un virus hypermortel, des attaques nucléaires, des conflits innombrables. Mais on est loin des classiques romans apocalyptiques de science fiction.
En effet dans ce roman, on suit la route de Kléber, écrivain, enseignant et épicurien pour qui la vie se résume à lire, boire et baiser. Lors d'une ennuyeuse soirée, il rencontre la belle Sarah avec qui il va traverser le roman. Erudit, il cite Proust et Baudelaire. Célibataire endurcit, il aime la gent féminine sans jamais lui manquer de respect. Bref, Kléber est un bon bougre que la fin du monde n'effraie pas. 

La France possède tout un arsenal de loi pour affronter cette fin du monde. Evidemment, on circule presque tous en voiture écolo, sauf Kléber bien sûr qui se pavane dans un énorme Mercedes CLK. On évite de sortir trop la nuit, des Forces spéciales sont crées et ne sont pas sans rappeler certaines milices de l'Histoire. 

Ce roman peut aussi être lu comme un hommage à l'art : à la musique, à  la littérature. Jérôme Leroy multiplie les références directes : "le ciel d'un bleu balzacien" ; "un vocabulaire proustien"... ou indirectes. On lit entre les lignes, on aime forcément ces rappels aux grands auteurs. 

On découvre dans ce récit tout un panel de personnages intéressants : Kléber, bien sûr. Sarah, sorte de Lara Croft sensible à la culture et aimait picoler du bon vin blanc et Fleur, la cousine un peu niaise. On fait aussi la connaissance du caviste sans prénom mais amoureux du vin et fournisseur officiel de la fin du monde, l'avocat cul-de-jatte et généreux... Bref, une galerie loufoque, drôle et sincère. 

J'ai beaucoup aimé ce roman dans lequel j'ai trouvé une vraie intrigue et qui fait la part belle à la littérature. Jérôme Leroy joue avec les mots, connaît ses classiques et nous les fait aimer aussi. 

A (re)découvrir aux éditions La Table Ronde. 

samedi 31 décembre 2016

BONNE ANNEE 2017




2016 est terminé. Sur Terre du Noir, de nombreux romans ont été chroniqués. J'en ai aimé beaucoup. Certains m'ont moins passionné que d'autres mais j'ai pris un réel plaisir à les lire et à en rédiger des commentaires.
Je profite pour remercier ceux qui me suivent dans cette aventure. Les maisons d'éditions par le biais de leurs attachés de presse me font une confiance que je salue ici. Merci à vous tous !
Les auteurs qui me parlent aussi de leurs livres et avec qui j'échange parfois. Même si mes chroniques peuvent être négatives, c'est toujours dans le respect de leur travail. J'essaie d'être le plus honnête possible.
Enfin, bien sûr je remercie les lecteurs sans qui un blog n'aurait pas de raison d'être. Merci à vous de me suivre.
Je vous souhaite donc à tous une excellente année 2017. Que celle-ci soit pleine de découvertes littéraires, de belles rencontres  et de bonnes lectures !

mardi 27 décembre 2016

Dans les brumes du mal, René Manzor, Calmann Lévy


Tom, mais aussi John, Michael et Lily. À chaque fois, une mère est assassinée et son enfant enlevé, comme évanoui dans les brumes inquiétantes qui submergent si souvent la Caroline du Sud.
Dahlia Rhymes, agent du FBI spécialisée dans les crimes rituels, s’impose dans l’enquête. Tom est son neveu, et même si elle ne l’a jamais vu car elle a rompu toute relation avec sa famille, elle ne peut pas l’abandonner.
En retrouvant les marais et les chênes séculaires de son enfance, Dahlia retrouve aussi Nathan Miller, un ancien gamin des rues devenu un des meilleurs flics de Charleston. Ensemble, ils se lancent à la recherche des enfants, sans autre indice que le témoignage d’un voisin, qui prétend avoir vu rôder autour d’une des Maisons une shadduh, une ombre vaudoue.
Et si, pour une fois, le mobile n’était ni l’argent,
ni le sexe, ni la vengeance, ni même l’amour?





