lundi 24 avril 2017

Ecorchures, Tess Gerritsen, Presses de la cité.


Le taxidermiste et amateur de chasse Leon Gott est retrouvé sauvagement assassiné, son cadavre pendu par les pieds parmi les trophées d'animaux sauvages ornant sa maison de Boston. Quelques jours plus tard, les restes d'une deuxième victime portant des griffures similaires sont découverts. L'inspecteur Jane Rizzoli et le Dr Maura Isles, médecin légiste, comprennent que les meurtres sont liés. Pour débusquer le prédateur qui hante la ville, Jane et Maura devront reprendre une partie de chasse commencée six ans plus tôt : au Bostwana, des touristes participant à un safari avaient tragiquement disparu les uns après les autres. Parmi eux, le fils de Leon Gott... Et si la traque avait repris à Boston ?



Pour cette nouvelle enquête du duo Rizzoli et Isles, Tess Gerritsen nous emmène à travers un monde peuplé de félins. Avec deux récits en parallèle (l'un à Boston et l'autre au Bostwana) l'auteur nous fait rêver et frissonner. 
En effet, le roman débute par le récit de Millie, en safari africain pour ressouder son couple avec Richard, un auteur de thriller légèrement égocentrique. Ils sont accompagnés par plusieurs personnes aux personnalités très éloignées les unes des autres. On a le pisteur, le guide, un couple japonais, un duo de filles et un célibataire sous leur coupe. Millie n'est pas enchanté de se retrouver au milieu de la brousse. La promiscuité, les dangers de la savane, le caractère de plus en plus détestable de son mari, le manque d'hygiène commencent à lui peser. Puis, peu à peu le drame se noue avec la découverte d'un premier mort. Attaqué par un grand félin, il ne reste plus grand chose du pauvre homme. Le safari est plombé. 

Quelques années plus tard, six pour être précis, Rizzoli et Isles enquêtent sur une mort suspecte. Un taxidermiste est retrouvé pendu et éviscéré dans son garage. Vision d'horreur qui les hantera tout au long du récit. L'inspectrice et la légiste vont confronter leur point de vue, parfois elles vont se déchirer. Leur duo fonctionne à merveille. Elles se complètent parfaitement dans ce jeu de piste original. Tess Gerritsen distille fait référence à plusieurs anecdotes développées dans de précédents romans mais le lecteur pourra malgré tout prendre du plaisir à lire ce Ecorchures car l'auteur fait aussi en sorte de ne pas le perdre. C'est subtil et intéressant de voir comment se développe cette relation. 

Les deux récits, on s'en doute, vont se rejoindre pour un final surprenant et haletant. Tess Gerritsen est vraiment un auteur qui sait manier le suspens. Avec ses personnages écorchés et ayant vécus des expériences traumatisantes, elle crée ici une atmosphère étrange et parfois terrifiante. 

J'ai beaucoup aimé ce roman qui a su me transporter en Afrique au milieu des fauves, en pleine brousse hostile où l'homme n'est pas vraiment à sa place ni à son aise. Ces paragraphes "survival" donnent une touche originale à ce roman policier. Les scènes d'actions à Boston sont aussi passionnantes et j'ai pris du plaisir à retrouver le duo Jane-Maura, toujours aussi intéressantes l'une que l'autre. 

Un roman à découvrir aux éditions Presses de la Cité que je remercie vivement pour leur confiance. 



lundi 10 avril 2017

Dans l'ombre du chaos, Jacques Fache, éditions du lamantin.

Un intrus pénètre dans le système informatique d'un grand laboratoire pharmaceutique ; un incendie dévaste l'entrepôt d'une association humanitaire ; des maladies aussi soudaines que mortelles se déclenchent dans un village malien…
Quel lien peut rassembler ces éléments ? Jean Kerdurec, jeune chercheur impliqué à son insu, veut faire la lumière sur ce qui se trame dans l'ombre du chaos.





