dimanche 17 septembre 2017

Je suis innocent, Thomas Fecchio, Ravet-Anceau, polars en nord


Six heures du matin. Des hommes armés déboulent dans la chambre de Jean Boyer. Dans un état de semi-conscience, le quinquagénaire a le temps d’apercevoir leurs brassards siglés « police ». Mauvais signe, surtout pour lui, ex-taulard relâché après trente ans passés derrière les barreaux. Ses crimes ? Meurtre et viols à répétition. Ce jour-là, c’est le capitaine Germain qui lui passe les menottes. Le cadavre de Marianne Locart, une étudiante originaire de Soissons, a été retrouvé enterré près du domicile du suspect, un bras sortant de terre. La première victime de Boyer avait subi le même sort. Pour la Justice, pour les médias et pour les politiques, le récidiviste devient le suspect idéal. Pourtant, Germain doute de la culpabilité de l’interpellé qui ne cesse de répéter « Je suis innocent ». Mais l’engrenage est enclenché. À ce stade, Boyer n’a plus qu’une solution pour s’en sortir : débusquer le meurtrier de Marianne.


Pour son premier roman, Thomas Fecchio fait preuve de beaucoup d'audace. Dans une intrigue assez classique, il met en scène des personnages singuliers et atypiques. Tout d'abord Boyer qui a purgé plus de trente ans de prison pour "crimes passionnels", une crapule doublé d'un meurtrier, qui se retrouve être le personnage principal de ce roman. On trouve aussi le capitaine Germain, jeune, inexpérimenté et que personne ne respecte et écoute. Un type assez fade mais intelligent. Autour de ces deux héros, gravite une foule d'individus aux caractères bien dessinés. Rien n'est simple et lorsque la machine judiciaire se met en route, personne ne peut l'arrêter. Pas même le capitaine de police dont les longues entrevues avec le divisionnaire ressemblent à une initiation. 
L'opinion publique veut un coupable, la justice aussi. La police va le leur donner même si la culpabilité de Boyer n'est pas évidente. On prend l'enquête à l'envers. On a un nom, il ne reste plus qu'à lui coller les preuves qui le plomberont. 
Germain a des doutes, il est bien le seul. Isolé, il prend parti. Un parti bien mal engagé mais il tiendra bon. C'est ce qui est intéressant dans ce roman. Malgré sa fragilité (apparente) le capitaine Germain tient la barre. Malgré ses doutes, la pression de sa hiérarchie, le manque de preuves, il va suivre son instinct pour faire éclater la vérité. 

J'ai plutôt bien aimé ce roman pour ces différents aspects même si je n'ai éprouvé aucune empathie pour Boyer. Pour moi, il restera un être abject qui n'a d'autres excuses que "ma mauvaise étoile". 
Un peu facile. 
Cependant, je suis resté un peu perplexe sur la fin du roman. Sans vouloir dévoiler l'intrigue, j'ai été un peu déçu par le dénouement que je n'ai pas trouvé très réaliste. Le coup de théâtre n'est pas tout à fait à la hauteur du reste du livre. Enfin, ce n'est que mon point de vue. 
Je remercie Thomas Fecchio de m'avoir fait découvrir son roman qui est peut-être le début d'une longue série. En tout cas, je lui souhaite une belle carrière littéraire. 
Ce roman est à découvrir aux éditions Ravet-Anceau. 









samedi 9 septembre 2017

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion





      «- Trois morts, c'est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n'est pas de notre compétence.
      - Ce qu'il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J'ai donc rendez-vous demain au Muséum d'Histoire naturelle.
      - Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais
      dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
      - Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
      - Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l'araignée recluse?»




