mercredi 24 août 2016

Après la guerre, Hervé Le Corre, Rivages.

Bordeaux dans les années cinquante. Une ville qui porte encore les stigmates de la Seconde Guerre mondiale et où rôde la silhouette effrayante du commissaire Darlac, un flic pourri qui a fait son beurre pendant l'Occupation et n'a pas hésité à collaborer avec les nazis. Pourtant, déjà, un nouveau conflit qui ne dit pas son nom a commencé ; de jeunes appelés partent pour l'Algérie. Daniel sait que c'est le sort qui l'attend. Il a perdu ses parents dans les camps et, recueilli par un couple, il devient apprenti mécanicien. Un jour, un inconnu vient faire réparer sa moto au garage où il travaille. L'homme n'est pas à Bordeaux par hasard. Sa présence va déclencher une onde de choc mortelle dans toute la ville, tandis qu'en Algérie d'autres crimes sont commis...



J'ai profité de ce beau mois d'août pour découvrir un auteur que j'avais envie de lire depuis bien longtemps. J'ai nommé : Hervé Le Corre. "Après la guerre" m'a été prêté par un ami (merci Jean-Luc) et je me suis laissé rapidement embarqué dans ce récit passionnant ancré dans une histoire difficile de la France. La période est, comme l'indique le titre du livre, l'après guerre, celle de 39-45. C'est la période des règlements de compte, du retour des prisonniers, du nettoyage. C'est aussi le moment où tous ceux qui ont fait des choses dégueulasses avec l'ennemi vont se planquer. Chauds les marrons. 

Hervé Le Corre évoque également la guerre d'Algérie, celle que les jeunes français veulent éviter, cette guerre qu'ils ne comprennent pas. Certains vont la fuir. D'autres y mourrir. Il n'y a pas de conflits sans morts, c'est bien connu. 
14-18 n'a pas suffit. 39-45 non plus. Il faut qu'on se remette à faire parler la poudre pour sauver ce bout de terre au-delà de la Méditerranée. 

Hervé Le Corre est un véritable écrivain et cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman policier aussi bien écrit. Son écriture est fluide, belle, presque poétique. Alors bien sûr, le prix à payer parfois est de devoir relire certains passages pour en bien comprendre toute la finesse.

J'ai aussi beaucoup aimé l'argot utilisé par l'auteur et dont il distille quelques mots de ci de là sans jamais nous étouffer. 

Hervé Le Corre situe son récit dans un Bordeaux abîmé et pourri en proie à la décadence et à la corruption. On est loin du Bordeaux bourgeois que l'on connaît. La ville est un personnage à part entière. 
Côté personnage, point de héros gentil. 

On trouve Daniel, le jeune mécano, orphelin et qui rêve de partir faire la guerre. Cette guerre qu'il ne comprend pas et qui va le transformer à jamais. Il en reviendra blessé dans son âme. 
Il y a aussi André, revenu d'entre les morts, retenu pendant des années dans un camp de concentration. André qui vient assouvir une vengeance. Qui est-il vraiment, ce André ? 

Et puis, on a encore pire : Darlac. Le flic qui a fait son beurre pendant l'occupation. Le policier qui en a profité pour gravir les échelons. Le type sans foi ni loi, prêt à tout pour mener à bien ses enquêtes, même à bafouer la loi. Prêt à tuer lui aussi. 

Après la guerre est un roman de vengeance mais c'est aussi un formidable requiem sur la guerre et les questionnements qu'elle suscite chez les soldats qu'on envoie au front sans rien leur expliquer. C'est aussi un roman sur la vengeance, subtile, insidieuse, terrible et pas forcément salvatrice pour celui qui la met en oeuvre. 
Vous l'aurez compris, Après la guerre est un véritable coup de coeur qui m'a donné envie de poursuivre la lecture des ouvrages d'Hervé Le Corre. 

jeudi 21 juillet 2016

Disparue à Las Vegas, Vu Tran, Mercure noir.


vendredi 8 juillet 2016

La femme qui valait trois milliards, Boris Dokmak, La Mécanique Générale.