Le résumé de couverture nous met directement dans l'ambiance. On va voyager. Pari réussi par l'auteur qui situe son intrigue en France mais qui déroule son récit au Mali et en Bosnie notamment. 
Plusieurs événements apparemment sans lien et à des endroits et des époques différents se succèdent. 
Lentement, tout prend corps avec l'intervention de Jean Kerdurec qui va se plonger dans une enquête dont il perçoit mal les tenants et les aboutissants et qui va le malmener jusque dans les dernières pages. Pour cela, il va s'entourer d'un groupe d'amis aux profils bien distincts et éclectiques : un indien répondant au prénom de Patrick et légèrement hacker sur les bords ; Rajiv lui aussi informaticien et Jali, étudiant Malien très concerné par les problèmes de son village touché par de nombreux décès. 
Tout cela se passe à travers plusieurs grandes entreprise et ONG dont les objectifs sont de fournir des médicaments aux populations en danger. Mais, ce que va découvrir Jean et sa bande fait beaucoup moins rêver et est bien plus effrayant. 

Sur la forme, plusieurs choses. Ce roman est plutôt bien construit et l'auteur déroule son intrigue de manière linéaire avec par ci par là quelques rebondissements. En revanche, les paragraphes sont assez longs et parfois répétitifs. 
J'ai aussi étonné par deux point qui m'ont agacé : la multiplication par l'auteur de l'usage du point d'exclamation. Dans les premières pages, j'ai pu ainsi en compter plus de 6 en quelques lignes. Même si Jacques Fache en utilise moins par la suite, c'est tout le livre qui en est couvert. Pour ma part, je trouve qu'il s'agit d'une maladresse car le récit perd en crédibilité. 
La deuxième chose qui fâche, ce sont les coquilles. Une ou deux laissées dans un texte ne me gêne pas. Par contre ici, j'en ai repéré une dizaine et même si ça ne dérange pas la lecture, ça ne fait pas très professionnel. 

Sur le fond, le roman est intéressant dans le sens où l'on apprend beaucoup de choses. L'auteur développe une intrigue qui amène le lecteur à réfléchir et le fait entrer dans un monde étonnant. L'idée est plutôt bonne mais je trouve qu'au final ce roman manque de punch. Là où on aurait pu avoir un véritable thriller écolo, on se retrouve finalement avec un bon polar assez classique. C'est un peu dommage. On sent toutefois le travail et la connaissance de l'auteur. C'est bien documenté, , l'intrigue est solide mais il manque quelque chose au niveau des personnages notamment. 
En effet, si l'auteur tente de leur donner une personnalité, je trouve qu'il n'est pas allé au bout. Du coup, on apprend peu de choses sur eux et on reste sur notre faim. Peut-être aurait-il fallu en avoir moins et mieux les travailler ? 

En conclusion, Dans l'ombre du chaos est plutôt un bon roman mais dont il manque une dose de piment. 

A découvrir aux éditions du Lamantin. 

mardi 4 avril 2017

La pluie de néon, James Lee Burke, Rivages


Avant de passer sur la chaise électrique, Johnny Massina rapporte au lieutenant Dave Robicheaux les rumeurs qui courent sur lui dans le milieu : sa tête serait mise à prix par des Colombiens. Il semble que Dave ait eu le tort de fourrer son nez là où il ne fallait pas, et d'insister. Deux semaines plus tôt, alors qu'il était en train de pêcher sur le bayou, Dave a en effet trouvé le cadavre à moitié immergé d'une jeune Noire. La police locale a conclu à une noyade accidentelle, mais Robicheaux est persuadé que la jeune fille a été droguée à mort avant d'être jetée à l'eau. Son acharnement à découvrir la vérité provoque une réaction en chaîne de morts violentes et d'atrocités. Ce qui ressemblait, au départ, à une banale affaire de drogue et de prostitution va déboucher sur un important trafic d'armes vers le Nicaragua et mettre en cause des nostalgiques de la grandeur américaine qui ont mal accepté la catastrophe du Viêt-nam. Dave lui-même ne sortira pas indemne des événements qui ramènent à sa mémoire de combattant des souvenirs cauchemardesques de la guerre et le poussent à chercher l'oubli dans des bars miteux, où son reflet dans les miroirs se brouille, comme la pluie mouillée de néon qui frappe les vitres. La Pluie de néon était paru en 1987 sous le titre Légitime défense, dans une version abrégée. Voici le texte intégral du premier volume du cycle Dave Robicheaux (Prisonniers du ciel, Black Cherry Blues, Une saison pour la peur, Une tache sur l'éternité, Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Dixie City).