      Quel plaisir de retrouver Fred Vargas en si bonne forme. Je l'avais laissé il y a plusieurs années car je trouvais que les ficelles étaient quand même bien difficiles à avaler. Trop de coïncidences bien heureuses, trop de trucs faciles. J'avais lâché l'auteur. Ce qui m'a fait revenir ? Les recluses. Arachnophobe moi-même, les araignées exercent sur moi une sorte de fascination. Donc, je n'ai pas hésité longtemps avant de me jeter dans la lecture des nouvelles aventures d'Adamsberg.
      Tout d'abord, l'intrigue est passionnante. L'auteur part d'un faits divers pour construire une histoire sordide qu'elle déroule petit à petit. Le commissaire sent quelque chose. Il y a un truc qu'il ressent. Il sent le crime.
      Et c'est là que ses ennuis commencent. Comment faire adhérer ses équipiers à sa théorie. Une araignée tue des vieux dans le sud de la France. C'est de la science fiction. C'est complètement farfelu ! Danglard lui-même n'y croit pas. L'équipe doit choisir, la cohésion est mise à mal. Le fidèle Danglard prend une place qu'il n'a pas l'habitude d'occuper. Il devient le trublion. La cause du mal. Le commissaire est ébranlé mais ne démord (sans jeu de mots) pas.

      Il y a toute une galerie de personnages fascinants dans ce roman. Fred Vargas prend son temps pour bien les analyser et l'on va de surprise en surprise jusqu'à la révélation finale.

      J'ai aussi particulièrement apprécié le travail sur la sémantique et sur l'étymologie de certains noms de famille. Je dois dire que l'auteur a réalisé ici un travail très intéressant et bien fourni.

      En revanche, j'ai trouvé le commissaire un peu en dessous de mes attentes. Il réfléchit bien, possède toujours une intuition qui fait mouche mais là, il est légèrement moins cultivé que d'habitude. Ses quelques ignorances sur des mots courants m'ont laissé perplexe (par exemple, il ne connaît pas le mot arachnophobe !). J'aurais bien aimé le voir plus vif.

      Pour conclure, j'ai passé un excellent moment avec ces recluses. A lire, allongé dans l'herbe.





      jeudi 24 août 2017

      A bout de course, Richard Stark, Rivages noirs


      Après avoir dû renoncer à un casse parce qu'un complice portait un micro, Parker voit un coup formidable compromis par une stupide maladresse. Mais la poisse le poursuit. Lorsqu'un tueur à gages puis les flics s'en mêlent, la situation devient incontrôlable.
      "Stark emploie son intelligence supérieure et sa virtuosité... Du grand art." (New York Times Book Review)



      Richard Stark (alias Donald Westlake) a publié plusieurs romans mettant en scène un personnage singulier, Parker, braqueur de son état. 
      Dans cette nouvelle aventure, le hasard le met sur un nouveau coup : le braquage de camions blindés. Tout paraît simple mais comme souvent avec Parker, tout va aller de travers et il va devoir régler les problèmes les uns après les autres pour parvenir à ses fins. 
      L'intrigue est simple mais efficace. L'auteur veut faire vite et ne se perd pas dans de nombreuses descriptions. Il souhaite aller à l'essentiel et y parvient sans toutefois sacrifier la langue. Richard Stark  est un maître, très doué et ce n'est pas parce qu'il n'entre pas dans les détails que son livre est moins bon. Au contraire, là c'est du haut vol. On ne s'ennuie pas une seule seconde et même si Parker est un braqueur, on se prend d'amitié pour lui. On compatit car c'est un personnage avec des vraies valeurs. Il n'est pas violent sans raison. Tout ce qu'il fait est réfléchi et il doit composer avec la malchance ou la maladresse de ses complices. Alors, même si notre morale nous l'interdit, on voudrait qu'il réussisse son coup et on coupe notre respiration. 
      A bout de course est un excellent roman et une lecture parfaite pour cette fin de vacances. 

      mercredi 23 août 2017

      Black Cherry Blues, James Lee Burke, Rivages noir


      Sous le territoire Indien des Pieds Noirs se trouvent des réserves de gaz naturel que l'on estime à plusieurs millions de dollars. La compagnie de forage, qui les convoite, n'hésite pas à éliminer les militants indiens qui se dressent contre elle. En voulant aider un de ses amis impliqué dans l'affaire, Dave Robicheaux se trouve pris dans un tourbillon de violence et n'a pour soutien que "le peuple de l'eau" et "les voix qui parlent sous la pluie", celles de sa femme assassinée et de son père déchiqueté dans une explosion.
       
      Black Cherry Blues a remporté le Grand Prix de la Littérature Policière 1992, ainsi que le Prix Mystère de la Critique.