À Bruges, le lieutenant Borluut, flic obsessionnel, se refuse à lâcher l'enquête sur la troublante " momie du canal ". 
À Los Angeles, Almayer, un privé carburant à l'étherine et aux alcools blancs, se charge de remonter la piste de " P.H. ", la petite princesse blonde de Beverly Hills que les tabloïds ont oubliée. 
Entre eux, c'est le carnaval des pourris : narcotrafiquants, mercenaires, jet-setters cocaïnés, flics déglingués, agents corrompus du Secret Service, archéologues déjantés... 
Leurs routes, entre le désert brûlé du Mexique, la Californie crépusculaire et les neiges ternies de la Grande Russie se croiseront-elles un jour ? Car tous, sans le savoir, courent après la même ombre : la femme qui valait trois milliards. 

Grande révélation du polar de ces deux dernières années, Boris Dokmak retrouve l'esprit des grands romans noirs de Goodis, de Brautigan et de Jim Thompson. Il est également l'auteur du vertigineux polar ethnographique, Les Amazoniques (2015). 



La mécanique générale, c'est l'édition poche de Ring éditions dont j'ai déjà eu l'occasion de parler ici. La femme qui valait trois milliards est le premier roman de Boris Dokmak, celui qui l'a fait connaître au public. Depuis, il a publié les Amazoniques, terrible thriller ethnographique, chez Ring éditions. 
Les critiques sont dithyrambiques et unanimes me font toujours douter de quelque chose de suspect, autant pour un livre que pour un film d'ailleurs. Je me dis qu'il doit y avoir du copinage dans l'air. Cependant quand de nombreux journalistes d'univers différents, de nombreux critiques littéraires, blogeurs, lecteurs et j'en passe s'accordent pour dire que ce livre est époustouflant, il faut peut-être les croire. 
Ce roman est tout simplement énorme. Par la taille d'abord, plus de 700 pages. Par son développement ensuite et son intrigue ensuite. Les personnages sont nombreux et le livre commence par des sauts de puce dans plusieurs périodes différentes. On se dit alors que ça va être difficile à suivre tout ça. Puis tout prend son sens. En 2023, un futur proche de chez nous. Mais attention, adeptes de l'anticipation, ce livre n'est pas pour vous. Aucune science fiction. Juste l'occasion pour l'auteur d'anticiper. La femme qui valait trois milliards, c'est juste Paris Hilton. La riche héritière à disparue 10 ans auparavant sans laisser de trace. Les rumeurs les plus folles circulent : enlèvement, meurtre, fugues ?
Almayer, un ancien des services secrets, qui a jadis travaillé à la surveillance de Paris Hilton est rappelé à l'ordre par le père pour la retrouver. Sauf que Almayer est devenu une épave qui se shoote toute la journée au milieu de l'océan, seul sur son voilier. 
De son côté, à l'autre bout du monde, le lieutenant Borlutt enquête sur un crime aussi odieux qu'original. Une femme complètement momifiée est retrouvée dans un hôtel abandonné. La technique de momification rappelle celle des momies du Tophar, extrêmement rares. 
Les deux récits vont, bien sûr, se rejoindre à un  moment mais je ne dirai rien de plus sous peine de dévoiler l'intrigue, fouillée et minutieuse. 
J'ai beaucoup aimé ce voyage autant géographique (le récit se déroule en Belgique, aux Etats-Unis, en Egypte) que littéraire (le roman alterne le récit, les extraits de journal intime, l'étude de bandes vidéos, les comptes-rendus divers et variés). De fait, on ne s'ennuie pas une seule seconde et le lecteur en apprendra énormément sur de nombreux sujets. 
Par ailleurs, j'ai appris aussi de nouveaux mots que je n'avais encore jamais entendu. Quelques passages sont également truculents et exceptionnels : la scène de l'autopsie par exemple est inoubliable. 
La femme qui valait trois milliards vaut donc le coup d'être lu et ce serait un pêché de ne pas le faire d'ailleurs.
Disponible à La Mécanique Générale. 