La pluie de néon est le premier roman dans lequel apparaît celui qui deviendra un personnage, le charismatique flic Dave Robicheaux. A la manière de James Ellroy qui prend son temps pour décrire des personnages et des situations, James Lee Burke tricote ses héros avec poésie et force en même temps. 
Dès le début du roman, on est envoûté par l'ambiance que décrit Burke. Il est vrai que les lieux se prêtent aux mystères : la Nouvelle Orléans, les bayous et la Louisiane servent de décor à ses romans. C'est énigmatique et puissant. 
Ensuite, il y a l'intrigue. Robicheaux apprend de la voix d'un condamné à mort qu'il est en sursis, que les colombiens veulent sa peau. Mais que viennent faire les colombiens en Louisiane ? Quels sont leurs complices ? C'est ce que va essayer de découvrir Dave dont les pratiques, peu réglementaires, vont le mettre sur la touche. En effet, Robicheaux n'est pas un tendre ni même très attaché aux règles quand celles-ci l'empêchent d'avancer. Mais il est loyal et juste. C'est ce qui fait sa force. 
Donc il avance même quand il doit rendre sa plaque de flic. 

Et puis, il y a l'écriture de Burke. La pluie de néon n'est pas un simple polar. C'est un très bon roman servi par une écriture fine et poétique. Une bonne entrée en matière pour découvrir l'univers de James Lee Burke. 

jeudi 9 mars 2017

Stabat murder, Sylvie Allouche, Syros


Comment Mia, Matthis, Sacha et Valentin, quatre jeunes pianistes, étudiants au Conservatoire national de musique de Paris, ont-ils pu disparaître sans laisser de trace, à un mois d’un concours international ? Ont-ils, sous la pression, décidé ensemble de tout plaquer ? Impossible, d’après les familles interrogées sans relâche par Clara Di Lazio. S’agit-il d’un enlèvement ? La commissaire, réputée coriace, a l’intuition terrible que dans cette enquête, chaque minute compte…






Nouveauté aux éditions Syros, le nouveau roman de Sylvie Allouche. Destiné aux lecteurs à partir de 13 ans, Stabat Murder est un thriller implacable dont on tourne les pages aussi rapidement que le récit se déroule. 
Quatre jeunes musiciens, promis à un brillant avenir, sont enlevés quelques semaines avant un grand concours international. La police est chargée de l'enquête en la personne de Clara Di Lazio. Mais, ayant elle-même vécu une disparition, est-elle la meilleure placée ? 
Avec une couverture particulièrement réussi, ce roman entre dans le vif du sujet dès la première page. L'auteur alterne les chapitres courts entre  le lieu de détention des quatre jeunes et leur vie en dehors. 
En parallèle, l'enquête dans laquelle s'enlisent Clara et son équipe. Ils ne trouvent aucun indice ni aucune motivation. Ils tournent en rond comme tournent les aiguilles. Le temps est compté, chacun le sait, dans les kidnappings. Il faut faire le plus vite possible. Pendant ce temps, les quatre jeunes souffrent dans une pièce insalubre et obscure. Puis, alors qu'on n'y croit plus, le noeud se dénoue. Jusqu'au final. 