Dans les brumes du mal est le troisième roman de René Manzor. Pour ma part, le premier que je lis de cet auteur. Qu'on se le dise tout de suite, ce roman a tous les ingrédients pour être un parfait thriller  : une intrigue solide, des décors fantastiques, un sens du suspens, une écriture rapide, des personnages sortis d'un film, des chapitres courts qui facilitent la lecture. Pourtant, je n'ai pas été séduit. Bien sûr, comme de nombreux lecteurs j'ai moi aussi tourné les pages avidement. J'ai voulu savoir la vérité. J'ai voulu aller au bout de ce roman. 

Un roman techniquement parfait

Je m'explique. Ce roman est techniquement très bien fait dans sa forme. Comme je viens de le dire, dans sa construction il n'y a rien à lui reprocher : chapitres courts qui alternent différents points de vue, suspense en fin de chapitre, maîtrise de l'auteur qui connaît ses classiques. Quelques fausses pistes subtilement amenées entretiennent la tension. Une atmosphère propice aux mystères dans les marais parachève le tout.
Mais voilà...

Un manque d'âme

Ce que je vais dire n'engage que moi mais exprime mon ressenti. Il manque je trouve une âme dans ce récit, juste ce qu'il faut pour qu'il passe du bon moment au thriller excellent. C'est difficile à expliquer mais je n'ai pas réussi à éprouver la moindre empathie pour les personnages. 
Tout d'abord l'agent Rhymes me paraît très dure. Les rares fois où ses sentiments s'expriment, c'est légèrement ridicule comme le moment où elle va rencontrer le révérend en prison. On ne peut pas dire cependant que ce personnage manque de profondeur. L'auteur l'a bien travaillé. Il donne des détails sur sa vie actuelle, son enfance, la façon dont elle s'est construite et c'est plutôt intéressant. Cependant, elle ne m'a pas paru sympathique. Elle est froide et distante. De fait, je n'ai pas éprouvé de sentiments particuliers à son égard.
Miller est l'un des personnages importants du  roman. Mais, comme pour Rhymes, j'ai trouvé qu'il lui manquait quelque chose. Sans rentrer dans les détails, on sait qu'il a perdu sa femme et qu'il élève seul sa fille de 11 ans. On sait aussi qu'il a fréquenté la rue durant sa jeunesse et qu'il était un petit truand des rues. Je n'ai pas non plus apprécié les relations qu'il a tissé avec sa fille. Je les trouves surfaites, caricaturales. La petite fille qui prend soin de son papa et qui lui parle d'égal à égal, pour moi, ça ne passe pas.

Un thriller implacable cependant

Malgré toutes les réserves que je viens d'émettre, j'ai bien apprécié cette lecture. On tourne les pages à une vitesse surprenante car l'écriture de René Manzor s'y prête. On a envie de savoir ce qu'il va se passer.
Je reconnais aussi avoir éprouvé quelques difficultés à écrire cette chronique. J'ai trop de sentiments contradictoires. J'espère donc que le lecteur ne m'en voudra pas.

Ce roman est disponible aux éditions Calmann Lévy que je remercie.






vendredi 23 décembre 2016

La nuit des chats bottés, Frédéric H Fajardie, éditions la Table ronde


Par amour pour Jeanne, jeune femme désenchantée, Stéphan et Paul, deux anciens militaires, vont lancer la plus grande opération de plasticage de tous les temps. Jeanne a souffert de voir son père humilié par la société. Stéphan et Paul vont lui offrir une revanche posthume : «La vie est une opération de commando, c’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir…» Masqués de cagoules, ils vont s’attaquer à une banque, à un P.M.U., à une clinique, aux usines Renault, au ministère des Finances, et même au Sacré-Cœur. Livre fondateur d’un romantisme noir et anarchique, La nuit des Chats bottés est une œuvre emblématique, un règlement de comptes phénoménal, saluée à sa sortie par une presse unanime.