      Dave Robicheaux est un personnage complexe donc forcément intéressant. Même si je n'adhère pas à tout ce qu'il décide de faire, même si je réprouve certains de ses actes (il n'hésite pas à appeler les flics pour parler des agissements d'anciens collègues, je trouve ça moyen mais il a ses raisons), je l'aime bien. Pour cette troisième enquête, il va être amené à quitter sa Louisiane pour partir régler ses problèmes dans le Montana, à Missoula, cette ville que chérit James Lee Burke. Au coeur des territoires indiens, il se passe des choses pas catholiques et le "patron" du coin n'y est pas étranger. 
      Pour ceux qui connaissent Robicheaux, ils se doutent que notre ami va fouiner partout et s'attirer de sérieux ennuis. Ils auraient raison. C'est ce qui se passe car on ne peut pas se permettre de marcher sur les plates-bandes du parrain des lieux sans égratignure. 
      Cet ouvrage a remporté deux prix majeurs en 1992 et c'est amplement mérité. On retrouve ici l'empreinte de James Lee Burke qui n'écrit pas qu'un roman policier. Comme toujours, il décrit beaucoup, prend son temps, dérive parfois dans la contemplation, c'est beau, poétique aussi. Et puis, tout à coup, ça part comme un coup de revolver, les événements s'enchaînent rapidement, les pièges se referment sur les protagonistes, les acculant dans des impasses sordides et il faut toute la finesse de l'auteur pour les en sortir. 

      Autour de Dave, il y a pléiade de personnages intéressants. Le méchant Sally, bien sûr mais il y a aussi Tess, attendrissante et méfiante. On retrouve aussi avec plaisir la jeune Allafair, qui subit mais malgré ses doutes, elle est toujours aux côtés de Dave. Le vieil ami chanteur, perdu, à la recherche d'une gloire passée. Et bien d'autres...

      Black cherry blues est un roman passionnant qui n' a pas pris une ride depuis 1992 et dont je vous conseille vivement la lecture. 

      vendredi 30 juin 2017

      Selfies, Jussi Adler Olsen, Albin Michel


      Elles touchent les aides sociales et ne rêvent que d'une chose : devenir des stars de reality-show. Sans imaginer un instant qu'elles sont la cible d'une personne gravement déséquilibrée dont le but est de les éliminer une par une. L'inimitable trio formé par le cynique inspecteur Carl Morck et ses fidèles assistants Assad et Rose doit réagir vite s'il ne veut pas voir le Département V, accusé de ne pas être assez rentable, mettre la clé sous la porte. Mais Rose, plus que jamais indispensable, sombre dans la folie, assaillie par les fantômes de son passé...






      Septième roman mettant en scène le département V, Selfies dénote un peu dans la série dans le sens où il n'est pas tout  fait question de Cold case, comme ce qui a fait le succès des précédents livres. Ce qui m'a laissé un sentiment mitigé. Je m'explique.

      On ne peut pas totalement oublier que Selfies fait partie d'une série dans laquelle on retrouve les mêmes personnages. Ceux-ci évoluent depuis Miséricorde. Ils avancent dans leur vie, progressent, changent de direction... Il vaut donc mieux lire les autres pour bien s'approprier celui-ci. Pour mieux comprendre leur psychologie, leur histoire et leurs relations. On retrouve Carl Morck et Assad, plus enragés que jamais, Gordon est aussi là même si son rôle est encore restreint. D'autres personnages sont bien présents : Hardy, Marcus et Lars Bjorn et Rose autour de laquelle une seconde histoire se greffe.

      Donc, ce roman doit être vu et lu comme une partie d'un ensemble. Pourtant, bien j'ai aimé cette lecture, je n'ai pas pu faire l'impasse sur le fait que le Cold case n'y est pas. Ce qui a fait l'essence de cette série jusqu'à présent et qui m'a bien accroché n'y est pas. C'est dommage car même si l'auteur fait référence à un ancien meurtre non résolu, cette ficelle me paraît bien dure à avaler.

      A ce titre, la coïncidence de voisinage entre deux personnages (que je ne préfère pas citer pour ne pas trop en dévoiler) est là aussi indigeste. Comme par hasard, je dirais...

      Quelques maladresses cependant l'ensemble est plutôt intéressant et palpitant. J'ai bien aimé le personnage de Rose, dont on apprend beaucoup. En revanche, Assad possède toujours sa part de mystère même s'il dévoile parfois certains indices sur son passé.