J'ai beaucoup aimé ce roman. La description des quatre musiciens est particulièrement réussie. Comme beaucoup d'adolescents ambitieux, leur vie est tournée autour de leur passion. Cette même passion qui peut les éloigner de leur jeunesse, de leurs amis, qui peut aussi les détruire. 
Ce roman est donc plus qu'un thriller. Il permet une véritable réflexion sur les passions dévorantes non seulement pour ceux qui les pratiquent mais aussi pour leur entourage : famille, amis. 
Pour finir, en ce lendemain de journée de la femme, je souligne que les femmes (jeunes et moins jeunes) sont vraiment à l'honneur dans ce roman et tiennent le beau rôle. 

Disponible aux éditions Syros. 


dimanche 26 février 2017

L'effet domino, François Baranger, Editions Bragelonne


Paris, 1907. Un mystérieux « tueur à répétition » fait trembler la capitale en s’attaquant à l’entourage de personnalités célèbres et aux policiers qui enquêtent sur son cas. En plus de la terreur, il sème derrière lui de curieux symboles ésotériques et, dans la gorge de ses victimes, un domino double. La presse accuse « Double Six », un ancien bagnard au torse tatoué, dont la rumeur dit qu’il aurait plusieurs vies. 
Le préfet Lépine confie l’affaire à l’inspecteur Lacinière, un Rennais sans attaches ni famille, qui monte une petite équipe constituée d’une jeune femme noble aux élans féministes et d’un jeune agent qui n’a pas froid aux yeux. Lacinière est convaincu que Double Six n’est pas le coupable. Pour le prouver, il doit retrouver sa trace entre chien et loup, dans le Paris du début du XXe siècle, et résoudre les énigmes que le véritable tueur élabore à son intention... 


A la réception de cet ouvrage, on peut dire qu'il a produit son petit effet. Mon jeu de mots facile pour dire qu'il s'agit d'un roman dense et ambitieux. Ce sentiment sera confirmé par sa lecture.
Tout d'abord, je dois saluer la performance de l'auteur qui a placé son récit dans un Paris du début du siècle dernier et qui en a fait une reconstitution sans aucune fausse note. Je ne suis pas historien et encore moins spécialiste de cette période mais François Baranger a parfaitement retranscrit les paysages, les moeurs, les innovations de l'époque. A cela, s'ajoutent des personnages finement travaillés et qui mêlent le réel et le fictif. A commencer par le préfet Lépine parfois colérique et autoritaire mais juste et pertinent. Bien sûr, on doit aussi souligner Philippe Lacinière, inspecteur rennais qui déboule à Paris, au passé trouble, nébuleux, mais très bon enquêteur. Je pourrais dresser la liste de tous les personnages que j'ai trouvé intéressants dans ce roman mais cela serait quelque peu rébarbatif. Je préfère donc me concentrer sur Double-six qui est vraiment une très bonne trouvaille. Personnage énigmatique et ambigu. Le mystérieux bagnard, évadé, revenu des enfers, converti aux rites vaudous, aurait pu être caricatural mais l'auteur parvient à éviter cet écueil. Double-six illumine ce roman.

Une enquête menée de main de maître

Passons à l'enquête elle-même car il s'agit bien d'un roman à enquête. Un tueur à répétition (en 1907 on ne parle pas encore de tueur en série). Une équipe de policiers est créée par le Préfet Lépine. Ils ne se connaissent pas, n'ont pas d'attaches et vont devoir travailler ensemble. On peut y ajouter la présence d'un journaliste qui, au départ, ne fait pas l'unanimité. Classique ? Pas si sûr. Comme je l'ai dit plus haut, tous les personnages ont leur part de mystère, sont bien ciselé. Une légère déception peut-être pour Thomas, jeune, brillant, courageux mais j'ai trouvé qu'il était un peu trop en retrait. Dommage.
Bref, l'enquête démarre mal. Le tueur sévit de manière régulière. Ses motivations restent mystérieuses et ses crimes sont abominables. Il  joue avec les nerfs des policiers, dissimulent des indices qui, au lieu de les aiguiller, les perd. Ils assistent à une sorte de jeu de piste dans lequel ils sont les principales "victimes".

Un faux pola-éso-historico.