dimanche 19 juin 2016

Bull mountain, Brian Panowich, Actes Sud


Chez les Burroughs, on est hors-la-loi de père en fils. 
Depuis des générations, le clan est perché sur les hauteurs de Bull Mountain, en Géorgie du Nord, d’où il écoule alcool de contrebande, cannabis et méthamphétamine jusque dans six États, sans jamais avoir été inquiété par les autorités. 
Clayton, le dernier de la lignée, a tourné le dos à sa fratrie, et comme pour mettre le maximum de distance entre lui et les siens, il est devenu shérif du comté. 
À défaut de faire régner la loi, il maintient un semblant de paix. 
Jusqu’au jour où débarque Holly, un agent fédéral décidé à démanteler le trafic des montagnards. 
Clayton se résout alors à remonter là-haut pour proposer un marché à son frère. 
Il sait qu’il a une chance sur deux de ne pas en redescendre. 
Ce qu’il ignore, c’est que Holly en a fait une affaire personnelle, et que l’heure des pourparlers est déjà passée.





Brian Panowich, pour son premier roman, frappe un grand coup! Un vrai coup de cœur que ce livre avalé à toute vitesse. Une saga familiale sanglante, sur plusieurs générations, dans les montagnes de l'état de Géorgie. Un roman noir, poisseux comme on les aime, à mettre dans toutes les mains des aficionados du genre ! 

L'histoire utilise différents points de vue et s'étale sur au moins trois générations de Burroughs, une famille qui s'est tournée vers la drogue, les magouilles en tout genre et la violence depuis des lustres. Vivant dans les montagnes, ils semblent être - sont - dans un monde à part, faisant leurs propres lois, n'étant jamais inquiétés par la justice. 
Seul intrus de cette destinée familiale en faveur du crime? Clayton Burroughs, lequel est shérif de Bull Mountain et mène une vie honnête et tranquille dans la vallée au pied de la montagne, bien loin des tourments du clan familial - son frère Halford est le criminel numéro un de la région - une montagne dont il est devenu persona non grata suite à de tragiques évènements passés. Chacun mène sa vie dans son coin en ignorant l'autre, une sorte d'accord tacite entre eux pour que la paix règne au sein du comté. Jusqu'au jour où l'arrivée d'un agent fédéral change la donne : un deal est proposé à Halford afin de se ranger sans de fâcheuses conséquences pour lui et ses hommes. Clayton doit alors agir soit en tant qu'homme de loi, soit en tant que frère cherchant à protéger son nom et sa famille. Le duel fratricide est lancé! 

Une épopée familiale violente avec sa dose de trahisons, rebondissements, de transmissions de ''savoir'' entre pères et fils, de ressentiments profonds, un héritage familial dont il est dur de se débarrasser tant il est ancré dans les gênes des personnages du roman. De nombreux flashbacks aident à comprendre au mieux la violence inhérente aux Burroughs, les patrons de cette partie de l'Amérique. 
Brian Panowich réussit un coup de maître avec un suspense prenant en fin de roman mais également l'envie donnée au lecteur de tourner les pages pour découvrir le passé, les secrets de famille de ces Burroughs dont on souhaiterait éviter de croiser la route. Et une écriture qui ne nous laisse pas insensible, on en prend plein la figure! Un seul regret : que le roman n'ait pas été plus long de quelques pages, j'aurais savouré quelques passages supplémentaires sur le passé de cette ''dynastie''. L'un des meilleurs livres lus en cette première partie d'année 2016 et un nouvel auteur à surveiller!

BEN

Badland, Frédéric Andrei, Albin Michel


Plutôt mourir que de renoncer à la terre de ses ancêtres ! Indienne blackfoot aussi butée que richissime, la belle Tina est prête à tout pour racheter ces terres aux Blancs et les restituer à sa communauté. Sur le point d’accoucher, elle part braver les blizzards du Montana pour récupérer, avant qu’il ne soit trop tard, ces milliers d’hectares et leur précieuse mine d’or, objet de toutes les convoitises. Laissant son mari, l’ex-journaliste Nicholas Dennac, sans nouvelles et fou d’inquiétude. 