      Un roman en demi-teinte. Selfies est un très bon thriller mais qu'on ne peut séparer des autres de la série dont il n'est pas le meilleur.

      A lire aux éditions Albin Michel.

      La pension de la Via Saffi, Valerio Varesi, Agulo éditions


      À quelques jours de Noël, alors que la morsure du froid envahit Parme, Ghitta Tagliavini, 
      la vieille propriétaire d'une pension du centre-ville est retrouvée assassinée dans son appartement. L'enquête est confiée au commissaire Soneri mais cette affaire fait ressurgir un drame enfoui : c'est dans cette pension pour étudiants de la via Saffi qu'il rencontra jadis sa femme, Ada, tragiquement disparue peu après leur mariage. 

      En s'enfonçant dans le brouillard épais comme on traverserait un miroir, Soneri va découvrir un univers bien plus sordide que ses souvenirs. L'aimable logeuse se révèle être une femme sans scrupules, enrichie par la pratique d'avortements clandestins et derrière la modeste pension, se cache en réalité un monde vivant de haine et de chantage, frayant avec le cynisme de cercles politiques corrompus. 

      Pour trouver l'assassin, le commissaire devra se confronter à l'épreuve du temps et à la vérité sur la vie et la mort d'Ada. Car qui est cet homme qui pose à côté d'elle sur cette photographie jaunie ?  

      Une nouvelle enquête du commissaire Soneri très attendue après le succès du premier tome,  Le Fleuve des brumes





      Dès les premières lignes, j'ai été happé par l'écriture de Valerio Varesi. Comme pour "Le fleuve des brumes" que j'avais beaucoup aimé, j'ai ressenti à la lecture de "La pension de la Via Saffi" le même sentiment. L'auteur m'a conquit immédiatement. Il réussit parfaitement à poser le cadre de son intrigue dès les premiers mots. Et pourtant, le départ ne paie pas de mine.
      Une dame âgée vient au commissariat signaler la disparition de son amie et voisine dont elle n'a plus de nouvelles depuis plusieurs jours.

      " Comme d'habitude, ce devait être une personne morte chez elle. Une vieille femme seule, un malaise...Ce que les journaux appellent "la tragédie de la solitude"."

      Elle souhaite parler au commissaire Soneri mais celui-ci préfère que ce soit son adjoint qui s'en charge. Cette décision, il la regrettera plus tard. Il flaire malgré tout le mauvais coup. Il a un mauvais pressentiment. Il part donc à la suite de cette dame qu'il ne retrouvera pas non plus.

      Le point de départ est donc assez simple et pourrait laisser le lecteur indifférent. Mais l'écriture poétique et mélancolique de Valerio Varesi est là :

      "Il fut accueilli par la chaleur d'un poêle à gaz dans lequel dansait une flamme bleue. Là non plus, rien n'avait vraiment changé."

      Car dans ce roman, L'auteur va chercher le passé du flegmatique commissaire Soneri. Il se balade dans les rues comme il se promène dans son passé. Il emprunte des rues secondaires comme il circule dans les limbes de ses souvenirs. Parfois douloureux. Il repense à sa femme, Ada, décédée quelques années plus tôt et avec qui il a connu la Via Saffi. Tout le ramène dans cette pension.
      Véritable roman policier, la pension de la Via Saffi est aussi un roman émouvant et sensible qui met en scène de nombreux personnages tout aussi complexe les uns que les autres.

      Dans cette Parme qu'il ne reconnaît qu'à moitié, le commissaire rencontre des personnalités énigmatiques et qui portent toutes de lourds secrets qu'il va devoir percer pour découvrir le coupable tant recherché.

      Depuis leur naissance, il y a peu, les éditions Agulo nous offrent de magnifiques romans, pleins de surprises, atypiques et qui plaisent aux lecteurs. Cerise sur le gâteau, l'objet-livre est superbe lui aussi. Le grain de la page, la texture de la couverture, le bandeau avec le titre contient également une recette  de cuisine. La classe se retrouve dans les détails. Agulo frappe fort.

      Je tiens aussi à féliciter le travail de Florence Rigollet qui a réussi à faire passer les émotions de Valerio Varesi. Sa traduction est si fine que j'ai pu ressentir toute la poésie de l'auteur. Et ce ne devait pas être une mince affaire !