Il est vrai que françois Baranger aurait pu nous faire une sorte de Da Vinci Code à la française version début de siècle. Il n'en est rien. Si par moments, les indices laissés par le Domino révèlent une tendance ésotérique, cela passe vite et l'auteur semble plutôt s'attacher à d'autres motivations. Le génie, les mathématiques, la culture et en filigrane le vaudou sont les thèmes qu'il privilégie.

Un Paris bien reconstitué.

Amateur de l'Histoire - sans pour autant être un spécialiste - j'ai beaucoup aimé le travail historique de l'auteur pour nous décrire un ville dangereuse, sale, animée mais aussi une ville dans laquelle foisonne l'activité littéraire, scientifique et artistique. Les bistrots, les sous-sols, les pauvres hères, les dorures, les réceptions mondaines, les riches héritiers, les anciens officiers prestigieux... Tout cela se côtoient dans une ville en transformation qui panse les plaies de la défaite de Sedan.
Quelques scènes sont épiques. Je pense notamment à celle du voyage en dirigeable qui marque vraiment cette période. Je pense aussi à la poursuite sur les toits ou bien sûr à la scène finale. De grands moments.

Bref, L'effet Domino est un grand roman ambitieux. Dense et parfois difficile (il faut resté concentré à sa lecture), il est un formidable moment de lecture.
Ce roman est disponible aux éditions Bragelonne.




Les sirènes de minuit, Jean-François Coatmeur.

Double assassinat à Brest, dans une France agitée. Après revendication par un groupuscule révolutionnaire, l'affaire est immédiatement confiée à la police politique. Tandis que la psychose du complot international s'installe, relayée par une flambée de xénophobie, on désigne un coupable idéal... Peu importe s'il a vraiment tué. La vérité ne semble pas bonne à savoir.

Sur fond d'attentats, de haine raciale et de répression policière, ce roman proche de la politique-fiction, couronné par le Grand Prix de littérature policière, révèle tout le talent de Jean-François Coatmeur.





Initialement publié par les éditions Denoël en 1976, ce livre a été réédité chez Albin Michel en 2004. Lauréat du Grand Prix de littérature policière l'année de sa sortie, il mêle habilement polar traditionnel et polar politique.
Comme à son habitude, Jean-François Coatmeur prend un malin plaisir à perdre son lecteur. Il l'emmène dans des méandres tortueux où les certitudes disparaissent les unes après les autres. Ses héros, personnages ordinaires, sont attirés dans des engrenages machiavéliques.
Grand fan de cet auteur, je n'avais encore jamais lu ce livre.
Encore une fois, je n'ai pas été déçu. Jean-François Coatmeur m'a transporté dès les premières pages dans un Brest humide et parfois sinistre. En fond, il nous dépeint une société instable dans laquelle tous les ingrédients pour qu'elle explose sont réunis. Et pourtant, le fragile équilibre tient comme il peut.
Un bon roman policier qui peut permettre aux lecteurs de (re)découvrir Coatmeur.

lundi 6 février 2017

Treize marches, Kazuaki Takano, Presses de la Cité


Ryô Kihara, trente-deux ans, est condamné à la peine capitale. Il a déjà passé sept ans dans le couloir de la mort sans connaître la date de son exécution, comme le veut la loi japonaise. Bien qu'amnésique au moment du procès, il a reconnu sa culpabilité. Un matin, il entend les gardes venir chercher son voisin de cellule pour l'exécuter. Traumatisé par les hurlements, Kihara a soudain des flashes, comme si son amnésie se dissipait : il se revoit en train de gravir un escalier, dix ans plus tôt. Il décide d'écrire à son avocat.
Jun'ichi Mikami, vingt-sept ans, a été incarcéré deux ans pour homicide involontaire. Remis en liberté conditionnelle, il croise celui qui était son gardien de prison, Shôji Nangô, qui s'occupe aussi de la réinsertion des anciens détenus. Ce dernier lui propose de l'aider à prouver l'innocence d'un certain Ryô Kihara. Voyant un moyen de se racheter aux yeux de la société, Jun'ichi accepte...