Témoin d’un attentat perpétré en plein rodéo à Las Vegas, Nicholas se retrouve pendant ce temps dans le collimateur du FBI, qui le soupçonne d’en savoir un peu trop sur cette affaire pas très claire…



Il y a presque deux ans, sur ce blog, nous avions chroniqué la première aventure de Nicholas Dennac dans "Riches à en mourir" : http://terredunoir.blogspot.fr/2014/09/riches-en-mourir-frederic-andrei-albin.html 
Dans ce second opus, changement de décor, adieu San Francisco et sa baie, l'histoire prend place dans les montagnes du Montana ainsi qu'à Las Vegas. La fascinante Tina du premier roman, devenue l'épouse de Nicholas, s'apprête à accoucher, mais elle n'a qu'un but, le faire sur la terre de ses ancêtres indiens, elle n'hésite donc pas à braver la nature hostile et tempêtes se dressant face à elle pour réaliser son dessein, souhaitant racheter des terres pour former un grand territoire indien. 
Dans le même temps, Nicholas est le témoin d'un attentat qui fait une trentaine de morts à l'occasion d'un concours de rodéo. Avec l'aide d'Edelia Torres, agent du FBI, l'ancien journaliste ne peut s'empêcher d'enquêter de son côté pour retrouver la trace des terroristes à l'origine de l'attaque meurtrière. 

Tina se démontre une fois de plus capricieuse, elle a son caractère bien à elle et n'en fait qu'à sa tête, ignorant complètement les remarques et demandes de Nicholas, elle en deviendrait presque irritante. Le couple Nicholas/Tina est plutôt spécial, étant sans cesse dans le conflit, le dialogue n'étant clairement pas leur fort au cours du roman, pas la relation rêvée, ça manque de complicité! 

Un regret, pour ma part, c'est le fait que les deux intrigues - Tina souhaitant racheter la terre de ses ancêtres d'un côté, Nicholas enquêtant sur l'attentat - soient distinctes et qu'il n'y ait aucune connexion entre les deux. Après, cela ne m'a pas empêché de les apprécier mais j'aurais préféré un point d'accroche entre les deux. Le rendu final n'en reste pas moins intéressant, la succession des chapitres donnant un rythme certain à l'histoire et donnant au lecteur l'envie d'avancer dans le roman. Un autre bémol à mettre à l'actif du roman: le placement de produit constant pour la marque "à la pomme"! Quelle publicité et quelle fiabilité pour ces produits qui fonctionnent par tout temps et qui ont une sacré autonomie! Assez pathétique parfois le personnage de Nicholas qui ne peut se détacher de ces technologies...mais il est à l'image de nombreuses personnes de notre société actuelle... 

J'ai bien aimé par contre toute la partie qui concerne la chasse au terrorisme, le rôle des médias lorsqu'un attentat a lieu dans la recherche des terroristes, l'influence des politiques et également la lutte interne entre les différents services secrets américains (que l'on retrouve dans de nombreux romans ou faits divers comme "Le Dahlia Noir"). Rien de forcément original mais quelque chose que j'ai apprécié. L’enquête en elle-même est également bien réalisée, c'est parfois gros, un peu "too much" mais ça ne nous empêche pas de prendre du plaisir en avançant dans la lecture. 

Au final, mon avis est ambigu, car de nombreux détails ne m'ont pas forcément plu (histoires distinctes, les technologies omniprésentes, ficelles un peu grosses, ...) mais pourtant j'ai adoré le rythme de l'histoire, j'ai aimé le côté thriller, la quête de Tina dans ses terres ancestrales et au moment de fermer le livre, je n'ai qu'une envie: repartir pour une troisième aventure avec ce duo infernal!

BEN

samedi 18 juin 2016

Carnets noirs, Stephen King, Albin Michel

En prenant sa retraite, John Rothstein a plongé dans le désespoir les millions de lecteurs des aventures de Jimmy Gold. Rendu fou de rage par la disparition de son héros favori, Morris Bellamy assassine le vieil écrivain pour s'emparer de sa fortune, mais surtout, de ses précieux carnets de notes. 
Le bonheur dans le crime ? C'est compter sans les mauvais tours du destin... et la perspicacité du détective Bill Hodges.
Après Misery, King renoue avec un de ses thèmes de prédilection : l'obsession d'un fan. Dans ce formidable roman noir où l'on retrouve les protagonistes de Mr. Mercedes (prix Edgar 2015), il rend un superbe hommage au pouvoir de la fiction, capable de susciter chez le lecteur le meilleur... ou le pire. 
« Une déclaration d'amour à la lecture et à la littérature américaine... Merveilleux, effrayant, émouvant. » 
The Washington Post