      Un roman à découvrir et un auteur  à suivre absolument.








      mardi 30 mai 2017

      L'empire des Pyhré, Quentin Alexandre, Editions du Lamantin


      Le 25 décembre au matin, Stanislas Pyhré découvre son frère pendu dans le hall de la demeure familiale. Mais Erik s'est-il vraiment suicidé ? Stanislas est prêt à tout pour démontrer le contraire, quitte à fouiller les secrets de cette grande famille lyonnaise. Parents, oncle, tante, cousins,...




      Premier roman de Quentin Alexandre, présenté en quatrième de couverture comme étant un Lyonnais qui travaille dans le domaine juridique. 
      Parfois il y a des coïncidences dans la vie. Après avoir lu et chroniqué Temps de haine de Alfred Lenglet, je reviens à Lyon, ville que j'ai moi-même habitée. Quentin Alexandre nous emmène donc  dans la capitale des Gaules avec un récit familial dont on ressent parfaitement les influences classiques du roman policier. Hercule Poirot et Miss Marple n'ont qu'à bien se tenir. 
      Le point de départ ? Un homme est retrouvé pendu dans la demeure familiale le jour de noël. C'est son frère, Stan, qui fait l'horrible découverte. La tête encore embrumée par l'alcool du repas de la veille, il le décrochera. Traumatisant, tellement absurde qu'il est persuadé qu'il s'agit d'un meurtre. Il est bien seul à le croire car même le commissaire chargé de l'enquête conclut au suicide. 
      Commence donc pour Stan et sa petite amie une enquête laborieuse qui les mènera dans les nons-dits familiaux, les secrets inavouables et les méandres des notables lyonnais. 

      Une intrigue qui aurait pu être passionnante. En effet, il est toujours intéressant de plonger dans des secrets familiaux au coeur d'une ville qui bouge mais finalement, l'auteur ne parvient pas vraiment à accrocher le lecteur que je suis. J'ai en effet éprouvé quelques difficultés à entrer pleinement dans ce récit. 
      Les personnages sont dessinés, certes. Pourtant, il manque un supplément d'âme. On dirait que c'est trop convenu, comme si l'auteur voulait écrire un roman à la trame classique (on remarque bien qu'il a lu et beaucoup de bons auteurs) mais que la recette ne prend pas tout à fait. Sentiment étrange. Tout comme les dialogues, là encore trop convenus et à la limite de la mièvrerie entre Stan et sa petite amie qui ponctuent chaque phrase par des "mon amour" qui m'ont finalement agacé. 

      Un premier roman de qualité mais qui souffre encore de quelques défauts que l'auteur, j'en suis persuadé, pourra corriger aisément. 







      lundi 22 mai 2017

      Demandez au perroquet, Richard Stark, Rivages/noir.



      Un homme court à travers la campagne pour échapper aux chiens qui ont flairé sa piste et à l'hélicoptère qui tourne dans le ciel. Le fuyard s'appelle Parker, il vient de braquer une banque. Au sommet d'une colline, il tombe sur un inconnu en tenue de chasseur qui le fait monter dans sa voiture et l'emmène chez lui par des chemins forestiers, échappant ainsi aux barrages de la police. Lindahl - c'est le nom du chasseur - vit dans un garage converti en habitation. L'intérieur est sommairement meublé. Sur le poste de télévision allumé en permanence, trône une grande cage abritant un perroquet. Lindhal est un homme en colère et il voit en Parker l'occasion d'assouvir une vengeance. 

      La présence de Parker va bouleverser sa vie à un point qu'il n'imaginait pas. 