Un thriller au suspense savamment distillé. Une plongée angoissante dans le système judiciaire japonais. Saisissant.



Première immersion au Japon et plutôt une réussite. Alors qu'un condamné à mort attend son exécution, un mystérieux client va diligenter une nouvelle enquête pour le disculper. Voilà comment va se créer le duo entre Jun'ichi et Nangô. L'un sort de prison pour meurtre, l'autre vient de démissionner de son poste de surveillant pénitentiaire. Autant dire que ces deux là sont sensibles à la problématique de la peine de mort !

L'intrigue est posée. L'histoire est ancienne mais comme la date de l'exécution semble approcher, l'enquête doit avancer vite. Le duo (improbable) d'enquêteurs dispose de trois mois pour résoudre leur affaire. 
Amateurs de thrillers sanguinolents, passez votre chemin. Nous avons ici un roman dont le rythme est plutôt lent mais qui se lit très vite et dont on a du mal à décrocher. 
J'ai beaucoup apprécié la description de la société nippone et en particulier du fonctionnement du ministère de la justice et de la question de la peine de mort. On peut repérer une certaine frilosité des responsables à signer les actes d'exécutions et voir qu'il ne suffit pas de grand-chose pour faire basculer une décision. C'est fascinant et effrayant en même temps. On peut aussi approcher les spécificités japonaises au travers des dialogues où l'on ressent toute la retenue et la bienséance des habitants de cet archipel. Jamais vulgaires, jamais d'emportement. Du moins, en surface. 

Je conseille donc fortement la lecture, sélectionné pour le Prix découverte Polars Pourpres, qui est dépaysant, distrayant et efficace. 
Une très bonne surprise. 

vendredi 3 février 2017

Ce qu'il nous faut, c'est un mort, Hervé Commère, Fleuve éditions


Trois garçons pleins d’avenir roulent à flanc de falaise.

C’est la nuit du 12 juillet 1998, celle d’I will survive. Ce que la chanson ne dit pas, c’est à quel prix.


Les Ateliers Cybelle emploient la quasi-totalité des femmes de Vrainville, Normandie. Ils sont le poumon économique de la région depuis presque cent ans, l’excellence en matière de sous-vêtements féminins, une légende – et surtout, une famille. Mais le temps du rachat par un fonds d’investissement est venu, effaçant les idéaux de Gaston Lecourt, un bâtisseur aux idées larges et au coeur pur dont la deuxième génération d’héritiers s’apprête à faire un lointain souvenir. La vente de l’usine aura lieu dans l’indifférence générale.

Tout le monde s’en fout. Alors ce qu’il faudrait, c’est un mort.

De la corniche aux heures funestes de Vrainville, vingt ans se sont écoulés. Le temps d’un pacte, d’un amour, des illusions, ou le temps de fixer les destinées auxquelles personne n’échappe.