Troisième roman lu de Frédéric H Fajardie pour ma part. Un roman qui commence par une histoire d'amour entre Stéphan et Jeanne. Jeanne qui va se trouver au coeur d'un engrenage de violence qu'elle n'essaiera pas d'endiguer quand la vérité va se dévoiler peu à peu.
Comme à son habitude, Fajardie ne passe pas par quatre chemins, ça castagne, ça bastonne et ça plastique à tout va. Il ne s'embarrasse pas de préoccupation psychologique, les personnages sont dressés rapidement, leur personnalité comme leur physique. L'essentiel n'est pas là. Fajardie s'attache à raconter une histoire, simplement.
Donc, on retrouve les policiers, barbouzes ou pourris, hommes politiques véreux et vénaux. Les chats bottés sont insaisissables. Ils les font tourner en bourrique, font sauter des objectifs bien précis et s'évanouissent dans la nature.
Comme d'habitude, les dialogues sont incisifs, parfois drôles, sans concession.
Bref, tous les ingrédients sont présents pour en faire un très bon polar, d'ailleurs unanimement salué par les critiques à sa sortie en 1979. Pourtant, je l'ai moins apprécié que les deux précédents. Je n'ai pas été conquis par l'histoire ni les personnages. Je trouve le prétexte pour tout faire pêter un peu... facile voire futile. Même le policier, je le trouve fade et sans envergure. Les chats bottés le provoquent, inscrivent son nom sur les lieux des différents plastiquages et lui, il est nonchalant, comme si rien ne l'atteignait.
Donc, une lecture qui me laisse sur ma faim, un peu perplexe. C'est bien mais pas extraordinaire.

Je remercie les éditions de la Table ronde pour cette découverte.






lundi 19 décembre 2016

Bienvenue à Cotton's Warwick, Michaël Mention, Ombres noires


Australie, Territoire du Nord. Dans l'Outback, on ne vit plus depuis longtemps, on survit. Seize hommes et une femme, totalement isolés, passent leurs journées entre ennui, alcool et chasse. Routine mortifère sous l'autorité de Quinn, Ranger véreux. Tandis que sévit une canicule sans précédent, des morts suspectes ébranlent le village, réveillant les rancoeurs et les frustrations. Sueur, folie et sang. Vous n'oublierez jamais Cotton's Warwick.




Les lecteurs de ce blog savent déjà que j'ai une affection particulière pour Michaël Mention dont je suis (et apprécie) la carrière depuis ses débuts.
Ils savent aussi que j'éprouve une affection particulière pour l'Australie, pays immense où tout est possible. 

Le nouveau roman de Michaël Mention est dans la continuité de son oeuvre. En ce sens, il est différent de tous les autres. Et oui, Michaël Mention est un auteur qui se renouvelle, qui tente des expériences, qui prend des risques, qui ne s'enferme pas dans un domaine. Il a tenté le huis clos (Unter Blechkoller), il a commis une trilogie bien noire (sale temps pour le pays, Adieu demain, Et justice pour tous), un pamphlet sur le PAF (la carnaval des hyènes) ou encore un docu-fiction sur un serial ailler (le fils de Sam). Tous avec un certain succès. 
Ce Bienvenue à Cotton's Warwick dépeint une petite communauté, repliée sur elle-même, oubliée du gouvernement australien, oubliée de tout le monde. Alors, ces gens survivent comme ils peuvent. Leurs relations se tissent, se déconstruisent à coups de poings avinés. C'est le choc, c'est violent. Soleil et alcool ne font pas bon ménage chez ces dégénérés menés par un chef véreux et sans scrupules. Les journées passent, les unes identiques aux autres. Les mois passent, pareil. Les années aussi. Karen, la seule femme, derrière le comptoir du seul bistrot, rêve de départ, d'une vie en ville, loin de l'Outback où chaque jour on peut y laisser sa peau. 
Et puis, il y a ce fameux razorback qui va bousculer ce fragile équilibre. A partir de là, tout s'écroule. Michaël Mention prend un malin plaisir à décrire la rapide décrépitude qui s'ensuit. L'apocalypse arrive à Cotton's Warwick. Comme le dit la bible, elle est incarnée par des animaux de toutes sortes. Comme dans le roman de James Patterson, Zoo, les animaux prennent le contrôle, se soulèvent contre l'être humain. Comme dans Les Oiseaux, la tension monte autour des volatiles qui font le siège de la bourgade. Acculés, les habitants pourront-ils s'en sortir ? 
Le nouveau roman de Michaël Mention est un survival que j'aimerais bien voir adapté au cinéma. Genre trop peu utilisé dans la littérature d'aujourd'hui, l'auteur nous ravit sur près de 300 pages pendant lesquelles on sourit (jaune), on frissonne, on vomit...