      « Qu'est-ce qui peut expliquer que ces romans soient si plaisants à lire (ou à relire) ? Au final, c'est Parker. Même quand on sait ce qu'il va faire, c'est tout simplement fascinant de le regarder faire. » (Lawrence Block) « Les romans consacrés à Parker, le professionnel du crime, sont à mon avis des chefs-d'oeuvre qui transcendent la fiction policière pour la hisser au rang de littérature. » (John Banville)


      Richard Stark est le pseudonyme de Donald Westlake qui a créé le personnage de Parker en 1962. Ce roman, initialement publié en France en 2012, vient de faire l'objet d'une réédition poche toujours chez le même éditeur Payot-Rivages/noir.
      Tout d'abord, je dois dire que j'ai été très attiré par la couverture. Colorée et attirante, elle détonne avec le côté polar du récit. 
      Ensuite, je voulais découvrir Richard Stark (que je n'ai encore jamais lu) et son personnage de gangster Parker. Un bandit-cambrioleur à l'ancienne. Ses méthodes sont parfois rudes mais il a encore des valeurs. Il fait ce qu'il a dit qu'il ferait mais ne tue que par obligation. Donc, Parker est dans de sales draps lorsqu'on entame la lecture de ce livre qui fait suite au roman intitulé "A bout de course" publié en France en 2013. Après un cambriolage, il est traqué et s'enfuit dans les collines dans lesquelles il est recueilli par un type étrange, ermite sur les bords, Tom Lindhall. Ensemble, ils ne vont pas se reposer sur leurs lauriers ou se planquer. Ils vont fomenter un nouveau plan.
      Avec la force des ses dialogues, la finesse de ses descriptions et son intrigue, ce livre permet à l'auteur de décrire l'Amérique rurale et d'évoquer aussi le droit de porter une arme.
      Un roman passionnant et haletant à découvrir absolument et qui m'a donné envie de prolonger l'expérience Parker et de lire les précédents épisodes.
      Je remercie les éditions Payot-Rivages pour leur confiance. 



      dimanche 21 mai 2017

      Temps de haine, Alfred Lenglet, Calmann Lévy.


      Léa Ribaucourt, capitaine de police, est mutée à Lyon.
      Comme le veut la tradition à la brigade criminelle, on confie à la nouvelle arrivante une affaire non élucidée. Il s’agit d’un meurtre datant de l’année précédente. La victime est un jeune délinquant abattu d’une balle de 22 long rifle au pied d’un immeuble HLM de Bron.
      Léa se lance à corps perdu dans son enquête mais ne tarde pas à déchanter : aucune piste n’émerge de ses propres investigations. Alors qu’elle craint d’inaugurer par un échec ses nouvelles fonctions, un événement relance l’affaire : un an après, jour pour jour, un meurtre est commis, en tous points identique à celui de Bron. Léa reprend espoir. Elle ignore le pouvoir de nuisance de l’assassin qu’elle va débusquer…




      Je découvre cet auteur et ses personnages récurrents avec ce Temps de haine dont l'intrigue se déroule à Lyon. Un cold case en guise de bizutage ou de rite de passage pour Léa Ribaucourt quand elle prend son poste dans la capitale des Gaules. Le meurtre non élucidé un an auparavant d'un jeune délinquant. Autant dire que la tâche ne va pas être aisée. C'est bien sûr sans compter le talent de la jeune policière qui trouvera rapidement l'aide de ses équipiers. 

      Les chapitres sont courts et l'intrigue nous mène à faire une belle promenade dans la ville de Lyon, ses bouchons typiques et ses traboules secrètes. L'écriture de Alfred Lenglet est plaisante et fluide. On ressent aussi son empreinte professionnelle( il est commissaire divisionnaire). Le vocabulaire peut être technique, toutefois le novice ne sera pas noyé dans un langage abscon et incompréhensible. 

      J'ai beaucoup aimé suivre Léa et ses collègues dans cette histoire aux multiples rebondissements. Certes, il y a bien des personnages que je trouve un peu caricaturaux (comme le garagiste arménien bien au courant du monde des malfrats ou bien encore le policier des ex-RG) mais cela ne m'a pas du tout dérangé. Ils sont plutôt bien intégrés dans le récit et finalement, ça passe bien. 

      La personnalité de Léa est aussi plutôt bien dessinée. Bien que n'ayant pas lu ses premières aventures, je n'ai pas été perdu. L'auteur a fait en sorte de distiller quelques anecdotes de son passé pour mieux l'appréhender. Pour autant, là non plus je n'ai jamais été perdu. Léa est un personnage attachant, bien dans sa peau, ni alcoolique, ni droguée, ni associable. Elle a du caractère, ne se laisse pas faire mais en même temps, elle doute, tâtonne, se pose des questions. 