Autant le dire tout de suite et sans ménager le suspens, j'ai eu un vrai coup de coeur à la lecture de ce roman sélectionné pour le prix Polars Pourpres. 
Il ne s'agit pas d'un roman policier à proprement parlé, avec un meurtre, des policiers et une enquête comme on a l'habitude de lire. 
Ici, nous avons un roman qui s'étale sur une vingtaine d'années (avec même un retour au début du XXème siècle) et qui suit la trace de plusieurs personnages. Tous ces personnages gravitent autour d'un point central : le village de Vrainville, Normandie, berceau des ateliers Cybelle, fleuron de la lingerie en France. 
Hervé Commère nous présente donc une pléiade de personnages qui voient leur vie basculer un fameux soir de juillet 1998. Quand l'équipe de France de football épingle sa première (et toujours unique) étoile sur son maillot, trois jeune garçons vont commettre l'irréparable. Mais une jeune fille va aussi avoir son destin transformé. 
Habilement et lentement, Hervé Commère plante le décor. Il prend son temps pour détailler l'histoire des ateliers Cybelle qui font la fierté du village et qui fait vivre quasiment tous ses habitants. Tout semble idyllique dans cette bourgade côtière. Tout le monde semble heureux. Evidemment, nous sommes dans un roman noir, dans un polar, donc on se doute que les zones obscures ne sont pas enterrées définitivement. Les fantômes remontent toujours à la surface. 
Et puis, c'est sans compter la mondialisation, la concurrence, l'état du marché mondial qui force les patrons à délocaliser parfois à vendre leurs entreprises. Comme en écho à une publicité actuelle, "on ne gère plus une entreprise comme on la gérait hier". Vincent, le petit-fils du créateur de Cybelle, sera celui par qui le malheur arrive. 
Et que dire de Maxime ? Ce talentueux dessinateur revenu de la ville car il ne s'y est jamais fait, a fini mécanicien aux ateliers. Embauché par son ex-ami Vincent. Et qui dire du troisième larron devenu maire à la suite de son père ? A Vrainville, les dynasties semblent éternelles. 

Ensuite, tout s'enchaîne. Le roman prend une tournure plus rude. Le social se mélange au polar, les actions se succèdent rapidement comme les événements sur lesquels plus personne n'a de prise. 

Côté écriture, j'ai été séduit par la langue de l'auteur, à la limite de la poésie, il joue avec nos émotions. On sourit parfois, on pleure, on tremble. Ajoutons à cela, une narration un peu particulière, comme si on était juste témoin. Etrange sensation mais j'ai bien aimé cette technique qu'a eu l'auteur de nous dire ce à quoi il fallait s'attendre et après de l'expliquer. 

Bref, après Rural Noir, de Benoît Minville, Ce qu'il nous faut c'est un mort est mon deuxième coup de coeur de l'année. 

La voix secrète, Michaël Mention, Grands détectives, 10/18

Une enquête criminelle dans les bas-fonds de Paris en 1835, retraçant les derniers jours du célèbre dandy, assassin et poète Pierre-François Lacenaire
Durant l’hiver 1835, sous le règne de Louis-Philippe, la police enquête sur des meurtres d’enfants. Tous les indices orientent Allard, chef de la Sûreté, vers le célèbre poète et assassin Pierre-François Lacenaire. Incarcéré à la Conciergerie, ce dernier passe ses nuits à rédiger ses Mémoires en attendant la guillotine. Alors que les similitudes entre ces crimes et ceux commis par Lacenaire se confirment, Allard décide de le solliciter dans l’espoir de résoudre au plus vite cette enquête tortueuse. Entre le policier et le criminel s’instaure une relation ambiguë, faite de respect et de manipulation, qui les entraînera tous deux dans les bas-fonds d’un Paris rongé par la misère et les attentats.

Un roman historique inspiré des derniers jours du célèbre Lacenaire, signé par une étoile montante du roman noir français.


Michaël Mention fait son entrée dans la collection Grands détectives avec ce roman écrit il y a plusieurs années. 
Avec brio, il fait renaître le Paris poisseux, puant et violent du XIXème siècle. Son écriture résolument moderne et qui lui est caractéristique se conjugue très bien avec ce récit historique. 
Comme d'habitude, l'auteur malmène ses personnages autant que ses lecteurs. Il nous trouble, bouscule nos convictions, nous emmène à travers les ruelles sombres du subconscient de ses héros. Lacenaire, le poète criminel attend avec impatience son exécution. Au fond de sa cellule, cet impertinent et arrogant personnage donne du fil à retordre à ses geôliers. Seul Allard, le policier, parvient à devenir ami. Quelle étrange amitié d'ailleurs entre un assassin et un commissaire ? Qu'est-ce qui peut bien les lier, ces deux-là ? Qui manipule qui ? Qui a besoin de qui ? A moins que ce ne soit une vraie et solide amitié.
Et puis, il y a ces meurtres, horribles, effrayant, calqués justement sur ceux de Lacenaire. Complice ? Vulgaire imitateur ? 
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce roman (l'un des premiers de l'auteur) dont l'ambiance a été bien définie. Michaël Mention a réussi à dessiner cette France qui a peur, ce peuple qui souffre contre des élites arrogantes (tiens, tiens... ), ce Paris sale, vertigineux et ce roi détesté. Les conditions de vie des miséreux est bien mis en parallèle avec celles des nantis. Bref, une remarquable reconstitution historique. 
Un vrai roman policier également où l'auteur se joue du lecteur. Il l'emmène sur des fausses pistes, n'hésite pas à embarquer ses héros sur des pentes dangereuses. Il joue avec le feu et à la fin, le récit fonctionne. C'est haletant autant qu'instructif, distrayant autant qu'effrayant. 
Un plaisir à ne pas bouder. 