... car parfois, c'est un peu gore. Déjà, à certains moments dans ...et justice pour tous Michaël Mention nous avait montré qu'il pouvait l'être. Ici, il se lâche complètement. Cependant, on n'est pas dans la série B. On est dans un vrai roman bien écrit. Il n'y a jamais de sang pour rien, jamais de scène horrifique gratuite. Tout est savamment calculé. Les scènes découlent des actes des humains et comme dans The Walking dead, on peut se demander si le danger vient réellement des animaux. 
Je dois avouer malgré tout parfois, j'ai trouvé qu'il allait un peu loin, l'auteur. C'est hard, c'est cru mais, je le répète, toujours servi par une écriture fine, intelligente, travaillée. 
Je pense toutefois que l'éditeur aurait pu, à l'instar de certaines BD, indiquer la mention "pour lecteurs avertis" car ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains. Il faut être bien préparé pour rentrer dans le monde de l'outback. L'Australie ne se donne pas, elle se mérite, avec Michaël Mention. 

Disponible chez Ombres noires. 




lundi 28 novembre 2016

Tabous, Danielle Thiéry, Ombres noires.

À quelques jours de Noël, Célia Laporte et son bébé de quatre mois disparaissent brutalement d'une maternité.
Le père de l'enfant, issu d'une puissante famille iranienne, est introuvable. 
L'affaire est complexe. La PJ de Bordeaux décide d'appeler en renfort l'OCRVP de Paris. 
Edwige Marion, la directrice du service, se rend immédiatement sur place avec son équipe et la jeune psycho-criminologue Alix de Clavery. 
C'est l'occasion pour la nouvelle recrue, spécialiste des crimes sur enfants, de s'imposer face aux a priori, et de faire ses preuves sur le terrain.

Alors que l'enquête des forces de police se heurte à la puissance des tabous, Alix va découvrir une vérité plus terrifiante encore





Voir une peluche en couverture d'un roman policier m'a fait un peu peur, je le reconnais. D'autant que le titre "Tabous" suggère des atrocités difficile à imaginer. C'est donc avec appréhension que je suis rentré dans ce livre.  
Le roman débute donc sur la côte Ouest française. Bordeaux et son littoral. Les forêts de pins et les longues plages. Archachon et ses huîtres. La carte postale s'arrête là. Une femme et son bébé ont disparu. Les policiers de l'OCRVP arrivent sur place. L'équipe est composée de Edwieg Marion, la boss, de Valentine Cara et de leur psy, Alix, pas forcément sociable ni appréciée par les autres policiers. 
Parallèlement on assiste à la cavalcade d'un certain Truc, une petite frappe plus habitué aux minables cambriolages qu'aux grands coups d'éclat. D'ailleurs, j'ai bien aimé le suivre dans ses diverses pérégrinations. Le personnage est plutôt bien pensé.
Danielle Thiéry dépeint de nombreux personnages tous plus intéressants les uns que les autres. Elle leur donne une épaisseur qui permet au lecteur de s'immerger complètement dans cette histoire. Les policiers vont découdre un à un les fils qui les relient entre eux. 
Patiemment, l'auteur va emmener le lecteur vers une vérité cruelle sans oublier de disséminer de ci de là des fausses pistes et laisser des questions sans réponses. C'est habile et bien joué.
 