Ici sur Terre du Noir, nous adorons Stephen King et c'est donc avec une impatience non dissimulée que nous attendions ce Carnets noirs, deuxième roman mettant en scène Hodges, après le superbe M. Mercedes. 
J'ôte tout suspens dès à présent : j'ai adoré ce roman. Comme j'avais aimé M. Mercedes l'année dernière. Reprenons rapidement l'histoire : un écrivain génial se fait assassiner par l'un de ses fans. Avec ces comparses, il vole de l'argent et aussi de nombreux carnets (les fameux Moleskine- tiens il faudrait que je m'en offre un !) dans lesquels Rothstein a écrit la suite (inédite donc) des aventures de Jimmy Gold. 
Pas de pot pour Bellamy, sitôt son forfait accompli, il fait le con et viole une femme, ce qui l'envoie direct à l'ombre pour trente ans. Auparavant, il avait pris soin de planquer l'argent et les carnets dans une malle enterrée derrière chez lui. Tout ça se passe en 1978. 
Parallèlement, en 2014, un gamin trouve la malle. Le père de celui-ci a été blessé par le tueur à la Mercedes (premier lien). Il a perdu son job et a donc besoin d'argent. La suite, vous la lirez...
Evidemment, on pense tout de suite à Misery et La part des ténèbres dans lesquels Stephen King évoquait déjà les relations entre un auteur et ses lecteurs, voire même entre un personnage de fiction et un lecteur. On se rappelle forcément de Annie Wilkes qui recueille, soigne puis kidnappe et torture son auteur favori Paul Sheldon. Dans carnets noirs, le point de départ est le même mais là s'arrête la comparaison. 
Carnets noirs est un polar bien mené. Dans la première partie, on navigue entre 1978 avec Morris Bellamy et ses (més)aventures. L'auteur plante le décor, prend son temps pour nous présenter les protagonistes et on sent que les deux récits vont se rejoindre. 
Dans la seconde partie, l'auteur écrit au présent. Le récit se passe en 2014. Bill et ses comparses apparaissent : Jérôme l'étudiant black et Holly, autiste asperger ultra efficace et attachante. D'ailleurs la meilleure copine de Barbara, soeur de Jérôme, n'est autre que la soeur de Peter, le gamin qui a trouvé la malle (deuxième lien) : euh, vous avez suivi ? 
Peter est dans la mouise après avoir voulu vendre les carnets. Donc, il va demander de l'aide à Bill et son équipe. 
Bellamy est un personnage ambigu : il est capable du meilleur comme du pire. Amoureux de la littérature et complètement obsédé par Jimmy Gold, il peut aussi tomber dans l'ultra violence et une sauvagerie animale. Peter est-il son miroir ? L'obsession mène t-elle toujours à une certaine forme de violence ? de transgression des règles ? Voilà deux des nombreuses questions que posent ce roman. 
Je trouve juste dommage que la deuxième partie ne soit pas plus longue. Bill et les siens font une brève apparition, ça va trop vite et j'aurais aimé les voir plus longtemps. Peut-être dans le troisième livre prévu l'année prochaine. 


Magnificence, Lydia Millet, éditions du Cherche Midi


Peu de temps après la perte de son mari, Susan hérite de la maison d’un oncle qu’elle connaissait peu. En visitant la demeure, elle découvre la passion de celui-ci pour la taxidermie. Chaque pièce, chaque chambre est remplie d’animaux empaillés, certains dans des décors artificiels. Dans cette immense maison, Susan évolue et se perd au milieu des animaux, des souvenirs et des fantômes. Mais, bientôt, sa solitude est rompue. Jim, un homme marié qu’elle fréquente, la rejoint, ainsi qu’un groupe de vieilles femmes. En même temps que la paix, Susan cherche l’entrée d’un sous-sol figurant sur les plans de la maison mais dont l’accès demeure introuvable…
Dans la veine de Comment rêvent les morts et Lumières fantômes, Lydia Millet interroge la manière dont nous affrontons la perte, que ce soient la mort, la séparation ou l’extinction. Peut-on vivre avec ses peurs et ses fantômes ? Sont ici décortiqués, avec un talent et une précision hors pair, les ressorts de l’anéantissement et de la réinvention, de la parentalité et de l’acceptation.
 