mardi 10 janvier 2017

Rural noir, Benoît Minville, Série Noire, Gallimard.

Adolescents, Romain, Vlad, Julie et Christophe étaient inséparables ; ils arpentaient leur campagne et formaient un «gang » insouciant. 
Puis un été, tout bascule. 
Un drame, la fin de l"innocence. 
Après dix ans d'absence, Romain revient dans sa Nièvre désertée, chamboulée par la crise, et découvre les différents chemins empruntés par ses amis. 

Évoquant à la fois La guerre des boutons de Louis Pergaud et la tradition du « country noir » américain, oscillant entre souvenirs de jeunesse et plongée nerveuse dans la réalité contemporaine d'une « France périphérique » oubliée de tous, Rural noir est un roman à la fois violent et tendre ; évoquant l'amitié, la famille, la culpabilité. 





Découvert grâce aux membres du site Polars pourpres, cet auteur est une vraie bonne surprise. Pour son nouveau roman, Benoît Minville frappe fort. Il cogne dur mais son écriture reste fluide et sensible. 
Une bourgade perdue dans le Nivernais, une bande copains, un trafics de drogues, une agression... voilà ce qui nourrit ce Rural noir. 
Sur un thème casse-gueule car souvent évoqué dans la littérature ou le cinéma, Benoît Minville réussit un vrai tour de force. C'est vrai, parfois certaines scènes peuvent être caricaturales et font référence directement à des lectures passées. Mais quel plaisir de retrouver les Pif Gadget, les Onze Mondial, les carambars et les meules aux pots ninja ! Un vrai retour dans les années 80 que l'auteur dépeint avec nostalgie. 
Les références sont multiples. On pense forcément à la nouvelle The body, de Stephen King dans laquelle une bande de jeunes va perdre son innocence, formidablement adapté au cinéma par Rob Reiner (Stand by me). On pense aussi à la guerre des boutons. On pense aussi au roman Un peu d'air frais de Georges Orwell dans lequel un homme revient sur les terres de son enfance. 

Sans trop en dévoiler, il y a aussi une scène qui m'a fait penser au film les petits mouchoirs. 

Etant de la même génération que Benoît Minville, j'ai bien sûr apprécié toutes ces références et qui me font remonter de nombreux souvenirs. 
Mais Rural noir c'est aussi un vrai polar. Quand Rom, personnage principal, revient dans son village natal après 10 ans (d'errance ?), il ne se doute pas que l'équilibre précaire qui y régnait va s'effondrer. Les cartes s'écroulent les une après les autres et on a l'impression que toutes les décisions qu'il va prendre ne vont faire que l'enfoncer dans un gouffre immense. 
Rural Noir a aussi le mérite de nous rappeler que dans la campagne aussi, on a des misères, des problèmes de drogue, de caïdats, de gang et que les cités n'en ont pas le monopole. Sauf qu'au milieu des champs, on n'entend pas les cul-terreux pleurer sur leur sort. 

Ce roman est le dernier livre que j'ai lu en 2016 (j'ai un peu tardé pour ma chronique) mais je m'en souviendrai longtemps. 


A lire chez Gallimard dans la prestigieuse Série Noire.