L'auteur sait jouer aussi sur la météo qui est un personnage qui prend de l'ampleur également au fur et  mesure qu'avance l'enquête pour finir en une tempête apocalyptique pendant la fête de Noël. 

Le dénouement, comme l'indique le titre du livre est sordide. Le suspens nous tient en haleine jusqu'au bout. Pour ma part, j'ai dévoré les quelques 450 pages de ce livre que je recommande vivement. De plus, le style d'écriture de Danielle Thiéry (que je n'avais encore jamais lu) est agréable et fluide. On tourne les pages rapidement, avidement. On en redemande. 

Je remercie les éditions Ombres noires pour leur confiance. 

dimanche 27 novembre 2016

Soul of London, Gaëlle Perrin-Guillet, éditions Fleur sauvage.

Londres, 1892. Un climat de peur. Un flic qui boîte et un jeune orphelin. Tous deux face à un meurtre... ... dont il ne fallait plus parler. Jouant avec un côté « Sidekick », Soul Of London nous plonge dans une atmosphère londonienne fort bien documentée. Ce nouveau thriller, de Gaëlle Perrin, se révèle être aussi distrayant qu'angoissant.





Départ pour le Londres du XIXème siècle avec le nouveau roman de Gaëlle Perrin-Guillet publié aux Editions Fleur Sauvage. 
Le quatrième de couverture annonce un thriller aussi angoissant que distrayant. Je dois admettre que c'est vrai et je m'explique. 

Une angoisse travaillée

Tout d'abord le côté angoissant apparaît dans l'intrigue elle-même. Londres et sa police sont traumatisés par l'échec retentissant des meurtres du terrible Jack l'Eventreur. La population n'a plus confiance dans les policiers. Normal, me direz-vous. C'est dans ces conditions que de nouveaux meurtres sont perpétrés. Un premier cadavre est découvert dans les boyaux de l'Underground. De son côté, l'inspecteur Wilkes, consigné dans un bureau après un accident qui lui a zigouillé la jambe, s'occupe d'assassinats de chiens. Henry Wilkes, personnage principal du roman, s'est adjoint le concours de Billy, un orphelin qu'il a recueilli l'année précédente et qui lui prête donc main forte au boulot comme à la maison. Je reviendrai sur Billy plus tard. Je finis sur le côté angoissant. Angoissant donc par l'intrigue qui amène dès le début plusieurs meurtres dont celle d'une jeune fille, inexpliqué. Affaire bouclée. Sa soeur veut trouver le coupable, embauche Henry. Et l'affaire commence. 
L'ambiance aussi est angoissante. Gaëlle Perrin Guillet plonge ses personnages dans un Londres brumeux et neigeux avec des scènes où le décor sert de personnage. Des quartiers sordides aux docks, des souterrains de l'Underground aux couloirs de l'orphelinat, tout y est pour nous serrer les tripes. 

Une enquête distrayante

Pour autant, la force de ce roman est aussi dans son côté "classique", une enquête à la Sherlock Holmes où l'auteur ne tombe pas dans les descriptions gores et sanguinolentes. Même la scène de l'autopsie reste "convenable". Le duo formé par Henry et Billy fonctionne à merveille. Les deux personnages ont leur propre personnalité et se complètent plutôt bien. Le côté "ours" de Henry est souvent contrecarré par la sociabilité de son jeune protégé. il n'hésite pas à le remettre en place pour leur bien à tous les deux. 
Soul of London est donc un roman qui rend hommage à tous ces romans qui mettent en avant l'intelligence des enquêteurs. 


J'ai suivi Gaëlle Perrin Guillet depuis ses débuts dans l'écriture. Je suis heureux de constater que son travail s'affine, se professionnalise, devient mature. Ce roman est très abouti et ouvre une nouvelle porte dans un univers où elle est à l'aise. D'ailleurs, une suite est prévue mais chutttt, c'est encore un secret. Espérons qu'elle arrive vite !