Roman étrange que ce Magnificence de Lydia Millet, auteur que je ne connaissais pas. Je dois avouer que j'ai eu un peu de mal à entrer dans l'histoire. Tout d'abord, ce n'est pas un polar ni un roman policier, ni un thriller. C'est bien un roman, contemporain, qui raconte avec intelligence et brio la vie d'une femme, Susan, volontiers adultère, et qui vient de perdre son mari dans d'atroces conditions, poignardé loin de chez lui, seul dans un caniveau. Donc, Susan hérite d'une grande bâtisse tout droit sorti de l'univers de Shirley Jackson, les fantômes en moins. Cette maison, elle l'a héritée d'un oncle fraîchement décédé, qu'elle ne fréquentait pas et dont elle ne se souvenait même pas. 
Bref, la voilà qui déménage dans cette énorme maison dans laquelle l'attend des milliers d'animaux empaillés. Animaux dont elle va vite s'éprendre - moi perso, j'aurais tout jeté à la déchetterie- et qu'elle va même jusqu'à faire restaurer. 
Sa fille, clouée en fauteuil roulant, déboule de temps en temps quand elle n'est pas partie avec son nouveau petit ami à l'autre bout de la planète. 
Et puis, arrivent aussi des petites vieilles qui squattent  la maison mais sans embêter plus que ça notre chère Susan qui a trouvé du réconfort avec son ami avocat. On se croirait ici dans un roman de Paasilinna. C'est cocasse et rigolo. 
Donc, si Susan fait vite son deuil, l'ombre de son mari plane autour d'elle même si celui-ci n'a jamais mis les pieds dans cette foutue baraque. C'est mélancolique. 
Magnificence est donc un roman qu'il est difficile de classer, et pour ma part de chronique. Je ne sais pas si je l'ai vraiment aimé, si je l'ai détesté. Toujours est-il qu'il ne laisse pas indifférent. Les personnages crées par Lydia Millet sont bien travaillés et ont tous un caractère bien affirmé. Le suspens n'est pas au rendez-vous mais on se laisse aller à divaguer dans les pièces de cette maison, à errer à travers un musée qui ne dit pas son nom, au milieu des animaux de toute la planète, disparus à jamais pour certains. 
J'ai beaucoup aimé les relations qu'entretiennent les deux femmes : Susan et sa fille, on ne sait jamais vraiment qui s'occupe de qui et les apparences peuvent être trompeuses entre une femme endeuillée et la fille handicapée. La plus forte n'est pas forcément celle qu'on pense. 

A découvrir aux éditions le Cherche Midi. 


samedi 4 juin 2016

The Whites, Richard Price, Presses de la Cité.

Milieu des années quatre-vingt-dix. Le jeune Billy Graves est flic au sein d'une brigade anticriminalité de l'un des pires districts du Bronx. Il fait partie d'un groupe de policiers prometteurs, les Wild Geese, et une carrière brillante lui semble assurée. Jusqu'au jour où il tire accidentellement sur un gamin. L'affaire, fortement médiatisée, lui vaut d'être mis au placard quelque temps.
Aujourd'hui, Billy est devenu chef d'une équipe de nuit du NYPD. Son quotidien : sillonner les rues de New York, de Wall Street à Harlem, pour en assurer la sécurité, même s'il sait que certains criminels passeront toujours au travers des mailles du filet. Ces derniers, il les surnomme les « whites », ceux qui s'en sortent blancs comme neige. Chaque policier en a un qui l'obsède.
Puis vient un appel qui change tout : un meurtre a eu lieu à Penn Station. Et la victime n'est autre que le white d'un de ses anciens coéquipiers. Lorsqu'un autre white est assassiné, Billy commence à s'interroger : quelqu'un serait-il en train de régler ses comptes ? Et qui est cet homme qui, soudainement, paraît s'intéresser à sa femme et à ses enfants, au point de les suivre en filature ?