      Peu de temps morts dans ce livre qui se lit très vite. Je l'ai fini en deux jours, ne pouvant m'empêcher de tourner les pages. J'ai été rapidement pris dans l'intrigue et je crois que je vais continuer à découvrir cet auteur par les livres précédents. 

      Merci aux éditions Calmann Lévy pour leur confiance. 

      mardi 9 mai 2017

      Le moine et le singe-roi, Olivier Barde Cabuçon, Actes Sud, Actes Noirs.


      Dans les jardins si carrés de Versailles, tout va de travers. Au milieu de l’enchevêtrement d’allées et de statues moralisatrices du labyrinthe qui orne le plus beau jardin du monde, un horrible meurtre est commis. Un précurseur de Jack l’Éventreur sévit-il sous les fenêtres de Louis XV, le Singe-roi ? Stupéfaite, la cour semble attendre la prochaine victime comme un poulet son égorgeur. Parmi les suspects, rien de moins que le premier chirurgien du roi, un peintre de la cour et la tenancière d’une maison d’un genre très particulier où les relations habituelles entre hommes et femmes sont inversées. Gangréné, Versailles semble devenu le royaume de la transgression des interdits.
      Dans cette nouvelle enquête du commissaire aux morts étranges, jamais encore les rapports de force n’avaient été aussi exacerbés et l’autorité autant remise en question. Faut-il se soumettre, se démettre ou se révolter ? Le chevalier de Volnay sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur, tandis que, tout excité, le moine semble considérer les jardins de Versailles comme un nouveau terrain de jeu.
      La tension est extrême, les deux enquêteurs abordent la plus périlleuse et la plus fascinante de leurs missions alors que, dans les jardins, le danger rôde partout et surgit souvent de là où on l’attend le moins.








      En 2013, j'avais découvert et chroniqué Messe noire ( http://terredunoir.blogspot.fr/2013/05/messe-noire-olivier-barde-cabucon-actes.html) qui représentait la deuxième enquête du commissaire aux morts étranges. Je m'étais promis de suivre cet auteur dont j'avais bien aimé le livre mais force est de constater que finalement, je l'avais oublié. Grave erreur ! Depuis, Olivier Barde Cabuçon ne s'est pas endormi sur ses lauriers et a publié régulièrement de nouvelles aventures du duo qu'il affectionne tant : le chevalier Volnay et le Moine Guillaume. Donc, ce Moine et le singe-roi n'est autre que le sixième roman de la série. 
      Après un retour de Venise, c'est à Versailles que se déroule l'intrigue. Le château, la cour de Louis XV, les complots, les faux-semblants, les amitiés qui naissent ou qu'on recherche vont favoriser l'ambiance de ce livre. Un meurtre particulièrement atroce va éveiller la curiosité de Volnay et de son père. L'enquête va commencer dans un climat de suspicion. Dans les jardins du roi, tout le monde peut être coupable. 

      Avec sa verve habituelle, ses dialogues habiles, ses reconstitutions historiques et la finesse de ses personnages, l'auteur nous offre un roman passionnant, bien documenté et qui mêle suspens et humour. C'est intelligent et le lecteur en apprend beaucoup sur ce monde de la cour, parasitaire, sans foi ni loi. Comme dans Messe noire, le Moine est mon personnage préféré. Intelligent et impertinent, il dépasses les limites très souvent, quitte à se mettre en danger. Il ne mange pas le pain des courtisans et plus d'une fois, il pourrait se voir allongé sur le billot. D'autant que le lieutenant général de police le déteste. Pourtant, il est un enquêteur exceptionnel. C'est ce qui le sauve. 
      Volnay est aussi un personnage intéressant. Plus en retrait, plus droit, il est parfois trop rigide. Il manque un peu de fantaisie mais c'est pour équilibrer les frasques du son père le moine. 
      Autour de ce duo emblématique, l'auteur a crée des personnages tous aussi suspects les uns que les autres. On y croise donc une tenancière d'une maison très particulière, un peintre, le chirurgien du roi et de nombreux autres personnalités bien dessinés. 

      Le moine et le singe-roi est donc un roman historico-policier très passionnant et très intéressant. Les dialogues font la vraie force de ce livre. A découvrir absolument et je remercie les éditions Actes Sud pour leur confiance.