Ce livre est disponible aux éditions Fleur sauvage. 

samedi 19 novembre 2016

L'opossum rose, Federico Axat, Calmann Lévy


Désespéré, Ted McKay est sur le point de se tirer une balle dans le crâne lorsque, le destin s’en mêlant, un inconnu sonne à sa porte. Et insiste. Ted s’apprête à aller ouvrir quand il aperçoit sur son bureau, et écrit de sa propre main, un mot on ne peut plus explicite : Ouvre. C’est ta dernière chance. Sauf qu’il ne se rappelle absolument pas avoir écrit ce mot. Intrigué, il ouvre à l’inconnu, un certain Justin Lynch. Et se voit proposer un marché séduisant qui permettrait d’épargner un peu sa femme et ses filles : on lui offre de maquiller son suicide en meurtre. Mais qui est vraiment ce Lynch ? Et quelles sont ses conditions ?
Mise en abîme impressionnante à la logique implacable, écriture d’une précision si envoûtante que le lecteur se trompe dans ses déductions, labyrinthe psychologique dans lequel se promène un étrange opossum… 
Federico Axat est un jeune auteur qui se hisse d’entrée de jeu dans la catégorie des John Irving et des Stephen King.


Jeune auteur argentin, Federico Axat situe son roman aux Etats-Unis. Il s'ouvre sur une tentative de suicide avortée par un importun qui frappe à la porte de Ted McKay. L'inconnu lui propose donc un marché qu'il ne peut refuser. Dès ce moment, on pressent que McKay a mis le pied dans un engrenage dans lequel il aura du mal à sortir. Et c'est bien ce qui se passe tout au long de ce passionnant roman à la construction originale. 
L'auteur nous transporte dans un monde où la réalité et le rêve se confondent à tel point que la deuxième partie est une quasi répétition de la première. Le lecteur, à l'instar du personnage principal, est perdu, ne sait plus ce qu'il fait, ce qu'il a fait ni même s'il fait encore partie de ce monde des vivants. Perturbant. 
Puis Ted décide de consulter une psy à qui il va se confier. Celle-ci lui est de bons conseils et semble savoir beaucoup de choses sur le passé de Ted que lui même a occulté. 
Je dois avouer que la seconde partie du roman m'a laissé perplexe. J'ai éprouvé à ce moment-là quelques difficultés à avancer dans le récit me disant : "bon, ça y est, c'est plié. Il est fou, quoi." J'en venais à maudire le bandeau de la couverture qui indique avec prétention : "le thriller parfait". Sentiment que je ne partage pas du tout à cet instant de lecture. 
La troisième partie, au fur et à mesure qu'on avance dans la thérapie de McKay, s'avère être un retour dans les années 90 et le passage à l'Université du personnage principal. Le drame se noue, les personnalités émergent peu à peu. J'ai beaucoup aimé ces chapitres qui décrivent la vie universitaire de McKay, ses amis, son intelligence, ses fêtes... 
Parallèlement on assiste à sa thérapie avec cet oppossum, ce petit rongeur omniprésent, qui lui montre la voie. Bon, ça je n'ai pas vraiment apprécié mais c'est pour le bien du récit. 
Enfin, la dernière partie se dévoile progressivement. On sent que la vérité va éclore. Elle sera explosive et inattendue. 

Pour conclure, je dirais que j'ai beaucoup aimé ce roman dont le postulat de départ est intéressant et déroutant. Le milieu du roman est moins passionnant mais la fin est splendide. Ce roman est construit comme la partie d'échec que McKay, en fin stratège, espère jouer. C'est habile et finaud. 
De plus, l'écriture de Federico Axat est simple et fluide. Parfait pour ce type de livre. Les chapitres courts et rapides permettent de tourner les pages rapidement sans vraiment que l'on s'en rende compte. 

Ce n'est pas "le thriller parfait" mais c'est tout de même un excellent roman que j'ai adoré découvrir. 
A lire aux éditions Calmann-Lévy que je remercie au passage.