Après de nombreuses années d'absence, Richard Price revient avec un polar urbain particulièrement percutant. L'idée de base est excellente : chaque flic à un white ! C'est à dire un criminel qu'il n'a jamais réussi à faire condamner et qui l'obsède. Quelques années avant le début du récit, Billy faisait parti d'un groupe de "superflics" redoutés par tous les criminels et délinquants de New-York. Aujourd'hui à la tête d'une brigade de nuit, les démons le hantent toujours et le passé se rappelle à son bon souvenir. Les Whites de son groupe commencent à tomber les uns après les autres. Dès lors, Billy qui a un sens aigu de la justice va mener son enquête jusqu'à soupçonner ses anciens collègues. 

Je ne vous en dis pas plus sur l'intrigue de ce roman particulièrement réussi. L'écriture de Richard Price va droit au but, sans fioriture mais avec une certaine subtilité et un brin d'émotion. De fait, on tourne les pages les une après les autres sans reprendre notre souffle. Ce qui ne veut pas dire que ça tiraille dans tous les sens. Non, c'est plus  que ça. Au contraire, il y a peu de fusillades et de dégainages de flingues. Bien sûr, il y a de nombreuses situations explosives dans lesquelles Billy et les siens doivent intervenir mais l'auteur nous décrit plutôt des moments difficiles où il pointe du doigt une certaine misère comme avec cet ancien champion olympique qui "pète des câbles" de temps en temps et veux jeter sa médaille. 
Très humain, Richard Price évoque aussi le difficile métier de ces policiers pas comme les autres. Il rentre dans l'intimité des gens, décrit sans pathos leur descente aux enfers, leurs doutes, leurs peurs. 
Billy n'est pas épargné non plus. Sa famille est en danger. Qui est cet homme qui les persécute ? Pourquoi s'acharne-t-il sur eux ? Quant à sa femme, a-t-elle quelque chose à cacher ? 
Tout au long de ce roman, on découvre des personnages cassés, abîmés par la vie, traînant des boulets dont ils aimeraient s'affranchir. C'est sans concession mais c'est émouvant. 

Richard Price frappe fort avec ses Whites. 
Disponible aux Presses de la Cité. 

Une ville en mai, Patrick Raynal, Editions de l'Archipel

Nice, mai 1968. Frédéric Corniglion revient après dix ans d’Afrique. Chez les ouvriers et les étudiants, la révolte n’épargne pas Nice et ses facs.
Dominique, son ex-femme, lui apprend que Sophie, leur fille, ne donne plus de nouvelles depuis des mois. Elle fréquentait un étudiant, un certain Thomas. Inquiet, Frédéric contacte le commissaire Pancrazi, ancien RG. Le policier lui révèle les activités militantes de Sophie (distribution de tracts…), son appartenance à l’Union de la Jeunesse Marxiste Communiste et Léniniste.
En même temps, le cadavre d’un prof de la fac de lettres, Blanc-Dumont, est découvert sur une plage. Frédéric poursuit ses recherches. Il va voir les membres de l’Union, et rend visite à Corinne Duval, la colocataire de sa fille. Là, la jeune femme lui dit avoir reçu un homme à l’air méchant, et insistant pour avoir des nouvelles de Sophie…
Avec son équipier Casanova, Pancrazi investit la fac. Quelques étudiants en colère, un directeur rétif, et une info : Blanc-Dumont fréquentait des cercles néo-nazis…


Patrick Raynal fait partie de ces auteurs qu'on lit maintenant sans même savoir ce qu'il va nous raconter tellement sa plume dépouillée et subtile fait mouche. Dans "Une ville en mai", il évoque la France de 1968 et des évènements qui ont bouleversé le pays. Parti 10 ans en Afrique, Frédéric revient dans un bateau russe pour retrouver sa fille qui a disparu. 
Il arrive un peu tard et tout le monde semble s'être donné le mot pour le lui rappeler. A commencer par son ex-femme qui l'a pourtant appelé à l'aide et les amis de Sophie qui lui décrivent une jeune fille aimant le sexe : "Vous n'allez pas aimer ce que je vais vous dire mais vous ne connaissez pas Sophie." Frédéric tombe des nues. Il ne comprend pas comme il ne comprend pas le combat que mène les étudiants bourgeois qu'il exècre. 
Les RG sont sur le coup aussi. La situation est explosive dans la fac occupée par les étudiants grévistes. Par dessus le marché, un des professeurs, connus pour ces positions d'extrême droite est retrouvé assassiné. 
Quel lien avec Sophie ? Y en a t-il un d'ailleurs ? Et où peut bien se trouver la jeune fille qui s'est découvert des penchants révolutionnaire ? Quel est son but ? Même Figasso, le leader du mouvement contestataire l'ignore. 
Ancien étudiant en 68, Patrick Raynal sait de quoi il parle. Sa ville Nice est le berceau de son récit. Une ville qui endormie, remplie de retraités mais qui bouge en ce mai 68. 
Comme toujours, la langue de Patrick Raynal est un bonheur. Il n'a pas son pareil pour transformer des situations ordinaires en moments cocasses :
" Je me suis réveillé trempé de sueur et de très mauvaise humeur. J'ai essayé de me souvenir des raisons qui auraient bien pu inciter ma cervelle à vouloir sortir de sa caisse et ma langue à se transformer un gant de toilette sale."
Ce court roman de 260 pages est un vrai bonheur de lecture et d'humour. J'aime beaucoup l'écriture de Patrick Raynal que j'avais découvert grâce au super Poulpe "arrêtez le carrelage". Il manie l'écriture avec une telle dextérité que chaque ligne est un grand moment. 
A découvrir aux éditions l'Archipel. 

vendredi 3 juin 2016

Les noces macabres, Jean-François Coatmeur, Albin Michel.

Tout commence par un coup de fil. Une voix métallique qui menace tour à tour le père Gildas, cloîtré dans son abbaye de Kerascouët, le maire d’une petite ville de Bretagne, effrayé au point de renoncer à un mandat de député, et un médecin du Perche, qui prend la fuite.
Trois notables aux vies transparentes, qui avaient fait leurs études de médecine ensemble. Avec le chirurgien Alain Vénoret, revenu à Brest après de nombreuses années d’absence, ils formaient un joyeux quatuor : « la petite bande ». Pourquoi se sont-ils séparés brusquement ? Que leur a chuchoté cette mystérieuse voix pour les troubler à ce point ? Et pourquoi Alain a-t-il été épargné ?
 
Jean-François Coatmeur distille, avec une savante maîtrise, une sombre histoire dont on ne sort pas indemne.




Les fans -dont je fais partie- n'avaient pas eu l'occasion de lire Jean-François Coatmeur depuis 2012 et son machiavélique "Ouest Barbare". Quatre ans donc qu'on attendait le nouveau roman du lauréat du grand prix de littérature policière 1976 et de nombreux autres prix. Une éternité ! C'est dire notre impatience. Alors quand j'ai appris qu'un nouveau roman venait de sortir, je me suis jeté dessus. 
Le pitch ne paraît pas très original, disons-le. Un viol, une histoire de vengeance. Ouais, déjà lu ce genre d'histoire. Sauf qu'avec Jean-François Coatmeur, le banal se transforme vite en chemin sinueux dans lequel le lecteur se perd, s'égare et dont les certitudes s'ébranlent au fur et à mesure du récit. 
Dans ce roman, tous les ingrédients propre à Coatmeur sont réunis : une histoire familiale compliquée (Nanou et sa fille Chris dont la vie va basculer après la mort de sa mère), des notables à l'intégrité douteuse (Vénoret et ses amis), un cadre géographique propice aux mystères (Brest) et bien sûr un plan tortueux.
Les connaisseurs reconnaîtront la trame qui a servi de base à la nouvelle publiée dans le recueil "Brest, l'ancre noire" mais il ne s'agit vraiment pas d'une version allongée de "les mains qui s'ouvrent". Les noces macabres, c'est bien un roman, un vrai -certes un peu court- avec une vraie intrigue et des personnages dont on ne perçoit pas tout de suite les personnalités. 
Le récit se déroule sur deux périodes différentes. Tout commence en 1987 à Brest et finit en 2012 à Brest  aussi mais après avoir voyagé à Paris et du côté du Mans. La boucle est bouclée et Coatmeur nous convie même à une petite balade au grand rassemblement de bateau. 

Ouvrir un livre de Coatmeur, c'est toujours l'assurance de vivre un très bon moment. Avec les noces macabres, on ne déroge pas à la règle même s'il est lu très rapidement. Pour ma part, j'aurai bien aimé une cinquantaine de pages supplémentaires. 

"Les noces macabres" est disponible aux éditions Albin Michel.